25.08.2011
La double imposture budgétaire du gouvernement
Hier soir François Fillon a annoncé un plan d’économie pour atteindre les objectifs de réduction des déficits publics. Au passage, il en a profité pour à nouveau appeler au soutien des socialistes pour inscrire la camisole budgétaire dans la constitution. Une proposition doublement malhonnête.
L’imposture d’un gouvernement
La posture du président de la République et de son gouvernement est relativement habile. En affirmant être prêts à constitutionnaliser l’interdiction des déficits publics, ils veulent à la fois se racheter une bonne conduite mais aussi mettre en difficulté le PS, qui cherche à donner des gages de bonne gestion aux marchés mais qui ne veut pas voter le texte du gouvernement à quelques mois de l’élection présidentielle. Mais cette posture est une imposture.
En effet, Nicolas Sarkozy a un lourd passif sur les finances publiques. En 1995, Alain Juppé avait affirmé que le ministre du budget d’Edouard Balladur avait laissé les finances publiques dans un état « calamiteux », qui avait abouti à de fortes hausses d’impôts pour tenir les objectifs de Maastricht. En 2007, Philippe Séguin avait dénoncé le « paquet fiscal » et un rapport de la Cour des Comptes de 2010 affirmait que plus de la moitié de la hausse des déficits ne venait pas de la crise.
En outre, le plan présenté hier reste un assemblage de petites rustines à mille lieues de la nécessaire réforme de notre fiscalité. Le premier ministre déshabille encore un peu plus la loi TEPA, mais sans aller jusqu’au bout. Et comme le souligne justement Hervé Nathan, la contribution des riches est plus symbolique qu’autre chose : elle est temporaire, et il faut surtout la comparer à la réduction de l’ISF, qui sera sans doute supérieure à 2 milliards (alors que le bouclier fiscal coûtait 900 millions).
Un contresens économique
Dans un remarquable dossier de vingt pages sur le sujet (tout aussi bon que celui sur la monnaie, sur lequel je reviendrai plus tard), Joël Halpern dénonce cette « règle de plomb », reprenant, sans le savoir, quelques heures plus tard le terme employé par Nicolas Dupont-Aignan. Il défend la politique contra cyclique budgétaire, qui s’est imposée après la Grande Dépression des années 1930, qui consiste à amortir une crise en jouant sur les déficits (ce qui a été fait depuis 2008).
Comme André-Jacques Holbecq, il dénonce le rôle des intérêts de la dette et des baisses d’impôt qui sont bien plus responsables de l’état de nos finances publiques que l’augmentation des dépenses. Il critique la redistribution des contribuables vers les rentiers engendrée par notre gestion de la dette publique. Enfin, il prend position en faveur d’une monétisation des dettes publiques. Bref, il démontre que le débat les dettes publiques mérite mieux que la voie sur laquelle il est engagée.
Bref, il est pour le moins paradoxal qu’un gouvernement incontinent financièrement veuille imposer à ses successeurs des règles qu’il ne s’est pas appliquées à lui-même, d’autant plus que la crise de les auraient rendues inapplicables. Bref, il s’agit d’une mauvaise règle qui n’est qu’une posture médiatique. Pire, alors que le gouvernement renforce l’austérité pour les Français, il dilapide encore plus pour sauver les créanciers des pays européens en difficulté.
Bref, toute cette histoire de camisole budgétaire, ou règle de plomb, est une double imposture. Imposture pour camoufler la mauvaise gestion des derniers publics depuis plus de quatre ans. Imposture car cette règle est un parapluie pour beau temps, inapplicable en cas de crise.
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19.08.2011
Le bien mauvais débat sur la dette publique
C’est la nouvelle pierre philosophale de la pensée unique qui domine la vie politique française. La France a trop dépensé pendant des années et doit maintenant mener une politique d’austérité pour assainir la situation. Même les candidats du PS y cèdent, les uns après les autres.
Une autre vision de la dette
Bien sûr, je n’ai pas l’intention de glorifier la dépense publique pour la dépense publique, de dire qu’il n’y a pas de problème, ou même de prôner un comportement démagogique. Cependant, avant d’analyser ce qu’il faut faire, il faut questionner cette pensée qui s’impose à gauche, à droite et au centre. En effet, Nicolas Sarkozy veut faire de ce sujet un moyen de disqualifier les socialistes. Jean-Louis Borloo surenchérit et les socialistes montrent patte blanche aux agences de notation.
Tout d’abord, il faut relativiser la position de la France. Bien sûr, notre endettement a beaucoup augmenté depuis trois ans. Cependant, la France reste un des rares pays à conserver son AAA, du fait d’une dette relativement mieux maîtrisée que la moyenne des grands Etats. En outre, nous ne raisonnons qu’en dette brute, alors qu’en dette nette (diminuée des actifs financiers de l’Etat), la position de la France s’améliore nettement, comme souligné par Alternatives Economiques ou André-Jacques Holbecq. Mieux l’ensemble du patrimoine de l’Etat Français reste positif.
