19.08.2011
Le bien mauvais débat sur la dette publique
C’est la nouvelle pierre philosophale de la pensée unique qui domine la vie politique française. La France a trop dépensé pendant des années et doit maintenant mener une politique d’austérité pour assainir la situation. Même les candidats du PS y cèdent, les uns après les autres.
Une autre vision de la dette
Bien sûr, je n’ai pas l’intention de glorifier la dépense publique pour la dépense publique, de dire qu’il n’y a pas de problème, ou même de prôner un comportement démagogique. Cependant, avant d’analyser ce qu’il faut faire, il faut questionner cette pensée qui s’impose à gauche, à droite et au centre. En effet, Nicolas Sarkozy veut faire de ce sujet un moyen de disqualifier les socialistes. Jean-Louis Borloo surenchérit et les socialistes montrent patte blanche aux agences de notation.
Tout d’abord, il faut relativiser la position de la France. Bien sûr, notre endettement a beaucoup augmenté depuis trois ans. Cependant, la France reste un des rares pays à conserver son AAA, du fait d’une dette relativement mieux maîtrisée que la moyenne des grands Etats. En outre, nous ne raisonnons qu’en dette brute, alors qu’en dette nette (diminuée des actifs financiers de l’Etat), la position de la France s’améliore nettement, comme souligné par Alternatives Economiques ou André-Jacques Holbecq. Mieux l’ensemble du patrimoine de l’Etat Français reste positif.
Les causes de notre endettement
Il faut ensuite analyser les causes de notre endettement. Il est tout de même assez incroyable que les médias ne soulignent pas davantage le rôle majeur joué par la crise financière de 2008 dans le dérapage des finances publiques. En effet, en 2007, notre endettement était légèrement supérieur à 60% du PIB et en légère baisse par rapport à notre richesse nationale. C’est la crise causée par les excès du monde financier et son sauvetage qui a déséquilibré une situation stabilisée auparavant.
En effet, notre dette tournait autour de 60% du PIB depuis le milieu des années 1990. En outre, comme le souligne justement André-Jacques Holbecq, il ne faut pas oublier que la France a payé 1340 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a augmenté de 1250 milliards… Et s’il est normal de payer des intérêts à un prêteur qui nous confie son épargne, le débat change quand on constate que l’Etat a renoncé à la création de la monnaie, confiée aux banques privées…
Du coup, outre l’augmentation conjoncturelle de 20 points de notre dette consécutive à la crise financière, l’analyse des raisons plus structurelles de la dette pose également problème. Par-delà l’abandon de la création monétaire en 1973, on peut également attribuer le déficit structurel de l’Etat à une mondialisation qui assèche le tissus productif français et explique la persistance d’un chômage de masse et d’une stagnation du pouvoir d’achat, qui pèsent tous deux sur les déficits…
Que faut-il faire ?
Aujourd’hui, on culpabilise les Français et si certains gouvernements ne sont pas tout blancs (« l’état calamiteux » des finances publiques laissé par Balladur et Sarkozy en 1995, la « cagnotte » dilapidée par Lionel Jospin ou les baisses d’impôt de Nicolas Sarkozy), le concours d’austérité auquel participent Hollande, Aubry, Borloo et Pécresse est inquiétant. Car trop d’austérité risque de tuer la croissance sans même réduire les déficits, comme cela se passe en Grèce…
Comme le souligne NDA, l’urgence aujourd’hui dans toute l’Europe est de relancer la croissance en relocalisant la production industrielle, qui porte une lourde part de responsabilité dans le niveau actuel des dettes publiques. Par-delà la monétisation partielle des dettes publiques, une réforme en profondeur du système monétaire et financier est absolument nécessaire. Vous trouverez une excellente analyse sur le blog de Joël Halpern sur la base du 100% money.
Sous la pression des marchés et des agences de notation, le thème de la dette publique risque de prendre une place importante dans les débats pour la présidentielle. Nous y serons bien armés pour dénoncer un système qui saigne les peuples au profit du système financier.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, jean-louis borloo, nicolas sarkozy, alternatives économiques, andré-jacques holbecq, aaa, nicolas dupont-aignan, joël halpern
20.07.2011
Le grand mythe de l’euro protecteur bouge encore
Faut-il en rire ? Faut-il en pleurer ? Le Monde titrait la semaine dernière : « Ne l’oublions pas, l’euro est un atout » et publiait deux autres tribunes pour défendre la très malmenée monnaie unique avec des arguments souvent tirés par les cheveux et contredits par l’actualité.
L’euro, veau d’or de la pensée unique
Arnaud Clément a fait un sort à ce papier, mais il est trop caricatural pour ne pas revenir dessus. L’éditorial du Monde avance ainsi que « l’euro est un atout (…) il est l’un des éléments qui font que l’Europe a un avenir dans le monde de demain », sans préciser pourquoi. Il ne serait « pour rien dans l’état désastreux des finances publiques grecques, dans l’endettement bancaire irlandais, ni dans celui des comptes publics du Portugal », alors qu’il est la raison des taux d’intérêt trop faibles.
En fait, Le Monde essaie de faire croire qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette. Mais du coup, on se demande pourquoi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon ne sont pas touchés. Mieux, il affirme sans rire qu’il a été « un bouclier contre les chocs financiers de l’époque » : l’auteur oublie sans doute l’automne 2008 ou la crise permanente dans laquelle nous sommes depuis le printemps 2010. Evoquer les « taux d’intérêt historiquement bas » est ridicule aujourd’hui.
