28.09.2009
La victoire de Muti Angela
La grande coalition a vécu. Le SPD s’est effondré, la CDU a résisté et les libéraux du FDP ont triomphé. Angela Merkel vient donc de gagner un nouveau mandat à la tête de l’Allemagne mais elle change de partenaire de coalition en s’associant classiquement avec les libéraux.
Un Bundestag recomposé
Les résultats d’hier sont historiques à plus d’un titre. Car si le SPD a perdu plus de 10 points, à 23%, et enregistre son plus mauvais résultat, la CDU, avec 34%, perd quelques voix également, une nouvelle étape dans l’érosion des deux « Volkspartei » qui dominent de moins en moins la vie politique Allemande. Derrière, le FDP signe son meilleur score depuis près de 50 ans avec 14% des voix. L’Allemagne va revenir à l’alliance qui avait dominé les années 80 et le début des années 90.
La percée de Die Linke, à 12%, est spectaculaire puisque le parti d’Oskar Lafontaine parvient à plus que doubler son score. Désormais, il pèse la moitié du SPD, le rendant sans doute incontournable, y compris au niveau fédéral, alors que les socio-démocrates refusaient précédemment toute coalition à Berlin avec leurs frères ennemis…. Mieux, Die Linke est désormais le 4ème parti du Bundestag, reléguant les Verts à la 5ème position alors qu’ils visaient la 3ème place auparavant.
Une victoire personnelle de la chancelière
Et cette victoire doit beaucoup à Angela Merkel, qui est restée très populaire, devenant une figure protectrice pour une Allemagne finalement heureuse d’être maternée par la première chancelière du pays, qui allie simplicité et compétence. Alors que la Grande Coalition a sans doute achevé de réduire les différences entre les deux grands partis, l’équation personnelle supérieure de la chancelière a permis à la CDU de battre un SPD dans une position très difficile.
Gerhard Schröder avait fait prendre un virage très libéral à son parti dans les années 90. Le SPD va devoir choisir entre deux voies : conserver cet héritage et compter sur un leader plus charismatique ou remettre en question l’adhésion au modèle néolibéral. Espérons que la crise et cet échec cuisant favoriseront une véritable remise en question. La victoire d’Angela Merkel est également intéressante par ce qu’elle dit des Allemands et du leadership qu’ils apprécient, compétent, calme, simple.
La perspective d’un gouvernement CDU-CSU-FDP est une mauvaise nouvelle en revanche pour la refondation du capitalisme. Le glissement libéral de la nouvelle coalition au pouvoir ne sera guère favorable à une remise en question du système qui nous a menés dans le mur…
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/09/27/les-conse...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, cdu, die linke, fdp, spd, angela merkel, oskar lafontaine
20.09.2009
Barack Obama contre-attaque !
Mister Cool n’est pas content et ça fait plaisir à voir. Après avoir buté sur les limites de sa méthode participative, qui n’a pas empêché le développement d’un débat hallucinant sur sa réforme de santé, le président étasunien monte au créneau pour défendre son projet, sur la santé et la finance.
Un débat sur la santé empoisonné
Au début de sa présidence, Barack Obama avait innové en délégant au Congrès le soin de se mettre d’accord sur le détail des réformes, se contentant de tracer les grandes lignes. C’est ainsi que le plan de soutien à l’économie de près de 800 milliards de dollars avait été essentiellement conçu par les sénateurs et les représentants du Congrès. Mais cette méthode a trouvé ses limites avec la réforme du système de santé, qui a déjà pris beaucoup de retard et dont le débat est devenu complètement fou.
Le projet de Barack Obama comporte deux volets : la couverture d’un plus grand nombre (15% de la population n’est pas couverte) et une maîtrise des coûts (la santé engloutit 16% du PIB contre 9% en Europe). Parmi les options proposées, il y avait la création d’une assurance publique, sur un modèle européen. L’idée était d’introduire plus de concurrence face aux assurances privées.
