19.06.2009
La réformette de la finance de Barack Obama
Hier, Barack Obama a annoncé sa réforme du système financier. Le Figaro et Le Monde en ont une lecture radicalement différente, mais sans doute à l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre.
La réformette de la finance
En effet, les mesures annoncées restent assez limitées. De nouveaux organismes de régulation sont annoncés mais leurs pouvoirs restent relativement vagues. Certes, la Fed se voit offrir une supervision des institutions financières, une agence de protection des consommateurs est créé ainsi qu’un conseil de surveillance des services financiers mais ce ne sont pas les comités qui permettent de réformer un système mais bien des mesures concrètes, ce qui manque précisément au projet.
Et les mesures concrètes ne sont pas très claires. L’inscription des fonds spéculatifs ne représente pas une garantie que les excès passés seront éradiqués. Et même Le Monde, pourtant très positif, ne se montre pas très optimiste sur le contrôle des produits dérivés, question pourtant essentielle. Les normes sur la titrisation vont dans le bon sens, mais il ne faut pas oublier qu’au G20, les chefs d’Etat se sont mis d’accord pour que seulement 5% du risque ne puisse pas être vendu…
Le Monde contre Le Figaro
D’un côté, Le Monde, journal étiqueté de centre-gauche applaudit à une telle réforme, « la plus grande réforme depuis les années 30 », ce qui pourrait suggérer un retour de l’Etat et de réglementation. Mais de son côté, le Figaro relativise clairement l’importance des mesures annoncées, soulignant que Barack Obama ne souhaite pas braquer le Congrès avant sa réforme du système de santé. Paradoxalement, le journal dit de droite annonce que cette réforme est moins importante que le journal dit de gauche.
Théoriquement, le discours devrait être inversé si Le Figaro était plus libéral que Le Monde. Cette interprétation surprenante révèle deux choses. Tout d’abord, que Le Monde n’est pas forcément moins libéral que Le Figaro. Ensuite, que la réforme du président Américain reste finalement assez limitée. La création d’innombrables comités est rarement le signe d’une véritable volonté de réforme. Sur le fond, il est difficile de voir ce qui va changer avec l’avant crise, où il existait également de tels organismes.
Les oublis de Barack Obama
Il y a un point potentiellement très positif dans les annonces du président Américain : le relèvement des obligations en matière de capital. Mais en l’absence de chiffrage précis et étant données les autres mesures, il faudra attendre d’en savoir plus pour revoir éventuellement son jugement. Une telle mesure est essentielle car en imposant aux institutions financières de détenir une part beaucoup plus grande de capital par rapport à leur bilan, les excès commis auraient été beaucoup plus limités et la crise évitée.
Mais il faudrait sans doute remonter le montant des fonds propres de manière radicale, ce que personne n’évoque. En outre, l’idée de taxe Tobin n’est pas présente dans les mesures évoquées alors qu’elle représente sans doute un levier majeur pour réduire le pouvoir de la spéculation et faire dégonfler la bulle financière tout en faisant davantage contribuer le monde financier à la collectivité, ce qui ne serait pas un mal après le renflouement étatique de tant de banques...
Si la réaction de Barack Obama pour sauver l’économie Américaine de la dépression a été à la hauteur, le manque de substance de son plan d’encadrement de la finance sème les graines d’une nouvelle crise.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/17/financ...
http://www.lefigaro.fr/economie/2009/06/17/04001-20090617...
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13.06.2009
Discours de Dakar : merci Jacques Chirac
Autant Nicolas Sarkozy se montre assez peu soucieux des traditions, autant Jacques Chirac s’en est toujours fait un ardent défenseur. Il montre notamment un souci très républicain de ne pas émettre la moindre critique à l’égard de son successeur. Il vient néanmoins de faire une petite exception à cette règle.
L’homme africain
Cette première critique porte sur le discours de Dakar, où Nicolas Sarkozy affirmait que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme Africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » ou que « dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable, où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ».
