26.08.2011
Agriculture : passer de la compassion à l’action !
Il serait vraiment temps que le gouvernement passe à l’action en matière d’agriculture. Si Bruno Le Maire se révèle être un ministre plein de compassion depuis sa prise de fonction, il continue à être un pompier qui déverse des aides en cas d’incendie mais ne traite pas les causes des problèmes.
Le drame des agriculteurs
Quand on pense au sort des agriculteurs, un mot vient à l’esprit : la colère. Comment peut-on laisser les personnes qui nous nourrissent et qui font que la France est la France, être la variable d’ajustement de marchés mondiaux devenus fous du fait de l’arrivée des spéculateurs ? Comment accepter que ces personnes qui travaillent aussi durement, se retrouvent à vendre à perte le fruit de leurs efforts ? Il serait temps de passer des aides ponctuelles à des solutions durables.
Après les producteurs du lait, cette année, ce sont les éleveurs et les producteurs de fruits et légumes qui auront été particulièrement touchés. La forte chaleur et la sècheresse du printemps ont encore accentué les difficultés des agriculteurs. Cet article du Dauphiné explique que les tomates sont vendues entre 35 et 45 centimes le kilo quand le prix de revient tourne autour de 65 centimes. Les pêches rapportent 1 euro par kilo alors qu’elles coûtent entre 1,2 et 1,4 euros…
Il est totalement anormal de laisser faire une telle situation. Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail. Il est révoltant que le revenu agricole ait baissé de 34% en 2009, pour tomber à 14 500 euros annuel, un chiffre inférieur à celui de 1990. Pire, il s’agit d’une moyenne, ce qui signifie qu’environ la moitié des agriculteurs gagne donc moins que le SMIC… Quelle autre profession subit de manière aussi brutale les conséquences délétères de la mondialisation ?
Des solutions existent
A ce titre, il faut noter le travail fait par la Coordination Rurale, qui, outre le fait de dénoncer la politique européenne, fait de nombreuses propositions, y compris très pragmatiques dans le traitement des excédents de production alors que les autorités en charge de la question démontrent tous les jours leur incapacité à traiter les problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs. Je vous signale également le blog de Michel Sorin, du MRC qui traite souvent du sujet avec une grande pertinence.
Comment ne pas être révolté par la Commission Européenne qui exige le remboursement de ces aides, comme elle l’avait fait en 2009 pour des aides touchées de 1992 à 2002. Plus globalement, l’UE fait aujourd’hui partie du problème et non de la solution. La libéralisation des échanges agricoles est un suicide programmé de notre agriculture étant donné le niveau de nos salaires et de notre protection sociale. Il est illusoire de vouloir concurrencer ne serait-ce que l’Espagne…
Pire, plus globalement, cette libéralisation est extrêmement dangereuse pour l’avenir de la planète. L’agriculture n’est pas une activité comme les autres. Outre le fait de nourrir les hommes, elle est très dépendante des aléas climatiques. Or, la concentration induite par la libéralisation accentue encore l’importance de ces aléas. Il est donc essentiel de défendre une exception agricole et de permettre aux pays qui le souhaitent de défendre leur indépendance alimentaire.
Aujourd’hui, le gouvernement fait la charité aux agriculteurs. Il leur donne de l’argent quand la situation devient intenable alors qu’il faudrait trouver les moyens de permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier. Monsieur Le Maire, il serait temps de passer de la compassion à l’action.
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20.06.2011
Bruno Le Maire au chevet de l’agriculture
S’il fallait en sauver un seul au gouvernement, ce serait peut-être lui. Bruno Le Maire appartient à une espèce en voie de disparition en Sarkozye : les serviteurs de l’Etat compétents et impliqués. Mais s’il est un bon gestionnaire, est-il pour autant un bon politique ?
Serviteur de l’Etat compétent et impliqué
A l’entendre parler d’agriculture mardi soir sur Public Sénat, il était difficile de ne apprécier le discours du ministre. Loin des Jean-François Copé ou Manuel Valls, professionnels égotiques de la langue de bois dont le discours est tellement calibré pour plaire aux électeurs et contribuer à leur carrière qu’on ne sait jamais véritablement ce qu’ils pensent, Bruno Le Maire apporte paradoxalement une fraîcheur technocratique à l’équipe gouvernementale au pouvoir.
