16.02.2011
Et si l’affaire Tapie était une affaire d’Etat ?
Vendredi, Marianne a publié de nouveaux éléments donnant un éclairage peu flatteur à l’affaire Bernard Tapie et au versement par l’Etat de sommes probablement inconsidérées suite à la vente d’Adidas par le Crédit Lyonnais. Retour sur ce qui est peut-être une affaire d’Etat.
De nouvelles failles dans le dossier
Marianne reprend donc des documents présentés à la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale mardi 8 février et révélés par les Echos. Ils démontrent que « la procédure au terme de laquelle Bernard Tapie est reparti avec un joli chèque de 220 millions d’euros net n’est pas conforme au droit ». Plusieurs failles sont avancées dans le dossier, où un arbitrage privé organisé par Christine Lagarde avait tranché en faveur de l’ancien soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy.
Les magistrats de la Cour des Comptes soulignent qu’il y a un « défaut d’autorisation législative », à savoir que la procédure aurait du passer devant les députés. Ils soulignent également que ce n’était pas à l’Etat et au CDR de payer cette somme mais au Crédit Lyonnais. La Cour des Comptes va jusqu’à estimer que la décision pourrait bien être cassée juridiquement, contrairement à ce qui avait été répliqué aux députés qui souhaitaient la remettre en question.
Charles de Courson, député Nouveau Centre et Jérôme Cahuzac, président socialiste de la Commission des Finances semblent vouloir en découdre. Le premier a affirmé que « dans cette affaire, le gouvernement a tort juridiquement et politiquement » et le second a mis en cause la responsabilité du gouvernement et de l’Elysée. Bref, les députés pourraient porter l’affaire devant le Conseil d’Etat qui devrait casser la décision au regard des conclusions sans appel de la Cour des Comptes.
Des conflits d’intérêt majeurs
En revanche, je ne suis pas d’accord avec Emmanuel Lévy qui affirme que « l’ancien patron de l’OM a démontré sa spoliation ». Même si c’est aujourd’hui l’interprétation de la justice et s’il n’est pas normal que la banque à laquelle Bernard Tapie avait donné mandat pour vendre Adidas finisse par la racheter, des zones d’ombre très gênantes subsistent dans ce dossier où les conflits d’intérêt sont légions et plus que troublants, tant au début des années 90 qu’aujourd’hui.
J’avais souligné dans un papier rédigé il y a deux ans que la chronologie de l’affaire pose problème. En effet, n’oublions pas que la vente d’Adidas (par un ministre) a été bouclée à peine un mois avant la défaite de son gouvernement aux législatives. On peut donc légitimement se demander s’il n’y a pas eu une intervention politique pour sortir le ministre de l’impasse avant le changement de majorité, ce qui pourrait expliquer que le Crédit Lyonnais ait eu à racheter Adidas.
Ensuite, rien n’indique qu’Adidas valait davantage en février 1993. Pourquoi Bernard Tapie devrait-il tirer profit du redressement de l’entreprise, qui a plus que doublé sa valeur à fin 1994 ? Un actionnaire vendant ses actions aujourd’hui devrait-il pouvoir demander une part des profits que son acheteur pourrait empocher fin 2012 ? Bref, la demande de Bernard Tapie est abracadabrantesque. Et le conflit d’intérêt reste entre le président et son soutien pour la présidentielle de 2007…
On ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire, mais ce dossier présente de multiples zones d’ombre et de conflits d’intérêt qui font peser de sérieux doutes sur l’honnêteté des décisions prises par l’Etat. Si la Cour des Comptes attaque la forme, le fond ne semble pas plus net…
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10.09.2010
Affaire Tapie : Sarkozy dans les pas de Mitterrand
Bernard Tapie devrait incessamment toucher plus de 200 millions d’euros de l’Etat suite à sa plainte contre le Crédit Lyonnais dans l’affaire Adidas. Il s’agit probablement d’une des affaires d’Etat les plus scandaleuses de notre pays, impliquant potentiellement deux gouvernements.
Et si Tapie avait bénéficié d’une faveur en 1993 ?
