30.09.2011

Leçons internationales pour améliorer l’école

Comme régulièrement, The Economist a publié il y a deux semaines un dossier passionnant sur la révolution scolaire. L’hebdomadaire britannique libéral analyse les résultats des tests PISA et de l’étude de McKinsey pour en tirer des leçons sur les meilleures pratiques en matière d’éducation.

Les bonnes pratiques internationales

Le journal soutient que l’argent ne fait pas tout en soulignant les succès de pays qui dépensent moins que la moyenne et le relatif échec des Etats-Unis qui dépensent pourtant plus que les autres. Néanmoins, d’autres points modèrent cette analyse. Tout d’abord, l’inégalité scolaire est un critère fondamental de la réussite d’un système. Quand l’école oublie ses élèves en difficulté, c’est tout le système scolaire qui en pâtit. Or les inégalités ne cessent de grimper, notamment aux Etats-Unis.

Ils soulignent qu’outre-Atlantique, la performance des élèves s’explique à 60% par les facteurs familiaux, démontrant la panne de l’ascenseur social étasunien. The Economist souligne l’importance du facteur culturel dans la réussite de nombreux pays asiatiques, au prix cependant d’une forte pression sur les élèves. Néanmoins, d’autres pays réussissent différemment. Quatre critères majeurs se dégagent : l’autonomie, la réussite des moins bons élèves, le choix et un statut attrayant pour les enseignants.

Le journal revient également sur les pratiques pédagogistes, qualifiées de « laissez-faire », en Français dans le texte et mettant au centre du système éducatif l’enfant. Il souligne que ces pratiques reculent aujourd’hui du fait de mauvais résultats et qu’il est essentiel d’acquérir d’abord les bases avec un enseignement traditionnel, tant d’un point de vue de la discipline dans l’établissement que de l’apprentissage des bases, comme la lecture, l’écriture et le calcul.

Voyage dans l’excellence scolaire

L’Ontario a obtenu des résultats impressionnants en adaptant son offre scolaire au niveau des élèves mais aussi en y mettant les moyens (le budget a augmenté de 30% depuis 2004. La Pologne est aussi citée en exemple pour l’autonomie de ses établissements (tout en conservant un financement et une administration centralisée) et ses tests nationaux qui permettent de suivre les progrès des élèves. Néanmoins, certains soulignent que ce système entretient une pression trop forte.

La Saxe est également montrée en exemple : elle n’a conservé que deux des trois catégories d’école qui existent en Allemagne et a déplacé à 13 ans au lieu de 11, l’âge auquel les élèves sont orientés. Le maintien de deux niveaux permet d’introduire de la compétition et de différencier mais sans le côté trop discriminant d’un 3ème niveau trop stigmatisant. Enfin, le statut des professeurs, tant d’un point de vue académique que social, est un élément essentiel de la réussite d’un système.

Leçons dans le débat Français

Même s’il faut garder à l’esprit l’orientation très libérale du journal, cela a le mérite d’apporter de l’eau au moulin du débat en France. Tout d’abord, cela valide clairement la nécessité d’une plus grande discipline dans les établissements, sujet sur lequel le gouvernement ne progresse que très timidement. Ensuite, cela valide a contrario tout l’intérêt des examens nationaux qui permettent de mesurer la performance d’un établissement de manière objective, malgré le fiasco de cette année.

Ensuite, cela démontre clairement qu’il y a un énorme problème en France, comme l’illustre l’effondrement du nombre de candidats au Capes depuis une dizaine d’années. Cette évolution est dramatique pour l’évolution du système scolaire national et démontre l’échec patent du gouvernement sur la question de l’éducation. Le gouvernement a été incapable de s’attaquer à la question fondamentale des conditions de travail des professeurs, qui ne cessent de se détériorer.

La réforme de l’éducation nationale devra être une priorité des années à venir. C’est pourquoi il est essentiel de garder un œil sur les bonnes pratiques internationales, qui ne sont pas tendres avec les politiques mises en place par les socialistes comme par Nicolas Sarkozy.

27.09.2011

La défaite au Sénat, bande-annonce de 2012 ?

Dimanche, la majorité présidentielle a perdu sa majorité au Sénat, pour la première fois depuis les débuts de la Cinquième République. Simple conséquence logique des élections précédentes ou vraie mise en cause de Nicolas Sarkozy ?

Un échec pour le président

Bien sûr, l’essentiel de cette élection s’est joué avant, lors des dernières élections municipales, régionales et cantonales. Il était d’ailleurs surprenant que l’UMP espère conserver la majorité sachant que la gauche avait très largement gagné toutes les élections locales précédentes En un sens, ce résultat est la traduction logique des résultats accumulés depuis 2008. Mais en ce sens, il n’en constitue pas moins une défaite pour le président de la République.