En fait, il semble directement venu des années 1960. On pourrait croire qu’il s’agit d’un secrétaire d’Etat du Général de Gaulle tant son style et son implication rappellent les serviteurs de l’Etat que notre administration a pu produire. On note une grande implication, une forte connaissance des dossiers, une vraie volonté de servir ses concitoyens. D’ailleurs, les agriculteurs semblent l’avoir adopté, malgré son manque de connaissance de la campagne.
Un alternatif en peau de lapin ?
Bruno Le Maire tient également fréquemment des propos assez proches des alternatifs, remettant en cause en parole le « laisser-faire » et le « laissez-passer ». Vendredi, il a déclaré que « Le libéralisme dans l’agriculture, c’est une faute économique et politique », rappelant déjà des déclarations assez offensives de 2009 où il remettait en cause la mondialisation dans des termes proches de ceux de Jacques Sapir aujourd’hui ou d’un Arnaud Montebourg.
Mais il y a un hic. Bruno Le Maire fait parfois la bonne analyse et semble indiquer la bonne direction, mais dans les faits, rien ou presque ne change, comme le soulignait récemment Nicolas Dupont-Aignan. Le ministre se contente d’être un infirmier des agriculteurs, prodiguant mots réconfortants et financements exceptionnels pour leur permettre de continuer à travailler. Mais jamais il n’a véritablement initié une réforme qui permettrait de changer la donne.
Technocrate vs politique
Tout se passe comme s’il était incapable de penser en dehors du cadre qu’on lui donne, se bornant à gérer à la marge les immenses problèmes de l’agriculture française. S’il dénonce les fruits et légumes importés d’Amérique du Sud ou d’Asie, il ne prend pas de mesures pour mettre fin à ses importations. S’il dénonce les prix trop bas de certains produits, il n’a pas remis en place des prix de soutien… Pourtant, on le sent sincèrement concerné par le sort des agriculteurs.
Le problème de Bruno Le Maire est sans doute qu’il est trop un technocrate se limitant à gérer ses dossiers, certes avec bonne volonté. Il n’est pas un vrai politique capable de remettre en cause le cadre établi pour en construire un nouveau. Il raisonne dans le cadre existant sans imaginer pouvoir le changer. En cela, il serait sans doute un très bon ministre pour un premier ministre ou un président lui donnant une direction remettant véritablement en cause le statut quo.
Bruno Le Maire est un des rares hommes politiques actuels qui semblent sincères. Son manque d’action ne vient sans doute pas d’un cynisme politicien mais d’un mode de raisonnement qui l’enferme dans un cadre trop étroit dans lequel il ne peut pas trouver de vraies solutions…
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31.03.2011
Le protectionnisme, outil du développement économique
Mon collègue de Causeur Georges Kaplan, vient de signer une tribune « le protectionnisme ne protège pas, les délocalisations d’aujourd’hui peuvent être les emplois de demain ». Mais cette ode au libre-échange se heurte aux faits et aux analyses d’économistes, y compris d’origine libérale.
La désindustrialisation n’est pas un mythe
Georges est assez habile dans sa présentation des faits. En effet, en soulignant l’énorme progression de la production industrielle depuis 1950 ou même sa hausse significative depuis 1990, il montre en effet que la valeur ajoutée industrielle progresse, comme il l’avait souligné dans un précédent papier, auquel j’avais déjà répondu. Dans ce nouveau papier, il relativise ces chiffres en soulignant sa stagnation depuis 10 ans et son très fort déclin en proportion de notre PIB.
Cette fois, Georges Kaplan souligne bien que le nombre d’emplois industriels diminue. Mais il sous-entend que cette baisse est la conséquence de l’externalisation d’emplois de service autrefois internalisés (agents d’entretien, comptables, chauffeurs…) en faisant le parallèle entre le nombre d’emplois industriels perdus (2,3 millions) et le nombre d’emplois créés dans le service aux entreprises (2,6 millions). Mais le service aux entreprises ne se limite pas aux entreprises industrielles.
La balance globale des emplois industriels est bel et bien négative. Il suffit de prendre le cas de l’industrie automobile, autrefois fleuron de notre pays, et qui contribuait de manière très positive à notre balance commerciale jusqu’en 2005. Malheureusement, la production automobile de PSA et Renault a été divisée par deux en France de 2005 à 2009. Nos constructeurs ont décidé de délocaliser en masse leur production pour bénéficier des coûts plus faibles, notamment en Europe de l’Est.
