25.03.2010

Les 17% qui font peur à Nicolas Sarkozy

Un remaniement technique dès lundi, une réunion avec les parlementaires UMP mardi, un mini-discours de politique générale mercredi : le président de la République fait feu de tout bois pour faire face à la déroute des régionales. Il faut dire que sa réélection semble de plus en plus improbable.

Ces 17% qui en disent long

En effet, en tenant compte des 49% d'abstention au second tour et des 4% de vote blanc (en forte hausse par rapport au premier tour), les 36% obtenus par l'UMP au second tour des élections régionales ne représentent que 17% des électeurs inscrits. Les 54% obtenus par la gauche ne représentent qu'un peu plus de 25% des inscrits, ce qui relativise sa victoire. On peut mettre ce chiffre en parallèle avec les plus de 40% des inscrits qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy au second tour des élections présidentielles pour comprendre le chemin parcouru depuis mai 2007.

Ce chiffre est d'autant plus inquiétant qu'il s'agit d'un score de second tour. Le désamour vis-à-vis de Nicolas Sarkozy est extrêmement fort, comme le montre ce sondage qui indique que seulement un gros tiers des Français souhaitent la victoire de la droite en 2012. Pire, le président sortant n'est même pas le candidat favori à droite, François Fillon et Dominique de Villepin lui faisant de plus en plus d'ombre. En fait, plus le temps passe, plus Nicolas Sarkozy perd des soutiens et se renferme sur une fraction de plus en plus petite de l'électorat sans jamais gagner de nouveaux soutiens.

L'impossible relance

Tout le problème du président est que sa rhétorique ne supporte guère un changement de cap car cela reviendrait à remettre en cause l'ensemble de l'action passée. Il a passé l'épreuve du remaniement avec une certaine habileté, réussissant à éviter de se déjuger en renvoyant les ministres venus de la gauche et en apportant une dose de sang neuf symbolisant l'ouverture à l'ensemble de sa majorité avec la venue du chiraquien François Baroin et du villepiniste Georges Tron. Ce geste d'apaisement lui permet de limiter les critiques internes et de montrer une plus grande capacité de rassemblement.

Hier, il a précisé l'agenda pour les deux ans à venir. Le gros morceau sera à coup sûr la réforme des retraites, pour laquelle son discours marque un vrai équilibre entre nécessité de réforme et souci de concertation. Mais, à part ce gros morceau, il était étonnant de constater la minceur du reste de l'agenda. En effet, la taxe carbone est repoussée sine die. L'annonce sur la PAC se fait à contretemps puisque l'essentiel de la Politique Agricole Commune a déjà été démantelée, notamment le prix de soutien. Est-ce à dire que le président est prêt à demander un retour en arrière ?

La dialectique si volontariste du candidat lui pose un problème. En refusant de véritablement se remettre en question, il s’enferme dans un réduit chaque jour plus limité. Un peu plus de modestie et de recul sur son action lui permettrait sans doute un nouveau départ. Mais en est-il capable ?

22.03.2010

Une déroute et une vague rose

Hier, les Français ont tranché. Si l'UMP est arrivée à conserver l'Alsace, la gauche dans son ensemble fait son meilleur score depuis 1981 ! Mais la forte abstention et le succès du Front National révèlent une certaine désillusion des Français vis-à-vis des grands partis.

Une déroute historique

Bien sûr, l'UMP a réussi à conserver l'Alsace, mais le parti présidentiel n'a réuni hier qu'à peine 35% des voix contre près de 54% pour la gauche, résultat qui montre l'ampleur de la défaite. Du coup, les représentants de la majorité avaient adopté un ton un peu plus modeste qu'il y a une semaine, concédant la victoire de la gauche et leur défaite du bout des lèvres. Cependant, l'Elysée avait encore concocté un argumentaire bien alambiqué et déconnecté de la réalité que Xavier Bertrand a été chargé de défendre, sur TF1, France 2 et France 3 !