En effet, les résultats de ces élections étaient en bonne partie dirigés contre Nicolas Sarkozy, qui ne fait que récolter ce qu’il avait semé. Mais en plus, ces élections ont démontré la fragilité de la majorité présidentielle, qui a été affaiblie par des candidats dissidents, qui ont même réussi à avoir de bons résultats, signe que la discipline se perd et que l’Elysée a du mal à tenir ses troupes. La contestation gronde, notamment au sein de l’aile centriste et modérée de la majorité.

En outre, le symbole est tout de même fâcheux à moins de sept mois du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy est le premier président de droite à perdre le Sénat (même si on ne peut pas forcément considérer que ce dernier était toujours derrière le président jusqu’en 1969…). Le président de la République collectionne les défaites avec une régularité de métronome, ce qui ne présage rien de bon pour une majorité qui craint de revivre 1981.

Une grossesse comme rideau de fumée

En outre, comment ne pas voir comme une manœuvre de diversion l’interview de Carla Bruni chez Michel Drucker à un moment où son mari subit à la fois une sévère défaite lors des sénatoriales et l’affaire Karachi ? Voilà un procédé bien misérable que d’utiliser son futur enfant à des fins de communication alors que Nicolas Sarkozy est en difficulté. Bref, le couple présidentiel n’en a pas trop fait mais il s’est gardé la possibilité de le faire dans un moment difficile !

Entre la montée du chômage, l’incapacité chronique mais prévisible des pays européens à gérer la crise de l’euro et l’affaire Karachi, il est difficile de ne pas y voir un parallèle saisissant avec un autre président élu dès la première fois où il s’était présenté. Valéry Giscard d’Estaing avait également abordé sa campagne de réélection dans un contexte trouble de hausse du chômage, de troubles internationaux avec la hausse du prix du pétrole et d’affaires (les diamants).

Bref, même si l’histoire ne se répète jamais complètement, Nicolas Sarkozy pourrait bien subir le sort de son lointain prédécesseur. Bien sûr, la majorité se rassure en affirmant que le président n’est pas en question dans le vote de dimanche. Mais la capacité à ne pas regarder la réalité en face est le meilleur moyen de se planter, comme Giscard en 1981 ou Jospin en 2002. Pendant ce temps, David Douillet a remplacé Chantal Jouanno au poste de ministre des sports.

Je reste quand même surpris par l’exercice de langue de bois que s’imposent les membres de la majorité. Ne serait-il pas plus sain de reconnaître la défaite ? En refusant de voir la vérité en face, ne démonétisent-ils pas leur parole ?

20.09.2011

Libye : une bataille a été gagnée

Il y a six mois, sous l’impulsion de la France et de la Grande-Bretagne, une partie de la communauté internationale décidait d’intervenir en Libye pour aider les rebelles à renverser Kadhafi. Même s’il reste beaucoup à faire, il semble que cette décision était bien la bonne.

La Libye, ce n’est pas l’Irak

Pour être clair, sur le principe, je suis opposé à l’ingérence militaire dans un pays. Comme le souligne remarquablement bien Jacques Sapir, cette ingérence est toujours le fait du plus fort sur plus faible que lui. Qui plus est, cela représente également une puissante incitation pour tous les dictateurs à s’armer toujours plus pour éviter que d’autres pays ne puissent se mêler de leurs affaires et les renverser. Bref, intervenir est une décision délicate et je comprends que l’on puisse s’y opposer.

Bref, le cas pour intervenir n’était pas facile, d’autant plus qu’il y avait les précédents irakien et afghan qui démontraient les limites d’une intervention occidentale. Malgré tout, la Libye, ce n’était pas et ce n’est toujours pas du tout l’Afghanistan. Quatre conditions bien spécifiques permettaient de justifier cette opération : le vote des Nations Unies, le soutien de la ligue arabe, la demande d’une partie du peuple libyen et la perspective d’un massacre à Benghazi.

Ces conditions bien spécifiques permettaient à mon sens de faire une exception à la règle d’opposition de principe à toute ingérence militaire. Bien sûr, certains soulignent que nous avons soutenu une faction contre une autre et que n’aurions pas du nous mêler d’un conflit interne. Sauf que d’un côté, il y avait un dictateur et de l’autre une opposition qui semble réellement vouloir mettre en place la démocratie. Dans ces conditions, il est possible de faire deux poids deux mesures.