Quand le libre-échange détruit l’emploi
Mais au-delà de l’interprétation des chiffres, le libre-échange est loin de faire l’unanimité parmi les économistes dont un nombre grandissant – de tous horizons – soulignent les conséquences négatives. Notre seul « prix Nobel » d’économie, Maurice Allais, soutenait que plus de la moitié du niveau du chômage en France s’expliquait par le libre-échange. Paul Krugman, autre lauréat, qui écrivait que « la mondialisation n’est pas coupable », a mis de l’eau dans son vin depuis.
Jean-Luc Gréau, ancien économiste du Medef, plutôt libéral à la base, est un des critiques les plus féroces des excès du libre-échange. Il dénonce la déflation salariale que la compétition avec des pays à salaires beaucoup plus faibles induit dans nos pays. Il démonte l’argument des gains de pouvoir d’achat en soulignant que si l’inflation est plus basse, cela est plus que compensé par le ralentissement des hausses de salaires. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat baisse pour la majorité.
En effet, ce n’est parce que nous achetons désormais nos tee-shirts, nos produits électroniques et nos jouets en Asie que cela permet de créer des emplois en Europe. L’immensité de nos déficits commerciaux avec la Chine le démontre : alors que l’Empire du milieu a vendu pour 214 milliards de biens dans l’Union Européenne en 2009, il n’en a importé que pour 81 milliards. Bref, les délocalisations d’hier sont surtout le chômage d’aujourd’hui et de demain.
Les raisons sont assez simples : contrairement aux idées reçues, le modèle de développement asiatique, s’il profite de l’ouverture commerciale des Etats-Unis ou de l’Europe est en bonne partie protectionniste. En effet, ce n’est pas un hasard si plus de 95% des véhicules vendus au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont produites localement (pas en Asie, mais bien dans le pays d’origine). Quelques soient les moyens – droits de douane, intervention des services fiscaux, normes de qualité… - ces pays ont mis le protectionnisme au cœur de leur développement.
Bien sûr, Georges Kaplan pourrait convoquer le cas Allemand, pays apparemment ouvert, qui a un fort excédent commercial. Néanmoins, ce cas est un peu atypique. En effet, les Allemands ne sont pas les derniers en protectionnisme : ils ont tout simplement échangé la douane par les normes DIN ! Le résultat est le même en terme de protection de l’industrie locale. En outre, n’oublions pas qu’une partie de l’excédent commercial Allemand vient d’une spécialisation pointue ainsi que d’une politique de déflation salariale réduisant le coût du travail par rapport aux autres pays de la zone euro.
Quand le libre-échange affame les peuples
Finalement, il y a la question autrement importante des produits alimentaires. Là, il ne s’agit pas de tee-shirt ou de voiture mais tout simplement de la possibilité de nourrir des milliards d’êtres humains. Georges Kaplan soutient que « les protectionnistes affament les peuples » et plaide – logiquement - en faveur du « laissez faire » général en agriculture. Mais le libre-échange sans limites pose d’immenses problèmes. Dans un dossier sur les moyens de nourrir le monde réalisé fin 2009, The Economist prenait une position proche de lui. Pourtant, l’hebdomadaire libéral avait l’honnêteté intellectuelle de citer aussi l’exemple du Malawi où les aides publiques ont démontré leur efficacité.
Mais ce qui est encore plus dangereux dans l’application du libre-échange à l’agriculture est qu’il favorise une concentration toujours croissante de la production dans certaines régions du monde. Or, dans le cas d’une activité soumise aux aléas climatiques comme l’agriculture, cela expose le secteur à des risques majeurs car des incidents locaux pourraient provoquer des pénuries graves, voire des famines. C’est parce qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture qu’il vaut mieux déconcentrer la production pour la protéger d’aléas climatiques ciblés aux conséquences dramatiques.
En plus, il ne faut pas oublier non plus les effets pervers d’une agriculture tournée à 100% vers le marché par rapport à une logique de subsistance pour les pays en voie de développement. Pour prendre un exemple simple, un paysan Ivoirien ne pourrait pas nourrir sa famille avec du cacao non vendu… Et dans les pays dits développés, la libéralisation fait du revenu des agriculteurs la variable d’ajustement jusqu’à des situations révoltantes où ils produisent à perte.
