01.11.2008

Que dit la crise sur la construction européenne ?

La gravité de la crise que nous traversons est un excellent test pour le fonctionnement des Institutions Européennes, à un moment où une bonne coordination est essentielle pour protéger nos économies. Retour sur les leçons d’un mois de crise.

Les « eurobéats », qui ont poussé l’agenda de déréglementation, au point de vouloir faire de la « concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne, se satisfont officiellement du retour de l’idée européenne et soutiennent sans rire que la crise rend le traité de Lisbonne encore plus nécessaire. Pourtant, on a du mal à voir la cohérence entre un traité qui pousse un agenda ultra-libéral et les nationalisations et interventions publiques issues de la crise, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles mettent une croix sur la déréglementation et « la concurrence libre et non faussée ». Et si l’endettement des ménages Américains a une part importante de responsabilité dans la crise, la déréglementation poussée par Bruxelles est sans doute le deuxième coupable de la catastrophe financière. En cela, la crise marque la défaite de l’Europe libérale défendue par la Commission ou la BCE.

Cette crise a aussi démontré la supériorité des Etats sur les organismes technocratiques. Alors que le président de la Commission n’a fait que suivre les vrais décideurs lors des grands sommets internationaux et que Jean-Claude Trichet reste enfermé dans un monétarisme délirant (les taux sont à 1% aux Etats-Unis désormais contre 3,75% en Europe…), ce sont bien les chefs d’Etats qui ont dénoué la crise, sous l’impulsion de Gordon Brown et Nicolas Sarkozy. La crise que nous traversons a démontré que le modèle de l’Europe des Etats fonctionne beaucoup mieux que l’Europe bureaucratique et fédérale, incapable de réagir face à une crise qui remet tellement en question les dogmes qu’elle défend depuis si longtemps. Seule l’onction démocratique donne à un dirigeant le pouvoir et le pragmatisme pour prendre les mesures que les Chefs de l’Etat et de gouvernement ont su prendre.

Malheureusement, cette crise montre également que les organisations technocratiques ne se remettent absolument pas en cause, puisqu’elles n’ont toujours pas abandonné leurs dogmes libéraux de la déréglementation. C’est ainsi qu’on apprend au détour d’un article que l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments juge que la clause de sauvegarde invoquée par la France pour suspendre la culture du maïs OGM n’est pas vraiment justifiée. En clair, cette agence, dite de sécurité, estime que la France prend trop de sécurité… Elle évoque l’absence de preuves de risques. Mais ne faudrait-il pas plutôt s’assurer de la non dangerosité ? Et comment ne pas imaginer le lobbying de Monsanto dans cette affaire ? Bref, l’Europe du nivellement par le bas de la déréglementation continue à essayer de dicter sa loi à des Etats qui privilégient la protection de leurs citoyens aux intérêts des multinationales.

La supériorité de l’Europe des Etats, où les politiques sont aux commandes, a été démontrée par cette crise. Pourtant, inexorablement, l’Europe bureaucratique et dérégulatrice poursuit son œuvre, qui nous a mené à la crise financière que nous connaissons. Vivement juin 2009 pour faire acte de résistance !

Source : http://www.liberation.fr/terre/0101166299-le-mais-ogm-bientot-de-retour-dans-les-champs-francais