L’action déterminante de la France

En outre, il faut noter que cette opération était soutenue par des personnalités respectées dans le monde diplomatique et plutôt connues pour leur attachement à la souveraineté nationale, ce qui les avait conduit à s’opposer à la guerre en Irak. Une fois que les rebelles auront libéré les derniers bastions, le plus dur restera à faire, à savoir construire un Etat démocratique et apaisé, ce qui ne sera pas une mince affaire, même si l’argent des hydrocarbures devrait aider…

Globalement, même si cela a pris du temps, le déroulé des opérations a parfaitement justifié l’opération : il n’a pas été nécessaire d’envoyer des troupes sur place, l’opération est restée limitée dans le temps (contrairement à l’Afghanistan) et, comme l’a montré la libération de Tripoli, rapide, la réaction de la population semble démontrer que les Libyens n’étaient pas particulièrement attachés à leur dictateur. Il n’y a pas de résistance forte aux rebelles.

Et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est bien grâce à l’action déterminée de Nicolas Sarkozy. Si cela ne change en rien mon jugement global très négatif, il porte la responsabilité de cette opération, qui efface en partie les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Et comment ne pas vibrer devant les images de Tripoli et Benghazi acclamant la France la semaine dernière ? Mieux, le président Français a eu pour une fois le bon goût de partager la vedette avec David Cameron.

Comme l’avait bien souligné Coralie Delaume il y a un mois, cette première bataille a été gagnée et elle était sans doute juste. Bien sûr, tout reste à reconstruire, mais il semble que la direction soit la bonne. Pour la Libye, pour la France, pour une fois, merci Nicolas Sarkozy !

28.08.2011

Le grand bluff de la taxe sur les riches

200 millions d’euros : voilà donc la contribution que le gouvernement va faire peser sur les ménages les plus riches dans le cadre de son plan d’austérité dévoilé cette semaine par François Fillon. Une mesure plus que symbolique qui témoigne des bricolages injustes et superficiels de l’équipe au pouvoir.

L’imposture gouvernementale

Hervé Nathan, sur Marianne, a mis en parallèle ces 200 millions avec les 11 milliards du plan. En clair, moins de 2% de l’effort national sera concentré sur les ménages les plus riches. La situation est d’autant plus paradoxale que 16 personnalités très riches ont demandé au gouvernement à les faire contribuer à l’effort national. Cependant, outre la modestie de l’effort, cette taxe est temporaire et sera supprimée quand le déficit atteindra 3% du PIB, soit dès 2013…

Mais si on prend un peu de recul, cette décision apparaît comme encore plus symbolique car le bilan 2011 du gouvernement de l’imposition des ménages les plus riches apparaît encore très déséquilibré. En début d’année, Nicolas Sarkozy a essayé de nous vendre la suppression du bouclier fiscal, très contesté dès 2007, par une baisse de l’ISF. Sauf que le premier coûtait 900 millions d’euros aux finances publiques et que la baisse du second devrait coûter au moins 2 milliards.

Bref, au final, la fiscalité des ménages les plus aisés devrait baisser d’environ un milliard à l’issue de ce tour de passe-passe. En outre, on peut toujours se poser des questions sur le rendement prévu du nouvel ISF, qui semble très optimiste. En outre, comment ne pas constater que les 16 personnalités se sont bien abstenus de revenir sur les détails de cette réforme. Au global, ils seront bel et bien gagnants. Nicolas Sarkozy reste le président des riches.

Ce qu’il faudrait faire

C’est pourquoi Thomas Piketty, auteur, avec Camille Landais, d’un excellent livre sur la fiscalité, a sévèrement critiqué le gouvernement en qualifiant cette contribution de « totalement anecdotique ». Le gouvernement ajoute rustine sur rustine. Plutôt que de réformer globalement la fiscalité et de supprimer les niches fiscales, il diminue un peu les plafonds, maintenant la complexité et donc l’injustice de notre système fiscal, qui aurait besoin d’une réforme en profondeur.

A ce titre, il faut saluer les propositions de Jean-Louis Borloo, qui propose deux nouvelles tranches d’impôt sur le revenu à 45 et 50%. Il propose également une taxe sur les transactions financières, pour laquelle je me bats depuis longtemps. Il propose également de remonter la fiscalité sur les revenus du capital (en passant le prélèvement forfaitaire libératoire de 19 à 25%) ainsi que la suppression de la niche Copé sur les ventes de filiales des grands groupes, qui coûte 6 milliards.

