12.11.2010

G20 : la victoire du laissez-faire et du laissez-passer

Depuis hier, les dirigeants de la planète sont réunis pour essayer de se mettre d’accord sur des mécanismes pour réduire les déséquilibres économiques de la planète. Il semble d’ors et déjà acquis que rien d’important ne s’y passera, comme le souligne Le Monde.

Un constat assez juste

Il y a un point positif dans ce G20, c’est que les dirigeants du monde semblent avoir compris certaines des causes des déséquilibres économiques actuels. Depuis 2008, ils ont saisi que le laissez-faire appliqué aux institutions financières était dangereux et qu’il faut absolument mieux réglementer les banques, les fonds d’investissements et les paradis fiscaux. En un sens, les dangers de l’anarchie financière ont été compris et les sujets des réformes qui ont été lancées sont les bons.

Mieux, se rapprochant de mon constat sur l’anarchie néolibérale, les dirigeants de la planète s’interrogent aujourd’hui sur les dangers de l’anarchie monétaire (la guerre des monnaies) et de l’anarchie commerciale (les déséquilibres trop importants de balance commerciale entre les pays). Nous sommes donc arrivés à une critique globale du « laissez-faire » économique qui conduit à des déséquilibres monétaires, financiers et commerciaux. Un immense progrès qu’il faut saluer.

Une absence de solutions

Malheureusement, les anciens schémas restent présents quand il s’agit de définir les solutions à ces déséquilibres. L’interview d’Eric Vernier, spécialiste de l’argent sale, dans le Nouvel Observateur, montre malheureusement que rien n’a changé ou presque pour les paradis fiscaux malgré les déclarations grandiloquentes de certains chefs d’Etat. La réforme des banques est abandonnée aux banquiers du comité Bâle 2 et les réformes de la finance ne sont que des réformettes.

Du coup, il était probable que rien n’avancerait sur les sujets pourtant intéressants mis à l’ordre du G20. L’idée de réajustements monétaires en fonction des balances commerciales était intéressante, mais elle semble déjà enterrée. Le protectionnisme est toujours présenté comme un danger et rien ne semble devoir être mis en place pour rééquilibrer les parités monétaires. Les dirigeants de la planète ont brassé beaucoup d’air et fait de grandes déclarations mais n’ont pas agi.

Point positif : désormais presque tout le monde a compris que le laissez-faire appliqué à l’économie mène au désordre et à des déséquilibres très graves. Point négatif : les dirigeants de la planète s’en tiennent à des réformettes. Il faudra sans doute une nouvelle grande crise pour une véritable réforme…

12.06.2010

Comment le néolibéralisme transforme sa crise en victoire

C’est tout le paradoxe de la crise que nous traversons depuis deux ans. Alors que la majorité des analystes s’accordent pour dire qu’elle est la conséquence directe du « laissez-faire » et du « laissez-passer », elle aboutit finalement à accentuer les mouvements qui l’avaient provoquée.

La crise de l’anarchie néolibérale

Bien sûr, quelques libéraux et néolibéraux affirment encore que la crise est la conséquence de l’excès de réglementation, pointant l’intervention de l’Etat sur les marchés immobiliers, via les niches fiscales et le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac. Cependant, cette analyse ne résiste pas longtemps à l’analyse, comme peuvent l’attester les différents livres que vous trouverez ici en référence. Il est vrai que le rôle de l’Etat a pu amplifier certains excès, mais c’est bien l’anarchie néolibérale qui est responsable.

En effet, l’anarchie commerciale fait peser une pression énorme sur les bas salaires dans les pays occidentaux, en les mettant en concurrence avec des millions de personnes parfois payées 20 fois moins. On assiste donc à une stagnation, voire une baisse des bas salaires aux Etats-Unis comme en Europe. Ce blocage ou ce recul du pouvoir d’achat a été compensé par une augmentation de l’endettement proportionnelle (forte dans les pays anglo-saxons, plus faible en France).

