10.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine
C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.
La rupture
Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.
La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.
Main basse sur les médias
Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.
Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.
La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.
Le temps des copains
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.
Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.
La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…
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08.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite économique et sociale
Nicolas Sarkozy n’a jamais brillé par ses compétences économiques, même s’il fut ministre du budget en 1993 et brièvement ministre des finances en 2004. A mi-parcours de son mandat présidentiel, son bilan montre à nouveau qu’il ne maîtrise guère ce domaine.
La France résiste mieux à la crise
Le gouvernement a pourtant une ligne de défense assez habile : parmi les pays européens, la France est un de ceux qui s’en sortent le moins mal. Si l’Allemagne maîtrise mieux son déficit budgétaire et son chômage, en revanche, le recul de son PIB, affecté par l’effondrement des exportations est plus important. L’Italie est plongée depuis des années dans une forme de stagnation économique qui ne semble pas prendre fin.
Le déficit de la Grande-Bretagne est beaucoup plus important que le nôtre et son économie semble tarder à sortir de la récession (son PIB a encore reculé au 3ème trimestre, alors que le PIB Français a renoué avec la croissance dès le 2ème trimestre). Enfin, l’Espagne a vu son chômage exploser et l’envolée de ses coûts fait peser une lourde menace sur sa compétitivité.
Comparativement, la France est donc plutôt dans la moyenne haute. Le gouvernement ne manque pas une occasion de porter à son crédit ce résultat qui serait la conséquence des plans de soutien. Mais cette présentation des choses n’est pas juste. En effet, le plan de relance Français était parmi les plus limités des pays occidentaux, ce qui relativise l’impact annoncé par le gouvernement.
… malgré Nicolas Sarkozy
Mais surtout, si la France a plutôt mieux traversé la crise, c’est grâce à son modèle, que Nicolas Sarkozy voulait remettre en cause. En effet, les ménages Français sont près de deux fois moins endettés que les ménages britanniques, ce qui a limité la bulle immobilière chez nous. Ensuite, notre système de protection sociale limite davantage la casse que dans les pays anglo-saxons.
En fait, pendant la campagne, Nicolas Sarkozy voulait justement remettre en question tout ce qui fait que la France a mieux résisté à la crise. Dans son programme, le candidat Nicolas voulait importer en France les crédits hypothécaires qui sont en partie responsables de la crise des subprimes, affirmant même qu’il ne fallait pas uniquement se baser sur la capacité à rembourser !
Une politique injuste et irresponsable
Le bilan économique du gouvernement est une catastrophe. L’explosion du déficit a autant à voir avec les innombrables baisses d’impôt décrétées par le gouvernement qu’avec la crise. Entre le « paquet fiscal », la baisse de la TVA dans la restauration et la suppression de la taxe professionnelle, le gouvernement n’y est pas allé par quatre chemins, malgré les déficits. Du coup, le poids des prélèvements obligatoires a connu une baisse historique depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy.
Malheureusement, cette politique est doublement néfaste. Tout d’abord, les exonérations se concentrent sur les ménages les plus aisés, qui avaient pourtant beaucoup plus profité de la dernière décennie, augmentant des inégalités qui avaient pourtant besoin d’être réduites. Ensuite, l’augmentation de la dette liée à ces mesures sera financée par l’ensemble des Français. Mais Nicolas Sarkozy va bientôt devoir affronter les conséquences de ses actes quand il devra réduire les déficits à partir de 2011…
Le bilan économique de la présidence Sarkozy est très mauvais. Aidé par un modèle Français qui nous protégeait de la crise, il en a profité pour prendre des mesures hasardeuses et injustes qui hypothèquent en partie notre avenir. Demain, la faillite républicaine.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, paquet fiscal
07.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite d’une méthode
Avant d’analyser le fond de la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis deux ans et demi, je souhaite m’arrêter sur sa méthode, étant donné que cette semaine a de nouveau illustré ses limites avec les cafouillages au sein de la majorité, du gouvernement, et de l’Elysée….
La méthode Sarkozy
La méthode Sarkozy peut se résumer à plusieurs points. Tout d’abord, elle consiste à une personnalisation et une concentration inédite des pouvoirs sous la Cinquième République, à l’exception peut-être de Valéry Giscard d’Estaing. Le rôle des ministres est minimisé par la présence permanente du président sur le terrain, qui efface tout son gouvernement. De toutes les façons, Nicolas Sarkozy n’a pas choisi beaucoup de poids lourds, privilégiant des seconds couteaux ou des proches.