Mais l’assemblage de ces propositions a fait l’objet d’une double critique. Les opposants au projet comparent l’instauration d’une assurance publique au nazisme et au communisme, bien que cette assurance publique aurait été en compétition avec les assurances privées (contrairement à la Grande-Bretagne, où le système public est en monopole). Ils assurent également que des bureaucrates pourraient alors décider de soigner ou pas un malade en fonction de critères économiques, pour effrayer les personnes âgées.
Un ton beaucoup plus ferme
Barack Obama a donc décidé de mettre tout son poids politique dans la balance pour faire passer la réforme (même si l’assurance publique a de bonnes chances d’être abandonnée). Il a attaqué vertement « la tactique de la peur » ainsi que les « mensonges » de ses adversaires et multiplie les interventions médiatiques sur le sujet. Son administration se prépare donc à un passage en force avant la fin de l’année, même s’il essaie encore d’attirer quelques soutiens républicains.
De même, sur la réforme de la finance, le président a réaffirmé sa volonté « d’empêcher que de grandes banques prennent des risques qui menacent l’ensemble du système ». Alors que l’appétit pour la réforme s’évanouit avec la hausse de la bourse et la pression des lobbys bancaires, le président a souligné que « la stabilité croissante qui résulte de nos interventions veut dire que nous commençons à revenir vers une situation normale. Mais (…) la normalité n’est pas synonyme d’abandon de notre vigilance. »
Barack Obama a repris la barre de la réforme de la santé et de la finance aux Etats-Unis, ce qui devrait garantir une réforme significative. Malheureusement, le président conserve un agenda relativement centriste. Quel dommage qu’il n’ait pas été plus réformateur !
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/09/10/m-obam...
http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/14/01003-200...
http://www.lefigaro.fr/economie/2009/09/14/04001-20090914...
11:34 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, système de santé
08.09.2009
L’espoir venu du pays du soleil levant
Il y a une semaine, les élections législatives au Japon ont provoqué une vraie révolution dans le pays. Après cinquante années passées au pouvoir de manière quasiment ininterrompue, le PLD a subi une cuisante défaite qui permet à l’opposition de s’emparer fermement des rênes du pouvoir.
Un pays en recherche d’un nouveau souffle
Pendant des décennies, le Parti Libéral Démocrate a présidé aux destinées du pays du soleil levant. Sa capacité à organiser la croissance économique du pays lui a longtemps permis de régner sur le pays sans véritable opposition. Les Japonais étaient heureux de l’essor de leur pays, dont ils profitaient largement. Personne n’avait intérêt à changer une formule gagnante. Curieusement, il aura fallu presque vingt ans au Japon pour remettre en question la domination du PLD depuis que l’économie est entrée dans une torpeur dont le pays ne parvient pas à sortir.
Si le PLD a brièvement été exclu du pouvoir dans les années 90, c’était par le biais d’une alliance de courte durée des principaux partis d’opposition. Il avait alors conservé sa place de premier parti du pays. En fait, son règne a été prolongé par le passage de Junichiro Koizumi comme Premier Ministre, le seul depuis longtemps à être resté cinq ans au pouvoir. Il avait réussi l’exploit de convaincre les Japonais à voter PLD pour changer leur pays, malgré les résistances de certains de ses collègues de parti. Mais le PLD s’est ensuite montré incapable de changer pour changer le Japon.
Une leçon pour le monde ?
Résultat, les électeurs Japonais ont bouleversé la donne politique lors des élections législatives, provoquant un changement radical de majorité. Le PLD, qui avait plus de 300 sièges dans l’Assemblée sortante, n’en gagne qu’à peine plus de 100. A contrario, le Parti Démocrate du Japon, qui avait à peine plus de 100 sièges dans la précédente législature, a remporté plus de 300 sièges, avec un mandat très clair de changement et de remise en question du statut quo qui dominait le Japon depuis des décennies. Le parti a pris des engagements concrets de réforme en rupture avec le passé.
Le fait que les électeurs Japonais aient renversé la table et changé aussi brutalement d’orientation politique peut donner un espoir de changement pour d’autres pays sclérosés par la présence d’un ou de deux partis dominants. Certes, on pourra dire que la situation Japonaise est atypique dans le sens où un seul parti a dominé la vie politique nationale pendant des décennies. Mais cela signifie également qu’un changement aussi radical de majorité représente un véritable saut dans l’inconnu et que les Japonais n’ont pas hésité à bousculer l’ordre établi. En cela, ce vote représente un message d’espoir pour le monde.
