14.07.2011

Alerte à la bulle immobilière en France

Même si les prix ont continué d’augmenter à Paris, le marché de l’immobilier commence à donner des signes de retournement en France. Toute la question est : y a-t-il un risque de krach, comme nous en avons connu de 1991 à 1998 ?

La France, championne d’Europe de la bulle immobilière

The Economist vient en effet de publier son indice trimestriel des prix immobiliers, où il ressort que la France affiche la troisième plus forte progression avec une hausse des prix de 8.7%, devancée seulement par Hong Kong et Singapour. La hausse des prix a considérablement ralenti en Chine, à 3.9%, sous l’effet des nombreuses mesures prises par les autorités de Pékin. Beaucoup de marchés européens (Grande-Bretagne, Italie, Espagne) sont orientés à la baisse.

Mais le plus inquiétant reste l’indicateur d’évaluation des prix par rapport aux loyers. Il ressort de cet indice que la France est le troisième marché le plus surévalué au monde derrière Hong Kong et l’Australie. Les prix seraient ainsi 48% supérieurs au ratio de long terme avec les loyers. Le marché chinois ne serait surévalué que de 14%, l’Espagne et la Grande-Bretagne de 39 et 28% encore, les Etats-Unis ayant atteint un certain équilibre après une baisse des prix de plus de 30%.

Faut-il craindre un krach immobilier ?

Le marché immobilier parisien présente des caractéristiques inquiétantes : les prix du mètre carré ont pris la bagatelle de mille euros en six mois, pour atteindre un nouveau sommet 235% plus élevé qu’en 1998 ! Pire, entre temps, les taux sont remontés d’à peine plus de 3% à près de 4%, renchérissant plus encore le coût complet d’achat. Enfin, le niveau des transactions a diminué, signe classique d’un retournement de marché. Bref, tous les indicateurs passent au rouge.

D’ailleurs, les prix sont repartis à la baisse dans certaines régions et même le Centre d’Analyse Stratégique, qui dépend de Matignon, affirme : « les encours totaux de crédit (…) ont doublé entre 1999 et 2010. (…) Il semble aujourd'hui probable que les anticipations à la hausse des prix immobiliers créent une bulle sur le marché immobilier français ». Si les taux longs continuent à progresser, alors le marché immobilier pourrait bien se retourner de manière assez violente.

Plus que jamais, la situation économique semble instable. Les marchés immobiliers présentent de gros risques. En fait, il est malheureux d’avoir créé autant de déductions fiscales qui ne font qu’alimenter des bulles et donc monter les prix, réduisant à néant les aides étatiques.

13.07.2011

Quelques leçons de cette nouvelle crise de l’euro

Nous ne savons pas encore si cette nouvelle crise sera la crise terminale. Le contexte estival devrait la limiter à une grave poussée de fièvre car il serait surprenant que le système explose en plein mois de juillet. En revanche, ce nouvel épisode offre des leçons intéressantes.

La monnaie unique est une monstruosité

Même si les euro-béats continuent jusqu’à l’absurde de claironner que l’euro nous protège, les faits démentent tous les jours un peu plus cette vision des choses. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne empruntent tranquillement à un peu plus de 3% à 10 ans malgré des déficits publics supérieurs à celui de la Grèce (et oui !!!), les pays de la zone euro sont embourbés dans une crise des dettes souveraines qui dure depuis un an et demi.

C’est ainsi que l’Espagne (6.8% de déficit contre 9% en Grande-Bretagne, une dette publique inférieure), se retrouve à devoir emprunter deux fois cher que Londres. Comme l’avaient expliqué Martin Wolff et Paul Krugman, l’incapacité de Madrid à dévaluer présente un gros risque pour la croissance ibérique, ce qui justifie pour les marchés une énorme prime de risque. L’euro ne procure même plus des taux plus bas, au contraire, il provoque un renchérissement du crédit.

L’irresponsabilité des eurocrates

En outre, les investisseurs n’ont plus la moindre confiance dans la « gouvernance » de cette zone euro, totalement incapable de gérer la crise. Ils ne font que la prolonger, à grands coûts pour les citoyens qui doivent à la fois subir une austérité sauvage et voir la dette qu’ils devront assumer s’envoler. La zone euro est beaucoup trop grosse et diverse pour être gérée avec une seule monnaie. Une coordination de politiques nationales serait bien plus efficace.