Jacques Chirac y a répondu de manière élégante, sans directement évoquer son successeur, mais de manière transparente néanmoins : « l’homme Africain est entré dans l’Histoire. Il y est même entré le premier. On ne peut avoir à son égard que du respect, le respect que l’on a pour un ancêtre commun ». Cette remise au point est la seule entorse que l’ancien président de la République s’est autorisée par rapport au respect républicain qu’il estime devoir au président de la République.
Autres temps, autres mœurs
Cette petite pichenette à l’égard de Nicolas Sarkozy permet de mieux comprendre pourquoi Jacques Chirac est, deux ans après son départ de la présidence de la République, l’homme politique préféré des Français, dans une forme de critique adressée à celui qui voulait rompre avec le passé et les pratiques de son prédécesseur. Car on retrouve beaucoup de ce qui faisait Jacques Chirac dans cette petite phrase.
On retrouve sa passion pour les autres civilisations et l’Histoire, sa politesse, qui peut être empreinte d’une grande fermeté néanmoins. Bref, tout le contraire de ce président agité, manquant de culture, parfois vulgaire et dont l’agressivité verbale n’est parfois que la compensation d’un manque de fermeté… Pas étonnant que les Français soit nostalgique de cette époque où notre Président de la République se comportait comme un Président et non comme un parvenu.
C’est pourquoi je dis merci à Jacques Chirac d’être sorti pour la première fois de sa réserve républicaine pour montrer que décidemment, ce n’était pas la voix de la France qui s’exprimait le 26 juillet 2007.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/06/12/01002-2009061...
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
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02.06.2009
Palestine : merci Obama !
La semaine dernière, Barack Obama a sérieusement rappelé à l’ordre Israël sur la question des colonies implantées en Palestine, dans un revirement majeur par rapport à l’administration Bush. Enfin une prise de position plus critique à l’égard de ces colonies !
Le virage de l’administration Américaine
Comme le montre bien cet article du Figaro, le geste de Barack Obama représente un virage majeur de l’administration Américaine. Sous la présidence de Georges Bush, les Etats-Unis laissaient Israël construire de nouveaux logements au sein des colonies existantes. L’ancien président avait même déclaré qu’il était « irréaliste » de s’attendre à ce qu’Israël évacue les grands blocs de colonies dans le cadre d’un accord avec les palestiniens, semblant accepter une annexion de ces territoires occupés.
La volte-face de l’administration Américaine remet en cause la relation privilégiée entre les Etats-Unis et l’Etat hébreu puisque Barack Obama refuse toute construction, y compris au sein des colonies existantes, qui rassemblent 280 000 Israéliens. L’extrême droite locale y a répondu en évoquant Pharaon ou un équivalent d’expulsion. Mais ce qui est sûr, c’est que les Etats-Unis ne sont plus un allié inconditionnel d’Israël, prêt à accepter sans broncher toutes les décisions de l’Etat hébreu.
Un virage bienvenu
Et ce durcissement de l’administration Américaine est le bienvenu. Car la question des colonies israéliennes est un scandale diplomatique trop ignoré par la plupart des chancelleries. Comment ne pas être choqué par l’installation de ressortissants d’un Etat sur le territoire d’un autre Etat, sans l’accord de ce dernier ? Le terme de colon est malheureusement bien choisi puisque cela n’est pas sans rappeler ce que faisait les pays européens en Afrique il y a un siècle ou en Amérique Latine il y a plusieurs siècles.