Mais si ces propositions sont justes, Jean-Louis Borloo fait sans doute l’erreur de vouloir imposer une austérité trop radicale, sans proposer de mesure pour relancer la croissance. Car vouloir réduire rapidement les déficits a forcément un impact négatif sur la croissance, déjà pas bien vaillante, comme l’a démontré la hausse du chômage en juillet. Bref, l’austérité seule est une voie extrêmement dangereuse, comme le souligne Joseph Stiglitz dans son dernier livre.

Comme souvent, cette taxe exceptionnelle sur les riches est de la poudre aux yeux, comme le montre bien le dossier de Marianne 2. Dès que l’on prend un peu de recul, Nicolas Sarkozy reste encore et toujours le président des riches, celui qui démantèle l’ISF.

26.08.2011

Agriculture : passer de la compassion à l’action !

Il serait vraiment temps que le gouvernement passe à l’action en matière d’agriculture. Si Bruno Le Maire se révèle être un ministre plein de compassion depuis sa prise de fonction, il continue à être un pompier qui déverse des aides en cas d’incendie mais ne traite pas les causes des problèmes.

Le drame des agriculteurs

Quand on pense au sort des agriculteurs, un mot vient à l’esprit : la colère. Comment peut-on laisser les personnes qui nous nourrissent et qui font que la France est la France, être la variable d’ajustement de marchés mondiaux devenus fous du fait de l’arrivée des spéculateurs ? Comment accepter que ces personnes qui travaillent aussi durement, se retrouvent à vendre à perte le fruit de leurs efforts ? Il serait temps de passer des aides ponctuelles à des solutions durables.

Après les producteurs du lait, cette année, ce sont les éleveurs et les producteurs de fruits et légumes qui auront été particulièrement touchés. La forte chaleur et la sècheresse du printemps ont encore accentué les difficultés des agriculteurs. Cet article du Dauphiné explique que les tomates sont vendues entre 35 et 45 centimes le kilo quand le prix de revient tourne autour de 65 centimes. Les pêches rapportent 1 euro par kilo alors qu’elles coûtent entre 1,2 et 1,4 euros…

Il est totalement anormal de laisser faire une telle situation. Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail. Il est révoltant que le revenu agricole ait baissé de 34% en 2009, pour tomber à 14 500 euros annuel, un chiffre inférieur à celui de 1990. Pire, il s’agit d’une moyenne, ce qui signifie qu’environ la moitié des agriculteurs gagne donc moins que le SMIC… Quelle autre profession subit de manière aussi brutale les conséquences délétères de la mondialisation ?

Des solutions existent

A ce titre, il faut noter le travail fait par la Coordination Rurale, qui, outre le fait de dénoncer la politique européenne, fait de nombreuses propositions, y compris très pragmatiques dans le traitement des excédents de production alors que les autorités en charge de la question démontrent tous les jours leur incapacité à traiter les problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs. Je vous signale également le blog de Michel Sorin, du MRC qui traite souvent du sujet avec une grande pertinence.

Comment ne pas être révolté par la Commission Européenne qui exige le remboursement de ces aides, comme elle l’avait fait en 2009 pour des aides touchées de 1992 à 2002. Plus globalement, l’UE fait aujourd’hui partie du problème et non de la solution. La libéralisation des échanges agricoles est un suicide programmé de notre agriculture étant donné le niveau de nos salaires et de notre protection sociale. Il est illusoire de vouloir concurrencer ne serait-ce que l’Espagne…

Pire, plus globalement, cette libéralisation est extrêmement dangereuse pour l’avenir de la planète. L’agriculture n’est pas une activité comme les autres. Outre le fait de nourrir les hommes, elle est très dépendante des aléas climatiques. Or, la concentration induite par la libéralisation accentue encore l’importance de ces aléas. Il est donc essentiel de défendre une exception agricole et de permettre aux pays qui le souhaitent de défendre leur indépendance alimentaire.

Aujourd’hui, le gouvernement fait la charité aux agriculteurs. Il leur donne de l’argent quand la situation devient intenable alors qu’il faudrait trouver les moyens de permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier. Monsieur Le Maire, il serait temps de passer de la compassion à l’action.

25.08.2011

La double imposture budgétaire du gouvernement

Hier soir François Fillon a annoncé un plan d’économie pour atteindre les objectifs de réduction des déficits publics. Au passage, il en a profité pour à nouveau appeler au soutien des socialistes pour inscrire la camisole budgétaire dans la constitution. Une proposition doublement malhonnête.

L’imposture d’un gouvernement

La posture du président de la République et de son gouvernement est relativement habile. En affirmant être prêts à constitutionnaliser l’interdiction des déficits publics, ils veulent à la fois se racheter une bonne conduite mais aussi mettre en difficulté le PS, qui cherche à donner des gages de bonne gestion aux marchés mais qui ne veut pas voter le texte du gouvernement à quelques mois de l’élection présidentielle. Mais cette posture est une imposture.