Pire, alors que les eurocrates ne cessent de dénoncer le laxisme de certains Etats, comment qualifier leur comportement incroyablement léger à l’égard de l’argent public ? La BCE vient de demander une rallonge de 750 milliards d’euros pour le fond européen. Autant elle questionne avec vigueur chaque centime d’aide sociale, autant elle est toujours prête à ouvrir le porte-monnaie des peuples européens pour sauver le système financier et l’euro…

Les marchés sont dangereux

Keynes avait bien raison quand il évoquait les « esprits animaux » des marchés. Il y a une semaine, l’Italie empruntait à moins de 5% à 10 ans et l’Espagne autour de 5.5%. En moins d’une semaine, les taux italiens ont pris plus d’un point ! Bien sûr, le contexte est compliqué entre les difficultés du ministre des finances italien, le désaccord permanent de l’Europe sur le nouveau plan pour la Grèce ou la hausse des taux de la BCE (encore que la décision était attendue de longue date).

Voilà, mais les sautes d’humeur de la corbeille sont imprévisibles. Pire, si elle persistait et envoyait les taux longs au-delà de 7%, c’est bien l’ensemble du système financier qui pourrait s’effondrer. Pourquoi faire reposer l’économie mondiale sur des marchés aussi coutumiers d’exubérance irrationnelle ? Cela amène aussi à se poser la question du financement des dettes publiques, dont il devient chaque jour plus évident qu’il ne peut pas être laissé aux seuls marchés.

Même si cette crise n’est pas la crise terminale de l’euro, elle est l’occasion d’exposer au grand jour les immenses carences de cette construction baroque et artificielle qu’est la monnaie unique. Puissions-nous nous en souvenir quand nous devrons tout reconstruire.

12.07.2011

Europe : gros coup de chaleur sur les dettes souveraines

Yann avait bien senti les choses en publiant samedi une note sur la crise financière qui couvait et qui a explosé hier, provoquant une forte baisse des marchés financiers. Simple coup de chaud ou prélude à une explosion financière qui fera passer Lehmann Brothers pour une aimable plaisanterie ?

Un coup de chaleur vraiment grave

Il y a deux ans et demi, j’avais pronostiqué une nouvelle crise financière mondiale dont le déclenchement serait le défaut de l’Italie. En revanche, je me suis sans doute trompé sur la date puisque je situais cette crise à l’automne 2016. Il semblerait que les prédictions les plus noires de Jacques Sapir et Emmanuel Todd (pour qui l’euro ne passera pas l’année) pourraient bien se réaliser si la panique (extrêmement rare en plein été) continue sur les marchés.

En effet, comme l’avait bien vu Yann, ce sont les taux espagnols et italiens qu’il faut surveiller. Jusqu’à présent, même s’ils avaient monté l’automne dernier, ils étaient restés à un niveau inférieur à celui de l’automne 2008, l’Italie restant sous les 5% et l’Espagne oscillant entre 5 et 5,5%. Mais hier, les marchés ont sérieusement dérapé, poussant les taux espagnols brièvement au-delà de 6% et les taux italiens à près de 5,7%. Nous rentrons dans des zones très dangereuses.

L’Europe paralysée

Si la situation de l’Espagne est gérable (plus petite économie, 68% du PIB en dette fin 2011), celle de l’Italie est explosive, avec une dette de 120% du PIB, plus de 1800 milliards d’euros ! Un point de taux d’intérêt supplémentaire, c’est 18 milliards d’intérêts de plus… Les marchés ne font que réagir à la lenteur et aux contradictions permanentes des dirigeants européens pour traiter le cas de la Grèce, ce qui n’est guère encourageant pour des problèmes plus importants

En effet, une énième réunion hier n’a pas réussi à aboutir sur un accord pour un second plan d’aide pour les créanciers de la Grèce. Les agences de notation persistent à juger les plans proposés comme des défauts partiels, ce qui imposerait à la BCE de ne plus prendre les titres grecs comme collatéral, ne permettant plus le financement des banques grecques. Bref, le temps passe et démontre qu’une structure comme l’UE est tout simplement ingouvernable.