Il ne s’agit pas bien entendu de plaider pour une chimérique autarcie totale. En revanche, l’anarchie commerciale est porteuse d’immenses déséquilibres en matière d’emplois, de déficits et de risques alimentaires. C’est pourquoi favoriser la (re)localisation de l’économie n’est pas seulement une politique industrielle sensée mais aussi – comme l’ont compris les pays asiatiques - un facteur de progrès.
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25.02.2011
Bruno Le Maire, technocrate empathique
Le ministre de l’agriculture a tout pour plaire : il parle bien, présente bien, reste toujours calme, écoute ses interlocuteurs et tient un discours sensé. Mais sa prestation au Grand Journal de Canal Plus mardi dernier révèle quand même de sérieuses limites.
Plus technocrate que politique
Pendant l’émission, Ariane Massenet a proposé au ministre un test sur ses connaissances: l’époque où on récolte les poires (l’été) ; la race d’une vache (une blonde d’Aquitaine) ; le nom d’une machine agricole (un enjambeur) ; le nom de l’animal dont on faisait entendre le cri (un dindon) ; ce que représente un hectare (10 000 m2). Le ministre a récolté un zéro pointé, l’agriculteur invité affirmant que « si un jour, il avait à en acheter un (hectare), il saura que chaque mètre est important ».
Naturellement, il est ridicule d’attendre des ministres ou des hommes politiques qu’ils aient réponse à toutes les questions qu’on leur pose. Dans la vraie vie, ils ont un ministère qui les assiste. Mais là, le zéro pointé était un peu cruel pour un ministre qui avait passé son temps au Salon de l’Agriculture depuis quelques jours. Deux bonnes réponses auraient été un minimum. La déconnexion entre le ministre et les réalités du monde agricole ne pouvait pas être mieux illustrée.
Sa politesse, son écoute et sa façon de reconnaître son ignorance lui ont permis de ne pas trop mal faire passer la chose. Bref, on retrouvait bien l’auteur du livre « Des hommes d’Etat », ce technocrate vivant un peu trop en vase clos dans les bureaux de la République mais assez sympathique même s’il s'étalait un peu trop sur ses états d’âme. Bruno Le Maire semble le prototype du serviteur de l’Etat plus technocratique qu’idéologue, qui gère plutôt qu’il ne dirige, mais pas vraiment politique.
Empathique mais trop convenu
C’est sans doute pour cela que les agriculteurs semblent bien l’aimer malgré sa méconnaissance de leur métier. Il semble avoir le souci sincère de faire bouger les choses pour les agriculteurs. Fin 2009, il avait même tenu des propos sévères sur les conséquences du libre-échange pour le monde agricole qui avait vu ses revenus baisser de 34% en une seule année, à des niveaux indécents. Malheureusement, faute est de constater que rien n’a véritablement changé depuis.
Le problème est simple : même s’il est choqué par ce qui arrive et qu’il s’efforce de faire de son mieux, ne pas penser à remettre en cause la libéralisation du marché des produits agricoles le limite à poser des rustines sur un problème qui ne sera jamais réglé. La solution est assez simple. Nous la connaissons puisque c’était la façon dont nous fonctionnions avant : mettre en place des prix de soutien pour éviter que les agriculteurs ne vendent en dessous de leur prix de revient.
Naturellement, les opposants souligneront que cela aboutit à des conséquences fâcheuses (prix en hausse, stocks…). Mais il est possible de baisser les prix des produits qui sont en excès et monter ceux des produits dont on manque pour réajuster la production. Bref, si nous restons dans le seul cadre du marché libre, les agriculteurs subiront des variations de prix dévastatrices. C’est cette logique qu’il faut casser pour leur permettre de vivre de leur métier et non pas de subventions.
Bruno Le Maire a une bonne capacité d’écoute et sans doute de bonnes intentions. Mais en restant figé dans le cadre d’un marché agricole déréglementé, il se condamne à des rustines inopérantes pour traiter les problèmes du monde agricole.
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07.02.2011
Comment stabiliser les marchés agricoles ?
En quelques mois, le prix des matières premières agricoles a de nouveau explosé, affectant douloureusement de nombreux consommateurs pour lesquels se nourrir devient trop cher mais aussi les éleveurs dont l’exploitation perd sa rentabilité. Que faire ?