Les causes de notre endettement
Il faut ensuite analyser les causes de notre endettement. Il est tout de même assez incroyable que les médias ne soulignent pas davantage le rôle majeur joué par la crise financière de 2008 dans le dérapage des finances publiques. En effet, en 2007, notre endettement était légèrement supérieur à 60% du PIB et en légère baisse par rapport à notre richesse nationale. C’est la crise causée par les excès du monde financier et son sauvetage qui a déséquilibré une situation stabilisée auparavant.
En effet, notre dette tournait autour de 60% du PIB depuis le milieu des années 1990. En outre, comme le souligne justement André-Jacques Holbecq, il ne faut pas oublier que la France a payé 1340 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a augmenté de 1250 milliards… Et s’il est normal de payer des intérêts à un prêteur qui nous confie son épargne, le débat change quand on constate que l’Etat a renoncé à la création de la monnaie, confiée aux banques privées…
Du coup, outre l’augmentation conjoncturelle de 20 points de notre dette consécutive à la crise financière, l’analyse des raisons plus structurelles de la dette pose également problème. Par-delà l’abandon de la création monétaire en 1973, on peut également attribuer le déficit structurel de l’Etat à une mondialisation qui assèche le tissus productif français et explique la persistance d’un chômage de masse et d’une stagnation du pouvoir d’achat, qui pèsent tous deux sur les déficits…
Que faut-il faire ?
Aujourd’hui, on culpabilise les Français et si certains gouvernements ne sont pas tout blancs (« l’état calamiteux » des finances publiques laissé par Balladur et Sarkozy en 1995, la « cagnotte » dilapidée par Lionel Jospin ou les baisses d’impôt de Nicolas Sarkozy), le concours d’austérité auquel participent Hollande, Aubry, Borloo et Pécresse est inquiétant. Car trop d’austérité risque de tuer la croissance sans même réduire les déficits, comme cela se passe en Grèce…
Comme le souligne NDA, l’urgence aujourd’hui dans toute l’Europe est de relancer la croissance en relocalisant la production industrielle, qui porte une lourde part de responsabilité dans le niveau actuel des dettes publiques. Par-delà la monétisation partielle des dettes publiques, une réforme en profondeur du système monétaire et financier est absolument nécessaire. Vous trouverez une excellente analyse sur le blog de Joël Halpern sur la base du 100% money.
Sous la pression des marchés et des agences de notation, le thème de la dette publique risque de prendre une place importante dans les débats pour la présidentielle. Nous y serons bien armés pour dénoncer un système qui saigne les peuples au profit du système financier.
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18.08.2011
L’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie
Après avoir posé les enjeux du débat monétaire, André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder en viennent plus particulièrement à la question de la création monétaire et de la dette publique.
Remettre en perspective notre endettement
Les auteurs soulignent de manière intéressante le choix du terme « service » de la dette en lieu et place du terme « intérêt ». Ils critiquent le catastrophisme des opposants de tout bord à la dette publique en soulignant plusieurs points importants. Tout d’abord, ils soulignent la myopie de leur analyse, qui oublie de prendre en compte le patrimoine de l’Etat. En effet, l’analyse de la situation financière de quiconque impose d’avoir une vue globale et comparative.
Or, un tel examen (déjà évoqué ici) donne une autre perspective, qui explique pourquoi notre pays conserve son AAA. Tout d’abord, notre endettement brut est dans la moyenne. Ensuite, notre pays a davantage d’actifs que les autres. Fin 2009, le solde entre les actifs et les dettes des administrations publiques était positif de plus de 400 milliards d’euros. Et si on prend uniquement en compte les actifs financiers, notre dette nette était de 44% du PIB, contre 58% dans la zone euro…
Le vrai problème
Les auteurs déplace alors le débat : « ce qui est immodéré dans la dette, c’est moins son montant (lequel a permis la création de richesse) que la part des intérêts dans ce montant ». Et cela est d’autant plus vrai que le privilège de la création de monnaie, bien collectif, a été abandonné aux banques commerciales. Les auteurs réalisent alors le fameux calcul qui commence à s’imposer dans le débat public et qui remet quelques idées en place sur les implications de la loi de 1973.
De 1979 à 2009, la dette publique est passée de 240 à 1490 milliards d’euros (de 21 à 78% du PIB), soit une augmentation de 1250 milliards. Entre temps, nous avons payé pour 1340 milliards d’euros d’intérêt. En clair, depuis 30 ans, l’augmentation de la dette publique est plus qu’intégralement la conséquence du paiement d’intérêts. Dès lors, comme en monétisant un pays n’a pas à payer d’intérêt, cela pose clairement la question de cette privatisation de la création monétaire.
En outre, tout ceci pose de nombreux problèmes. Tout d’abord, cela rend les Etats dépendants des marchés (alors qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, la monétisation est courante). Et cela limite considérablement les moyens de financement des Etats à un moment de chômage de masse et de défi écologique. Ils dénoncent également « la tendance actuelle (…) à amputer les ressources publiques, ce qui implique de transférer sur le privé, petit à petit tous les services ».