L’avènement du PDJ représente un immense message d’espoir pour tous ceux qui se désespèrent du manque d’une véritable alternance démocratique. Les peuples, finissent toujours par se réveiller et renverser démocratiquement les tenants d’un ordre qui a failli.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/31/01003-200...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : japon, junichiro koizumi, pld, pdj
06.09.2009
Netanyahou se moque de la communauté internationale
Depuis qu’il est arrivé à la Maison-Blanche, Barack Obama met une pression inédite sur le gouvernement israélien pour qu’il mette fin à la politique de colonisation de la Cisjordanie. Après avoir fait mine d’écouter, Benyamin Netanyahou vient de montrer que rien ne change…
Le scandale de la colonisation
En effet, sous la pression de l’administration de Barack Obama, le gouvernement israélien envisage un moratoire sur la construction des colonies dans les territoires occupés, les (malheureusement) bien nommés. Il faut rappeler ici qu’il y a deux cent mille colons en Cisjordanie, ce qui complique singulièrement la possible résolution du conflit israélo-palestinien. Si Israël est revenu sur la colonisation de la bande de Gaza, il reste beaucoup de chemin à faire en Cisjordanie.
Malheureusement, le gouvernement israélien vient d’annoncer une accélération des autorisations de construction des colonies. Avant d’accepter un moratoire, Israël décide d’accélérer la construction des colonies ! En clair, le moratoire n’a strictement aucune valeur puisque son utilité est réduite à néant par les décisions du gouvernement israélien. Israël joue avec les mots et la communauté internationale, continuant ainsi à freiner la résolution du problème palestinien.
Que faire ?
Le conflit israélo-palestinien est d’une asymétrie choquante. Si l’Occident critique l’attitude de la Russie à l’égard de la Géorgie ou de la Tchétchénie, il ne faut pas oublier qu’un de nos alliés, Israël, se comporte d’une manière comparable, voire pire, avec la Palestine. Israël mène une politique de colonisation dans des territoires sur lesquels la communauté internationale ne lui reconnaît aucune légitimité, affaiblit l’Etat palestinien en devenir et mène des guerres sanglantes en toute liberté.
Ce comportement appelle une réaction beaucoup plus vive de la communauté internationale. Si le changement radical d’attitude des Etats-Unis est le bienvenu, les dernières informations montrent que ce n’est absolument pas suffisant. Il faut sans doute passer à une attitude plus dure, comme la rupture des relations diplomatiques et le gel de toute coopération tant qu’Israël ne mettra pas fin à sa politique de colonisation et même commencera à détruire les colonies.
Avec un peu de recul, il est difficile de ne pas voir dans l’attitude d’Israël vis-à-vis des colonies un immense scandale. Tous les malheurs du peuple israélien ne justifient pas le fait de coloniser la Cisjordanie. Il serait grand temps que la communauté internationale le lui fasse réellement sentir.
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/proche_moyenorient/20090904.FAP1657/netanyahou_envisage_un_gel_temporaire_des_colonies_mais.html
11:37 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : colonies, netanyahou, israël, palestine, cisjordanie, barack obama
21.08.2009
Le bourbier Afghan
Hier a eu lieu un nouveau scrutin en Afghanistan. Ce rendez-vous démocratique pourrait donner l’impression d’un progrès. Mais le fait que l’intervention de l’OTAN remonte à près de 8 ans et la baisse de la participation montre bien l’échec de l’opération initiée par Georges W Bush.
L’échec de l’intervention occidentale
Alors que la participation était de 70% en 2004, elle est retombée entre 40 et 50% cette année, signe que la situation s’est détériorée en quatre ans. L’influence des talibans semble progresser puisqu’ils ont réussi à dissuader une partie importante de la population de ne pas voter lors du scrutin d’hier. Il est frappant de constater à quel point la présence occidentale depuis 2001 n’a pas réussi à améliorer la situation du pays. Le Washington Post a même annoncé qu’une étude réalisée par des militaires estime que les Etats-Unis devraient maintenir leur présence pendant une décennie...