Cette envolée de la dette a permis de maintenir une croissance de la consommation malgré la stagnation ou le recul des revenus. Mais parallèlement, les plus hauts revenus ont progressé de manière disproportionnée, amenant un flux de liquidités colossal sur les marchés. En outre, la libéralisation a permis aux banques de prêter toujours plus quitte à prendre des risques inconsidérés, créant une bulle. C’est cette séquence qui nous a menés au grand krach de l’automne 2008.

Quand les néolibéraux utilisent Keynes pour se sauver

Cela restera sans doute un des paradoxes les plus incroyables de la séquence que nous venons de vivre. A l’automne 2008, on a vu un journal comme The Economist implorer de « sauver le système sans le changer ». Les néolibéraux ont donc pris de Keynes ce qui les arrangeait et leur permettait de sauver ce qu’ils souhaitaient sauver, à savoir le système bancaire, au lieu de le laisser faire faillite (comme les néolibéraux les plus extrêmes le préconisaient).

L’hésitation a été forte et a culminé avec l’épisode Lehman Brothers où les plus radicaux ont emporté la décision et ont laissé faire la faillite de ce symbole du capitalisme. Mais rapidement, une majorité s’est dégagée pour revenir à un pragmatisme plus keynésien. Mieux, les leçons de la Grande Dépression ont aussi été tirées sur la croissance puisque les Etats ont substitué à la demande privée défaillante une augmentation de la demande publique pour relancer la machine économique.

C’est ainsi que les Etats-Unis ont adopté un plan de soutien massif de 800 milliards de dollars, honni par les plus néolibéraux des néolibéraux, mais soutenu par les plus réalistes d’entre eux (The Economist entre autres) malgré toutes ses limites. Ceci a permis à l’économie étasunienne de rebondir puisqu’on prévoit une croissance de 3% en 2010 qui annulera purement et simplement la récession de 2009. Quand Keynes permet de sauver le système néolibéral…

La grande glaciation néolibérale

Il y a un an et demi, j’avais publié une série de papiers « Le Grand Choc de 2017 », qui se voulaient une analyse prospective de ce qui pouvait arriver. Naturellement, un certain nombre de prédictions se sont révélées complètement fausses (réélection de Gordon Brown, popularité de Barack Obama), mais un certain nombre d’autres étaient plutôt bien vues, notamment l’évolution de la bourse en 2009. J’avais alors parié sur la victoire d’une lecture néolibérale de la crise

Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui. La hausse des dépenses de l’Etat, suite aux plans de soutien aux banques et à l’économie a provoqué une explosion des déficits et de la dette qui provoque aujourd’hui un violent retour de bâtons en faveur de la baisse du poids de l’Etat dans l’économie, s’appuyant également sur des dérives réelles. Cela est illustré par le succès du mouvement « tea-party » aux Etats-Unis, qui pourrait bien porter Sarah Palin à la présidence des Etats-Unis en 2012.

En Europe, le mouvement n’est pas moins fort et la pression pour la réduction des déficits publics y est particulièrement forte, par la voix même de la Commission. Un à un, les pays mettent en place des plans d’austérité, l’Allemagne décrochant pour l’instant la palme et une coordination se met en place pour s’assurer que personne ne suit une autre politique. Enfin, la déréglementation continue de gagner du terrain avec la récente ouverture des jeux en ligne, dont on se demande bien quel est l’intérêt.

Les néolibéraux nous ont précipités dans la crise en recréant une jungle économique instable et injuste. Alors que leur château de cartes menaçait de s’écrouler, ils ont imploré l’aide des Etats avant de se retourner contre eux pour les affaiblir. Le pire, c’est que ça marche !

03.11.2009

Ré-internationalisation contre globalisation

Les dix dernières années ont démontré la faillite de la globalisation néolibérale. Pourtant, certains parient que le salut viendra du cadre global. Et si, tout simplement, ce cadre n’était pas adapté à une quelconque expression de l’intérêt général et que seul le cadre national le permettait ?

Quels intérêts sert la globalisation néolibérale ?

Un examen froid de l’évolution des dernières décennies montre qu’il y a deux grands gagnants à la globalisation. Les premiers sont le 1 % des ménages les plus riches, dont les revenus représentent près de 20% des revenus totaux aux Etats-Unis. Plus fort, une étude montre que les revenus des 0.1% des ménages les plus riches y ont progressé quatre fois plus vite que la moyenne (8% du total). Les autres gagnants sont les actionnaires qui extraient une part croissante des richesses.