Imaginez une personne qui vend son appartement et qui apprend que près de deux ans plus tard, la personne à qui elle l’a vendu, qui a tout rénové, le revend avec une forte plus-value. Le premier vendeur entame alors une procédure judiciaire pour récupérer une partie du bénéfice fait par son acheteur. Cela paraît absurde ? C’est pourtant exactement ce que Bernard Tapie demande au Crédit Lyonnais, comme je l’avais détaillé dans deux papiers écrits en 2008.
Le point de départ de cette affaire est tout simplement aberrant. Jamais la demande de l’ancien ministre de François Mitterrand n’aurait dû être examinée. En outre, les circonstances de la vente d’Adidas au Lyonnais début 1993 sont extrêmement suspectes. Le ministre est exsangue financièrement, il n’a pas réussi à relancer Adidas qui fait des pertes historiques en 1992. Pourtant, il parvient à vendre sa participation à un prix qui lui permet de faire une opération blanche.
Et comme c’est une banque publique qui a racheté les titres, on peut légitimement soupçonner une intervention de l’Etat (à un mois d’élections législatives où la gauche était sûre de perdre) pour remettre d’aplomb un soutien du président de l’époque. Si le prix n’a pas été justement évalué en 1993, il était plus sûrement surévalué que sous-évalué… Les circonstances indiquent tout de même un conflit d’intérêt majeur quand l’Etat rachète une entreprise à un ministre en difficulté !
Une plainte totalement illégitime
Mais là où l’on tombe dans l’absurde, c’est quand en 1995, l’homme d’affaire cherche à récupérer une partie du profit fait par le Crédit Lyonnais dans la vente d’Adidas à Robert Louis Dreyfuss fin 1994. En effet, alors qu’il avait vendu l’entreprise 315 millions en février 1993, celle-ci est rachetée 700 millions en novembre 1994. Sauf qu’entre temps, ce dernier a réussi là où Bernard Tapie a échoué, à savoir redresser la marque aux trois bandes. La bourse la valorisera 1,6 milliards fin 1995.
Mais du coup rien ne légitime que Bernard Tapie récupère une partie du bénéfice empoché par le Crédit Lyonnais fin 1994. Après tout, la banque n’a pas réclamé une partie du pactole encaissé par Robert Louis Dreyfuss fin 1995 ! Quand le ministre vend son entreprise, celle-ci est en mauvais état car il n’a pas su la relancer. Rien ne justifie qu’il demande à récupérer une partie des bénéfices faits par le Crédit Lyonnais après que la banque ait trouvé le bon dirigeant pour Adidas.
C’est pour cela qu’il est extrêmement choquant que l’Etat ait choisi une procédure qui a donné raison à Bernard Tapie en sachant que ce dernier avait perdu en Cour de Cassation et que les personnes chargées de juger ont été nommés par l’Etat. Qui plus est, les soupçons deviennent encore plus légitimes quand on constate que l’homme d’affaire avait lourdement soutenu Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007, n’hésitant pas à attaquer sévèrement la candidate socialiste.
On ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire. Mais cette vente d’Adidas au Crédit Lyonnais a sans doute provoqué deux des plus grandes affaires d’Etat de la Cinquième République, que ce soit avec la vente très suspecte de février 1993 puis avec cet arrangement, extraordinairement suspect également.
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24.11.2008
Le scandale Tapie : et si l’Etat ne lui devait pas un centime ?
Et si nous étions trop indulgents à l’égard de Bernard Tapie ? Si une majorité de Français est assez sévère avec le choix de la procédure et le montant de l’accord, en revanche, presque personne ne remet en cause le bien-fondé pourtant très contestable de toute cette affaire.
Bernard Tapie est formidable. Il se fait passer pour une pauvre victime, victime du Crédit Lyonnais qui a tiré les bénéfices de son investissement dans le Crédit Lyonnais à sa place, et victime d’une procédure judiciaire qui a duré quinze années. Pourtant, il faut tout de même rappeler que c’est lui-même qui a déclenché la procédure en 1995, plus de deux ans après la vente d’Adidas, suite au rachat de l’entreprise par Robert Louis-Dreyfus avec un confortable bénéfice pour le Lyonnais, qui avait plus que doublé sa mise en moins de deux années. Un simple rappel des faits montre à quel point la demande de l’ancien ministre de François Mitterrand est extravagante.