Il est clair que si les taux continuent à monter et dépassent 7%, alors la situation deviendra intenable. Il sera impossible de proposer à l’Italie la même chose qu’à la Grèce étant donné le montant colossal de la dette italienne. A ce titre, il est proprement incroyable de voir les autorités européennes réclamer un fonds de soutien de 1500 milliards pour sauver leur joujou. Il s’agit tout de même d’argent public. Et un peu plus de modération dans son utilisation serait la bienvenue…

Les forces de rappel existent

Malgré tout, même si les marchés peuvent avoir de vraies tendances autodestructrices, il est tellement évident que si les taux italiens dérapent, la situation devient totalement incontrôlable qu’on ne peut exclure que la peur du vide calme les spéculateurs. En faisant montant les taux italiens (et dans une moindre mesure, espagnols), le système financier se suiciderait littéralement. On ne peut pas exclure que les patrons des banques et des fonds mettent le holà à cette roulette russe.

Par-delà la peur d’un vide immense, la BCE peut également intervenir sur les marchés pour réduire la pression sur les taux italiens et espagnols, même si elle y rechigne. Mais son existence est en jeu, ce qui pourrait la motiver. Enfin, la Chine pourrait également agir à loisir sur les marchés pour éviter une explosion financière dont même elle pourrait ne pas sortir indemne. Bref, aussi violent et dangereux soit-il, ce coup de chaleur pourrait n’être qu’épisodique.

Tout est réuni aujourd’hui pour une crise financière d’une ampleur potentiellement supérieure à celle de l’automne 2008 : le défaut d’un Etat suivi d’un effondrement complet du système financier. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Et cela pourrait venir plus tôt que je ne le pensais…

11.07.2011

Immigration : le grand mythe de l’envahissement de la France

C’est le couplet généralement entonné par les identitaires : la France serait menacée par un flux totalement incontrôlé d’immigrés, faisant de notre pays le « champion d’Europe de l’immigration » pour reprendre les propos de Marine Le Pen. Un discours qui ne résiste pas aux faits.

La France, pays de faible immigration

C’est l’immense surprise que provoque l’examen des chiffres de l’immigration dans les autres pays. En effet, même si l’on conteste les chiffres de l’INSEE, pour qui le solde net d’immigrés se situe à 70 mille personnes par an (190 mille entrées et 120 mille départs) et que l’on prend le chiffre de départ avancé par Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch (90 mille), on aboutit à un solde net de 100 mille entrées par an. Le solde se situe donc entre 1 et 1,5 pour mille habitants.

Mais comme le rapporte The Economist, le solde net en Italie est compris depuis dix ans entre 300 et 600 mille, soit entre 5 et 10 pour mille habitants, cinq à dix fois le flux de notre pays ! En Espagne, le nombre d’immigrés a progressé de plus de 600 mille certaines années, soit un taux de 13 à 14 pour mille habitants, dix fois le taux français. La Grande-Bretagne accueille 500 000 immigrés par an, pour un solde net de 200 mille, soit plus de 3 pour mille habitants, plus du double de notre pays.

Et si on va un peu plus loin, on constate que d’autres pays acceptent des flux incomparablement plus importants que nous. L’Australie, pays de 22 millions d’habitants, avait un solde net de 340 mille personnes (plus de 15 pour mille habitants, plus de dix fois le chiffre Français). Depuis, ce chiffre est tombé à 200 mille, soit 9 pour mille (6 à 9 fois notre score). Enfin, les Etats-Unis ont un solde migratoire net moyen d’environ 4 pour mille habitants (soit 3 à 4 fois plus que nous).

Démythifier le débat sur l’immigration

En clair, Marine Le Pen ment quand elle dit que la France est « championne d’Europe de l’immigration » et Claude Guéant est bien mal inspiré quand il parle « d’excès d’immigration ». La France a aujourd’hui une des politiques les plus restrictives des pays dits développés en la matière. Il faut noter que l’Allemagne, après des vagues très importants d’immigration, notamment dans les années 90, a nettement réduit ses flux migratoires, qui sont aujourd’hui équivalents aux nôtres.

