02.07.2008

Nous sommes tous des alter-européens !

À la veille d’une probable hausse des taux d’intérêts de la BCE, plusieurs dirigeants européens de poids expriment leurs doutes sur la politique suivie par Jean-Claude Trichet. Ils réalisent, un peu tard, les limites de la construction européenne telle qu’elle avance aujourd’hui.

Il y a quelque chose d’encourageant et de décourageant dans ces interventions simultanées du ministre allemand des finances, du ministre de l’économie français et du Premier ministre espagnol. Ces trois personnalités politiques expriment tous les trois leur hostilité à la probable hausse des taux d’intérêts que devrait annoncer la BCE. Les trois soulignent les dangers que ferait peser cette hausse des taux sur la croissance. Ils auraient pu souligner que la baisse des taux de la Fed n’a pas fait déraper l’inflation davantage aux Etats-Unis malgré un contexte économique moins favorable. C’est un événement majeur de constater que trois des quatre principaux pays de la zone euro expriment ensemble leur désaccord vis à vis de la politique de la BCE. Quand on ajoute le scepticisme italien (où l’on parle du retour de la lire), on peut dire qu’aujourd’hui les quatre principaux pays de la zone euro sont en désaccord avec la BCE !

Cet événement peut pousser à la résignation dans la mesure où la BCE peut de toutes les façons faire ce qu’elle veut et monter les taux si elle le souhaite. En revanche, cela peut créer un immense espoir pour tous les alter-européens qui veulent réorienter la construction de l’Europe. Après tout, la classe politique, jadis euro-béate au point de dire « oui » à tout ce qui venait de Bruxelles, semble finalement acquérir un plus grand esprit critique… Car il n’y a pas si longtemps, toute personne qui osait critiquer la politique de la BCE se voyait immédiatement taxé au mieux d’eurosceptique ou pire, d’anti-européen. Nous ne sommes pas encore rentrés dans une nouvelle ère de débat pacifié sur l’euro, mais il est heureux de voir des ministres importants reprendre les arguments des partisans de l’autre Europe.

Cet événement a une double portée. Tout d’abord, il légitime après coup les discours devenus prophétiques de Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement ou Nicolas Dupont-Aignan alors qu’ils étaient ostracisés par l’attitude volontiers totalitaire de la plupart des médias sur la question européenne. Mais cela ne signifie malheureusement pas que de tels discours recevront un meilleur accueil des médias. En revanche, de telles déclarations apportent de l’eau au moulin des alter européens puisque nous pourrons souligner que nos arguments sont aussi ceux du Premier ministre espagnol ou du ministre des finances allemand. Mieux, cela laisse espérer que des changements seraient possibles puisque désormais, la critique de la politique de la BCE est partagée par les quatre principaux pays de la zone euro.

Dans un an auront lieu les élections européennes. Ces élections sont l’occasion unique de montrer à nouveau ce que nous pensons de la direction prise actuellement par l’Europe et de proposer d’en bâtir une autre. Il restera aux alter-européens républicains de savoir se rassembler.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/29/la-probable-hausse-des-taux-de-la-bce-critiquee-par-plusiquers-dirigeants-europeens_1064234_3234.html#ens_id=951246