En juillet 1990, Bernard Tapie rachète Adidas pour 1,6 milliards de francs, qu’il emprunte intégralement auprès d’une filiale du Crédit Lyonnais, alors entreprise publique. À l’époque, l’entreprise se porte mal, elle perd de l’argent et se fait tailler des croupières par Nike et Reebok. Si Bernard Tapie démarre la restructuration de l’entreprise, il faut noter que deux ans après sa prise de contrôle, Adidas bat un record avec 500 millions de perte sur la seule année 1992, sanctionnant la gestion déficiente de celui qui est alors également ministre de la ville. Le groupe Tapie, qui a eu les yeux plus gros que le ventre, donne donc fin 1992 un mandat à sa banque, le Crédit Lyonnais, pour vendre Adidas pour 2 milliards (le prix de vente augmenté des intérêts financiers pour que l’opération soit blanche).
Il faut noter qu’il est déjà ambitieux de vouloir vendre Adidas plus cher qu’il ne l’a racheté alors que la conjoncture s’est retournée entre temps, que les bourses ont baissé, et que l’entreprise enregistre son pire résultat en 1992, avec des pertes abyssales. Un mois avant la défaite de la gauche aux législatives, mi-février 1993, un accord est trouvé avec un groupe d’investisseurs derrière lequel se cache en fait le Crédit Lyonnais. Quand on met l’ensemble de ces faits bout à bout, on peut sans doute davantage soupçonner que l’entreprise publique a payé sur le moment plus cher qu’elle ne l’aurait dû plutôt que pas assez cher… Après tout, l’entreprise publique ôte une sérieuse épine du pied du ministre sur lequel François Mitterrand compte pour détruire Michel Rocard aux élections européennes de 1994.
Robert Louis-Dreyfus prend la direction de l’entreprise début 1993 et se révèle être un patron particulièrement efficace puisqu’il en redresse tellement rapidement les résultats qu’il se permet de racheter Adidas 700 millions d’euros fin 1994 aux investisseurs qui l’avaient acheté 315 millions début 1993. Un an après, Adidas est valorisé 1,68 milliards lors de son introduction en bourse. C’est après la transaction de fin 1994 que Bernard Tapie se réveille et demande une part du gâteau au Crédit Lyonnais, qui vient de réaliser un beau bénéfice. Cette demande est encore plus aberrante que celle d’un propriétaire qui aurait vendu son appartement et qui demanderait au vendeur de partager les bénéfices qu’il a fait en vendant deux ans après ! Pire, dans le cas présent, la hausse de la valeur est la conséquence de la gestion de M.Louis-Dreyfus. Enfin, le Crédit Lyonnais n’a pas cherché à récupérer une partie des bénéfices fait par ce dernier lors de l’introduction en bourse, réalisée moins d’un an après la vente d’Adidas…
La réalité de cette affaire est doublement choquante : outre la procédure choisie et le montant incroyable de l’indemnité versée à Bernard Tapie, sans doute sous les auspices de l’Elysée, il n’y avait probablement même lieu de lui verser le moindre centime.
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20.11.2008
Villepin, Tapie : elle est belle la justice de Nicolas Sarkozy !
Hier, la nouvelle est tombée : Dominique de Villepin est renvoyé en correctionnelle pour l’affaire Clearstream. Le même jour, Laurent Mauduit, du site Médiapart, publie « Sous le Tapie ». Un résumé saisissant de ce à quoi est réduite la justice sous Nicolas Sarkozy.