En effet, Nicolas Sarkozy a un lourd passif sur les finances publiques. En 1995, Alain Juppé avait affirmé que le ministre du budget d’Edouard Balladur avait laissé les finances publiques dans un état « calamiteux », qui avait abouti à de fortes hausses d’impôts pour tenir les objectifs de Maastricht. En 2007, Philippe Séguin avait dénoncé le « paquet fiscal » et un rapport de la Cour des Comptes de 2010 affirmait que plus de la moitié de la hausse des déficits ne venait pas de la crise.

En outre, le plan présenté hier reste un assemblage de petites rustines à mille lieues de la nécessaire réforme de notre fiscalité. Le premier ministre déshabille encore un peu plus la loi TEPA, mais sans aller jusqu’au bout. Et comme le souligne justement Hervé Nathan, la contribution des riches est plus symbolique qu’autre chose : elle est temporaire, et il faut surtout la comparer à la réduction de l’ISF, qui sera sans doute supérieure à 2 milliards (alors que le bouclier fiscal coûtait 900 millions).

Un contresens économique

Dans un remarquable dossier de vingt pages sur le sujet (tout aussi bon que celui sur la monnaie, sur lequel je reviendrai plus tard), Joël Halpern dénonce cette « règle de plomb », reprenant, sans le savoir, quelques heures plus tard le terme employé par Nicolas Dupont-Aignan. Il défend la politique contra cyclique budgétaire, qui s’est imposée après la Grande Dépression des années 1930, qui consiste à amortir une crise en jouant sur les déficits (ce qui a été fait depuis 2008).

Comme André-Jacques Holbecq, il dénonce le rôle des intérêts de la dette et des baisses d’impôt qui sont bien plus responsables de l’état de nos finances publiques que l’augmentation des dépenses. Il critique la redistribution des contribuables vers les rentiers engendrée par notre gestion de la dette publique. Enfin, il prend position en faveur d’une monétisation des dettes publiques. Bref, il démontre que le débat les dettes publiques mérite mieux que la voie sur laquelle il est engagée.

Bref, il est pour le moins paradoxal qu’un gouvernement incontinent financièrement veuille imposer à ses successeurs des règles qu’il ne s’est pas appliquées à lui-même, d’autant plus que la crise de les auraient rendues inapplicables. Bref, il s’agit d’une mauvaise règle qui n’est qu’une posture médiatique. Pire, alors que le gouvernement renforce l’austérité pour les Français, il dilapide encore plus pour sauver les créanciers des pays européens en difficulté.

Bref, toute cette histoire de camisole budgétaire, ou règle de plomb, est une double imposture. Imposture pour camoufler la mauvaise gestion des derniers publics depuis plus de quatre ans. Imposture car cette règle est un parapluie pour beau temps, inapplicable en cas de crise. 

27.07.2011

L’énorme chèque en blanc de Nicolas Sarkozy au FESF

Effrayé par la publicité accordée au fait que la France s’est engagée à hauteur de 15 milliards d’euros supplémentaires pour le nouveau plan grec, le gouvernement tente de monter une ligne de défense assez habile mais malhonnête qui consiste à minorer l’engagement budgétaire de notre pays.

Une énième aide aux institutions financières

Pour présenter le nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce aux Français, le gouvernement s’appuie sur un axe de communication assez habile. Le premier consiste à parler d’un plan d’aide à la Grèce. En effet, cela est plus positif que de parler de la réalité, à savoir un plan d’aide aux créanciers de la Grèce, à nouveau les institutions financières. Car sans plan d’aide, la Grèce ferait défaut et ce sont donc les créanciers qui se retrouveraient en difficulté…

En fait, il y a deux moyens de sortir la Grèce de son impasse. D’une part, le mécanisme actuel qui consiste à donner de l’argent à Athènes pour qu’elle honore ses créances. Dans ce cas, les institutions financières sont à peu près épargnées (pas totalement, grâce à l’action de l’Allemagne) et c’est la Grèce qui subit l’austérité et la mise sous tutelle. L’option du défaut aboutirait à l’inverse puisque ce sont les banques qui auraient alors besoin d’aide. Il est intéressant de constater que la solution choisie favorise outrageusement le système financier par rapport aux Etats et aux peuples…

Quand les Etats font du hors bilan

Le mécanisme européen d’aide est particulièrement intéressant également car il repose sur les mêmes mécanismes qui nous ont amené à la crise financière de 2008. En effet, pour éviter d’avoir à emprunter 440 milliards pour prêter aux pays en difficulté, les Etats européens ont mis en place un Fonds Européen de Stabilisation Financière. Ce fonds ne disposera que de 80 milliards d’euros en capital mais des garanties étatiques lui permettront d’en prêter 5,5 fois plus.