Bref, il n’y a strictement aucun risque que l’identité de notre pays change étant donnée la modération des flux actuels. Et cela est d’autant plus vrai que notre démographie est très dynamique, contrairement à nos voisins. En effet, en Italie, le solde naturel est négatif de 75 mille personnes, l’immigration permettant à la population de ne pas baisser. Et l’Allemagne voit sa population baisser depuis 2002, du fait d’un solde naturel négatif (près de 200 mille personnes en 2009).

Du coup, l’attitude du Front National et d’une partie de l’UMP est extrêmement choquante car ils attisent des tensions qui n’ont pas lieu d’être. En cela, leur comportement est profondément antinational. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille ouvrir davantage nos frontières aujourd’hui. Les tensions au sein de notre société et les conditions économiques extrêmement difficiles plaident au contraire pour une restriction des flux migratoires pour favoriser l’intégration des immigrés déjà présents.

Oui, la situation sur le front de l’intégration se détériore. Mais loin de venir de flux migratoires incontrôlés, il s’agit beaucoup plus d’une conséquence de notre crise économique, qui rend plus difficile l’intégration, des tensions de notre société ainsi que d’un Etat qui n’assume plus ses fonctions.

10.07.2011

Euro : réponse à la réponse de Georges à Coralie

Il y a quelques jours, Coralie Delaume taquinait NKM dont les arguments pour essayer de disqualifier le retour aux monnaies nationales pourraient laisser penser qu’elle est encore plus incompétente que Marine Le Pen en économie, s’attirant une réponse de Georges Kaplan.

L’économie -1.0

Démagogie ? Incompétence crasse ? Au final, j’en viens à espérer qu’il s’agit du premier... Car si Marine Le Pen a du mal avec l’économie, Nathalie Kosciusko-Morizet semble vouloir descendre encore plus bas pour la critiquer. C’est ainsi qu’elle s’est bien imprudemment avancée sur les plateaux de télévision en sous-entendant que le retour au franc conduirait à une multiplication par 6,5 des prix et donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français…

Coralie Delaume l’a donc remise à sa place, suivant l’exemple d’Eric Zemmour qui n’a pas été tendre avec la ministre de l’écologie sur le plateau de France 2, ridiculisant sa bien faible argumentation économique et retournant contre elle son exemple de la baguette, qui montre bien que le passage à l’euro a permis une envolée de certains prix. Où l’on comprend que l’économie n’est pas une matière nécessaire pour entrer à Polytechnique, semble-t-il…

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Georges Kaplan en profite pour faire un sort aux partisans d’une transformation de la monnaie unique en une monnaie commune accompagnée d’un retour aux monnaies nationales. Son premier argument est d’évoquer une dévaluation du franc de 25% par rapport à l’euro. Or on peut argumenter que le franc ne dévaluerait pas. Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, même la banque ING confirmait un tel scénario dans ses prédictions.

En effet, la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Résultat, si l’euro éclate, le mark nouveau sera réévalué, les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux seront dévalués. Et au milieu, notre nouveau franc devrait rester à parité avec l’ancien euro monnaie unique, devenue monnaie commune composée de fractions des nouvelles monnaies nationales. La dévaluation du franc serait limitée au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libérales

Georges poursuit en nous expliquant bizarrement que les déficits commerciaux n’ont aucune importance. Il n’y aurait pas de problème quand la France vend pour 34,2 milliards d’euros et achète pour 41,6 milliards de produits, laissant un déficit de 7,4 milliards en mai. Bien sûr, nous pouvons nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Mais in fine, il y a quand même appauvrissement puisque le pays s’endette vis-à-vis de l’extérieur pour financer ce déficit.

Puis il critique la proposition de revenir sur la loi de 1973 permettant à la Banque Centrale de financer l’Etat. Il agite le spectre de l’hyper-inflation et de la spoliation des épargnants. Tout d’abord, c’est le système actuel qui a permis l’hyper-inflation du prix de nombreux actifs depuis une quinzaine d’années, aboutissant à différents krachs. Ensuite, la monétisation peut être conduite de manière responsable et elle peut permettre d’éviter la déflation en cas de baisse de la masse monétaire.

