03.10.2010

Retraites : un mauvais débat pour une mauvaise réforme

Hier, entre un et trois million(s) de Français ont défilé contre la réforme des retraites du gouvernement. La légère baisse de mobilisation, reconnue par les autorités comme par les organisateurs, semble indiquer que la réforme devrait passer avec quelques concessions.

Une mauvaise réforme

Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy parle de cette réforme comme d’une révolution, affirmant qu’aucun gouvernement n’a eu autant de courage que le sien. Pourtant, un examen rapide permet de démonter cette affirmation. Alors que la réforme de 2003 devait permettre d’équilibrer les comptes jusqu’en 2020, celle de 2010 ne doit atteindre cet objectif qu’en 2018, ni avant, ni après. Et encore, cela dépend d’hypothèses guère réalistes en termes de croissance ou d’emploi.

Si tous les aspects de cette réforme ne sont pas mauvais, beaucoup sont assez injustes. Le choix de jouer davantage sur l’âge de départ à la retraite plutôt que sur la durée de cotisation pénalise davantage les personnes qui ont commencé à travailler jeune. Si les fonctionnaires devraient enfin cotiser de la même manière que les salariés du privé, leurs primes ne seront pas prises en compte. Enfin, la prise en compte de la pénibilité ou des carrières fractionnées est insuffisante.

Mais surtout, le gouvernement passe à côté de l’opportunité d’une réforme plus en profondeur de notre système de protection sociale, comme une plus grande mise à contribution des produits importés pour ne pas pénaliser le « fabriqué en France ». Une vraie réforme fiscale aurait pu favoriser l’emploi et par ricochet fortement contribuer au rééquilibrage des comptes. Enfin, le gouvernement aurait également pu réfléchir à la mise en place d’une retraite à points.

Un mauvais débat

Mais le débat n’a pas été meilleur que la réforme. Le Parti Socialiste n’a clairement pas été à la hauteur. Il y avait quelque chose de ridicule à les entendre se lamenter sur le sort des personnes qui ont commencé à travailler jeune et qui seraient les premières victimes du report de l’âge de départ à la retraite. En effet, le PS est d’une hypocrisie rare sur ce sujet. Car c’est l’UMP qui a introduit des mesures permettant à ceux qui ont commencé à travailler jeune de partir à la retraite plus tôt.

En effet, alors que sous Lionel Jospin, une personne qui avait commencé à travailler à 16 ans devait travailler 44 années pour partir à la retraite, aujourd’hui, il leur est possible de se contenter de 42 années de cotisations et ils peuvent partir en retraite à 58 ans. En outre, le gouvernement actuel a prévu de pérenniser le système. Bref, la gauche, après n’avoir rien fait pendant vingt ans, est bien culottée d’attaquer le gouvernement sur un sujet où c’est l’UMP qui a fait avancer les choses.

En outre, si le Parti Socialiste propose un allongement de la durée de cotisations, le refus d’un allongement de l’âge de départ à la retraite et l’absence de véritable plan alternatif montrent que le parti de Martine Aubry se contente confortablement d’une simple posture d’opposition à la politique du gouvernement. L’extrême gauche reste trop souvent dans une dénonciation stérile sans proposer de véritable réforme réaliste de notre système de protection sociale.

Au final, la mobilisation des Français est assez forte pour obtenir des concessions mais sans doute pas assez pour faire reculer le président, qui ne peut, de toutes les façons, pas totalement reculer s’il veut pouvoir garder un minimum de crédibilité.

17.06.2010

Pourquoi la réforme des retraites passe mal

On allait voir ce qu’on allait voir. Nicolas Sarkozy fanfaronnait en disant que cette réforme devait être le symbole de sa volonté réformatrice. Las, malgré l’annonce d’une réforme moins ambitieuse que prévue, les commentaires sont unanimement négatifs.

Le contenu de la réforme

De manière intéressante, le gouvernement semble être allé moins loin qu’envisagé initialement. L’âge de départ à la retraite est repoussé à 62 ans, et non 63. La durée de cotisations est tellement peu augmentée qu’elle apparaît à peine dans les commentaires. Le dispositif des carrières longues qui permet aux salariés qui ont commencé à travailler tôt est maintenu et même renforcé puisqu’il sera possible de partir dès 58 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler dès 17 ans ou moins.

Le gouvernement innove en introduisant la notion de pénibilité, qui permettra aux personnes frappées d’une incapacité à 20% de partir à 60 ans. La dernière tranche de l’impôt sur le revenu est augmentée de 1 point pour faire contribuer les personnes les plus aisées et certains régimes particuliers (retraites chapeau, retraites des politiques) seront également mis à contribution. L’âge de départ à la retraite à taux plein est également augmenté de deux ans, à 67 ans.

Enfin, les fonctionnaires vont voir leur niveau de cotisation rejoindre celui des salariés du privé, une hausse de plus de 3 points en dix ans. Paradoxalement, l’horizon de temps de la réforme est assez court puisque la réforme sera achevée en 2018, dans à peine huit ans, alors que la réforme de 2003 s’était fixée pour horizon 2020 et que celle du gouvernement Balladur avait également un horizon lointain. Bref, l’ensemble peut paraître relativement équilibré, pour les équipes de communication en tout cas.

Un sentiment d’injustice

La réforme des retraites est un exercice difficile car il consiste uniquement à demander de nouveaux efforts alors que la réforme précédente (de 2003) était sensée suffire pour une génération. Même si l’argument de l’augmentation de l’espérance de vie est compris et implique logiquement que des efforts doivent être faits, les Français ont l’impression qu’on leur demande de toujours faire plus d’efforts alors qu’une petite minorité vit très bien et que ce plan devra forcément être complété…

En outre, le gouvernement est assez mal placé pour demander de faire des efforts avec les innombrables polémiques du moment, entre les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc, les critiques de Rama Yade sur l’hôtel des bleus en Afrique du Sud alors qu’on lui avait réservé une chambre encore plus chère ou les scandales sur les cumuls de rémunération des ministres qui touchent leur retraite en plus de leur traitement. Bref, les Français ont l’impression qu’il y a deux poids deux mesures.

L’absence de solutions alternatives

Les critiques du Parti Socialiste sont assez hallucinantes dans la mesure où ce n’est pas le PS qui a mis en place le dispositif des carrières longues (qui permet de partir plus tôt quand on a commencé à travailler très jeune), ni la pénibilité, mais bien l’UMP. Martine Aubry peut bien exprimer son émotion à la télévision, les socialistes n’avaient rien fait sur le sujet. En outre, la proposition de taxer le capital ne tient pas si on ne remet pas en cause la libre-circulation des capitaux.

Bref, le Parti Socialiste se contente de faire de l’opposition systématique alors qu’il y aurait pourtant d’autres solutions. La première priorité devrait être la réduction du chômage. En effet, comme l’a montré le COR, le retour à un taux de chômage de 4 à 5% améliorerait considérablement la situation. Ensuite, nous devrions nous poser la question du mode de financement de la Sécurité Sociale, avec une TVA sociale qui permettrait de faire enfin contribuer les importations à notre modèle sociale.

Passera ? Passera pas ? Difficile de le savoir. Le fait d’annoncer la réforme en juin, en pleine coupe du monde peut paraître habile. Mais il n’est pas gagné que la mobilisation  ne prendra pas à la rentrée, même si on sent une certaine résignation des Français.