Le premier ministre est réduit à un rôle marginal, nettement moins important que les conseillers du prince. D’ailleurs, fait inédit sous la Cinquième République, ces conseillers s’expriment publiquement et fréquemment, quitte à mener des agendas personnels qui ne sont pas forcément ceux du gouvernement (comme le montre la manœuvre d’Henri Guaino pour demander un grand emprunt plus important, malgré l’opinion de la majorité à l’Elysée même, ce qui a contraint à un arbitrage précoce).
Enfin, pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a donné un bien mauvais exemple en ne manquant pas une occasion de se désolidariser d’une majorité présidentielle à laquelle il était d’autant plus censé appartenir qu’il était un de ses ministres. Résultat, il a donné un bien mauvais exemple à ses équipes, ce qui explique sans doute le comportement d’une Rama Yade qui, après tout, ne fait que suivre le (mauvais) exemple que son chef a pu lui donner de 2002 à 2007.
La chienlit au pouvoir
La majorité affirme bien habilement que les turbulences actuelles sont normales et qu’après tout, les majorités n’ont jamais suivi sans rechigner leurs gouvernements. Pas faux, il y a toujours eu des tiraillements entre les majorités et les équipes gouvernementales. Mais cette analyse des choses est beaucoup trop partielle et partiale. En effet, les turbulences actuelles ne ressemblent pas du tout à ce qui a pu se passer dans le passé puisqu’elles dépassent le cadre des parlementaires.
Tout d’abord, la solidarité gouvernementale est de plus en plus oubliée. Rama Yade se permet des tacles ou une désolidarisation de sa ministre de tutelle tout en restant secrétaire d’Etat. Ceci est inédit et affaiblit plus encore l’équipe gouvernementale. Deuxièmement, pour la première fois, des tensions publiques sont provoquées par les conseillers du président, profondément divisée entre Claude Guéant et Henri Guaino. Le manque de solidarité atteint un niveau inédit, au gouvernement comme à l’Elysée.
Et comme le président ramène tout à lui, il n’y a aucune soupape de sécurité, contrairement à ce que la Cinquième République instituait. Les remaniements n’ont plus d’importance puisqu’ils ne concernent que des personnes sans réels pouvoirs. Aucun des changements d’équipe n’a apporté le moindre souffle à Nicolas Sarkozy. Et même ses annonces finissent par perdre de leur impact : on ne peut pas annoncer des mesures révolutionnaires trois fois par semaines sans provoquer une certaine usure.
La faillite de Nicolas Sarkozy, avant même de parler du fond, c’est la faillite d’une méthode qui efface le gouvernement, ne permettant plus au président de se reposer sur une équipe, qui promeut le désordre et dont les effets d’annonce trop répétés finissent inévitablement par s’user…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, mi-mandat
27.05.2009
Le rideau de fumée de "l’ouverture", ou plutôt des débauchages
C’est le sujet dont tous les médias parlent depuis deux semaines : Claude Allègre serait aux portes du gouvernement, sur le point de prendre la responsabilité d’un MITI à la Française. Mais que cache donc cette volonté de débaucher de nouveaux socialistes ?
Une manœuvre machiavélique
Avec un peu de recul, on se rend compte que ce débat sur l’entrée de l’ancien ministre de l’éducation nationale de Lionel n’est sans doute pas un hasard. En effet, quoi de mieux qu’une bonne polémique sur la possible entrée d’un nouveau socialiste au gouvernement pour escamoter un débat d’idées sur les élections européennes. Car l’UMP ne souhaite pas mener de débat pour éviter d’être mis en face de ses contradictions, que ce soit sur la Turquie ou la PAC, avec le problème de la filière laitière.
Outre le fait d’escamoter le débat d’idées pendant la campagne, ces débauchages qu’on appelle bien paradoxalement « ouverture », ont surtout pour objectif d’affaiblir les adversaires principaux de l’UMP. En effet, le débauchage de quelques mercenaires socialistes, sans scrupules mais pas sans ego, a un double intérêt : provoquer des débats sans fin au sein des socialistes tout en gênant le Modem de François Bayrou qui avait fait de cette ouverture un argument en 2007.
