30.07.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : ce que reconnaissent les néolibéraux
« Privatisation des profits, collectivisation des risques, remise en cause de l’ascenseur social, croissance qui ne profite qu’aux plus riches ». Ce constat n’est pas issu de la bouche d’Olivier Besancenot, ni même, on s’en serait douté, du PS, mais de l’hebdomadaire The Economist…
The Economist est la bible des néolibéraux dans le monde. Edité depuis 1843 et vendu à plus d’un million d’exemplaires toutes les semaines, l’hebdomadaire anglais est une des principales sources d’information de la grande majorité des élites financières et économiques de la planète. Son positionnement idéologique est très radical puisque pour lui, tout semble pouvoir être confié au Marché et sa main invisible, y compris le commerce des reins humains ! En effet, il y a quelques mois, The Economist avait fait une tribune défendant la libéralisation du commerce des reins humains comme le meilleur moyen d’éviter le trafic actuel ! L’hebdomadaire attribue volontiers la responsabilité de la crise actuelle à la mauvaise gestion de la Fed, qui aurait trop tardé à augmenter les taux d’intérêts et exonère les spéculateurs de toute responsabilité dans la hausse du prix du pétrole et des matières premières…
Pourtant, l’hebdomadaire anglais est inquiet depuis quelques temps. Plusieurs choses ne tournent pas rond dans l’économie mondiale. Il y a environ un an, une grande enquête avait montré que le « rêve américain » d’ascension par le travail avait du plomb dans l’aile aux Etats-Unis, que la société se fossilisait et qu’il devient de plus en plus difficile de monter l’échelle sociale. Pire, la mobilité sociale dans la vieille Europe est devenue plus forte qu’aux Etats-Unis. The Economist attribuait la responsabilité de cette évolution au coût exorbitant des études supérieures, qui ne permet qu’aux étudiants exceptionnels des classes populaires d’accéder aux grandes universités alors que les élèves médiocres des classes aisées y accédaient sans grande difficulté, prenant exemple sur Georges W Bush ! Il concluait que cette évolution menaçait la cohésion de la société Américaine et s’interrogeait sur les remèdes à apporter.
Mais ce n’est pas tout, dans le numéro de cette semaine, est rapportée une étude qui montre que le revenu des 1% d’Américains les plus riches a augmenté de 11% depuis 2002, contre 1% pour les 99% restant. Résultat, 75% de la croissance des revenus sous les années Bush est allée à 1% de la population, qui touche près de 18% du total, le plus haut niveau depuis 1929 (contre 8 à 9% de 1950 à la fin des années 1980). The Economist s’est également ému de la « privatisation des profits et de la collectivisation des risques » pour les banques d’investissement et Fannie Mae et Freddie Mac (des établissements de prêts immobiliers, qui ont prêté à hauteur de 65 fois leur capital…). Mais on ne se refait pas et l’hebdomadaire plaide au contraire pour une accélération de l’ouverture des marchés, notamment avec le round de Doha, à l’exception de la régulation des banques, qu’il demande à revoir.
Ces constats inquiétants de la bible des néolibéraux montre que quelque chose cloche. S’il ne faut pas attendre la moindre alternative de leur part, cela donne néanmoins des arguments à tous ceux qui souhaitent un meilleur encadrement d’un système dont les excès s’accélèrent tous les jours.
Source : The Economist 19 juillet et 26 juillet
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the economist, échelle sociale, inégalités, crise financière