Certains crient volontiers à une conspiration mondiale qui viserait à asservir 99% de la planète. Je n’y crois pas. Joseph Stiglitz lui-même, pourtant très dur vis-à-vis du FMI, affirme qu’ils agissent en pensant sincèrement servir l’intérêt général. Pour lui, la racine du problème vient du fait de confier des pouvoirs politiques à des non politiques (FMI, banques centrales…). Coupés de la réalité et sans système de pensée alternatif, ils croient réellement que la libéralisation est porteuse de progrès.

La nation, cadre indépassable de l’intérêt général

Frédéric Lordon souligne bien qu’ « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre : pas de gouvernement du tout » et que « la mondialisation a précisément eu pour effet de redéployer les marchés à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dans un environnement de faible densité institutionnelle ». En clair, le processus de globalisation est intrinsèquement lié à des politiques d’inspiration néolibérale puisqu’elle organise l’absence de prise du politique.

En fait, de plus en plus d’intellectuels, y compris de gauche, reconnaissent aujourd’hui que seul le cadre national permet une expression de l’intérêt général. Les nations sont elles-mêmes structurellement l’expression d’un bien commun, où une minorité accepte le choix démocratique d’une majorité lors des élections, et où la solidarité entre membres de la communauté nationale s’exprime de multiples manières, notamment à travers le système de sécurité sociale ou les services publics.

Vers une ré-internationalisation

Je me permets d’emprunter ce terme à Frédéric Lordon, qui l’utilise dans son dernier livre car il me semble parfaitement résumer ce que nous devons faire pour combattre l’anarchie néolibérale. Le progrès humain doit redevenir le but de nos sociétés au lieu de cette volonté de liberté tellement absolue qu’elle vire à l’anarchie, à la loi du plus fort et donc à un nivellement par le bas salarial, social, environnemental, démocratique et républicain. Au 21ème siècle, plus que jamais, l’homme aura besoin des nations.

Bien sûr, les défenseurs de la globalisation diront que les nations sont responsables des guerres et ferons un parallèle avec l’Albanie. Mais ne sont-ils pas les promoteurs d’une guerre économique de plus en plus violente (délocalisations, crises, suicides) ? Le cadre plus national des politiques des Trente Glorieuses était plus pacifique... Enfin, cela ne signifie pas fermeture à l’autre, bien au contraire. C’est parce que nous serons bien dans notre pays que nous serons d’autant plus ouverts aux autres.

La globalisation néolibérale produit un asservissement des hommes à des dogmes abstraits qui ne profitent qu’à une petite minorité. Le retour aux nations, et aux frontières, est un préalable indispensable pour refaire du progrès humain pour tous l’objectif de nos sociétés. Voilà un vrai débat sur l’idée nationale !

13.08.2009

Revue de lecture sur la crise

Suite à quelques discussions avec des lecteurs du blog, par mail ou commentaires, j’ai pensé utile de regrouper de manière plus lisible les résumés des livres publiés depuis un an sur le blog. Une matière première utile pour mieux comprendre ce qui se passe et arriver à identifier des solutions pour l’avenir :

Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Muhammad Yunnus, prix Nobel de la Paix, « Vers un nouveau capitalisme » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Emmanuel Todd, « Après la démocratie » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Jean-Luc Gréau, « La trahison des économistes » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Paul Jorion, « L’implosion » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Paul Jorion, « La crise » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Paul Krugman, prix Nobel d’économie, « L’Amérique que nous voulons » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Jean-Luc Gréau, « L’avenir du capitalisme » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Jacques Généreux, « La dissociété » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Jean-Claude Michéa, « L’empire du moindre mal » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Robert Reich, « Supercapitalisme » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Joseph Stiglitz, « La grande désillusion » : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Et pour finir, ma synthèse de toutes ces lectures, faite en février 2009 :

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

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http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

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17.06.2009

Oui, le néolibéralisme est responsable de la crise

De manière très intéressante, Le Monde vient de proposer deux tribunes exonérant le néolibéralisme de responsabilité pour la crise. Une superbe illustration de la conversion au néolibéralisme du centre-gauche.