Ce que les débauchages révèlent
Car il faut le répéter : Nicolas Sarkozy n’avait jamais parlé, ni même promis, d’ouverture pendant la campagne présidentielle. Au contraire, l’UMP moquait cette association des talents de gauche et de droite dans une même équipe, la jugeant même impossible. Le virage à 180° a été effectué sous l’œil bien indulgent de la plupart des médias, qui ne rappellent pas cet épisode, pour contrer le succès de François Bayrou, sans doute l’adversaire le plus redoutable du président pour 2012.
Cependant, ces débauchages présentent un certain intérêt. En effet, ils révèlent la proximité idéologique du PS, du Modem et de l’UMP, qui peuvent parfaitement travailler ensemble dans le même gouvernement tant ils sont finalement d’accord sur plus de 90% des sujets, notamment sur la question européenne. Ces trois partis ont soutenu le système économique qui nous a mené au désastre actuel. Ainsi, si les Français cherchent une alternative, ils devront regarder ailleurs.
Les débauchages de personnalités socialistes représentent une des manœuvres les plus machiavéliques de notre histoire politique. Mais elle a l’intérêt de révéler la très grande proximité de pensée des trois principaux partis, UMP, Modem et PS et montre donc que l’alternative devra être cherchée ailleurs.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/05/26/01002-2009052...
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06.05.2009
Nicolas Sarkozy deux ans après
Il y a deux ans jour pour jour, Nicolas Sarkozy était élu président de la République à l’issue d’une campagne débutée dès 2002 où il avait beaucoup promis, beaucoup dit. Deux ans après, que reste-t-il de ce tourbillon de déclarations, postures et décisions ?
Les promesses tenues
Pour être honnête, Nicolas Sarkozy a tenu beaucoup de promesses. Le « paquet fiscal », quel que soit l’opinion qu’on lui porte, avait été annoncé : baisse de l’impôt sur les successions et du bouclier fiscal, déduction des intérêts d’emprunts immobiliers... Certes la loi TEPA est injuste et inefficace, mais elle faisait partie du programme du candidat que les Français ont élu. Il en va de même pour la réduction du nombre de fonctionnaires, la baisse de la TVA dans la restauration ou la réforme de l’université…
Une partie du style du président Sarkozy était annoncée par sa campagne : l’omni président n’est pas sans rappeler l’omni candidat qui était parti en campagne dès sa nomination place Beauvau. On pouvait s’attendre à une présence médiatique de tous les instants. De même, la plupart des figures de l’entourage du président de la République (Guéant, Hortefeux, Balkany, Devedjian, Bertrand, Morano ou Lefebvre) se trouvaient déjà dans l’entourage du candidat.
Les promesses non tenues
Mais à trop promettre, un candidat s’expose beaucoup. C’est le cas du « président du pouvoir d’achat », de celui qui promettait de « travailler plus pour gagner plus », de celui qui parlait de plein-emploi pour la fin de son mandat. Pire, le président est resté aussi bavard que le candidat, promettant de sauver le site de Gandrange. C’est pour cela qu’il est un personnage complexe : il a tenu beaucoup de promesses comme il en trahi beaucoup d’autres. Et surtout, les promesses tenues n’étaient pas forcément les meilleures…
Mais la promesse la plus grave qu’il a trahi est sans doute le sérieux et la gravité qu’il avait annoncés avant d’aller faire la fête au Fouquet’s. Les deux années passées ont fait oublier le sérieux et l’impression de compétence que donnait le candidat. Même si l’on pouvait deviner que ce n’était qu’une impression (ce que j’écrivais à l’époque), comment ne pas être choqué par l’immense relâchement auquel a cédé le président élu il y a précisément un an ? Le candidat n’était paradoxalement pas aussi vulgaire que le président…
Si c’était à refaire ?
Il y a deux ans, je glissai un bulletin Ségolène Royal dans l’urne tout en sachant que l’élection était sans doute jouée après le débat désastreux de la candidate socialiste. Ce vote ne représentait pas une adhésion mais plus un choix entre deux maux. Et pour moi, Nicolas Sarkozy, malgré les apparences de l’époque, n’était pas plus compétent que la candidate socialiste tout en représentant un danger plus important sur certaines questions touchant à ce qui fait la France (relations internationales, laïcité…).