Malheureusement, cette guerre a été décidée dans l’urgence, sans réelle préparation, sous le coup du choc du 11 septembre. Pour preuve, les opérations ont débuté moins d’un mois après les attentats, le 7 octobre, signe d’une précipitation rarement source de bonnes décisions. Huit ans après, si les talibans ne sont toujours plus au pouvoir et si des élections peuvent se tenir, le nombre de morts continue à augmenter, l’influence des talibans progresse à nouveau (comme le montre la baisse de la participation) et aucune stratégie claire de sortie ne semble établie.
L’héritage vénéneux de Georges W Bush
Bien sûr, Barack Obama, lors de la campagne électorale, avait plaidé pour une augmentation des moyens militaires de manière à stabiliser la situation, s’appuyant sur l’exemple irakien. Néanmoins, il est tout de même incroyable qu’après plus de sept années de présence, la seule solution évoquée soit celle-là et qu’il ait fallu tant de temps pour la formuler. Les Etats-Unis ne semblent pas savoir quoi faire pour sortir de ce bourbier. Quitter l’Afghanistan maintenant serait un terrible aveu d’échec. En même temps, y rester sans arriver à améliorer la situation démontre chaque jour un peu plus leur terrible erreur.
Le président a sans doute voulu jouer les durs sur l’Afghanistan pour compenser sa courageuse opposition à la guerre d’Irak. Mais il tarde à formuler une stratégie claire, sans doute parce qu’il n’y en a pas. Georges Bush a laissé un cadeau empoisonné à son successeur avec ce conflit de 7 ans non résolu et en voie de détérioration sans la moindre stratégie alternative sérieuse. Malheureusement, Barack Obama s’enferme dans le problème en reprenant la rhétorique de son prédécesseur sur le fait que « ceux qui ont attaqué l’Amérique se préparent à le faire de nouveau ».
Dès lors, il est complètement incompréhensible que la France ait renforcé son contingent pour une opération en échec et dont le principal commanditaire est incapable de formuler une stratégie claire. Cela est malheureusement la conséquence du tropisme étasunien de Nicolas Sarkozy
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/08/21/moins-de-...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/08/20/b...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, barack obama, georges w bush, nicolas sarkozy
19.08.2009
La réforme de la santé en danger aux Etats-Unis
La menace se précise tous les jours davantage. La grande réforme du système de santé aux Etats-Unis a toutes les chances d’être complètement transformée par rapport à ce qu’avait avancé Barack Obama lors de sa campagne électorale.
La couverture universelle remise en cause
Le candidat démocrate avait insisté sur deux mesures phares, aujourd’hui remises en cause. La première consistait à établir une couverture universelle, en imposant plus ou moins (ou en rendant plus intéressant) le fait de couvrir les plus de 45 millions d’Etasuniens qui n’ont pas la moindre assurance. Malheureusement, les Etats-Unis sont allergiques à toute forme de contrainte administrative. Pire, comme le montrent les sondages, à peine plus de 25% des Américains pensent que ceci est le problème principal de leur système de santé, près de 70% estimant qu’il vaut mieux se concentrer sur le coût.
Or, le fait de couvrir 45 millions de personnes supplémentaires est vu comme un coût de plus, argument rédhibitoire contre la réforme. Beaucoup avancent également que ces frais d’assurance supplémentaires rendraient le coût du travail beaucoup trop élevé pour les bas salaires. Il y a donc une forte pression pour refuser cette avancée. La société étasunienne semble donc préférer ne pas fournir d’assurance maladie aux bas salaires de manière à ne pas renchérir le coût du travail. Ne devrait-elle pas se poser la question de comment s’assurer que tout le monde peut être couvert ?
La création d’un pôle public remise en cause
L’autre point phare de la réforme était de créer une assurance publique, avec pour objectif de faciliter la couverture des plus démunis et des malades, que les mutuelles découragent avec des primes trop importantes. Du moment qu’elle ne viendrait pas en substitution des assurances privées, rien ne devrait pouvoir s’y opposer. Pourtant, les mutuelles privées dénoncent une concurrence déloyale. Argument difficilement recevable quand on sait que la plupart des personnes en mauvaise santé n’auraient pas d’autres choix que de la prendre, grevant ainsi ses comptes...