Des arguments ubuesques

Le premier papier consiste en un compte-rendu du point de vue des néolibéraux sur la crise, compte-rendu d’une telle neutralité qu’ils en deviennent plus que complaisants. Les coupables désignés de la crise sont donc les boucs émissaires habituels : les banques centrales qui n’auraient pas augmenté leur taux suffisamment tôt ou les agences de notation qui n’auraient pas fait leur travail. Nicolas Lerassin affirme ainsi qu’ « on a créé les conditions pour que les banques fassent toutes ces bêtises ».

Ce dernier avance même comme explication le fait que l’on a forcé les institutions publiques à prêter aux ménages, ce qui a entraîné la bulle immobilière Américaine. Le problème est que le journaliste ne fait que rapporter des propos sans jamais chercher à en vérifier la véracité. Et dans le cas présent, les propos rapportés sont complètement faux. Dans la phase finale de la bulle immobilière, les agences gouvernementales Fannie Mae et Freddie Mac avaient perdu beaucoup de parts de marché.

Paul Jorion a bien montré dans son livre que ce sont les banques privées, qui, grâce à la déréglementation, ont prêté à n’importe qui n’importe comment. En outre, l’argument des taux est complètement abusif. Les taux longs ne sont pas déterminés par les banques centrales, seulement les taux courts, et il ne faut pas oublier que les taux sont remontés dès 2004 aux Etats-Unis.

Un dogmatisme effrayant

Mais ce n’est rien par rapport aux absurdités pourtant reproduites dans un journal comme Le Monde. Pascal Salin, professeur à Dauphine ose affirmer que « la gravité de la situation actuelle en France, c'est que nous sommes dans un système très pervers où des millions de réglementations existent. Si on pouvait les mettre bout à bout, on s'apercevrait que nous vivons dans un monde presque totalitaire. C'est presque pire qu'un système communiste où, tout au moins, quand on abat le centre, tout s'effondre ».

Ceci a au moins le mérite de montrer à quel point les néolibéraux peuvent être aveuglés par leur croyance. Le meilleur exemple est leur soutien à la privatisation de la Sécurité Sociale qui devrait permettre, selon eux, d’augmenter le taux d’épargne. Mauvaise pioche : c’est en France, pays où la Sécurité Sociale est publique, que le taux d’épargne est le plus haut et aux Etats-Unis, où elle est largement privée, qu’il est le plus bas…

Il est terrifiant de voir des tribunes aux arguments aussi limités publiées dans un journal dit de référence. Et que penser de la tribune d’Aralien qui cherche à démontrer que la solution à la crise n’est pas dans le plus d’Etat par des raisonnements moins convaincants les uns que les autres. Le Monde est-il à ce point convaincu par l’idéologie néolibérale qu’il en abandonne tout esprit critique ?

La crise de l’anarchie néolibérale

Car cette crise est bien une crise de l’anarchie néolibérale. Le premier responsable est la déréglementation monétaire, qui, en confiant au marché le soin d’évaluer le cours des monnaies, a permis un accroissement phénoménal des marchés financiers. En effet, plus de la moitié des échanges financiers (qui représentent près de 50 fois l’économie réelle), sont des échanges portant sur les monnaies.

Puis vient la déréglementation commerciale, qui, en mettant sous pression les bas salaires tout en permettant aux plus hauts de progresser beaucoup plus rapidement a créé une tension sur les marchés immobiliers. Les ménages aisés ont entretenu la hausse des prix alors que les ménages modestes ont été contraints d’emprunter des sommes délirantes par rapport à leurs revenus pour pouvoir payer leur logement.

Et c’est là que la troisième pierre intervient : la déréglementation financière a permis aux banques de prêter dans des conditions complètement aberrantes tout en faisant disparaître apparemment le risque, alors qu’il était seulement devenu invisible. À la base de tout, il y a cette croyance que le marché est capable de correctement évaluer un prix ou un risque alors que le passé montre bien les limites de son jugement.