Les méfaits de la déréglementation
Bien sûr, il y aura toujours des ultralibéraux pour soutenir que la libéralisation des marchés est une chance, qu’elle permet d’optimiser la production, selon la théorie des avantages compétitifs de Ricardo, que nous lui devons la baisse global du prix de l’alimentation depuis des décennies… Comme le rapporte Marianne 2, Alain Madelin tente même de défendre la spéculation sur les matières premières en soulignant que cela permet de se couvrir sur leur prix, élément stabilisateur pour les marchés.
Déjà, le raisonnement d’Alain Madelin a une immense faille. Il justifie la financiarisation des marchés agricoles par la volatilité des prix qu’il a lui-même soutenue. En clair, les partisans de la déréglementation ont mis fin au système de soutien (et donc de contrôle) des prix, puis argumentant que désormais les prix sont trop volatiles, ils soutiennent le développement d’outils financiers permettant de s’assurer contre cette même volatilité des prix qu’ils ont crée…
Ce raisonnement présente deux autres failles. Tout d’abord, il est bien évident que ce sont seulement les plus riches qui peuvent se couvrir et se prémunir d’une hausse des prix. Si Nestlé peut se couvrir, c’est rarement le cas des villageois Africains qui subissent durement les variations inconsidérées des prix ou des éleveurs. En revanche, cela offre un nouveau terrain de jeu pour les spéculateurs, dont on sait qu’il a eu une grande influence dans le pic des prix de 2008.
En outre, le mécanisme d’offre et de demande pose un gros problème. Si les marchés anticipent une hausse des prix, ils vont donc acheter davantage de matières premières, augmentant donc la demande et les prix, dans un nouveau phénomène auto-réalisateur, sans se soucier des conséquences dramatiques de leurs actes. En clair, la marchandisation de la production agricole augmente encore une volatilité des prix assez unique (les prix des biens et des services étant beaucoup plus stables).
Relocalisation et réglementation
Pire encore, la libéralisation, en poussant à la concentration de la production dans un nombre moins important de zones géographiques, accentue la volatilité des récoltes et donc des prix. En effet, plus la concentration est grande, plus les aléas climatiques dans une zone conduisent à des effets importants. Si la production était moins concentrée, un aléa climatique en Russie ou en Australie ne provoquerait pas tant de mouvements sur les marchés agricoles.
En outre, il est bien évident que d’un point de vue écologique, il serait mieux de favoriser la relocalisation de l’agriculture. Si aujourd’hui il peut être rentable de faire parcourir des milliers de kilomètres à certaines productions qui pourraient pourtant être produites dans le pays importateur, c’est uniquement parce que le coût environnemental du transport n’est pas pris en compte (puisque le fuel, notamment pour les bateaux, mais aussi les camions, n’est peu ou pas taxé).
Plus globalement, parce qu’une carence de produits agricoles n’est pas comme une carence de téléviseurs, et qu’elle peut provoquer désolation et famine, il est essentiel de soustraire en partie cette activité des seuls mains du marché, dont les conséquences des excès sont trop dramatiques. L’autosuffisance alimentaire doit pouvoir être considérée comme un objectif pour les pays qui le souhaitent, même si cela consiste à avoir des prix plus élevés et à introduire des restrictions fortes pour les importations.
Enfin, il est essentiel de permettre aux agriculteurs de gagner leur vie par leur travail (et pas par des subventions). C’est pour cela qu’il est malheureux que l’Europe ait mis fin aux prix de soutiens qui garantissaient un revenu décent et minimum. Il est inadmissible que leur dur travail ne leur permette pas de gagner normalement leur vie et qu’ils soient les variables d’ajustement de marchés libéralisés dont profitent à plein les spéculateurs et le monde de la finance.
Relocaliser, introduire des prix minimums, interdire la spéculation, prendre en compte le coût réel du transport : les pistes de réforme sont là, comme le montre la Confédération Paysanne. Mais elles heurtent beaucoup trop la doxa néolibérale défendue par l’Europe et acceptée par nos gouvernants.
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04.12.2010
L’agriculture, victime de la déréglementation européenne
La principale réussite de la construction européenne a longtemps été la Politique Agricole Commune, qui a assuré l’indépendance alimentaire du continent. Mais le dogmatisme néolibéral des instances européennes est en train de détruire le principal bienfait de l’Europe…
Une profession abandonnée
Certes, Bruno Le Maire adopte volontiers un discours offensif à l’égard de la politique agricole de l’Europe, dénonçant les conséquences d’une politique qui a abouti à une baisse de 34% du revenu des agriculteurs l’an dernier, à 14 500 euros, soit moins qu’en 1990 ! Mais, dans la réalité, il ne s’attaque pas aux causes de cette crise inhumaine et désastreuse. Car c’est bien l’ouverture commerciale à des pays à bas coûts et la fin des prix de soutien qui est la raison de cette crise.