Au bout de deux ans et demi d’instruction, les juges ont finalement décidé d’envoyer l’ancien Premier Ministre en correctionnelle. Cette affaire est pourtant complètement ridicule. On accuse Dominique de Villepin de tentative de dénonciation calomnieuse. Pourtant, le simple énoncé des faits suffit pour comprendre que cela est plus que douteux. Pourquoi l’ancien Premier ministre aurait-il transmis des papiers s’il les avait su faux ? Il est évident que cela se serait retourné contre lui. Dominique de Villepin ne savait pas et a simplement cherché à vérifier leur véracité, ce qui est tout de même normal de la part d’un ministre de l’intérieur ! S’il avait déclenché un procès ou une instruction, on lui aurait sans doute reproché d’avoir utilisé des documents dont il n’avait pas vérifié la véracité. Et s’il n’avait rien fait, il aurait été accusé de couvrir une affaire. Bref, il est coupable à tous les coups ! C’est un peu trop facile.
Tout dans cette affaire semble indiquer qu’elle est surtout politique et que le principal bénéficiaire, Nicolas Sarkozy n’est peut-être pas pour rien derrière ses circonvolutions dont le timing est plus que suspect. En effet, l’affaire Clearstream a éclaté quelques jours après la fin du CPE, achevant d’affaiblir un Premier Ministre qui était devenu un sérieux rival du président de l’UMP. Aujourd’hui, on peut contester le mélange des genres d’un président de la République partie civile et capable d’influer sur le cours de la justice, cas unique dans l’histoire de la Cinquième République où les précédents présidents s’abstenaient de toute poursuite. Pire, l’allongement de la procédure semble un peu trop commode : avec un procès en 2010 et les possibles recours, on peut imaginer que cette affaire neutralise Dominique de Villepin jusqu’en 2012, protégeant Nicolas Sarkozy d’un de ses seuls rivaux crédibles…
Dans le même temps, Laurent Mauduit publie un livre particulièrement intéressant sur l’affaire Tapie, ce qui est sans doute une des affaires d’Etat les plus graves des dernières années. Pour mémoire, début 1993, le Crédit Lyonnais vend Adidas pour le compte du ministre de la ville, un mois avant des législatives perdues d’avance (…),pour le prix fixé pour son mandat, supérieur de 25% au prix d’achat alors que l’entreprise a perdu 500 millions de francs en 1992. En réalité, c’est l’entreprise publique qui rachète le gros des actions… Robert-Louis Dreyfus prend la tête de l’entreprise et entame un spectaculaire redressement qui fera exploser sa valeur (qui fera plus que doubler en moins de deux ans). Furieux de voir sa banque profiter de son rachat d’Adidas, Bernard Tapie entame une procédure judiciaire pour récupérer une partie des bénéfices réalisés par le Crédit Lyonnais, comme si le vendeur d’une maison cherchait à récupérer une partie du bénéfice fait par son acheteur qui aurait vendu deux ans après !
Malgré l’absurdité complète de la demande, la procédure judiciaire s’enclenche et la bataille judiciaire commence. Elle n’est guère favorable à l’ancien ministre de François Mitterrand puisque la cour d’appel condamne le CDR à payer 135 millions d’euros et un euro de préjudice moral en 2005. Puis, Bernard Tapie décide de soutenir Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. Après l’élection, Laurent Mauduit rapporte une dizaine de visite de l’ancien ministre à l’Elysée. Comme par hasard, l’Etat accepte alors une procédure arbitrale dont le verdict est beaucoup plus favorable à Bernard Tapie, qui obtient le jackpot, soit 240 millions d’euros (plus les intérêts légaux) et 45 millions au titre de préjudice moral, soit un total de près de 400 millions d’euros d’argent public, qui devrait lui laisser environ 100 millions selon Laurent Mauduit. Toujours selon le journaliste, il faut noter que Patrick Dils, condamné à tort à passer 15 ans en prison, avait touché 1 million d’euros de préjudice moral pour cette terrible erreur judiciaire.
D’un côté un ancien Premier Ministre traîné dans la boue alors qu’il n’a rien fait de répréhensible. De l’autre, ce qui est peut-être une des plus graves Affaires d’Etat de la Cinquième République : pourtant, rares sont les voix qui dénoncent cette triste dérive de la présidence Sarkozy.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/19/affaire-clearstream-dominique-de-villepin-renvoye-en-correctionnelle_1120280_823448.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Adidas
« Sous le Tapie », Laurent Mauduit, Stock, (voir article dans le Marianne de la semaine)
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11.09.2008
L’affaire Tapie est-elle une affaire d’Etat ?