À dire vrai, plus que la fin des constructions, la communauté internationale devrait demander le retrait pur et simple de ces colonies, qui empêchent la fin du conflit. Mais, si elle est insuffisante, l’évolution de la position Américaine n’en est pas moins suffisamment marquante pour être saluée. Il faudra cependant aller plus loin car il n’est pas acceptable qu’Israël viole à ce point la souveraineté palestinienne en disposant ainsi de la Cisjordanie, pour y implanter des colonies ou y construire un mur…
Et pour cela, merci Barack Obama ! Paradoxalement, la nouvelle administration Américaine adopte une attitude plus critique que la France vis-à-vis d’Israël dans un renversement diplomatique qui était impensable il y a seulement quelques années.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2009/06/01/01003-200...10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : israël, cisjordanie, barack obama, palestine, colonies
23.05.2009
Japon, Allemagne : l’illusion commerciale
Il y a 20 ans, le Japon et l’Allemagne étaient les exemples donnés à tous en matière économique : des pays innovants, tournés vers l’exportation. Aujourd’hui, ces pays sont plus violemment que les autres victimes de la crise économique, remettant en cause leur modèle économique.
Un modèle économique en échec
-15,2% en rythme annuel : telle est la baisse du PIB Japonais au premier trimestre 2009, après une baisse de 13% au quatrième trimestre 2008. En seulement six mois, l’économie japonaise a vu sa richesse se réduire de 7%. La violence de la récession n’y a rien d’équivalent depuis la Grande Dépression. Elle aussi, l’économie allemande subit une récession très violente puisque le PIB y a reculé de 3,8%, soit 15% en rythme annuel. Sur un an, le PIB Allemand recule de plus de 6%…
Pourtant, l’Allemagne et le Japon n’avaient pas connu la moindre bulle immobilière avant le déclenchement de la crise. Et si l’Etat Japonais était considérablement endetté avant la crise, ce n’était pas le cas de l’Allemagne, qui gérait avec modération ses finances publiques. Avant le déclenchement de la crise, l’Allemagne était montrée comme l’exemple à suivre, parce qu’elle avait construit son modèle sur les exportations et n’avait pas hésité à comprimer ses salaires pour gagner en compétitivité.
Un modèle à bout de souffle
Les chiffres d’aujourd’hui montrent bien que pour les pays riches, un modèle économique tourné vers les exportations ne fonctionne plus. En période de croissance mondiale, les efforts de modération salariale dépriment le marché intérieur et donc la croissance pour assurer la compétitivité commerciale. Et en cas de retournement économique mondial, ces pays sont les premiers à souffrir de l’effondrement économique. Quelle que soit la situation économique, ils perdent !
C’est qu’un modèle économique basé sur les exportations industrielles dans un pays développé n’est plus viable aujourd’hui dans un monde où la déréglementation commerciale met en concurrence des pays dont les écarts de coûts salariaux vont de 1 à 20. Sans écluse commerciale, ces pays sont condamnés au mieux à une croissance molle et au pire à un effondrement économique s’ils finissent par être dépassés par les pays émergents.
Il faut espérer que cette crise fasse prendre conscience à l’Allemagne et au Japon des limites de leur modèle économique. Ainsi, ils pourraient devenir les acteurs de la construction d’un nouveau modèle, incluant notamment des éléments protectionnistes.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/05/20/04001-20090520...
http://www.lesechos.fr/info/inter/reuters_00148349-le-pib...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : japon, allemagne, protectionnisme, libre-échange
22.05.2009
L’Europe ignore la brèche dans l’étalon dollar
C’est un événement économique d’importance qui a eu lieu cette semaine, sans pourtant faire un grand bruit dans les médias. Le Brésil et la Chine se sont mis d’accord pour que leurs échanges commerciaux soient basés sur leurs monnaies respectives et non le dollar.
Le début de la fin pour le dollar ?
Edward Hadas a raison de souligner que la remise en cause du dollar, si elle semble bien engagée aujourd’hui, prendra du temps, du fait des habitudes et de la place centrale qu’il a acquise depuis des années. Cependant, tout indique désormais que cette situation devrait évoluer à moyen / long terme. La Chine montre d’autant plus de signes d’impatience qu’elle serait la première victime d’une dépréciation du billet vert étant donnée l’immensité de ses réserves (plus de 2 000 milliards de dollars).