En effet, le prix du porc dépasse à peine un euro le kilo alors que le prix d’équilibre pour les éleveurs se situe autour de 1,3 euros le kilo. Idem sur le lait, dont le prix de revient est estimé autour de 325 euros l’hectolitre, alors que les industriels l’achètent à peine plus de 300 euros. Les pommes ne sont vendues qu’autour de 2à centimes le kilo. Bref, beaucoup trop souvent, les agriculteurs vendent leur production à perte, ce qui pose la question de la pérennité de notre agriculture.
Revenir aux prix de soutien
Bien sûr, le ministre de l’agriculture vient d’annoncer que 4 milliards d’aides européennes vont être débloquées. C’est mieux que rien, même si ces aides étaient de toutes les façons dues… Mais je crois que ce que les agriculteurs souhaitent, c’est tout simplement pouvoir vivre de leur métier et arrêter de vendre à perte. Et si cela impose de mettre des droits de douane pour certaines importations ou remettre des prix de soutien, il ne faudra pas hésiter à le faire.
Car un pays doit pouvoir choisir l’indépendance alimentaire. D’ailleurs, il faut noter que la protection du secteur agricole fait partie du modèle de développement asiatique. En outre, une trop grande concentration de la production agricole est dangereuse car elle rendrait le monde dépendant d’aléas climatiques pour se nourrir alors que la diversification de la production, si elle entraîne des coûts sans doute plus élevés, a le mérite d’assurer une plus grande stabilité de l’approvisionnement.
Comme l’avait fait le Général de Gaulle dans les années 60, il ne faut pas hésiter à mener un bras de fer avec nos partenaires pour imposer un retour à un modèle qui permettra à nos agriculteurs de vivre du fruit de leur travail et non de subventions, tout en assurant une certaine indépendance alimentaire.
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07.08.2010
Crise du lait : Europe, PS et UMP sont tous coupables !
Cette nouvelle flambée de protestation des producteurs de lait est l’occasion d’une nouvelle démonstration de la schizophrénie du gouvernement, qui dit comprendre la colère des agriculteurs alors qu’il est responsable des politiques qui ont menées à ce désastre.
Les raisons de la crise
Elles sont simples. Avec les réformes de la PAC, le prix minimum des produits agricoles a été supprimé. Du coup, il évolue en fonction des évolutions du marché. En 2009, avec la crise économique, les conséquences ont été dramatiques. Après une baisse de 20% en 2008, les revenus des agriculteurs ont reculé de 34% en 2009, soit une division par deux en seulement deux ans. Leur revenu moyen est passé de 28 500 à 14 500 euros en moyenne (ce qui signifie qu’environ la moitié des agriculteurs gagnent moins que cette moyenne, pourtant déjà guère élevée).
Les producteurs de lait avaient été parmi les principales victimes de cette évolution puisque leur revenu avait chuté de 50% pour la seule année 2009. La légère remontée des cours cette année avait fait espérer une remontée suffisante pour assurer l’équilibre économique de leur filière mais les négociations avec les industriels n’ont pas permis un accord sur un prix suffisant, du fait des prix inférieurs d’autres marchés européens, notamment Allemand. Dans le cadre de cette nouvelle PAC, les agriculteurs sont la cinquième roue du carrosse des marchés agricoles…
Des solutions existent pourtant
La position du gouvernement est particulièrement hypocrite puisque l’UMP (comme le PS) a accepté toutes les réformes qui ont mené à la situation actuelle, où les revenus des agriculteurs sont la variable d’ajustement de ce nouveau marché déréglementé. Depuis trois ans, tous les ministres de l’agriculture disent comprendre les agriculteurs, mais la France n’a pas profité de sa présidence de l’Union pour pousser une réforme de la PAC qui mettrait fin à ces situations intenables.
La solution, c’est de remettre en place un prix minimum (et des quotas s’il y a surproduction), mais aussi relocaliser la production. En effet, la libéralisation aboutit à une plus grande concentration de la production et comme l’agriculture est une activité fortement soumise aux aléas climatiques, il est évident qu’une plus grande concentration aboutit à une plus grande volatilité. Seule la relocalisation permettra de stabiliser des marchés que la libéralisation a rendus à la loi de la jungle.