Alors qu’hier, Bernard Tapie et Jean Peyrelevade ont été entendus par la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, la polémique fait rage sur le résultat de la procédure arbitrale dont a bénéficié Bernard Tapie. S’agit-il d’une affaire d’Etat ?
L’intervention de l’ancien président du Crédit Lyonnais a permis de re-préciser l’historique de cette affaire. En juillet 1990, l’homme d’affaires achète 80% de l’équipementier sportif pour 244 millions d’euros grâce à un emprunt contracté auprès d’une filiale du Crédit Lyonnais, puis les 15% restant six mois plus tard. Mais devant son incapacité à redresser le groupe et rembourser son emprunt, il est contraint de céder Adidas à un consortium dont fait partie le Crédit Lyonnais en février 1993 pour 315 millions. La banque se retrouve dans la position contestable de mandataire et acheteur dans la vente. Il faut noter que cet accord a lieu alors que Bernard Tapie est ministre d’un gouvernement qui n’en a plus que pour quelques semaines puisque les socialistes subissent une déroute historique le mois suivant. Robert Louis Dreyfus prend alors la tête de l’entreprise et s’inspire des méthodes de Nike pour la redresser.
En décembre 1994, c’est ce dernier qui reprend le contrôle d’Adidas pour 700 millions d’euros, permettant au Crédit Lyonnais d’empocher une forte plus-value. En juillet 1995, Bernard Tapie demande que le Crédit Lyonnais lui rétrocède une partie de sa plus-value. Pour l’anecdote, l’introduction en bourse d’Adidas à la fin 1995 valorise l’équipementier à plus de 1,6 milliards, sans que la banque ne réclame une part de la plus-value… L’audition de Jean Peyrelevade, alors patron de la banque a permis de préciser plusieurs choses importantes pour le dossier. Tout d’abord, le groupe Tapie était à court d’argent fin 1992, et était donc dans la nécessité de vendre son principal actif, Adidas. Ensuite, l’équipementier sportif n’était absolument pas redressé à ce moment-là puisque c’est Robert Louis Dreyfus qui a été l’acteur de ce sursaut, qui explique, seul, le redressement de la valeur de l’entreprise.
La demande de Bernard Tapie, qui le sauve de la faillite, est donc jugée totalement illégitime par l’ancien président du Crédit Lyonnais qui souligne que cela reviendrait à ce que les anciens actionnaires d’Alstom demande à l’Etat de partager le bénéfice qu’il a fait en redressant l’entreprise. Mais outre la probable illégitimité de la demande, se pose également le problème de la procédure choisie, dont beaucoup de juristes soulignent les aspects exceptionnels, pour ne pas dire plus. Le Canard Enchaîné fait une chronique très suspecte de cette affaire en soulignant que l’Etat, par la voix de Christine Lagarde, a fortement poussé à une telle conclusion, qui n’était pas forcément ce que tout le monde souhaitait, comme le montre la démission d’un administrateur du CDR.
Du moment que l’Etat est intervenu, se pose la question du pourquoi. Christine Lagarde a souligné que la procédure n’avait que trop duré, mais cet argument est davantage valable pour Bernard Tapie. En outre, il est pour le moins paradoxal que l’Etat accorde une médiation très favorable au plaignant après avoir gagné un appel en cour de cassation. Pire, les 45 millions d’euros de préjudice moral représentent une somme assez incroyable quand on la compare au 45 mille euros accordés aux victimes de l’amiante. Mais surtout, comment ne pas voir dans l’accélération de cette affaire judiciaire, quelques mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, une influence politique ? Cette interprétation est d’autant plus plausible que le plaignant avait bruyamment apporté son soutien au futur président de la République.
Bref, on ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire. Outre la probable affaire d’Etat que représentait la vente d’Adidas par un ministre à une banque d’Etat, on peut suspecter une deuxième affaire d’Etat dans cet arrangement un peu trop à l’amiable. Mais nous en resterons sans doute aux seuls soupçons.
Source : http://www.lemonde.fr/web/son/0,54-0@2-3224,63-1093808@51...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/04/de-l-a...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/09/affaire-...
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