Le combat contre la pensée néolibérale n’est pas fini. Les défenseurs du système ont trouvé des boucs émissaires pour éviter tout changement. Pourtant, c’est bien le néolibéralisme qui est responsable.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/06/09/crise-l...

http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/06/14/liber...

Pour une analyse plus en profondeur : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

04.04.2009

G20 : ils ont sauvé le système sans le changer véritablement

Dans une dramatisation digne d’une série américaine, le monde serait passé de l’ombre à la lumière grâce au G20. Pourtant, la plupart des conclusions présentées avant-hier étaient déjà annoncées il y a plusieurs semaines. Que peut signifier cet unanimisme de la plupart des commentateurs ?

Un décalage de perception inédit

Alors que la quasi-totalité des médias se félicite des avancées du G20, qui seraient historiques, France 3 faisait un sondage sur son site hier pour demandaient aux Français s’ils faisaient confiance au G20 pour changer les règles de l’économe. Surprise, plus de 90% des plus de 30 000 votants ont répondu « non ». Pourtant, les bourses ont réagi très positivement malgré la légère prise de bénéfice d’hier. Alors que le CAC 40 avait touché les 2460 points en séance le 9 mars, il a repris la bagatelle de 20% en 4 semaines à peine.

Pendant que les Etats-Unis annoncent la destruction de 663 000 emplois en mars, portant le niveau de chômage à 8,5% et le nombre d’emplois perdus à 5 millions (!!!) en 15 mois, les mêmes marchés aux comportements irrationnels et les mêmes dirigeants qui les avaient laissé faire, semblent voir le bout du tunnel. Et comme souvent, cette prophétie a des chances de devenir auto réalisatrice, dans la mesure où elle permet une hausse des bourses qui vient soulager les institutions financières de la planète.

Bien sûr, rien n’est complètement réglé : la hausse du chômage est d’une violence inédite depuis 80 ans et les prochains chiffres du PIB (pour le 1er trimestre 2009) devraient être très mauvais, notamment aux Etats-Unis. Les marchés ne vont donc pas reprendre sans à coup. Mais, cette nouvelle étape semble confirmer l’hypothèse que j’avais faite lundi d’une sortie progressive (quoique illusoire et temporaire) de la crise dans quelques mois. Les marchés réagissent en général avec un temps d’avance sur l’économie réelle.

Le système néolibéral sort renforcé

Il y a quelques semaines, dans un papier sur « la crise de l’anarchie néolibérale », j’avais attribué la responsabilité de la crise actuelle à une triple déréglementation, financière, monétaire et commerciale. L’examen des conclusions du G20 montre malheureusement que les dirigeants du monde ne souhaitent en aucun cas changer le système qui nous a mené au bord du précipice économique. Les questions monétaires, pourtant essentielles, sont tout bonnement ignorées.

Le cas du libre-échange est encore plus caricatural puisque le protectionnisme est condamné comme un mal rendu responsable de la grande dépression, alors qu’il n’en était que la conséquence. Mais surtout, s’il est vrai qu’il y aura une légère progression de la réglementation financière, beaucoup de flou demeure dans le détail des mesures. La liste des paradis fiscaux le montre bien : plus que trois pays en liste noire et Jersey en liste blanche. Ils ne sont pas purement et simplement interdits comme on aurait pu le souhaiter.

Si les mesures annoncées pour la réglementation financière vont dans le bon sens (rémunération des traders, normes prudentielles des banques), tout dépendra du détail. En outre, la taxe Tobin n’a naturellement pas été évoquée… L’encadrement promis pourrait bien n’être que très limité sur les questions financières et il sera nul sur les questions monétaires et commerciales. Des gages sont donnés pour l’affichage, mais rien ne change vraiment, avec toutes les conséquences que cela signifie.

Il y a quelque chose de proprement incroyable dans l’auto célébration des conclusions d’un G20 pourtant bien timide. Si cette présentation des choses peut faciliter la sortie de cette crise, il y a fort à parier que cela ne fait qu’en préparer une prochaine, qui pourrait être encore plus violente.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...