Et d’ailleurs, l’amoncellement de réserves de la Chine n’est pas sans rappeler l’accumulation d’or pratiquée par les Etats-Unis à partir de la première guerre mondiale et qui avait permis à leur monnaie de devenir « aussi bonne que l’or ». La décision des autorités de Pékin et Brasilia est doublement intéressante. D’une part, elle démontre la volonté de deux grandes puissances économiques émergentes de remettre en cause le rôle du dollar. De l’autre, elle montre une volonté de coordination entre ces pays.
Un nouvel ordre économique en marche ?
Comme le souligne bien l’article, il ne manquerait plus que la Russie et l’Inde se joignent au Brésil et à la Chine pour que la remise en cause du dollar prenne un tour plus radical. Le nouvel ordre économique mondial pourrait donc être le résultat d’une alliance des pays émergents contre l’hégémonie et le privilège monétaire des Etats-Unis, sans la moindre coordination avec le Japon ou l’Europe.
Car c’est là tout le paradoxe de la situation. L’Europe et le Japon ont été les victimes d’une forte appréciation de leur monnaie face au dollar qui a plongé leur économie dans une crise encore plus sévère qu’aux Etats-Unis. Pourtant, la nature du déclencheur de la crise (la crise de l’immobilier) aurait dû les protéger partiellement. Mais la politique monétaire agressive de la Fed a provoqué une dépréciation du dollar qui a amorti la crise outre-Atlantique tout en l’aggravant au Japon et dans la zone euro.
C’est pourquoi Tokyo et les capitales européennes devraient être en première ligne pour remettre en cause le privilège du dollar et chercher à organiser un système alternatif. Au pire, nous devrions au moins être prêts à rejoindre l’initiative du Brésil et de la Chine pour mettre un coup de butoir définitif contre l’étalon dollar et créer un nouveau système monétaire international. Mais comme d’habitude, le train de l’histoire passe sans que les dirigeants européens ne réagissent…
Bonne nouvelle : la remise en cause du système monétaire actuel, qui privilégie outrageusement les Etats-Unis a fait un pas en avant décisif. Mauvaise nouvelle : les pays européens n’ont pas rejoint cette initiative qu’ils regardent comme une vache regarde passer les trains.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/20/la-fin-...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : dollar, brésil, chine, inde, russie, europe, système monétaire international
20.05.2009
Israël en solo
Lundi, Barack Obama a rencontré Benyamin Nétanyahou pour parler du conflit israélo-palestinien. Une nouvelle occasion de souligner à quel point l’Etat hébreu semble désormais ne plus écouter quiconque dans la conduite de sa politique.
Une diplomatie américaine plus critique
La nouvelle administration Américaine adopte heureusement une position plus distanciée à l’égard de son allié de toujours, Israël. Barack Obama a ainsi mis les pieds dans le plat en évoquant la création d’un Etat palestinien, alors que le nouveau premier ministre israélien se refuse à en parler. Il a également souligné la nécessité pour l’Etat hébreu de cesser toute construction de colonies dans les territoires occupés, alors que le Premier ministre ne veut pas remettre en question leur développement.
Tout le paradoxe de ces deux dernières années est l’évolution diamétralement opposée des diplomaties Française et Américaine. D’une part, la France a abandonné sa politique originale en Occident pour s’aligner sur la plupart de ses partenaires occidentaux. De l’autre, les Etats-Unis ont mis une légère sourdine à leur soutien inconditionnel à Israël même si pour l’instant, les mots de la nouvelle administration ne restent que des mots et ne se sont pas traduits en acte.
Comment faire évoluer Israël ?