Enfin, je ne peux pas résister à l’envie d’évoquer la théorie des Zone Monétaire Optimale, évoquée par des économistes libéraux comme Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay, selon laquelle il est absurde d’avoir une seule monnaie pour des pays aussi hétérogènes que ceux de la zone euro. Et je suis curieux de savoir quels seraient les moyens, pour lui, de faire fonctionner l’euro avec tous les travers que nous amène cette construction baroque et artificielle.

Non, Georges, la fausse bonne idée, ce n’est pas le retour aux monnaies nationales, c’était la création de l’euro. En outre, quelle est la crédibilité de ceux qui nous avaient promis croissance et emplois avec l’euro quand ils nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si nous le quittions ?

09.07.2011

Insécurité : la grande faillite de Nicolas Sarkozy

Cela aura été une des polémiques de la semaine : la Cour des Comptes a publié un rapport au vitriol sur les forces de sécurité publique, dénonçant vertement la politique du gouvernement. Elle critique les manipulations des statistiques ainsi que la politique menée sur le terrain.

Un bilan en trompe-l’œil

Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en 2007 en partie grâce au bilan qu’il a vendu de son action au ministère de l’intérieur. L’ancien ministre avait réussi à vendre son agitation législative et communicante en affichant fièrement une baisse globale de la délinquance de 9% de 2001 à 2006, cassant la progression enregistrée alors que Lionel Jospin était premier ministre. Mais cette version des faits ne résistait pas à une analyse des chiffres même du ministère.

En effet, en mars 2007 j’avais étudié les chiffres avancés par la place Beauvau et j’avais constaté que si le chiffre global baissait, c’était notamment parce que les vols de voiture ou les cambriolages baissaient (du fait de la plus grande sophistication des équipements) alors qu’en revanche, les violences aux personnes avaient continué leur progression. Les coups et blessures non liés à un homicide s’étaient alors envolés de 41% (de 116 à 164 mille) sur la même période.

C’est exactement ce qui continue depuis 2007 : le chiffre global de la délinquance poursuit sa baisse régulière, dans un mouvement dont la maîtrise semble bien suspecte, et les violences aux personnes continuent de progresser. Il y a eu une progression de 18% des coups et blessures de 2006 à 2009 pour un total de 193 mille, soit une progression de 70% en huit ans. Bref, paradoxalement, nous étions beaucoup plus sûrs quand le PS était aux affaires…

Un gouvernement inefficace

Claude Guéant a beau monter sur ses grands chevaux, le bilan de Nicolas Sarkozy sur cette question est catastrophique. Le chiffre des violences aux personnes est doublement significatif. Tout d’abord, il rassemble les actes qui contribuent le plus au sentiment d’insécurité, des actes plus traumatisants. D’ailleurs, de manière inquiétante, le chiffre des violences non crapuleuses (violences gratuites) s’est envolé, passant de 155 à 240 mille de 2002 à 2008.

Mais surtout, ce sont des actes où il est beaucoup plus difficile de trafiquer les statistiques. Le rapport de la Cour des Comptes estime "que les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité, qui peut faire douter de leur fiabilité", rejoignant les dires du criminologue Alain Bauer pour qui « le dispositif statistique national a été le plus souvent utilisé, depuis 1945, pour ne pas dénombrer la réalité mais pour la mettre en scène ».

La cour des Comptes questionne également la pertinence de la politique suivie, critiquant la faible présence des policiers sur le terrain, leur mauvaise répartition et le manque d’efficacité de la vidéo surveillance. On pourrait ajouter, comme le fait Nicolas Dupont Aignan dans un communiqué de presse publié sur le site de Debout la République que la baisse des effectifs est absolument anormale étant donné la montée permanente des violences aux personnes.

Merci à la Cour des Comptes de dénoncer officiellement les tricheries du gouvernement et sa mauvaise politique en matière d’ordre public. Cela fait maintenant environ neuf ans que Nicolas Sarkozy est en charge de notre sécurité et l’agitation ne saurait camoufler un bilan calamiteux.