En fait, l’opposition radicale des mutuelles à cette forme de concurrence démontre au contraire qu’elles cherchent par tous les moyens à préserver leurs marges. Car c’est bien le problème d’un système privé comme aux Etats-Unis : si le coût est aussi élevé, c’est justement parce qu’il est privé. D’une part, ilrajoute au coût global de la santé les profits réalisés par tous les intermédiaires (ce qui est beaucoup plus limité en France) et de l’autre, il pousse logiquement à la consommation pour gonfler ses profits, ce qui explique que les étasuniens dépensent autant pour leur santé.
Barack Obama sous le feu des critiques
Malheureusement, le président semble sur le point de reculer sur ces deux points pourtant cruciaux tant l’opposition est vigoureuse sur ces deux sujets. Il ne semble pas y avoir de majorité pour faire passer ces deux réformes qui peuvent pourtant nous sembler évidentes vu d’Europe. Le fait de laisser la rédaction du projet au Sénat et à la Chambre des Représentants dans un système institutionnel qui lui donne peu de pouvoirs risque de pousser Barack Obama à capituler sous la pression de ses propres troupes, quelque soit ce qu’il pense lui-même de la réforme…
Et pourtant, les mensonges avancés par le camp d’en face (« les tribunaux de la mort » que représenterait un pôle public) et les exagérations complètement ridicules (les qualificatifs « soviétique » ou « communiste » accolés au projet) devraient discréditer l’opposition. Cependant, les étasuniens restent traumatisés par l’énormité des plans de sauvetage des banques et du plan de relance de l’économie, qui sont financés par un endettement massif du pays. Cela a donc ravivé la méfiance radicale des citoyens à l’égard de toute intervention de l’Etat dans leurs affaires…
Aujourd’hui, je ne donne pas cher des deux principales réformes du système de santé. Elles risquent d’être emportées par la mauvaise foi de ses opposants, l’impuissance institutionnelle organisée du président et un contexte d’après crise qui réveille les sentiments anti-Etat de la population.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/18/critiq...
11:10 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, réforme du système de santé, couverture universelle
17.08.2009
De la démocratie en France et aux Etats-Unis
La difficulté de Barack Obama à faire passer la nécessaire réforme du système de santé étasunien conduit à se poser des questions sur le fonctionnement de la démocratie aux Etats-Unis par rapport à notre pays. Merci à Pierre, un ami franco étasunien pour ses échanges sur le sujet.
De Mars et de Vénus…
La France et les Etats-Unis sont deux des démocraties les plus emblématiques de la planète. On ne compte plus le nombre de pays qui se sont inspirés de nos institutions pour constituer les leurs. Pourtant, depuis 1958 et l’avènement de la Cinquième République, nos démocraties sont devenues encore plus dissemblables. Alors que la Constitution Etasunienne est toute dans le « check and balance », équilibrant sans cesse les pouvoirs des uns par des contre-pouvoirs, la France s’est choisie une Constitution qui donne une très grande latitude d’action au président élu et sa majorité.
D’une part, on note une méfiance vis-à-vis du politique, auquel on met toutes sortes de barrière (mandats courts – 2 ans à la Chambre des Congrès – moindre autorité du Président…) mais qui est profondément influencé par les lobbys ainsi que la publicité (les sommes dépensées pour les campagnes électorales étaient déjà énormes il y a un siècle). De l’autre, un pouvoir quasi régalien pour un président aux larges attributions, doté dans un premier temps d’un mandat de 7 ans, alors que les députés disposent de 5 longues années pour faire leur travail avant d’affronter le suffrage de leurs concitoyens.
Les Etats-Unis : une démocratie faible
Le résultat se retrouve dans la réforme du système de santé. Les députés démocrates, terrorisés à l’idée des campagnes médiatiques qui pourraient être menées contre eux, traînent des pieds pour soutenir le projet du Président, qui a pourtant en partie permis leur élection… Barack Obama, pourtant le président le mieux élu depuis des années, semble impuissant pour prendre le contrôle d’un processus démocratique qui souffre d’immenses disfonctionnements, entre pouvoirs des lobbys, de la publicité, ou redécoupage partisan des circonscriptions électorales protégeant les sortants.