Et c’est là tout le problème. Depuis quelques années, il semble qu’Israël puisse faire tout ce qu’il souhaite sans la moindre conséquence concrète. Déclenchement de deux guerres, au Liban puis à Gaza, faisant un nombre très important de victimes, poursuite scandaleuse de la colonisation des territoires occupés. Israël peut faire n’importe quoi, la communauté internationale ne réagit pas. Et en ne faisant rien, nous apportons un soutien implicite à la politique de Tel Aviv et les encourageons à faire ce qu’ils veulent.
Et c’est pour cela que la communauté internationale devrait passer des mots aux actes. En dénonçant timidement les colonies depuis des années sans rien faire d’autre alors qu’Israël continue à en construire, on peut croire à un double langage. Le manque évident de bonne volonté de la nouvelle administration devrait être sanctionné beaucoup plus durement pour montrer que nous ne sommes pas d’accord avec la politique suivie. Si Israël continue dans la même voie, nous devrions rompre nos relations diplomatiques.
Même s’il est légitime que l’Etat hébreu se protège, la poursuite de la colonisation et les guerres du Liban et de Gaza sont inacceptables. En les condamnant mollement sans rien faire d’autres, nous nous montrons complices. Il est temps de reconsidérer nos relations avec Israël.
Source : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/05/16/ne...
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/05/18/fa...
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25.04.2009
Après le G20 (2/2) : une nouvelle alliance pour changer d’ordre monétaire
La réunion du G20 n’a pas seulement consacré un nouvel ordre économique associant enfin davantage les pays émergents à la gouvernance économique mondiale. Elle a aussi consacré un G2 alliant Etats-Unis et Chine, qui oeuvrent finalement pour maintenir le système économique en l’état.
Un nouvel ordre économique instable
Les manières polies et très diplomatiques de Barack Obama ne doivent pas faire illusion. Ce sont encore les Etats-Unis qui conservent une forme de leadership mondial, y compris sur les décisions économiques. Même si l’Europe peut dire non à un renforcement des plans de soutien, la tiédeur des décisions du G20 (hormis la rallonge accordée au FMI) doit beaucoup à l’administration américaine, qui profite trop du système à travers le dollar pour vouloir complètement le remettre en cause.
En outre, la Chine se satisfait finalement assez de ce nouveau tête-à-tête avec la première puissance de la planète qui consacre de facto son rang de super puissance. En outre, l’Empire du milieu peut se satisfaire d’un système où il prête aux Etats-Unis pour que les consommateurs américains continuent à importer massivement ses productions. En devenant l’usine du monde, la Chine acquiert un pouvoir économique considérable qui se mesure à ses 2000 milliards de dollars de réserves.
Mais cet équilibre est très instable, comme le montre la crise actuelle. Même la Chine souffre d’une baisse de ses importations et d’un ralentissement économique synonyme de chômage. D’ailleurs, les Chinois s’expriment publiquement en faveur d’un remplacement de l’ordre monétaire actuel qui fait du dollar la monnaie de réserve du monde. Ils ont ainsi proposé de le remplacer par les DTS (Droits de Tirage Spéciaux), un panier des grandes monnaies du monde.
Une nouvelle alliance qui se dessine
En effet, la Chine a été prise au piège du dollar. Parce qu’elle a engrangé des réserves colossales, elle serait la première victime d’un effondrement du billet vert, ce qui la pousse à soutenir la monnaie américaine. C’est sans doute pour cela qu’elle s’est exprimée en faveur d’un nouvel ordre économique mondial. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que les Etats-Unis résistent farouchement à toute remise en cause du privilège exorbitant du dollar (totalement ignoré au G20…).
La seule solution pour réformer le système monétaire international serait une alliance entre l’Asie et l’Europe pour construire un système alternatif basé soit sur les métaux précieux soit sur un panier de monnaies. Seule l’alliance de la puissance économique des deux continents permettrait de remettre en question l’ordre actuel. Si l’Europe continentale s’alliait avec les principales puissances asiatiques (Chine, Japon, Inde) pour créer un nouveau système monétaire international, les Etats-Unis n’y pourraient rien.
