20.09.2008
Cacophonie gouvernementale
Heureusement pour le gouvernement que la crise financière a eu lieu cette semaine et qu’elle a accaparé tous les médias, car sinon, les titres des journaux auraient été largement consacrés à la cacophonie absolument incroyable qui a régnée au sein du gouvernement.
Après le tollé à retardement provoqué par le fichier Edvige, Michèle Alliot-Marie a fini par présenter une version dramatiquement restreinte par rapport au projet initial. Quasiment tous les points qui faisaient débat ont été corrigés : le champ des informations recueillies est réduit et ne concerne plus la vie privée, les mineurs pourront voir leur inscription retirée par « un droit d’oubli » et beaucoup moins de personnes seront concernées. Enfin, même le nom Edvige est retiré. Pour le coup, le gouvernement a entendu les critiques, au point de radicalement remettre en question un projet qui allait beaucoup trop loin dans le fichage de la population. Mais cette semaine a été l’occasion d’une deuxième capitulation en rase campagne pour un ministre puisque Jean-Louis Borloo a vu ses projets de taxe verte radicalement remis en question hier par Nicolas Sarkozy, malgré des annonces qui se sont révélées être un peu précipitées…
Mais le champion toutes catégories de la semaine est sans doute Xavier Darcos, qui, pour paraphraser Bernard Accoyer, remporte le concours Lépine des annonces gouvernementales. Après avoir proposé de donner des médailles aux élèves qui obtiennent la mention au bac, dans une version rénovée du tableau d’honneur d’antan, le ministre de l’éducation a créé l’événement sur deux sujets. Le premier est sa proposition de donner deux cents euros par mois pendant trois ans à tous les élèves obtenant la mention très bien au baccalauréat, et dont les parents ne sont pas imposés. Le deuxième est une polémique sur le niveau de formation des professeurs de maternelle, qui n’auraient pas, selon lui, besoin d’être des bacs + 5 pour changer des couches et superviser des siestes. Par cette polémique inutile et bien ridicule, le ministre s’est attiré les foudres des professeurs qui soulignent que l’enseignement aux tous petits est sans doute aussi difficile qu’aux plus grands et qu’il va bien au-delà de ce qu’évoque le ministre…
Ce déluge peu commun d’annonces du ministre de l’éducation est sans doute un hommage indirect au président de la République, auquel il emprunte sa stratégie de trop plein médiatique pour détourner et diriger les débats sur l’éducation. Ainsi, la réduction des effectifs lors de cette rentrée est un peu oubliée. Mais au global, cette cacophonie communicante ne donne pas forcément une impression de sérieux, tant les annonces font gadgets. De son côté, Nicolas Sarkozy préfère jouer les sauveteurs lors de la libération des otages au Soudan alors que le monde connaît sa plus grave crise financière depuis 1929. Le choix des priorités du président laisse songeur, même s’il compte s’exprimer jeudi prochain dans un discours dont on peut déjà deviner la dénonciation de la spéculation mais dont on peut également anticiper qu’il ne comportera que des postures et pas de vraies mesures…
Cette nouvelle semaine ne fait que confirmer la prédominance de la forme sur le fond et la quête désordonnée de l’équipe gouvernementale pour faire la une des médias, au risque d’une cacophonie bien peu professionnelle. Ségolène Royal aurait-elle vraiment été moins bonne ?
Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/352907.FR.php
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/352890....
11:11 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, bertrand, alliot-marie, borloo, cacophonie