Cette faiblesse du pouvoir exécutif, voulue dans un pays où le président cohabite souvent avec une majorité législative différente, serait la conséquence d’une méfiance dans les politiques et les bureaucrates, jusque dans le rang des démocrates les plus progressistes. Le problème est que cette construction institutionnelle complique fortement la tâche de la réforme essentielle du système de santé mais qu’elle n’a pas empêché le plus mauvais président depuis des décennies, Georges W Bush, de souvent emmener son pays dans de très mauvaises directions.
Pour qui construire une Constitution ?
Faut-il concevoir une Constitution en pensant au plus mauvais président possible, ce qui pousse inévitablement à limiter au maximum son pouvoir et à instaurer une multitude de contre-pouvoirs ? Ou faut-il construire des institutions en pensant à la meilleure personne possible, lui donnant une capacité de transformation colossale pour le pays ? Les Etats-Unis ont choisi la première voie, sans doute par méfiance dans l’action publique fédérale. En 1958, a France a choisi la seconde.
Bien sûr, en tant qu’opposant à Nicolas Sarkozy, on pourrait souhaiter voir son pouvoir limité au maximum. Mais réduire la possibilité d’action d’un président que l’on juge mauvais, c’est aussi réduire la capacité d’action de celui que l’on soutiendra, lui mettant des bâtons dans les roues quand il voudra mettre ses projets à exécution. Instruit des limites de la 3ème République et de celles de la 4ème, le Général de Gaulle a fait le pari de proposer aux Français un édifice qui, en donnant une vraie latitude d’action au président élu, permet au suffrage populaire de trouver sa traduction concrète.
En fait, tout ceci montre le pessimisme sous-jacent de la pensée libérale, pour laquelle les hommes ne seraient pas bons, comme le montrent Jacques Généreux ou Jean-Claude Michéa. À l’inverse, la pensée gaulliste est une pensée optimiste, qui croit en l’homme. D’où des choix institutionnels différents.
11:09 Publié dans Actualités, Gaullisme, International | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, constitution américaine, 5ème république
16.08.2009
La difficile réforme du système de santé de Barack Obama
C’était une des promesses phares du candidat démocrate lors de la campagne présidentielle de l’année passée : la réforme du système de santé étasunien. Malheureusement, la réforme se passe de plus en plus mal, au point de poser des questions sur le président…
Une réforme nécessaire mais difficile
Le système de santé étasunien a sans doute la palme de celui qui fonctionne le plus mal. En effet, même si la santé engloutit 16% du PIB (soit 50% de plus que n’importe quel pays, voir le double de certains), non seulement le pays n’est pas mieux soigné (il est classé au 37ème rang mondial selon l’OMS) mais en plus 15% de la population n’est tout simplement pas couverte. Bref, il réalise le tour de force de ne pas couvrir tout le monde, tout en étant le plus cher et peu efficace…
C’est pourquoi la réforme proposée par le nouveau président pouvait paraître évidente. Son objectif est double : réduire les coûts et couvrir l’ensemble de la population. A priori, rien de choquant. Sauf que le débat aux Etats-Unis est devenu une caricature complètement déconnectée de la réalité. Les partisans du statut quo (dont on se demande comment ils peuvent s’opposer à la réforme d’un système qui marche aussi mal), utilisent les pires arguments pour attaquer le projet de réforme de santé.
Système « communiste », mise en place de « tribunaux de la mort » administratifs qui décideraient si une personne a le droit d’être soignée ou non. Les opposants à la réforme du système de santé ne reculent devant aucune exagération pour la disqualifier. Les républicains utilisent cette réforme pour essayer d’abattre l’administration Obama, qu’ils souhaitent « Carteriser ». Certains démocrates modérés commencent à hésiter devant la violence des critiques et le risque de campagne négative.