Une telle alliance sera très difficile à construire, mais aujourd’hui les deux blocs continentaux ont intérêt à le faire. La Chine veut sortir du système dollar. Le Japon subit une appréciation massive du yen qui asphyxie son économie après deux décennies de stagnation et l’Europe continentale pourrait vouloir sortir de cette domination du dollar pour mettre des écluses entre nos économies et celle des Etats-Unis pour la transmission des crises venues d’outre-Atlantique.
Le fait que la crise actuelle se soit déclenchée aux Etats-Unis et que des pays qui n’avaient commis de tels excès en soient des victimes collatérales peut pousser à une remise en question du système monétaire international. Une alliance entre l’Asie et l’Europe continentale aurait les moyens d’y parvenir.
11:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : système monétaire international, dollar, dts, chine, europe
18.04.2009
Ce que révèle la nouvelle bourde diplomatique de Nicolas Sarkozy
Mercredi, Nicolas Sarkozy a reçu un groupe de parlementaires Français de tous les partis politiques. Il aurait tenu des propos peu amènes sur ses collègues du G20, déclenchant une vive polémique dans les pays visés par ses nouvelles saillies.
L’objet du délit
Barack Obama serait «un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n'a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n'a pas de position». Il ne serait «pas toujours au niveau de décision et d'efficience» de son homologue français. Quant à Angela Merkel, selon Nicolas Sarkozy, «quand elle s'est rendu compte de l'état de ses banques et de son industrie automobile, elle n'a pas eu d'autre choix que de se rallier à ma position».
Enfin, Jose Luis Zapatero ne serait « peut-être pas très intelligent ». Seul le Premier ministre Italien aurait eu droit à un compliment : «L'important dans la démocratie, c'est d'être réélu. Regardez Berlusconi, il a été réélu trois fois.» Les défenseurs du président de la République cherchent timidement à contester la véracité de ces propos, démentis par l’Elysée. Mais d’une part, ils ont été confirmés par plusieurs parlementaires, et de l’autre, il est parfaitement crédible qu’il les ait prononcés.
Ces propos ont déclenché une vive polémique en Espagne et au Royaume-Uni. Les médias étrangers critiquent son côté « fanfaron », sa « grossièreté », sa « vantardise ». Bref, Nicolas Sarkozy continue à irriter et ne contribue pas à donner une bonne image de la France à l’étranger. Il choque inutilement une nouvelle fois les autres dirigeants, ce qui ne va pas améliorer nos relations avec eux…
Ego, irrespect et confrontations
Et il est vrai que de tels propos ne dénotent pas dans la bouche de Nicolas Sarkozy. On y retrouve de nombreux travers du président de la République. Tout d’abord, un ego démesuré, qui lui fait dire que Barack Obama n’est pas à son niveau ou qu’Angela Merkel s’est ralliée à ses positions. Ensuite, on retrouve également le manque criant de formalisme d’un président qui oublie beaucoup trop souvent les exigences de diplomatie et de représentation de sa fonction.
Ensuite, ces saillies inutiles révèlent un besoin de confrontations enfantin qui traverse l’ensemble de ses déclarations. Pourquoi a-t-il toujours besoin de critiquer n’est-il pas capable d’adopter un discours apaisé et tourné vers l’avenir et les propositions ? Enfin, le compliment accordé à Silvio Berlusconi est d’autant plus choquant que le Premier ministre Italien multiplie les bourdes, parlant du « bronzage » de Barack Obama ou du « camping » des Italiens touchés par le tremblement de terre.
Nicolas Sarkozy saura-t-il un jour se comporter comme un Président de la République le devrait ? Saura-t-il un jour tenir sa langue et ne pas dire tout ce qui lui passe par la tête ? Finalement, son élection a provoqué chez lui un relâchement qui le rend encore moins présidentiel que le candidat qu’il était, c’est dire !