Du coup, si c’était à refaire, je ferai la même chose qu’il y a deux ans. Malgré tout ce que j’avais pu écrire à l’époque, je trouve le président Sarkozy encore pire que ce que je craignais. Outre sa grande incompétence (notamment économique), il a ajouté une vulgarité que je n’imaginais pas à l’époque. Le grand relâchement qui a été le sien depuis deux ans est inadmissible pour quiconque parvient à cette fonction, qui aurait dû lui imposer une retenue plus grande encore que celle qu’il avait comme candidat.
Nicolas Sarkozy est un très mauvais président. Sur la forme, sa prestation rejoint celles de Silvio Berlusconi et Georges W Bush. Sur le fond, derrière le rideau de fumée des annonces, la grande majorité des mesures vont dans la mauvaise direction.
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, élections présidentielles, ségolène royal
23.01.2009
Emmanuel Todd, chroniqueur et analyste politique de talent
Emmanuel Todd est une de mes références les plus importantes, tant la qualité de ses livres révèle une analyse qui puise dans l’ensemble des sciences humaines pour remettre en perspective notre histoire. Je n’ai pas été déçu avec son dernier opus « Après la démocratie ».
Le rôle de l’élection présidentielle de 2007
Cette élection semble avoir été le déclencheur du livre. Elle permet à Emmanuel Todd de révéler un talent de chroniqueur politique dont la plume acide révèle un sacré brio. Il qualifie le second tour de « choc de deux vides » et en résume l’issue d’une manière très juste : « les électeurs qui avaient peur de l’incompétence de Ségolène Royal l’ont finalement emporté sur ceux qui avaient peur de la brutalité de Nicolas Sarkozy ». On pourra ajouter que certains avaient peur des deux et devaient arbitrer entre le moindre de deux maux… Il avance également que les quatre candidats principaux étaient de droite : d’extrême droite, de droite extrême, de centre-droit et « de droite loufoque socialo-traditionnaliste ».
Mais les mots les plus durs vont à Nicolas Sarkozy, qui « exaspère nos partenaires européens, spécialement l’Allemagne », qui, « tel un voyou, insulte un marin pêcheur ». Il dénonce « l’incohérence de sa pensée, sa médiocrité intellectuelle, son agressivité, sa fascination de l’argent et son instabilité affective ». Il compare son rapprochement avec les Etats-Unis à un « rat pressé d’embarquer sur un navire qui coule ». Il attaque sa critique de mai 1968 en soulignant que « le premier, il a appliqué à l’institution présidentielle le slogan soixante-huitard qu’il dénonce ‘le vivre sans contrainte et jouir sans entrave’ ».
La décomposition de la vie politique Française
Mais Emmanuel Todd n’est pas moins acide à l’égard des socialistes, notamment Dominique Strauss-Kahn (FMI) et Pascal Lamy (OMC), qui « nous montre que si les chefs de la gauche Française ont renoncé à sauver leur pays, ils gardent la capacité de se sauver eux-mêmes. » Il affirme même que « le conformisme des hauts fonctionnaires socialistes est statistiquement supérieur à celui de leurs homologues de la sphère UMP » et souligne « la brutalité enfantine de leur engagement néolibéral ». Il remet à Franz-Olivier Giesbert le titre de pionnier de « l’ouverture » pour être passé en 1988 du Nouvel Observateur au Figaro.
Plus gravement, il dénonce la dérive d’un parti socialiste qui finit par mépriser les classes populaires, comme le montre un dialogue avec une militante. Il dénonce leur soutien au libre-échange qui permet un détournement des profits dégagés par la croissance indienne et chinoise de peuples qui en ont bien besoin, au profit du monde financier. Il souligne que les questions sociétales furent sous Jospin « un moyen d’éviter d’affronter l’essentiel, l’économie ». L’auteur attaque également Philippe Séguin, accusé d’avoir oublié ses idées pour la présidence de l’Assemblée en 1995 puis celle de la Cour des Comptes et il n’est guère indulgent vis-à-vis de Jacques Chirac, prisonnier de la bien-pensance, à part sur l’Irak.
Des Français privés de réelles alternatives politiques
Il rejette Bertrand Delanoë « version managériale de gauche du narcissisme contemporain » comme Olivier Besancenot qui ne sont que des pièces comme les autres du spectacle politique car ni l’un, ni l’autre n’a « de programme économique réaliste, c’est-à-dire capable de maîtriser la globalisation ». Il propose une lecture du vote FN qui va au-delà du racisme en le qualifiant d’ « insoumission, défi à une classe dirigeante arrogante, capable de martyriser la population par sa politique économique et monétaire » étant donnés le fort niveau de mariage mixte en France et la géographie du vote frontiste.
