22.10.2010
Comment l’anarchie commerciale a cassé la croissance des pays occidentaux
Dans la pensée unique, bien illustrée par l’éditorial d’Axel de Tarlé ce matin sur Europe 1, l’Allemagne serait un modèle économique, les exportations le but que toute économie devrait se fixer. Pourtant, l’anarchie commerciale est en train de détruire le potentiel de croissance des pays occidentaux.
Le contre-exemple Allemand
Beaucoup d’analystes ont décidemment la mémoire courte. Il suffit que l’Allemagne enregistre une croissance très forte en 2010 pour qu’ils décrètent sans le moindre recul que c’est le modèle à suivre. Comment ne pas être frappé par tant de bêtise ! Oublient-ils qu’en 2009, ce « modèle » a vu son PIB reculer de 5%, ce qui signifie que sur la période 2009-2010, la richesse nationale de la France aura moins reculé que celle de son vertueux voisin d’outre-Rhin ?
Mais surtout, un examen de statistiques un peu longues donne une perspective totalement différente. De 2000 à 2009, le PIB Allemand a cru de 0.8% par an (1.5% en France…). Seule l’Italie a fait moins bien avec une croissance d’à peine 0.5%. Et si le chômage est nettement plus faible outre-Rhin, il faut aussi le voir comme la conséquence d’une économie grosso modo 20% plus importante que la France mais qui compte 20% d’enfants de moins. La démographie joue un rôle.
L’Allemagne n’est pas un modèle et comme le souligne Jacques Sapir, elle est devenue un problème pour l’Europe. Son modèle de croissance, basé sur les exportations, comprime les salaires, qui stagnent. Pire, il ne tient que parce que les autres pays européens ne l’ont pas adopté. Si tout le monde suivait l’Allemagne, le continent européen s’enfermerait dans la dépression. Et surtout, comment peut-on affirmer que l’absence de progrès social pour 90% de la population est un modèle ?
Les conséquences de l’anarchie commerciale
Ce contre-exemple Allemand a au moins le mérite de montrer les conséquences délétères d’un modèle de croissance basée sur le commerce. Même si je ne partage pas complètement ses conclusions, Malakine a fait un papier très intéressant sur l’emploi. Il y distingue quatre types de secteurs économiques : le public, les services domestiques non soumise à la concurrence, l’économie productive domestique non soumise à la concurrence (BTP notamment) et l’économie productive soumise à la concurrence.
Tout le problème est que les écarts de salaires entre pays en voie de développement et pays développés ne sont absolument pas proportionnels aux écarts de productivité, contrairement à la mythologie néolibérale (sinon, on ne voit pas pourquoi il y aurait des délocalisations, étant donnés les coûts de transport). L’existence d’écarts très grands de salaires (de 1 à 20) sans mécanisme régulateur produit forcément un transfert des emplois vers les zones de bas salaires.
En outre, cela met une forte pression sur les salaires (comme le montre le cas de l’Allemagne), condamnant cette partie de l’économie des pays développés à la décroissance. Pire, la partie de l’économie ouverte à la concurrence est en croissance rapide, comme le montrent les délocalisations de certains services (centres téléphoniques, services bancaires…). La décroissance de ces secteurs créé des déficits qui pousse l’Etat à réduire ses dépenses, réduisant plus encore notre potentiel de croissance.
Bien sûr, les néolibéraux utilisent la baisse du prix de certains produits pour montrer les bénéfices de l’ouverture commerciale. Mais ce raisonnement est faux : la compression des salaires a été plus forte que la compression des prix, comme le montre la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires presque partout. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les ménages n’ont réussi à maintenir leur pouvoir d’achat qu’au prix d’un recours massif au crédit.
La réalité de l’anarchie commerciale c’est une baisse du prix de certains produits, mais ce sont surtout des délocalisations massives, du chômage, une compression des salaires, et, au final, une remise en cause profonde de la possibilité même de croissance des pays dits développés.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : libre-échange, anarchie commerciale, jacques sapir, malakine, modèle allemand
12.05.2009
69 euros, ou le prix de l’anarchie commerciale
C’est l’offre absolument incroyable qu’ont reçue des salariés du Tarn : leur employeur, une entreprise textile, leur a proposé un emploi en Inde pour le salaire modique de 69 euros par mois ! Un nouvel exemple des ravages provoqués par le libre-échange.
Une proposition indécente…
Un responsable de Carreman, l’entreprise en question, a tenté de rejeter la responsabilité de ce courrier sur la loi en affirmant être « conscient que c’est stupide, mais c’est la stupidité de la loi ». Un procédé totalement abusif, d’autant plus que, comme le montre l’article du Monde, le ministère de l’emploi avait estimé qu’une proposition de reclassement à l’étranger « pour des salaires très inférieurs au SMIC ne pouvait être considérée comme sérieuse ».
Il est tout de même complètement indécent de proposer de déraciner des hommes de leur région pour un salaire égal à 5% ou moins que ce qu’ils gagnent aujourd’hui ! Comment ne pas imaginer le désarroi de personnes qui perdent leur emploi et qui se voient proposer une misère pour aller travailler à des milliers de kilomètres ? Cela n’est malheureusement pas la première fois puisqu’une entreprise alsacienne avait proposé à ses salariés de partir en Roumanie pour 110 euros mensuels !
L’Europe d’aujourd’hui coupable
De nombreux experts, au premier rang desquels Maurice Allais, Emmanuel Todd ou Jean-Luc Gréau ont démontré que l’application d’un libre-échange non régulé (il vaudrait mieux dire d’une anarchie commerciale) conduit à la déflation salariale qui s’observe aujourd’hui dans tous les pays développés. Cet exemple en est une nouvelle illustration. Même les partisans de la déréglementation (comme Jacques Delors) en reconnaissent les conséquences, sans pourtant remettre en cause le processus.
L’Europe est particulièrement touchée par ce phénomène car nous sommes le continent le plus ouvert, qui protège le moins ses industriels alors que l’Asie ou l’Amérique n’hésitent pas à recourir à des politiques ouvertement protectionnistes. Les Etats-Unis protègent leur sidérurgie. L’Asie a construit sa formidable industrie automobile en protégeant son marché intérieur. Mais le dogmatisme ultralibéral de la Commission Européenne ne laisse pas la moindre place à un minimum de pragmatisme protecteur.
Cette histoire montre bien les aspects inhumains du fondamentalisme du marché et la menace qu’il fait peser sur notre industrie. Voilà un débat essentiel à l’approche des élections européennes, et où PS, UMP et Modem préfèrent une discrétion bien compréhensible…
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/05...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Européennes 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carreman, 69 euros, anarchie commerciale, maurice allais, jean-luc gréau, emmanuel todd