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/17/sarkoz...
http://www.lefigaro.fr/international/2009/04/17/01003-200...11:36 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, angela merkel, silvio berlusconi, josé-luis zapatero
14.04.2009
Ce que le néolibéralisme fait à la diplomatie
La somme des intérêts égoïstes permettrait de produire de l’intérêt général. Si la théorie libérale s’est à nouveau fracassé sur le mur de la réalité avec la crise, son influence n’a pas fini de se faire sentir, par la tournure d’esprit qu’elle donne aux diplomaties de la planète.
Du néolibéralisme et de l’Europe
Quand les Etats européens négocient un nouveau paquet climat, c’est une foire d’empoigne pour négocier des exemptions ou de meilleurs quotas pour ses industriels. La mise en place d’une taxe nous aurait épargné ce spectacle assez peu réjouissant. En fait, les pays européens n’ont pu s’entendre que sur un plan coordonné pour sauver des banques. En revanche, les plans de soutien à la demande ne sont pas concertés et les pays qui le peuvent, comme la Grande-Bretagne, utilisent la dépréciation monétaire…
Sans doute en bonne partie sous l’influence néolibérale, l’Union Européenne n’est plus un espace où un intérêt général européen pourrait s’imaginer mais simplement un champ de bataille où chacun cherche à protéger mesquinement ses propres intérêts ou, mieux, à les imposer aux autres pays, voir dans le cas des lobbys, à les imposer aux gouvernements et aux peuples. Les ravages de l’idéologie néolibérale sont ancrés profondément dans l’ensemble des Institutions européennes.
Dans les années 50, la France et l’Allemagne étaient capables de construire un projet commun, la CECA, qui servait leurs intérêts communs. Dans les années 60, le Général de Gaulle avait réussi à faire adopter une Politique Agricole Commune avec un grand dessein. Avec Airbus et Ariane, les Etats ont su faire preuve d’une certaine abnégation pour construire un dessein plus grand.
Du néolibéralisme et de la diplomatie
Il en est de même à l’échelle de la planète. Qu’avons-nous appris aux pays émergents si ce n’est une logique détestable de rapports de force où le plus puissant fait ce qu’il veut et peut imposer sa volonté à plus faibles que lui. Quand les pays riches traversent une crise économique, ils n’hésitent pas à creuser les déficits pour amortir la crise. Quand les pays émergents vont mal et qu’ils sont contraints d’avoir recours à l’aide du FMI, qu’ils cherchent donc à éviter, on leur impose des cures d’austérité…
Diplomatiquement, la situation est simple. Un pays peut faire ce qu’il veut du moment qu’il est puissant, économiquement ou militairement : les autres pays ne viendront pas lui chercher des noises. En revanche, un pays relativement faible, comme l’Irak, le Liban ou Gaza, pourra être envahi par plus puissant que lui sans la moindre conséquence concrète de la part de la communauté internationale. Le règne du chacun pour soi en économie devient la règle en diplomatie.
Conséquences et remèdes
La volonté de puissance affichée par la Russie ou la Chine est une conséquence logique de la façon dont fonctionne la communauté internationale fonctionne. Malheureusement, c’est ce que nous leur avons appris. La Russie s’est vue imposer une thérapie de choc inhumaine par un Occident inconscient dans les années 90. Il est donc parfaitement normal que le régime russe soit toujours dans une logique de rapports de force avec les autres pays. Nous leur avons montré qu’il valait mieux être puissant et riche…
Dans un autre monde, l’Europe aurait pu tendre la main à sa partie orientale pour l’aider à se relever de l’effondrement du communisme en prenant exemple sur le plan Marshall du sortir de la guerre. Ainsi, nous aurions appris à nos frères de l’Est que l’égoïsme ne fait pas tourner le monde. En un sens, la crise actuelle est une opportunité de nous racheter. Malheureusement, il est peu probable qu’elle soit saisie.