Un pays difficile à réformer
La situation promet de rester difficile à la fois pour des raisons internes aux Etats-Unis. Tout d’abord, une majorité du pays est désormais opposée à la réforme. Les raisons sont simples. Selon un sondage YouGov cité par The Economist, 20% de la population pense profiter de la réforme, et 40% pensent y perdrent. Mais surtout, près de 70% des Américains pensent que le principal problème est le coût du système contre 25% qui pensent que le principal problème est la non couverture de 15% de la population.
Résultat, l’objectif premier de Barack Obama, même s’il l’a annoncé lors de sa campagne, est déconnecté des attentes de la population. Pire, toute tentative d’encadrement des dépenses de santé est prise pour une intervention insupportable de l’administration dans la vie des citoyens étasuniens et est immédiatement qualifiée de « communiste » ou « soviétique », l’insulte suprême. Résultat, le plan sur lequel travaillent les membres du Congrès et du Sénat s’éloigne de plus en plus des objectifs de Barack Obama.
Il finit par se concentrer sur des réductions de coût d’autant plus difficiles à faire accepter que tous les membres du Congrès et du Sénat craignent que leur vote ne soit ensuite brandi contre eux lors de campagnes publicitaires négatives déformant la réalité et qui pourraient les rendre responsables de la mort de telle ou telle personne. Les parlementaires ne travaillent pas sereinement.
Les erreurs de Barack Obama
Ce qui fait toucher à des choix discutables du président. Se souvenant de l’échec du plan d’Hillary Clinton, quand les Assemblées avaient refusé un plan concocté à la Maison Blanche, Barack Obama en a confié la réalisation aux députés et sénateurs. Mais, comme cela s’est passé pour le plan de soutien à l’économie et le plan climat, cela est la porte ouverte aux lobbys et aux craintes de campagne négative. Résultat, cette sous-traitance freine la réforme et donne le pouvoir aux démocrates conservateurs (les « blue dogs »).
Car le centre de gravité politique des Etats-Unis est resté très à droite malgré l’élection de Barack Obama. Contrairement à Franklin Roosevelt, qui n’avait pas hésité à tenir des propos extrêmement clivants, Barack Obama a tenu un discours très centriste, qui, s’il a l’avantage d’être plus difficilement attaquable en campagne, ne prépare pas le pays à des choix difficiles. Il porte une part de responsabilité dans le fait de ne pas avoir gagné un mandat plus précis et clair sur les changements qu’il souhaitait apporter.
Cette réforme peut faire ou défaire l’administration Obama. Le président étasunien l’a bien compris et met toute son énergie pour essayer de cadrer un débat parti dans des extrêmes déplorables.
Source : The Economist 1er août
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/11/...
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/15/...12:07 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, système de santé, réforme, blue dogs
12.08.2009
Une brèche dans l’exception bancaire Suisse
Certes, la remise en cause du secret bancaire n’est que partielle. Mais alors que le système financier mondial sort indemne de la pire crise économique depuis des décennies, il est réjouissant de voir quelques failles dans les enfers de l’argent que sont ce qu’on appelle bien bizarrement les « paradis fiscaux »…
Des Etats moins tolérants
La crise aura au moins eu le mérite d’éveiller les Etats au scandale que sont ce qu’on appelle « les paradis fiscaux », dans une défaite sémantique des grands états démocratiques devant des pratiques bien peu républicaines. En effet, l’Allemagne avait montré l’exemple en n’hésitant pas à payer un cadre de la banque du Lichtenstein pour obtenir des informations sur les citoyens Allemands qui avaient fraudé le fisc. Il y a quelques décennies, le Général de Gaulle avait menacé Monaco d’un blocus pour obtenir des concessions à leur régime fiscal (voir deuxième lien qui relate la crise de 1962).
Après l’Allemagne, c’est au tour des Etats-Unis de mettre une pression peu commune sur les banques Suisses et UBS en particulier de manière à obtenir des informations sur les évasions fiscales. L’administration Obama met une double pression, à la fois sur les individus et sur les banques qui les accueillent de manière à s’attaquer véritablement au cancer républicain que représente l’évasion fiscale. Même s’il est fort possible que les avancées n’aillent pas assez loin, il est forcément positif de faire reculer le secret bancaire quand il ne cherche qu’à couvrir des comportements anti-citoyens.