Merci à Clément dont j’ai utilisé les travaux pour nourrir ce papier

08.07.2011

Le désastre commercial français

Hier, le déficit commercial du mois de mai est tombé. Il est très mauvais, battant un nouveau record puisqu’il a atteint 7,4 milliards d’euros sur un seul mois. Cette dégradation rapide de nos échanges doit amener à se poser la question de mesures plus radicales.

Une dégradation rapide et uniforme

Les chiffres sont impressionnants. En atteignant 7,4 milliards d’euros au mois de mai, notre déficit commercial dépasse les 80 milliards en rythme annuel, soit 4% du PIB, un chiffre très mauvais à l’échelle européenne. Il faut rappeler qu’en 2010, il avait atteint 51,6 milliards. En clair, notre déficit commercial devrait augmenter d’environ 60% en une seule année, après une dégradation de plus de 20% en 2010. Pire, en 2005, nous étions à seulement 21 milliards…

Naturellement, on évoque le déficit lié aux produits énergétiques. Mais une rapide analyse de l’INSEE démontre que cette dégradation accélérée vient plutôt d’un problème général de l’économie française. Alors que notre taux de couverture (exportations sur importations) pour les produits agricoles était compris entre 114 et 125 en 2006, il est tombé entre 102 et 110 en 2009. Parallèlement, le taux de couverture des produits énergétiques est passé de 37 à 39.

On constate la dégradation généralisée de nos échanges sur les produits industriels puisque l’indice est passé de 94 à 86,6 pour les produits manufacturés. L’automobile pèse particulièrement lourdement dans cette évolution puisque notre taux de couverture y est passé de 123 en 2006 (nous exportions 23% de plus que nous importions) à 95 en 2009 et le chiffre s’est sans doute encore dégradé depuis, quand on constate l’évolution des chiffres de production.

Des explications logiques

Il n’est pas très compliqué de comprendre pourquoi notre déficit se dégrade aussi fortement. La cherté de l’euro joue un rôle majeur. Louis Gallois disait en 2008 que « si cela continue, l’industrie exportatrice fuira l’Europe », conduisant Airbus à choisir de plus en plus de composants aux Etats-Unis pour ne pas perdre en compétitivité par rapport à Boeing : résultat Airbus ne se fournit plus qu’à 50% en Europe pour ses composants, et Boeing n’y achète que 10% des siens…

Mais outre la cherté de l’euro, la différence de coûts salariaux explique le gonflement de notre déficit. Comme le montrait Envoyé Spécial hier, au Bangladesh, il est possible de payer 25 euros par mois des employés qui vont travailler de 7 à 21 heures, 6 jours par semaine, soit moins de 8 centimes d’euros par heure… Il est bien évident que dans de telles conditions, de plus en plus d’entreprises délocalisent, ce mouvement gagnant également les services (centres d’appel…).

Face à ces déséquilibres, les Français semblent convaincus de la nécessité d’aller vers plus de protectionnisme, comme l’a révélé un récent sondage. En outre, loin des idées préconçues, la plupart des pays (et notamment les pays asiatiques) y ont recours. Malheureusement, le débat en France est pollué par la caricature de ces positions, malgré le soutien d’un nombre grandissant d’intellectuels de renom, venus de gauche comme de droite, dans le monde entier.

Nul doute que la dégradation de notre commerce extérieur va peser sur notre croissance. Les potions européennes, cocktail de monétarisme et de libre-échange dogmatiques produisent un véritable désastre commercial, qui pourrait être soigné sans tomber dans une politique albanaise…

07.07.2011

Quand la mondialisation rend la « gauche » antisociale

Hier matin, Manuel Valls était l’invité de Jean-Michel Apathie. Connaissant bien son hôte, il a entamé un couplet sur le nécessaire équilibre des finances publiques, allant même jusqu’à dire qu’il n’était pas réellement possible de financer les emplois jeunes du programme socialiste…

Les « socialistes » antisociaux

La mondialisation néolibérale et la crise placent les gouvernements de gauche dans une drôle de position. C’est un gouvernement socialiste qui fait le sale travail demandé par la troïka technocratique FMI / BCE / Commission Européenne en Grèce. Idem au Portugal. Le gouvernement de Zapatero cherche désespérément à protéger le crédit de son pays auprès des investisseurs. En France, des candidats aux primaires socialistes promettent du sang et des larmes.

