30.09.2009

Comblons les déficits en taxant la finance !

D’un côté, une bulle financière que tout le monde dit trop importante. De l’autre, des déficits gigantesques provoqués par l’éclatement de cette bulle, qui a plongé le monde dans une récession violente. La solution semble évidente : taxer la finance pour combler les déficits.

Le débat sur la taxe Tobin

C’est le patron de l’agence de régulation financière britannique, Aldair Turner, qui a relancé le débat sur la taxe Tobin. Il y a quelques jours, The Economist critique vertement cette proposition. Il affirme tout d’abord que cette taxe serait très difficile à mettre en œuvre, à moins de le faire sur la planète entière. Ensuite, il affirme qu’elle réduirait la liquidité des marchés et les rendrait donc plus volatiles. Enfin, il soutient que la taxe Tobin n’est pas une solution au risque systémique posé par les banques.

Le premier argument porte davantage sur les modalités que sur le fond de la question. On peut objecter qu’une zone économique importante comme la zone euro pourrait sans doute la mettre en place sans conséquence majeure et qu’un certain encadrement des mouvements de capitaux serait sans doute un préalable à sa réussite. L’argument selon lequel cette taxe pourrait rendre les marchés plus volatiles est pour le moins surprenant vu la volatilité grandissante des marchés ces dernières années…

Au contraire, on peut se dire qu’en taxant les mouvements purement spéculatifs, une taxe Tobin devrait encourager à faire des paris de plus long terme, réduisant justement la volatilité qu’apporte la spéculation. En outre, la réduction probable des échanges financiers aurait pour effet de réduire également les effets secondaires dévastateurs des bulles. Enfin, le troisième argument est également réfutable pour les mêmes raisons et ce point n’est pas central pour les partisans de la taxe Tobin.

Augmenter l’utilité sociale de la finance

Car cette taxe, dont The Economist affirme que Keynes était un partisan, présenterait l’avantage de rééquilibrer notre fiscalité, trop centrée sur le travail et pas assez sur le capital. C’est également l’argument de Joseph Stiglitz qui souligne qu’elle permettrait de faire davantage contribuer le monde financier à la collectivité. Nous ne pouvons pas rester dans un système où les profits sont privatisés et les pertes collectivisés. Une taxe Tobin permettrait une plus grande justice fiscale.

A titre d’exemple, on peut estimer qu’une taxe de 0,1% sur toutes les transactions financières en Europe, même si elle provoquait une contraction de plus de 50% de ces transactions, rapporterait plus de 300 milliards d’euros à l’échelle du vieux continent. A une époque où les gouvernements ne savent pas comment faire pour réduire des déficits devenus gigantesques, voilà une piste intéressante pour le faire sans pénaliser des citoyens qui ont déjà suffisamment soufferts.

A chaque fois que nous achetons un bien ou un service, nous payons la TVA. Pourquoi ne pas imaginer la même chose pour toutes les transactions financières ? Une telle mesure représente sans doute le meilleur et le plus juste moyen de remettre les Etats à flots, malgré les arguments de The Economist.

Source : The Economist 19 septembre