La libéralisation, promue par Bruxelles et acceptée par l’UMP comme le PS est responsable de la situation intenable dans laquelle se trouvent les agriculteurs aujourd’hui. Sur ce sujet, je vous invite à lire un article très intéressant paru sur Rue89
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15.12.2009
Les agriculteurs, victimes de la PAC
Hier, je revenais sur la réunion de 22 ministres de l’agriculture des 27 qui affirmaient leur souhait d’une PAC forte garantissant un meilleur revenu aux agriculteurs. Une étude de l’INSEE publiée le même jour démontre bien l’urgence absolue de la situation.
Une situation dramatique
Les chiffres publiés par l’INSEE sont proprement ahurissants. En effet, les revenus des agriculteurs Français ont baissé de 34% en 2009, selon des comptes prévisionnels, après une baisse de 20% en 2008, soit une division par deux en deux ans. En 2007, année qui avait marqué un pic historique, leur revenu moyen était de 28 500 euros. Cette année, il est tombé à 14 500 euros. Quand on pense qu’il s’agit d’une moyenne et donc que probablement une bonne moitié des agriculteurs gagne moins…
En fait, le niveau des revenus des agriculteurs est descendu à un niveau plus bas qu’au début des années 90. Et certains sont encore davantage touchés que d’autres : les producteurs de lait par exemple ont vu leurs revenus baisser de plus de 50% cette année ! En revanche, les producteurs de vins, les éleveurs de bœufs ou de moutons voient leurs revenus progresser, même si, pour certains, cela ne fait que rattraper en partie la baisse des années précédentes.
L’anarchie économique, contre les agriculteurs
L’agriculture offre une représentation extrême de ce que peut être la brutalité du marché. Et qui pourra soutenir qu’il faut laisser les agriculteurs s’adapter, changer de culture ou d’élevage en fonction des évolutions du marché quand on voit la violence de l’évolution des prix et à quel point cette violence a une traduction sur les maigres revenus de personnes qui travaillent le plus souvent beaucoup plus que la majorité de la population. Non, l’application des règles du marché n’est pas juste.
C’est pour cela que la PAC avait instauré à l’origine un prix minimum garanti qui assurait aux agriculteurs un revenu décent et un minimum stable. Certes, il fallait prendre des libertés avec la « concurrence libre et non faussée », mais est-il possible de penser que cette libéralisation extrême apporte un quelconque progrès à l’homme quand on voit ses conséquences ? Est-il vraiment souhaitable de créer un système où les revenus des travailleurs puissent être aussi volatiles ?
Chaque jour, nous avons davantage de preuves que l’anarchie économique mène à une horreur économique et sociale. Les ministres européens semblent en avoir pris conscience. Leurs prochaines décisions montreront s’il s’agissait d’une posture ou pas…
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14.12.2009
PAC : paroles, paroles, paroles ?
La semaine dernière, 22 ministres de l’agriculture des 27 pays de l’Union Européenne se sont réunis à Paris pour affirmer leur soutien à une PAC forte, protectrice de la diversité alimentaire, garantissant les revenus des agriculteurs et l’environnement. Quel crédit leur donner ?
Le démantèlement de la PAC
A l’origine, la PAC a permis à l’agriculture européenne de devenir auto-suffisante. C’est le Général de Gaulle qui avait imposé la PAC dans les années 60 après d’âpres négociations avec nos partenaires. Les pays européens avaient institué des prix minimums qui garantissaient aux agriculteurs un revenu. Et en cas de surproduction, on rachetait les surplus ou on instituait des quotas de manière à revenir à une situation où le prix naturel de marché n’était pas décalé avec le prix européen.
Mais, petit à petit, depuis plusieurs décennies, nous avons laissé ce formidable pilier de la construction européenne être démantelé, sous la pression conjointe de l’extérieur (OMC, Etats-Unis…) et des ayatollahs européens de la libéralisation qui ne veulent pas entendre parler de mécanismes qui remettent en question le fonctionnement de la « concurrence libre et non faussée ». Résultat, la plupart des marchés agricoles ont été soumis au simple jeu du marché, comme le montre l’évolution erratique des prix.