Les tenants de la globalisation néolibérale se féliciteront de ce ralliement de la « gauche » à une forme de « réalisme ». Mais cette conversion (qui remonte à 1983 en France) démontre trois choses. Tout d’abord, que sur les questions économiques, il devient bien difficile de distinguer le discours de l’aile modérée du PS de celui de l’UMP. Qui peut croire aujourd’hui que François Hollande ou Manuel Valls sont très différents d’Alain Juppé ou François Fillon ?

Ensuite, cela pose le problème du débat démocratique. En effet, en matière économique, les Français se retrouvent à choisir entre bonnet blanc et blanc bonnet, ce qui n’est pas sain. Enfin, cela démontre que la mondialisation et l’effacement des frontières conduit à réduire le champ des possibles démocratiques, ce qui revient à dire que seul un rétablissement des frontières (sans tomber dans l’autarcie bien sûr) nous permettra de reprendre notre destin en mains.

Du « care » au « racisme social »

La première réaction de la gauche était merveilleusement résumée par le « care » de Martine Aubry. Non seulement cet anglicisme démontrait une soumission à l’ordre économique anglo-saxon. Mais en outre, il illustrait bien le rôle que voulait jouer le PS dans cette jungle qu’est la globalisation néolibérale : une infirmière qui va cajoler les pauvres Français avec de gentilles allocations ou des emplois publics. L’assistance comme un contrepoids à la globalisation.

Malheureusement, si cette politique était possible de 1997 à 2002 quand il y avait une « cagnotte » et que l’euro valait moins d’un dollar, aujourd’hui, le contexte financier est beaucoup plus dur, avec une dette qui atteint 85% du PIB. Du coup, plutôt que de remettre en cause la libéralisation de la finance, du commerce ou l’euro, certains « socialistes » semblent prêts à se transformer en petits soldats sans pitié de la globalisation, dans un tête-à-queue idéologique absolument incroyable.

La fondation Terra Nova, bien consciente du divorce définitif que cela devrait provoquer avec les classes populaires, a donc théorisé une nouvelle stratégie électorale pour la « gauche », abandonnant carrément les ouvriers et les exclus du système au Front National pour privilégier les « inclus » et déplacer le débat sur les sujets de société. Jean-François Kahn vient de signer une remarquable tribune dans le Monde fustigeant cette évolution qu’il qualifie de « racisme social ».

Le Général de Gaulle aurait dit « qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes » (et « les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »). Encore une fois, ses paroles ne prennent pas une ride et traversent le temps comme les prophéties d’un homme qui savait anticiper l’avenir.

06.07.2011

Les anglo-saxons veulent-ils la fin de l’euro ?

C’est un des arguments les plus intéressants des soutiens de la monnaie unique : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne souhaiteraient sa fin pour assurer la prééminence du dollar et de la City. Et par conséquent, il faudrait donc tout faire pour la protéger.

Pourquoi peut-on le penser ?

En effet, récemment, Georges Soros a exprimé ses doutes sur la monnaie unique et un certain nombre d’économistes ou de journalistes anglo-saxons (Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Nouriel Roubini, Martin Wolff) expriment leurs critiques à l’égard de cette construction baroque. Pire, on pourrait déduire de la spéculation des marchés contre les dettes souveraines de la zone euro une volonté de détruire in fine la zone euro puisque c’est bien ce à quoi cela pourrait mener…

Mais tous ces éléments mis bout à bout ne prouvent pas cette théorie. En effet, parmi les critiques de la monnaie unique, il y a deux prix Nobel plutôt progressistes qui ne me semblent en aucun cas animés par une volonté de domination de leur pays et ils ne recommandent pas forcément la fin de l’euro. En outre, la spéculation des marchés peut être justifiée par les simples indicateurs actuels sur le niveau de la dette ou des déficits publics et non par une volonté de casser l’euro.