Emmanuel Todd cherche alors à analyser la raison du malaise. Il y voit une conséquence de la fin des idéologies, qu’elles soient religieuses ou politiques. Il souligne que le 20ème siècle a vu l’effondrement de la pratique religieuse (5% de la population va régulièrement à la baisse). Mais il montre également que le communisme a subi un déclin parallèle. Il conclut que « la bipolarisation droite gauche se fixe sur l’opposition des deux partis qui résistent le mieux à l’affaiblissement des idéologies parce qu’ils sont au départ plus plastiques, et tout disposés à mollir encore, jusqu’à l’extinction de toute idéologie propre ».
Face à ce noir constat, l’auteur va alors chercher à imaginer ce qui peut arriver à notre société, étudier les conséquences de tous ces bouleversements sur notre démocratie pour étudier plusieurs scénarios et les moyens d’en sortir.
Source : Emmanuel Todd, « Après la démocratie », Gallimard
Demain, Emmanuel Todd, sociologue des démocraties
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20.05.2007
Une autre politique économique est possible !
Comme le dit la quatrième de couverture du livre, Nicolas Dupont Aignan était bien le trublion gaulliste de l’UMP, à tel point qu’il a fini par quitter le parti majoritaire. Il s’est présenté contre Alain Juppé puis Nicolas Sarkozy pour la présidence, recueillant des scores très honorables étant donné le poids politique de ses adversaires. Mais ce qui caractérise de député-maire d’Yerres, dans l’Essonne, c’est surtout son engagement pour la défense d’une certaine idée de la France. C’est cette idée qui lui a fait notamment refuser la privatisation des autoroutes ou qui lui fait prendre position pour une fusion EDF-GDF, car rien ne peut justifier la privatisation de monopoles d’intérêt public. C’est cette idée également qui lui a fait refuser le Traité Constitutionnel Européen, contre lequel il a milité farouchement, non pas parce qu’il est anti-européen, mais parce qu’il est pour une autre Europe, où les politiques seraient les responsables et la politique économique au service des habitants de notre continent.
Ce livre s’inscrit dans la lignée des livres de Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement. Alors que ces deux figures de la vie politique française des dernières décennies sont en retraite ou quasi-retraite politique, il était important qu’une jeune figure prenne la relève de « l’autre politique ». C’est ce que propose le président de Debout la République dans ce livre. Il dessine un constat très juste, quoique parfois un peu trop dramatisé, des choix économiques et institutionnels de la majorité de notre classe politique. Il dénonce les abandons de souveraineté qui ont été fait à l’occasion des négociations européennes et la politique monétaire désastreuse qui a été menée depuis plus de 15 ans. Il propose une autre politique où se mêle, dans la grande tradition gaulliste, la volonté de moderniser le pays tout en assurant une plus grande justice sociale. Nicolas Dupont Aignan propose également une revalorisation du rôle des politiques, qui assumeraient davantage leurs responsabilités.
Le jour où le voile de fumée qui entoure les actes du nouveau Président de la République tombera devant des choix politiques qu’il ne pourra pas ne pas assumer, une « autre politique », notamment économique, deviendra enfin possible. Ce livre a l’immense mérite d’en présenter de manière cohérente les contours.
21:45 Publié dans Livres, Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.05.2007
Un gouvernement habile
Car après tout, les deux faits marquants de la composition du premier gouvernement Fillon sont la mise à l’écart des sarkozystes de la première heure (Devadjian, Estrosi et Balkany), à part Brice Hortefeux, et une ouverture très large à gauche avec un ministre, deux secrétaires d’état et un haut commissaire. Il est assez amusant d’entendre François Fillon parler d’ouverture et dire qu’il tient une promesse de campagne. Car après tout, jusqu’au premier tour, ce n’était absolument pas la rhétorique du candidat de l’UMP et de ses soutiens. Bien au contraire, Nicolas Sarkozy affirmait incarner une droite décomplexée et raillait la proposition de François Bayrou de rassembler les meilleurs de droite et les meilleurs de gauche pour résoudre les problèmes de la France. Et voilà qu’aujourd’hui, le nouveau Premier Ministre tient exactement le même discours que le candidat de l’UDF, discours qu’il dénonçait il y a quelques semaines…
Ce choix est bien sûr complètement volontaire et il vise surtout à couper l’herbe sous le pied de François Bayrou. Car si ce dernier n’a pas atteint le second tour en 2007, il représente une forte menace pour 2012. François Bayrou serait un adversaire de second tour redoutable pour le futur Président sortant. C’est la raison pour laquelle l’UMP et le Président élu ont été si promptes à investir Ségolène Royal chef de l’opposition. Il n’y aurait rien de pire que le président du nouveau Modem s’empare de ce rôle. Et c’est sans doute pour cela que Nicolas Sarkozy suit une triple tactique pour lever l’hypothèque Bayrou en 2012 : l’ignorer, débaucher ses troupes et appliquer le point phare de son programme : le fait de réunir des personnalités de gauche et de droite dans son gouvernement.