En clair, les Etats européens font comme les banques, à savoir qu’ils utilisent l’effet de levier en transformant 80 milliards en 440 et, mieux, arrivent à sortir cela de leur budget, un peu comme quand les banques font du hors-bilan, en déplaçant des éléments comptables en dehors de leur bilan. François Baroin est d’une malhonnêteté crasse quand il dit que ce n’est pas la France qui prête mais le FESF. Car le fonds européen n’est pas un tiers indépendant, ce fonds, c’est aussi nous.

Bref, alors que nous affrontons une crise des dettes souveraines, nous ajoutons un nouvel étage de dette ! Il est étonnant que si peu de monde s’en soit ému. Mieux, comme l’admet le ministre, ces engagements auront bien une conséquence comptable pour notre pays puisque la part de la France sera bien intégrée à notre dette publique. En outre, la France devra bien avancer sa quote-part du capital (les 80 milliards), soit un peu plus de 16 milliards (que nous devrons emprunter).

Le montant de la facture

Mais il y a une autre subtilité que j’ai découverte en étudiant les documents européens officiels. Pour prêter 440 milliards, le FESF demandait non seulement 80 milliards de capital, mais également une garantie (caution) des Etats à hauteur de 120% des prêts accordés (au cas où il y ait des défauts). En clair, si le FESF donne 440 milliards de prêts, la France est engagée non pas à hauteur de 89 milliards (sa quote-part théorique), mais à hauteur de 107 milliards.

Pire, au printemps 2011, lors de la finalisation de la mise en place du FESF, les marchés financiers ont obtenu que la garantie soit montée à 165% ! En effet, si la Grèce venait à faire défaut mais qu’un des pays qui s’étaient portés garants du FESF venait lui aussi à faire défaut (l’Italie par exemple), alors il serait possible de se retourner sur les autres pays à hauteur de 165% de leur quote-part. En clair, d’un seul coup, notre engagement est passé de 107 à 147 milliards !

Bref, comme la France couvre chaque prêt à hauteur de 165%, on peut dire aujourd’hui que le nouveau plan grec nous engage à hauteur de 25 milliards (15 milliards x 165%) ! En fait, même si mon papier de la fin de la semaine dernière était inexact sur les mécanismes, malheureusement, le montant des engagements de notre pays était sous-estimé puisqu’à date, la France va devoir verser 16 milliards et s’est déjà portée garante à hauteur d’environ 90 milliards en plus.

Et le gouvernement peut bien avancer que nous serons remboursés, comme le faisaient les banques qui émettaient les prêts subprimes, la majorité des économistes estiment que la Grèce ne remboursera jamais la totalité des prêts (le marché anticipe déjà un défaut de près de 50%). Autant dire que ces garanties ont malheureusement toutes les chances d’être activées et que nous devrons assumer une forte perte (qu’une comptabilité rigoureuse devrait déjà prendre en compte).

Bref, loin de la fable communiquée par le gouvernement, la France s’est lourdement engagée dans les plans d’aide aux créanciers. Certes, la majorité des sommes n’est pas exigible de suite, mais une partie l’est et nous allons sans doute perdre une grande partie de l’autre, qui nous sera alors réclamée…

26.07.2011

Non à la camisole budgétaire !

Dans son jargon habile, la pensée unique a trouvé un nom bien flatteur pour qualifier la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits : la « règle d’or ». Mais cela ne rend pas cette camisole budgétaire que Nicolas Sarkozy veut imposer plus acceptable, tant pour des raisons démocratiques qu’économiques.

Une monstruosité démocratique

C’était juste un entrefilet dans le Figaro qui consacrait un papier au fait que François Hollande s’alignait sur les objectifs budgétaires du gouvernement en place, à savoir une baisse du déficit budgétaire à 3% du PIB dès 2013 alors que le projet socialiste préconisait de la repousser à 2014. L’agence de notation française Fitch disait qu’il « serait bienvenu que Paris fixe dans sa constitution le principe d’équilibre des finances publiques et réduise ses rigidités structurelles ».