L'angle d'attaque, relativement habile, consistait à attribuer la responsabilité de la défaite à la crise et au fait que ces élections étaient des élections de mi-mandat. D'ailleurs, Xavier Bertrand a bien répété que le Parti Socialiste avait perdu les élections régionales de 1992 et 1998. Cependant, l'ampleur de la défaite et le fait que l'UMP réunisse à peine plus de 15% des inscrits indique bien qu'il ne s'agit pas d'un simple mouvement d'humeur consécutif à un calendrier difficile, mais bien d'un désaveu franc et massif vis-à-vis de la politique de Nicolas Sarkozy.

Le secrétaire général de l'UMP a donc tenté d'expliquer que les Français n'avaient pas voté contre les réformes du gouvernement et qu'ils avaient bien au contraire exprimé leur volonté de poursuivre les réformes, en s'appuyant sur un sondage... Assez naturellement ses contradicteurs lui ont opposé qu'il y avait réforme et réforme et qu'on ne pouvait pas être pour la réforme dans l'absolu et que cela dépend du contenu. Malgré tout, cela n'a pas empêché l'ancien ministre des affaires sociales de persister dans son argumentation, avec le même autisme qu'au premier tour.

Une vague rose

Le Parti Socialiste, les écologistes et le Front de Gauche remportent donc une très nette victoire même s'ils ne réunissent au final qu'un quart des inscrits. L'écart avec l'UMP indique une forte préférence des Français à leur égard par rapport au gouvernement, au moins pour gérer les régions. Un certain nombre de facteurs amènent à relativiser malgré tout ce résultat. Tout d'abord, il est tout de même surprenant de constater à quel point le Parti Socialiste a peu évolué depuis sa sévère défaite aux élections européennes de juin 2009, malgré la différence de résultat...

En outre, même si elle a légèrement baissé au second tour (comme en 2004), le fort niveau d'abstention, notamment dans les quartiers populaires et touchés par la crise, indique un certain divorce avec les grands partis. Au final, avec le vote blanc, c'est plus de la moitié des Français qui ont refusé de voter pour quiconque. On frôle même les 60% qui ont refusé de voter pour un grand parti de gouvernement quand on y ajoute le résultat du Front National, qui, contrairement à 2004, a amélioré ses scores au second tour, signe d'une radicalisation du ras-le-bol d'une partie de la population.

Le retour du Front National dans les régions les plus frappées par la crise indique bien une lassitude des Français vis-à-vis de grands partis dont l'alternance ne semble pas apporter de véritables conséquences sur le cours de la politique suivie. La sociologie du vote FN persiste à me faire croire à un vote davantage social que d'adhésion à tout ce que représente le parti d'extrême-droite, heureusement. Le Parti Socialiste n'a pas vraiment réussi à convaincre cet électorat, ce qui représente une sacrée hypothèque en vue de 2012.

En tout cas, les variations colossales de l'électorat depuis 2007 (Modem, écologistes, PS) indiquent sans doute que nos compatriotes attendent une alternative qu'ils n'arrivent pas vraiment à trouver. Les Français ne veulent plus de Nicolas Sarkozy mais ils n'ont pas encore clairement envie de quelqu'un d'autre.

21.03.2010

Aujourd’hui, je vote...

Dès le soir du premier tour, Nicolas Dupont-Aignan a indiqué qu’il ne donnerait pas de consigne de vote aux cent vingt mille électeurs qui ont voté pour les listes de Debout la République dimanche dernier en Ile de France. Un choix compréhensible tant les alternatives sont peu réjouissantes.

Huchon ou Pécresse ?

C’est clairement le choix entre la peste et le choléra. D’un côté, il y a le président sortant qui tient un discours ridicule sur le « bouclier social » que représenteraient les régions face à la crise. Sachant que leur budget représente 3% du budget global de l’Etat, il est difficile de faire moins crédible, d’autant plus que nombre de dépenses sont plus ou moins automatiques… En outre, l’équipe actuelle s’est contentée de gérer l’existant en menant quelques grands projets, mais souvent au détriment de l’offre de tous les jours, notamment en terme de transports.

