12.12.2008

François Bayrou, une alternative limitée

Hier soir, François Bayrou était l’invité principal de l’émission « A vous de juger » d’Arlette Chabot sur France 2. Celui qui se positionne comme l’alternative au Parti Socialiste pour représenter l’opposition à Nicolas Sarkozy y a fait une prestation globalement médiocre.

Le président du Modem n’a pas trop mal démarré l’émission, lorsqu’il était interrogé par Arlette Chabot. Devant les inévitables et prévisibles questions sur son isolement, il a eu beau jeu de mettre en avant son entourage : Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Luc Benhamias ou Corinne Lepage. Il a souligné que les résultats du Modem avaient été plutôt bons aux municipales et que son parti compte de nombreux adhérents. Il a plutôt bien répondu sur la question du Parti Socialiste, soulignant les contradiction de ses chefs qui refusent toute alliance avec le Modem au niveau national mais s’allient avec lui pour les élections locales. Enfin, il a plutôt bien figuré face à un Arnaud Montebourg dont la rhétorique pseudo gauchiste semble tellement datée et artificielle, surtout quand il rejette François Bayrou à droite…

Mais, dans la deuxième partie de l’émission, le député du Béarn a affronté Jean-François Copé dans un débat où il n’a pas brillé. Même si on n’apprécie pas du tout le chef des parlementaires UMP, un ambitieux prêt à tout pour sa carrière, faute est de constater que c’est un bien meilleur débatteur que François Bayrou. Dans tous les domaines, ce dernier a fait une prestation largement inférieure à son rival. Jean-François Copé avait plus d’autorité, connaissait mieux ses dossiers et argumentait de manière plus habile que le candidat à la présidentielle. La mine renfrognée de François Bayrou à la fin du débat avait une bonne raison.

Outre son élocution un peu difficile, qui ne lui donne pas une grande autorité, François Bayrou n’a pas semblé très solide sur les dossiers évoqués. Il a maladroitement évoqué le fait que l’ordre du jour de l’Assemblée devait être partagé alors que cette mesure n’est applicable qu’en mars 2009. Il a reconnu ignorer la date précise de réforme de la nomination du président du Service Public et n’a pas vraiment su répondre aux questions habiles de son rival, qui a en plus montré un grand sens de la réparti. Le président du Modem, lui, s’est enferré dans un aparté sur Pinocchio et un autre sur Guy Mollet guère réussis. Même sa proposition de compte épargne crise (reprise à Georges Bush !!!) n’était pas très convaincant.

Bref, François Bayrou n’a guère brillé. Face à un interviewer qui ne va pas trop loin ou un adversaire à sa taille, il donne le change. Mais face à un rival aussi habile et bien préparé que Jean-François Copé, François Bayrou semble bien léger, à la fois manquant de réparti et pas très solide sur le fond des dossiers. Cela ne remet pas forcément en cause ses chances pour 2012. Après tout, il ne lui faudra pas être le meilleur politique, mais il lui « suffira » de battre le ou la candidate d’un parti socialiste au bout du rouleau après cinq années de guerre intestine et un président sortant qui devra assumer son bilan au lieu de vendre des promesses. Alors, malgré ses limites, et avec du travail, il pourra incarner une forme d’espoir pour le pays.

Hier soir, François Bayrou n’est apparu que comme un pis-aller entre l’UMP et le Parti Socialiste. Malgré tout, il apparaît aujourd’hui comme la principale alternative à Nicolas Sarkozy. Mais ses grandes limites laissent la porte ouverte à des candidats plus solides (Villepin, Dupont-Aignan).