Déjà, le fait qu’une agence de notation donne son avis sur les lois que la France doit passer est profondément choquant. Il doit y avoir une hiérarchie entre les marchés et la démocratie. Les premiers sont au service de la seconde et ne sont guère que des moyens utilisables au service de la prospérité collective. Cette inversion des rôles est une monstruosité qui en dit long sur la perte des valeurs et des repères qui caractérise notre époque actuelle.

Si je crois à une gestion rigoureuse des deniers publics, je suis totalement opposé à une telle loi car il doit être laissé à l’appréciation du gouvernement l’opportunité (ou non) de faire du déficit. En période de crise économique, il est important de laisser des marges de manœuvre aux politiques. Imaginons deux secondes que cette loi eut été passée avant la crise de 2008 : en imposant des politiques d’austérité sauvages pour équilibrer les budgets, nous serions rentrés dans une Grande Dépression.

Une absurdité économique

Car cette règle est une également une absurdité économique. En effet, c’est tout l’intérêt de laisser agir les ajustements automatiques que fournit le budget. En période de croissance, à moins de dépenser la « cagnotte » comme le gouvernement de Lionel Jospin, la croissance des recettes permet d’améliorer la situation budgétaire et contribue à éviter la surchauffe. Inversement, laisser creuser le déficit en période de récession contribue à amortir la crise.

Pour cette raison, il est totalement imbécile de graver dans le marbre de la constitution l’interdiction des déficits sachant que si cette règle a du sens après plusieurs années de croissance, elle n’en a aucun en cas de crise économique. Pire, dans ce cas-là, comme le montre le cas des Etats-Unis, où les Etats ont une interdiction constitutionnelle d’être en déficit, le législateur finit toujours par passer outre pour éviter un cataclysme économique. Bref, c’est une règle inapplicable et inappliquée.

Mais cela correspond bien à l’agitation législative dont est coutumier le gouvernement de Nicolas Sarkozy. On passe une loi à des fins exclusives de communication. Le président de la République est bien culotté de pousser une telle loi sachant qu’il a largement contribué à détériorer la situation des finances publiques nationales, au moins autant que la crise, comme l’avait souligné un rapport de la Cour des Comptes accablant sur la gestion budgétaire des dernières années.

Bref, pour toutes ces raisons, il est essentiel de s’opposer à cette « camisole budgétaire » et en cela, je rejoins complètement l’initiative du M’PEP de Jacques Nikonoff qui appelle les élus et les citoyens à s’opposer à cette loi inique et absurde.

Demain, suite et fin du résumé du dernier livre de Paul Jorion   

23.07.2011

Comment Nicolas Sarkozy jette 90 milliards par la fenêtre

Avant-hier, les dirigeants européens ont concocté un plan de près de 160 milliards d’euros pour sauver les créanciers de la Grèce. Un plan illusoire qui ne règle en rien les problèmes d’Athènes et qui va coûter dramatiquement cher aux ménages européens.

L’austérité pour payer les créanciers

Comme le rappelle très clairement Nicolas Dupont-Aignan dans une tribune publiée dans le Monde (version longue sur le site de Debout la République), ces plans ne résolvent rien. Certes, les banques privées sont impliquées (ce qui est positif, car il aurait été immoral que seuls les contribuables paient), mais ils ne règlent en aucun les problèmes de la Grèce. Dans trois ans, le PIB grec aura encore baissé, la dette monté et le pays sera donc encore moins en position de payer.

En fait, les pays européens vont fournir l’argent pour assurer les échéances des trois prochaines années, mais rien n’est fait pour que la Grèce retrouve la croissance. Rendez-vous donc dans trois ans pour un bilan qui sera forcément mauvais. En revanche, les créanciers privés auront pu réduire leurs engagements (certes, pas autant qu’ils l’espéraient) et la dette grecque sera alors détenue à plus de 50% par des institutions publiques, qui devront alors assumer le probable défaut.

En outre, comme le montre Moral El Hattab dans une tribune publiée sur Agoravox, les dirigeants européens ont aussi sauvé de nombreuses institutions financières du dénouement de CDS sur la dette grecque. En fait, même si les banques devront contribuer à hauteur de 50 milliards au plan (220 pour les Etats au cumul des deux plans), ce sont bien pour elles que s’impose cette austérité sauvage dans tous les pays européens. Les contribuables paient encore pour sauver les banques.

Irresponsabilité financière

On a beaucoup glosé sur les 15 milliards qu’engage la France dans ce nouveau plan grec. Le problème est qu’il faut y ajouter notre contribution au premier plan grec (17 milliards) ainsi que celle aux plans irlandais et portugais. En clair, notre pays a engagé près de 60 milliards, qui servent uniquement à rembourser les créanciers de ces trois pays. 60 milliards, 3% du PIB, la moitié du déficit public prévu cette année, une augmentation d’environ 4% de notre dette publique !