Le Parti Socialiste a également cédé à la logique anti-automobile des Verts, refusant le moindre investissement routier qui aurait pourtant permis aux franciliens qui ne peuvent pas faire autrement de passer moins de temps dans leur voiture, de moins consommer et donc de moins polluer. L’alternative Valérie Pécresse n’est guère plus riante. L’UMP mise tout sur un projet de Grand Paris qui est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire pour l’aménagement de la région, un projet pharaonique qui privera l’existant des ressources nécessaires pour fonctionner.

En outre, l’UMP continue à entretenir la concentration des emplois à la Défense alors que les moyens de transport sont déjà saturés, et que l’exemple de Saint Denis montre qu’il est possible de créer de nouveaux bassins d’emplois ailleurs. Le Grand métro est un projet dangereux car il n’apporte aucune solution pour le transport des zones d’habitation aux bassins d’emplois et son coût exorbitant a toutes les chances de peser sur le budget déjà trop limité d’entretien des lignes existantes, dont l’amélioration pourrait pourtant régler de nombreux problèmes.

Abstention ou vote blanc ?

Bref, c’est un match nul qui ne me donne aucune envie de trancher entre l’UMP et le Parti Socialiste. On pourra dire que dans le contexte actuel, cela revient à laisser gagner Jean-Paul Huchon, mais rien dans le projet de l’UMP, ni dans les personnes qui le portent ou par rapport au contexte national, ne donne envie d’apporter la moindre once de soutien au parti de la majorité présidentielle. Il reste donc deux choix possibles : l’abstention ou le vote blanc, choix que je n’ai jamais fait auparavant.

Même si le vote blanc n’est aujourd’hui pas reconnu comme il devrait l’être, il ne m’est pas possible de m’abstenir. Cela me semble un choix trop facile même s’il est vrai que le taux d’abstention exprime un certain ras-le-bol, partagé, vis-à-vis de l’UMP et du PS. Le droit de vote est quelque chose de trop précieux, et pour lequel trop de personnes se battent encore, pour que je ne l’utilise pas. Par élimination, il ne me reste donc que le vote blanc pour dimanche.

Cette conclusion ne me satisfait qu’à moitié car la publication des résultats en suffrages exprimés l’ignore totalement et valorise l’abstention. Cependant, à titre personnel, et en me gardant de recommander quoique que ce soit, cela me semble la moins mauvaise des solutions.

18.03.2010

Les régionales, symbole d’un désenchantement

Envolée de l’abstention, retour du Front National, effondrement d’une majorité autiste, victoire par défaut du Parti Socialiste : le premier tour des élections régionales est une parfaite synthèse de la situation politique actuelle, pour le pire essentiellement…

Un divorce politique

Au global, le scrutin est un désaveu majeur pour les grands partis. L’abstention est passée de 39% en 2004, à 53%, signe d’une faible implication des Français pour cette élection et d’une incapacité des grands partis à mobiliser leur électorat. Cela est d’autant plus vrai qu’au final, les grands partis ont plutôt reculé, même si la géométrie différente de l’élection (Modem vs UDF, Verts qui ont fait des listes indépendantes) rend les comparaisons plus difficiles.

Par exemple, Valérie Pécresse fait 28% en Ile de France alors que la liste Copé frôlait les 25%, mais avec la concurrence d’une liste Santini, à 16%. Le recul de la majorité est donc de 13 points en Ile de France. Quant aux listes socialistes, elles ont tendance à reculer du fait de la présence de listes écologistes indépendantes et cela ajoute au recul des grands partis qui n’ont rassemblé les voix que d’un quart des Français, contre 40% en 2004, une sanction globale pour le PS comme l’UMP.

Pire, même si le Front National recule de 3 points par rapport à 2004, il remonte vivement par rapport aux dernières échéances, et notamment l’élection européenne. Le parti d’extrême-droite retrouve une audience importante et rate de peu la 3ème place. J’y vois essentiellement l’expression d’un désespoir ou d’un ras-le-bol à l’égard d’une classe politique qui promet beaucoup et réalise peu, d’autant plus que les Français constatent que les alternances n’apportent pas grand-chose.