De belles intentions
Mais cette libéralisation aboutit à des résultats qui ne sont pas acceptables pour les agriculteurs de la majorité des pays de l’Union Européenne. En effet, sur plusieurs types de produit, les prix de vente peuvent tomber sous les prix de revient, cas unique dans l’ensemble des secteurs économiques. Comment ne pas compatir avec une profession agricole qui voit ses revenus s’effondrer, d’autant plus que les prix de vente ne suivent pas souvent la même courbe.
Dans ce contexte là, cet appel est intéressant dans la mesure où il montre que 22 pays sur les 27 semblent vouloir revenir sur la libéralisation anarchique des marchés agricoles et semblent vouloir remettre de l’ordre dans le secteur agricole, de manière à garantir la qualité de l’alimentation de l’Europe, les revenus des agriculteurs et un meilleur environnement. Cette forte majorité indique qu’un vent nouveau souffle sur l’Europe et que la France est loin d’être isolée sur la question.
Malheureusement, il s’agit pour l’instant seulement d’une déclaration de principes qui ne comprend pas de propositions très concrètes. Nous sommes sans doute encore loin d’une véritable remise en question de la politique suivie depuis plusieurs décennies.
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09.12.2009
Comment nourrir le monde (2/2) : avec ou sans OGM ?
Dans un autre papier, The Economist se penche sur Monsanto, la multinationale qui domine le marché des semences OGM. L’hebdomadaire vante sans nuance les mérites de l’entreprise étasunienne dans la quête du monde pour se nourrir.
Des forces soulignées, des faiblesses oubliées
Paradoxalement, sur l’environnement et le réchauffement climatique, The Economist prend une position d’ouverture très respectable. Le journal dit croire au réchauffement causé par l’homme. Mais, en même temps, dans ce même numéro, il souligne qu’il y a également des études scientifiques qui affirment le contraire, et souligne que les vérités scientifiques d’un jour ne sont pas forcément celles du lendemain. Sa position s’explique par le fait qu’une majorité de scientifiques défendent cette thèse.
En revanche, dans le cas sur les OGM, The Economist ne fait strictement aucune nuance. Les Organismes Génétiquement Modifiés seraient un bienfait pour l’humanité qui permettra de nourrir le monde. Le journal se transforme en véritable représentant de Monsanto, affirmant que, grâce à la multinationale, les rendements de maïs sont près de trois fois plus importants aux Etats-Unis qu’au Brésil. Il souligne tous les bienfaits des OGM sans jamais questionner les inconvénients potentiels.
Une histoire de gros sous
Car dans cette affaire également, il y a débat entre les scientifiques. Certains soutiennent que les OGM déciment les abeilles. D’autres affirment qu’ils ne réduisent pas les quantités de pesticides utilisées. Enfin, d’autres questionnent même la dangerosité des OGM, soulignant justement que nous n’avons pas le recul nécessaire pour trancher. Bref, le débat entre scientifiques n’est pas clair et il est impossible de savoir qui a vraiment raison, ce qui impose sans doute la prudence.
En revanche, The Economist révèle de simples chiffres très intéressants. Le chiffre d’affaires de Monsanto est ainsi passé de 5 à près de 12 milliards de dollars de 2003 à 2009 et ses profits ont été multipliés par 20, de 0,1 à 2 milliards. L’hebdomadaire britannique souligne que la multinationale étasunienne a acquis des positions dominantes sur de nombreuses semences, n’hésitant pas à racheter des concurrents pour encore améliorer sa position, frôlant, voir dépassant le comportement anticoncurrentiel.
En fait, cet article montre à quel point Monsanto a réussi à se créer un modèle économique qui lui est extrêmement favorable. L’entreprise utilise la non reproductibilité des semences, ce qui impose de nouveaux achats tous les ans, au lieu de planter une partie de la récolte mise en réserve. Elle compte également sur les semences qui résistent au Round Up, ce qui impose l’achat du désherbant maison. Bref, tout ceci montre que les OGM sont surtout une formidable « cash machine » pour Monsanto.
Même si les partisans des OGM font miroiter des rendements mirifiques, il y a encore trop d’interrogations pour adopter un « laisser faire » dont on ne maîtrise pas les conséquences sur le long terme, d’autant plus que les immenses profits réalisés peuvent faire relativiser à certains les risques…
Source : The Economist 21 novembre
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, monsanto, ogm, the economist