En effet, quand on voit la situation de la Grèce, avec sa dette qui s’envole à 160% du PIB, une croissance en berne et un déficit qui devrait atteindre péniblement 7.6% du PIB en 2011, il n’est pas anormal que les marchés en déduisent une décote probable de la dette de 50% comme ils le font aujourd’hui. On pourrait même dire que le niveau de décote induit par les marchés est très raisonnable étant donnée la situation des différents pays de la zone euro…

La monnaie unique n’est pas en cause

Alors, bien sûr, on peut voir la menace que représente l’euro pour le dollar, dans le sens où la monnaie unique européenne pourrait devenir un rival et faciliter l’évolution du monde vers un multipolarisme monétaire qui ferait perdre aux Etats-Unis le privilège exorbitant du dollar, monnaie nationale et monnaie de réserve du monde. Cependant, il faut noter que la fin de la monnaie unique ne serait pas forcément la fin de l’euro, qui pourrait être conservée comme monnaie commune.

Pire pour les Etats-Unis, cette monnaie commune pourrait s’étendre au-delà de la simple zone euro et remettre en question plus encore la domination du dollar. D’ailleurs, il est tout de même extrêmement intéressant de constater que les administrations étasunienne et chinoise soutiennent fortement la monnaie unique, ce qui devrait amener à se poser la question inverse, à savoir si l’euro monnaie unique ne sert pas davantage les intérêts des Etats-Unis et de la Chine.

En effet, Barack Obama est intervenu plusieurs fois pour pousser les dirigeants européens à adopter les plans de sauvetage, poussant Angela Merkel à accepter le fonds européen au printemps 2010. En effet, la monnaie unique, par sa cherté structurelle, profite aux Etats-Unis, poussant Airbus, par exemple, à acheter de plus en plus de composants outre-Atlantique. Et il en va de même pour la Chine, qui soutient la monnaie unique en achetant des dettes souveraines.

Loin de vouloir la fin de la monnaie unique, les anglo-saxons semblent au contraire s’en satisfaire, de même que la Chine. Cela devrait amener à se poser la question légitime de nos intérêts car il paraît douteux que l’euro dans sa forme actuelle puisse leur être favorable, ainsi qu’à nous…

05.07.2011

Protectionnisme, euro, démondialisation : la pensée unique contre-attaque

Alors que les intellectuels alternatifs amènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre établi, néolibéral et monétariste, se crispent et refusent de débattre, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.

Les caricatures du politiquement correct

Outre une interview de Christian Noyer dans le Figaro, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, accueilli une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas moins de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui fait du protectionnisme une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy pour qui « la démondialisation est réactionnaire ».

Christian Noyer affirme qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Non seulement cela est malhonnête puisque les deux doivent être équivalentes, mais cela montre aussi que les salaires vont devoir baisser. La comparaison entre la zone euro et les Etats-Unis est d’une sacrée mauvaise foi. Enfin, il refuse tout plan B. En revanche, il faut noter la justesse des questions de Jean-Pierre Robin.

Pascal Lamy ne fait pas dans la dentelle et ose affirmer que la compétitivité salariale indue n’est « pas évidente » tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement les écarts (qui vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en invoquant un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…

Il évoque le cas de l’Iphone, dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps. ! Il ose même affirmer que « en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus (et il faut y ajouter le montage).

Le débat interdit

Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée unique. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes. Pire, ils disent tout et son contraire, comme Christian Noyer qui affirme bien miraculeusement qu’une réduction modeste des revenus équivaut à une dévaluation importante.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des intellectuels de tous bords qui défendent ces idées, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.

En outre, il devrait tout de même être possible de débattre du degré de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et cela ne devrait pas être un drame que de dire qu’il en faut davantage. Personne ne propose l’autarcie, même les plus radicaux. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques. La crispation des grands partis et de nombreux médias sur la question est franchement révoltante.

Naturellement, les défenseurs de la pensée unique ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Cela fait plus peur que Paul Krugman ou Jospeh Stiglitz… Il serait temps de pouvoir avoir un débat sérieux sur ces questions.