Union pour la République Sarkozyste Soviétique

Malgré tout, l’UMP n’est pas sur le même plan que le Parti Socialiste. Le parti du président de la République signe le plus mauvais score de la droite depuis 1958 aux élections locales. Le résultat de dimanche est bien un échec majeur pour le gouvernement, malgré les dénégations. La langue de bois des représentants de l’UMP sur les plateaux était digne des dignitaires de l’URSS finissante. Il aurait sans doute mieux valu adopter une attitude plus modeste pour mobiliser l’électorat de droite le 21.

Le discours de la majorité dimanche était ridicule. L’abstention serait uniquement une sanction à l’égard des socialistes puisqu’ils sont au commande des régions (pourtant, il semblerait que ce soit plutôt l’électorat de droite qui se soit abstenu…) et les accords PS / Verts seraient des trahisons de leurs programmes respectifs (alors qu’ils travaillent ensemble depuis près de 15 ans…). Comment Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas pu se rendre compte du ridicule de cet argumentaire ?

Il y a fort à parier que le spectacle pitoyable offert par une majorité autiste et vindicative ne devrait pas améliorer leur score de dimanche prochain. Comment les électeurs pourraient-ils avoir été motivés pour voter pour des élus enfermés dans leur tour d’argent au point d’en proférer de telles bêtises ? Du coup, les socialistes ont beau jeu de dire que Nicolas Sarkozy n’a pas pris compte du message du 14 mars et qu’il est important de confirmer le 21 mars pour lui faire comprendre…

Des Français qui ne croient plus aux grands partis et se tournent vers l’abstention et retournent vers des partis plus marginaux. Une majorité complètement autiste qui tient un discours inaudible. Malheureusement, le spectacle de dimanche soir a conforté les Français dans leur choix.

18.05.2009

Le piège de l’abstention et du vote blanc

À l’approche des élections européennes, de surprenantes prises de position se font jour. Certains « nonistes », comme le comité Valmy, appellent à l’abstention. Jean-Pierre Chevènement appelle à voter « blanc ou nul ». Mais ne font-ils pas ainsi le jeu de l’Europe qu’ils dénoncent ?

Des appels surprises

Après le Général de Gaulle, Jean-Pierre Chevènement est avec Philippe Séguin l’homme politique qui m’a le plus influencé, quand il a ferraillé contre la politique dite de « franc fort » ou contre le traité de Maastricht. C’est donc avec une certaine incompréhension que j’ai découvert sa prise de position pour le scrutin du 7 juin. Son refus de participer au front de gauche pour des raisons programmatiques était courageux. Mais comment comprendre son appel au « vote blanc ou nul » ?

Le comité Valmy, qui avait également fait campagne pour le « non » au TCE en 2005, appelle carrément à l’abstention. Le fait que l’Europe ait continué son cours sans quasiment aucune modification après les « non » Français et Néerlandais est certes décourageant. En outre, le front des partisans d’une autre Europe est disparate, mais il y a d’autres moyens d’exprimer son opposition au cours actuel de l’Europe.

La possibilité d’un vote alternatif

Car l’abstention et le vote blanc sont un véritable piège pour les alter européens. Toutes ces formes de protestation électorale ne font que faire remonter mécaniquement le score des trois plus gros partis, l’UMP, le PS et le Modem, qui ont ratifié le traité de Lisbonne malgré le vote des Français en 2005. Alors que si les « nonistes » de 2005 réitéraient leur vote d’il y a quatre ans, le séisme politique pourrait faire bouger les choses. Le vote du 7 juin est un vote crucial pour l’avenir de l’Europe.

Qui plus est, il y a des offres politiques alternatives, et notamment Debout la République. Bien sûr, le parti est bas dans les sondages, mais cela vient pour parti du fait que n’y est pas associé le nom de Nicolas Dupont-Aignan, bien plus connu. Et surtout, nous proposons une véritable construction alternative, avec un projet de traité qui bouleverserait les institutions européennes afin de les rendre plus démocratiques et une remise de l’économie au service de l’homme, notamment à travers le protectionnisme.

Ne pas voter ou voter blanc revient à accorder un blanc seing à l’Europe telle qu’elle se construit depuis un quart de siècle. Alors, si vous pensez qu’une autre Europe est possible, plus démocratique, plus humaine, plus respectueuse du mode de vie de chacun, venez voter le 7 juin !

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/la-triste-fin-...

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article254