Le chemin reste long…
Quelle est la signification de ces coups de force ? Un prélude à une véritable remise en cause de ces exceptions bancaires ou des coups de menton destinés à donner le change à des citoyens qui réclament une plus grande justice après la crise financière ? Le contexte actuel, beaucoup plus difficile pour les finances publiques, peut avoir pour conséquence positive de pousser les Etats à rechercher l’argent là où il est, à l’abri de l’impôt citoyen. Une telle évolution serait la bienvenue tant la tolérance des grands Etats était incompréhensible, pour ne pas dire suspecte.
Cela rejoint la proposition de Frédéric Lordon qui recommande purement et simplement d’interdire toute transaction financière entre la Zone Européenne Financière continentale et les « paradis fiscaux ». Après tout, si les grands Etats mettaient en place une telle mesure, il serait possible de mettre fin à cette exception anti-citoyenne. Ces micros Etats ne peuvent pas vivre seuls. Ils fonctionnent comme des sangsues pour les grands Etats, suçant l’argent des riches contribuables. Il revient aux hommes politiques d’agir fermement pour remettre en cause cet état de fait.
Petit à petit, il semble que les grands Etats démocratiques remettent en cause les avantages scandaleux des « paradis fiscaux ». Même si cela n’est pas forcément pour les bonnes raisons, cela représente un progrès, même s’il reste encore beaucoup à faire.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/10/apres-u...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : paradis fiscaux, suisse, banques, ubs, etats-unis
23.07.2009
Obama met la pression sur Israël
Jusqu’au début de l’année, les Etats-Unis étaient l’allié inconditionnel d’Israël. Quels que soient les actes et les décisions du gouvernement de l’Etat hébreu, Washington le soutenait. L’élection de Barack Obama semble avoir changer les choses plus que l’on ne pouvait s’y attendre.
Le scandale des colonies
Le terme « colonies », ressurgi de l’histoire, a un sens précis et il est surprenant qu’il soit utilisé avec autant d’indifférence à propos d’un sujet aussi grave. Non seulement Israël continue à occuper une partie du territoire Palestinien mais en plus l’Etat hébreu continue à agrandir les colonies au mépris de l’autorité palestinienne, dont le nom est malheureusement bien mal choisi. La colonisation de la Palestine par Israël est une des raisons principales de l’enlisement du processus de paix.
Mais jusqu’à présent, l’administration étasunienne ne critiquait pas l’attitude de son allié et allait même jusqu’à sous-entendre que ces colonies ne pourraient sans doute pas être retournées à leur légitime possesseur. Si Israël avait accompli un progrès décisif en se retirant de celles de la bande de Gaza, une telle option semblait inenvisageable à court terme en Cisjordanie, en l’absence de toute pression de la communauté internationale.
Le 180° de l’administration étasunienne
Alors qu’il n’avait guère abordé ce sujet lors de sa campagne, Barack Obama a rapidement changé la tonalité de la diplomatie à Washington. Avant sa première rencontre avec le nouveau Premier Ministre, il a lourdement insisté pour que le gouvernement israélien gèle la construction de colonies. Dans chacun de ses discours, il insiste sur ce point fondamental (prélude, je l’espère, à un retrait). Et cette semaine, la tension est montée d’un cran avec la menace de sanctions financières.
En effet, le gouvernement fédéral pourrait réduire ses aides à l’Etat d’Israël si la construction des colonies n’est pas gelée. Les relations entre les deux Etats n’ont jamais été aussi tendues, ce qui pourrait contraindre Tel Aviv à changer son fusil d’épaule devant une telle pression de son premier allié. On pourra seulement regretter que la France ne soit pas davantage montée au créneau sur une telle question, pourtant essentielle dans la mésentente entre pays occidentaux et musulmans.
Si le retour du Likoud au pouvoir ne laissait rien présager de bon pour la paix au Proche-Orient, , l’action de Barack Obama offre un vrai contre-poids. En prenant fermement position contre la politique de colonisation d’Israël, il peut imposer un nouveau dialogue à Tel Aviv.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2009/07/21/01003-200...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : colonies, palestine, israël, barack obama, gaza, cisjordanie