Car quelle est l’utilité pour Nicolas Sarkozy et François Fillon de mettre autant de personnalités de gauche dans leur gouvernement si ce n’est pour contrer la proposition phare de François Bayrou ? Bernard Kouchner, le judas Eric Besson ne sont que les instruments d’une lutte discrète mais implacable contre le Président du Modem. Quand on pense à ce que les deux disaient de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois, on se dit que les maroquins ministériels et l’égo permet une bien grande souplesse idéologique.
Ouverture vers la gauche, vers l’UDF (pour garder la pression avant la désignation des secrétaires d’Etat), mise à l’écart de sarkozystes historiques, retour d’Alain Juppé au poste de N°2 du gouvernement dans un grand ministère du développement durable, maintien de Borloo et MAM, il n’y a rien à dire, l’opération de communication est réussie. Espérons que cela ne se limite pas à de l’habileté politicienne.
18:35 Publié dans Présidentielles 2007, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
15.05.2007
Retour sur la campagne : pourquoi Nicolas Sarkozy ?
Nicolas Sarkozy peut sans doute remercier Jacques Chirac. Car finalement, le chef de l’Etat a pris trois décisions qui ont largement participé à sa victoire. Tout d’abord, il l’a fait ministre en 2002. Si Jacques Chirac l’avait ignoré à cette époque, il serait aujourd’hui dans les oubliettes de la vie politique française… Ensuite, Jacques Chirac a voulu la fusion entre le RPR et l’UDF. Sans cela, le combat entre le candidat du RPR et de l’UDF aurait été beaucoup plus équilibré. Enfin, ne croyant pas que Nicolas Sarkozy allait gagner, Jacques Chirac a bloqué les candidatures alternatives en annonçant sa non candidature quelques jours seulement avant le dépôt des signatures. En faisant cette annonce plus tôt, il aurait sans doute laissé une plus grande latitude d’action à Dominique de Villepin.
Ensuite, Nicolas Sarkozy a réussi le paradoxe d’extrémiser et de modérer son discours à la fois. En dénonçant l’immigration massive et en annonçant la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, il a repris des thématiques frontistes. De l’autre côté, il s’est mis à parler aux classes populaires, à citer Jaurès jusqu’à l’absurde. Et il a mis en sourdine toutes ses prises de position que les Français ne partageaient pas (discrimination positive, remise en cause de la loi de 1905, politique internationale…) Curieusement, ses opposants n’ont pas su dénoncer les mystifications du candidat Sarkozy.
Et je crois que c’est cela la principale raison de la victoire de Nicolas Sarkozy : la faiblesse des candidats qu’il avait face à lui. Je ne crois pas qu’il aurait pu gagner face à un des deux Dominique, de Villepin ou Strauss-Kahn. François Bayrou a eu du mal à passer du stade de candidat de contestation à candidat de propositions. Sa volonté de mettre des gens de gauche et de droite ensemble au gouvernement, ses attaques contre Nicolas Sarkozy n’étaient pas suffisantes : il lui aurait fallu être plus convaincant sur son programme, sur une vision politique qui dépasse juste le diagnostic droite-gauche purement politicien et sans doute un peu plus de charisme.