En un sens, l’aventure européenne, jusque dans les années 70, a représenté et représente toujours une formidable aventure humaine qui a permis à des nations autrefois séparées par d’innombrables guerres et des millions de morts, de construire un projet commun qui nous a permis de dépasser les antagonismes et de construire de nouvelles solidarités. Malheureusement, ses promoteurs ont fini par tomber dans un double travers : un dogmatisme ultralibéral sans limites et une volonté affichée d’affaiblir les nations.
Le néolibéralisme prêche la guerre économique entre les nations. Il n’est malheureusement pas étonnant que cet état d’esprit conduise à des comportements belliqueux. Il est urgent d’imaginer de nouveaux projets communs pour remettre de l’intérêt général dans les relations diplomatiques.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/04/le-g20-vers-un...10:55 Publié dans Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, fmi, russie, chine, europe, néolibéralisme
08.04.2009
Merci Ségolène Royal
Je n’aime pas Ségolène Royal quand elle utilise les mêmes ficelles de la victimisation que son adversaire de 2007 ou lorsqu’elle ne se montre pas à la hauteur du débat du second tour, mais pour le coup, à Dakar, en répliquant aux propos de Nicolas Sarkozy, elle a fait honneur à la France.
La voix de la France était ailleurs
Prononcé suffisamment tôt dans le quinquennat, en plein été, le discours de Dakar n’a pas provoqué la polémique qu’il aurait dû engendrer. Je vous laisse en juger : « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.
Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. » Ce discours aux relents néocolonialistes est une véritable honte pour notre pays et la relation que nous entretenons avec l’Afrique. À quoi donc ont pu penser Henri Guaino et Nicolas Sarkozy pour aller insulter l’Afrique en étant invités à Dakar ?
À Dakar, la voix de la France était poitevine
Ségolène Royal, qui est née à Dakar, a profité d’un voyage au Sénégal pour demander « pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis. ». Bien sûr, la candidate de 2007 ne représente pas notre pays, mais je la remercie pour cette intervention qui tempère les propos outrageux du président.
Bien sûr, elle ne représente pas notre pays, mais le débat sur cette question n’est-il pas un moyen un peu habile pour détourner la conversation. Car qu’est-ce qui est le plus choquant : les propos de Nicolas Sarkozy ou le fait que Ségolène Royal s’en excuse ? Pour moi, il n’y a pas photo et le gaulliste que je suis comprend que les paroles et les actes de nos dirigeants peuvent occasionnellement ne pas engager notre pays. Pour moi, c’est Ségolène Royal qui porte la voix de la France en cette occasion.
D’autres lui reprochent de parler bien tard. Mais le poids de cette excuse est tout autre à Dakar même, et je trouve au contraire remarquable qu’elle le fasse à l’endroit même où Nicolas Sarkozy avait tenu ces propos. De toutes les façons, le plus important est clairement le fond du sujet : le président avait-il raison ou non de tenir ses propos « maladroits » selon Bernard Kouchner ? Et sur le fond du dossier, je crois qu’elle a raison de dénoncer des propos que Dominique de Villepin avait déjà critiqués.
Malgré tout, je ne regrette pas d’avoir voté Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle en 2007. En s’excusant pour les propos tenus par Nicolas Sarkozy à Dakar, elle me conforte dans ce choix. Pour la France, et pour l’Afrique également, merci Ségolène Royal.
Le débat entre Kiwis: http://frednetick.fr/04/2009/ouaf-ouaf-ouaf-ouaf-couchee-...
http://careagit.blogspot.com/2009/04/la-france-ce-hochet-...
http://frednetick.fr/04/2009/voir-dakar-et-ecouter-les-ph...
http://www.nickcarraway.fr/2009/04/07/madame-je-sais-tout...
L’intégralité du discours de Dakar : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20071...10:55 Publié dans Actualités, International, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : discours de dakar, ségolène royal, henri guaino, nicolas sarkozy, l'homme africain