Mieux, le quotidien vespéral évoque les « précieux points de croissance que nous n’aurions pas eus sans la monnaie unique ». Comment se fait-ce que la zone euro ait eu une croissance si faible dans les années 2000, que la récession y ait été plus forte qu’aux Etats-Unis ou que les pays européens comparables hors zone euro s’en soient mieux sortis ? Je préfère renvoyer à ce très bon papier du Guardian qui dénonce le caractère antisocial de cette monnaie unique.
Alain Frachon évoque une Allemagne « repliée sur elle-même, d’abord attachée à la défense de ses intérêts nationaux ». On nage en pleine schizophrénie avec ces journalistes qui évoquent à la fois la nécessaire rigueur budgétaire tout en intimant à Berlin de lâcher quelques centaines de milliards pour sauver l’édifice baroque et croulant qu’est l’euro. Enfin, Jacques Delors a signé un papier très contradictoire à mille lieues de la « vision claire » qu’il prétend proposer.
L’euro, le château de cartes qui va s’écrouler
Il faut reconnaître un certain panache à Denis Clerc qui affirme dans Alternatives Economiques « Il faut que l’Allemagne paie. Et la France aussi ». Mais par-delà le fait que cette injonction est totalement irréaliste, il y a beaucoup d’angles morts dans son raisonnement. Tout d’abord, il n’est pas du tout évident que « l’Union est infiniment plus forte que chacun des pays qui la composent ». L’Allemagne seule est aujourd’hui plus forte que cette UE tellement hétérogène et dysfonctionnelle.
D’ailleurs, le Monde a ouvert ses colonnes à un économiste allemand, Hans-Werner Sinn, qui préconise une sortie de la Grèce de l’euro. Il souligne que le problème de la Grèce est double : surendettement et manque de compétitivité et que la sortie de l’euro et une dévaluation sont indispensables, ainsi que la restructuration de la dette. Il refuse absolument une « union de transferts », la seule solution pour faire tenir la monnaie unique, après le précédent de l’Allemagne de l’Est.
Plus globalement, l’Allemagne apparaît aujourd’hui comme le point bloquant. Si Berlin jetait tout le poids de son crédit financier, l’euro pourrait sans doute fonctionner pendant quelques années, mais l’opinion refuse de se porter caution à hauteur de plusieurs centaines de milliards après avoir fait tant de sacrifices pour la compétitivité du pays et l’intégration de sa partie orientale. Mieux, la Cour Constitutionnelle pourrait remettre en cause la participation du pays aux plans européens.
Il faut reconnaître aux fédéralistes de l’énergie dans la création de mécanismes de sauvetage de l’euro ou dans leur argumentation surréaliste sur les bienfaits de la monnaie unique européenne. C’est sans doute parce qu’il s’agit de l’énergie du désespoir.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : euro, le monde, arnaud clément, guardian, alain frachon, jacques delors, denis clerc, alternatives economiques, hans-werner winn
27.10.2010
Le grand bluff de l’enfer fiscal Français pour les riches
C’est une des marottes du Figaro que de vouloir faire croire à ses lecteurs que la France serait un pays quasiment communiste tellement les personnes à haut revenu seraient mal traitées, provoquant un exode massif. Une présentation complètement biaisée de la réalité.
Un paradis pour millionnaires ?
Bien sûr, à première vue, avec notre Impôt Sur la Fortune, un niveau de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques parmi les plus élevés du monde et une solide tradition égalitaire qui dérive parfois jusqu’à un racisme anti-riches, la France peut paraître un pays hostile aux personnes fortunées. Mais quelques données donnent un regard totalement différent. En effet, une étude du Crédit Suisse place la France au 3ème rang mondial pour le nombre de millionnaires.
La France compte 9% des millionnaires de la planète, loin derrière les Etats-Unis (41%) mais à peine derrière le Japon (10%), et devant l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne (5-6%) et la Chine (3%). Cette étude contredit totalement les idées préconçues sur l’hexagone. Il faut dire que l’exode supposé des personnes fortunées est un mythe : pas plus de 0.1% des ménages payant l’ISF partent chaque année et cela peut être attribué à des expatriations au sein de nos nombreuses multinationales…
Une fiscalité à double tranchant
Si notre fiscalité est plus lourde que la moyenne, notre taux marginal d’impôt sur le revenu, à 40%, est dans la moyenne, et inférieur aux 45% britannique. Une étude de KPMG cité par The Economist montre qu’une personne gagnant cent mille euros par an paie 35% d’impôt en France (IR et cotisations sociales), soit moins qu’en Italie, en Suède, en Inde ou en Allemagne (mais plus qu’en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, où il faudrait cependant ajouter certaines assurances privées).
En outre, ces études théoriques ignorent un phénomène important : les niches fiscales. La revue Alternatives Economiques avait montré il y a quelque temps que de leur fait, notre fiscalité effective est dégressive passée un certain niveau de revenus (le taux d’imposition réel, après déductions fiscales, diminue paradoxalement avec la croissance du revenu). En outre, le bouclier fiscal a nettement réduit une fiscalité marginale, qui pouvait parfois être excessive il est vrai.
Loin d’être un enfer fiscal, la France semble au contraire être relativement attirante pour les personnes riches. Et si notre art de vivre y est sans doute pour beaucoup, notre fiscalité ne semble pas être si décourageante que cela, surtout dans un monde sans frontières…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, isf, the economist, alternatives economiques, impôt sur le revenu, niches fiscales