Mais surtout, Ségolène Royal ne s’est pas montrée à la hauteur. La présence de Nicolas Sarkozy au second tour lui assurait déjà un fort pourcentage du fait du rejet que ce candidat suscite auprès de beaucoup. En cela, son score de 47% est très mauvais. Face à un candidat qui ne suscitait pas un si fort rejet (Dominique de Villepin ou François Bayrou), sa défaite aurait été beaucoup plus cinglante. Ségolène Royal n’a pas su ni clairement expliquer son programme (elle avait pourtant des thèmes très intéressants comme l’ordre juste) ni porter la contradiction à son adversaire principal (c’était pourtant un boulevard). Sa campagne a été à l’image de son débat de second tour : brouillonne. Dès lors, comment être surpris que même les électeurs du centre ou de la droite républicaine qui n’appréciaient pas Nicolas Sarkozy finissent par voter pour lui : ils ne trouvaient juste pas Ségolène Royal à la hauteur.
Bien sûr, Nicolas Sarkozy doit son élection à sa volonté incroyable et à sa campagne habile. Mais cela n’aurait pas été suffisant sans les coups de pouce bien involontaires de Jacques Chirac et surtout les insuffisances de ses adversaires.
08:00 Publié dans Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
14.05.2007
Retour sur la campagne : la domination des postures
Qu’est ce qu’une posture ? C’est une prise de position qui exprime un jugement de valeur sur une situation, un diagnostic partisan qui définit les idées ou le positionnement politique de celui ou celle qui la prend. La posture est complètement distincte du projet dans la mesure où elle n’est absolument pas une proposition concrète. Par exemple, quand Nicolas Sarkozy propose de « liquider mai 1968 », on est purement dans une posture idéologique (et simplificatrice) visant à démontrer des valeurs et sous-entendre que l’adversaire ne les partage pas. On comprend bien ce qui est dénoncé, on comprend bien les principes fondateurs de celui qui prend cette posture, mais il n’y a aucune proposition concrète intrinsèquement liée à cette posture.
Or, cette campagne présidentielle a largement été dominée par les postures, et donc les valeurs. A tout seigneur tout honneur, c’est Nicolas Sarkozy qui les a le plus largement utilisées. Dénonciation des fraudeurs, des assistés, de l’immigration massive, des idées soixante-huitardes, de la BCE, ou de l’immobilisme des 30 dernières années, le Président élu a passé son temps à s’attaquer à des symboles que les Français vouaient déjà aux gémonies. Car c’est là l’intelligence du candidat : loin du franc-parler et du briseur de tabous qu’il réclame être, il ne fait que dénoncer des situations que les Français rejettent déjà. C’est une des formes de son populisme. Et pour que les Français puissent le suivre, il lui suffit derrière de proposer, ou plutôt sembler proposer des solutions. Et là encore, le candidat favorise la posture aux vraies solutions. La dénonciation de la BCE ne se traduit concrètement que par une négociation qui n’aboutira pas. Celle de mai 68 ne débouche que sur la revalorisation du travail et de l’autorité, ce qui reste assez vague. Celle de l’immigration débouche à un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ou à l’immigration choisie.
L’avantage des postures est que cela limite les discussions politiques à des slogans, sans que l’on rentre concrètement dans les propositions. Toute la campagne de Nicolas Sarkozy n’était qu’une succession de postures : il suffit de se référer à son document programme, de 20 pages pourtant, qui ne comporte pratiquement aucune mesure détaillée mais une succession de postures et d’expression de valeurs. Et cela lui permet de mélanger toutes les références, de la droite la plus dure à Jaurès… Mais, en plus, Nicolas Sarkozy a poussé l’utilisation des postures avec un grand cynisme afin de caricaturer de manière extrêmement simpliste la position de ses adversaires. Ainsi, le candidat de l’UMP les a rejetés du côté des fraudeurs ou de mai 68 de manière totalement abusive.
Mais Nicolas Sarkozy n’a pas été le seul à utiliser les postures. Les campagnes de François Bayrou ou Ségolène Royal ont été construites sur le même principe. Le candidat centriste a basé sa campagne sur la dénonciation du verrouillage médiatique, sur la volonté de gouverner avec des gens de droite et de gauche tout en refusant de choisir entre les deux. Ségolène Royal a également largement utilisé les postures : sa démocratie participative en est une, ainsi que la revendication de sa liberté. L’évocation d’une présidence apaisée et du côté dangereux de Nicolas Sarkozy ont la même logique.
Les postures ne sont pas inutiles dans une campagne dans la mesure où elles permettent tout de même de clarifier les idées et convictions des candidats, du moment que cela n’est pas fait de manière simplificatrice. Mais elles ne doivent pas remplacer les propositions concrètes.
Demain, pourquoi Nicolas Sarkozy a gagné.
08:00 Publié dans Présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