Pire, il ne faut pas oublier que la France va emprunter ces 60 milliards et que nous allons devoir payer des intérêts aux marchés financiers puisque nous ne pouvons pas monétiser. Notre pays devra donc payer environ 2 milliards d’euros d’intérêt pendant quinze ans (puisque les prêts accordés par le fonds européen courent sur cette durée). En clair, on peut estimer que sur cette période, la France va donc payer 30 milliards d’euros d’intérêts. Au total, la facture atteint 90 milliards !

Bien sûr, si la Grèce remboursait cette somme et payait les intérêts, alors, ce serait relativement neutre pour nous (sauf que c’est nous qui avançons la somme). Mais le problème est qu’il est totalement illusoire de croire que nous retrouverons cette somme car la Grèce sera encore moins en position de rembourser dans trois ans qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il est donc fort probable que l’argent que nous prêtons aujourd’hui ne sera pas récupérée, au alors, seulement de manière partielle.

Bref, il est totalement irresponsable d’engager de telles sommes. Mais le pire est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la tête !

19.07.2011

Le Capes et la grande régression de l’éducation nationale

Le Monde du 15 juillet est revenu sur les résultats dramatiques du Capes 2011. Un nouveau signe du désarroi général de l’éducation nationale en France, ainsi qu’une menace majeure pour le niveau de l’enseignement dans les décennies à venir.

La grande désaffection du Capes

Les chiffres rapportés par le Monde font froid dans le dos. En 1997, il y avait plus de quinze mille candidats aux Capes de mathématiques et lettres modernes pour plus de deux mille cinq cent postes, ce qui assurait une forte sélectivité pour ce concours et donc un niveau élevé pour les professeurs. En 2011, 2800 candidats se sont présentés (une baisse de plus de 80% en 14 ans), pour 1750 postes. Du coup, il n’y a eu qu’un peu plus de 1200 postes pourvus.

La crise des vocations est spectaculaire et extrêmement inquiétante. Une vision optimiste des choses consisterait à dire que seuls les plus motivés continuent à se présenter, garantissant un maintien du niveau. Mais il ne faut malheureusement pas être naïf : la baisse de plus de 80% des candidats au Capes depuis 14 ans est doublement inquiétante. Tout d’abord, cela révèle que les inconvénients du métier apparaissent plus importants que les avantages, pourtant non négligeables.

Ensuite, se pose clairement la question de la sélection des enseignants des prochaines décennies. Le niveau des professeurs est un paramètre fondamental pour le succès d’un système éducatif, comme le soulignent de nombreuses études internationales. C’est pourquoi il est particulièrement inquiétant de voir baisser aussi radicalement la sélectivité du Capes. Nous pourrions bien payer pendant quarante ans le fait de n’avoir pas su traiter cette crise aigüe des vocations.

Des professeurs abandonnés

Comme le souligne Jean-Paul Brighelli, il s’agit d’un « indice de la faillite de notre système éducatif » dont les racines remontent malheureusement à des décennies avec un refus de la sélection qui aboutit à un abaissement généralisé du niveau, comme l’illustre tristement la cuvée 2011 du baccalauréat qui a vu un nouveau record dans le taux d’admission, avec 86% et même plus de 89% pour la filière S marquée à jamais par la gestion calamiteuse d’une fuite par le gouvernement.

Plus globalement, il est urgent d’améliorer les conditions de travail des professeurs. Car ce beau métier, essentiel pour l’avenir de la nation, est aujourd’hui boudé par une génération pour qui les vacances, la stabilité de l’emploi et le prestige sont aujourd’hui plus que contrebalancés par la démission de l’école devant la dureté des élèves, le rythme de travail, plus éprouvant qu’on veut le croire, les problèmes de reconnaissance et le sentiment d’être abandonné par l’Etat.

A ce titre, le mandat de Nicolas Sarkozy aura encore aggravé la situation sans rien résoudre. La réduction des effectifs accroît encore la tension dans les établissements, d’autant plus que toutes les réformes du gouvernement semblent dictées par des purs objectifs comptables, quels que soient les conséquences pour les professeurs, accentuant encore la crise des vocations. C’est pourquoi il est urgent de remettre dans les priorités absolues la réforme de l’éducation nationale.

Ici aussi, le bilan du mandat de Nicolas Sarkozy est très mauvais, comme l’indique clairement l’effondrement du nombre de candidats au Capes. S’il n’est pas le seul responsable, loin de là, il n’a pas su redresser la situation. Pire, il l’a encore aggravée.