Comment s’en sortir ?
Les auteurs exhument une belle citation de Tocqueville : « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». En fait, le débat est ancien : il a eu lieu le 22 juillet 1981 à l’Assemblée Nationale quand une quarantaine de députés ont défendu un projet de loi qui aurait permis à nouveau de mettre la création monétaire au service de la collectivité.
Les auteurs citent également Maurice Allais pour qui « tout création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul » et qui assimilaient les banques commerciales à des « faux-monnayeurs ». Le « prix Nobel d’économie » était favorable à des taux de change fixes et révisables, un équilibre des balances des paiements, l’interdiction de la spéculation pour les banques.
Ils proposent une banque centrale indépendante, seule créatrice de la monnaie (qui ne peut être qu’un bien collectif), un budget de fonctionnement de l’Etat équilibré excepté en période de récession économique ainsi qu’une séparation des banques privées en trois types : les banques de dépôts, les banques de prêts et les banques d’affaires. Ils évoquent la proposition de 1995 de Jean-Marcel Jeanneney « d’émettre de la monnaie ex nihilo pour sortir notre économie de son anémie ».
La privatisation de la création monétaire est un accident de notre histoire économique. Mais il est encore plus incroyable que les Etats d’Europe continentale ait renoncé à son émission publique. Merci aux auteurs pour ce livre qui éclaire d’une perspective stimulante un des débats du moment.
Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel
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16.08.2011
Comprendre les enjeux de la dette publique
En ces temps d’hystérie collective sur la dette de l’Etat, « La dette publique, une affaire rentable », livre coécrit par A-J Holbecq et publié en 2008, dont la deuxième édition vient de sortir, est un livre essentiel.
Un peu d’histoire
« Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin » : c’est par cette citation d’Henry Ford que commence cet essai court et percutant. Les auteurs présentent un bref historique de la monnaie et des banques. Si les premières traces de monnaie métallique remonte à plus de 2500 ans en Grèce, la monnaie papier est apparue en Chine au 8ème siècle.
Jusqu’au 19ème siècle, les monnaies reposent sur l’or ou l’argent mais leur rareté conduit à de nombreuses dévaluations, à l’utilisation d’alliages. Le papier-monnaie est inventé au 17ème siècle, sous l’impulsion d’un Suédois. En 1694, la première banque centrale est créée en Angleterre. Le 19ème siècle voit apparaître le monopole d’émission d’Etat. La 1ère guerre mondiale mettra fin à la convertibilité de nombreuses monnaies. Le Royaume Uni y renoncera en 1931, les Etats-Unis en 1971.
La Banque de France est fondée en 1800. Ses deux cent actionnaires les plus importants constituent l’Assemblée Générale et les statuts impériaux resteront en place jusqu’en 1936. Le Front Populaire met la banque sous l’autorité du gouvernement mais elle ne sera pleinement nationalisée que le 2 décembre 1945. En janvier 1973, ses statuts sont réformés par l’article 25 : « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ».
Cette interdiction de financer l’Etat est complétée par l’indépendance accordée en août 1993 par le gouvernement d’Edouard Balladur. Les différents traités européens confirmeront cette double orientation puisque l’article 104 du traité de Maastricht (devenu article 123 du traité de Lisbonne) précise : « il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit » à toute institution publique.
Le problème de la création monétaire
Ils soulignent que « si le prêteur a prélevé cette somme sur son épargne, il est juste qu’il en reçoive rémunération puisqu’il n’aura pas la disponibilité de cet argent jusqu’à échéance du prêt, outre le risque de ne pas être remboursé ». Ils rappellent que la monnaie est un « instrument de mesure, instrument de réserve de valeur et instrument de paiement » et « une convention sociale reposant sur la confiance, elle n’a d’autres valeurs que celle que nous lui accordons ».
Les auteurs montrent que depuis le 1er janvier 2001, la masse monétaire M1 (billets, pièces et dépôts à vue) de la zone euro a progressé de 11,5% par an contre 4,5% pour la croissance nominale du PIB. Elle représentait 4691 milliards d’euro en octobre 2010. M3 atteint 9475 milliards, soit à peu près l’équivalent du PIB. Ils dénoncent l’idée « que l’argent existe comme un gâteau dont la seule question est de savoir comment le repartir entre les convives ».
Or, « aucune loi physique n’empêche un Etat, une Banque centrale ou de second rang, de créer toute la monnaie nécessaire ». Et en réalité, « la monnaie en circulation a été créée ex-nihilo par les banques commerciales, sous forme de crédits aux ménages, aux entreprises et aux Etats ». Les auteurs posent deux problèmes : le premier est que « ce sont les crédits qui permettent les dépôts, et non l’inverse » et le second le « droit exclusif » des banques commerciales à créer la monnaie.
Les auteurs expliquent que « la masse monétaire, constituée essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît donc lorsque les flux de remboursement sont inférieurs aux flux des crédits nouveaux » et soulignent que les intérêts imposent une croissance de la masse monétaire. Ils notent que la Banque centrale ne détient pas le privilège de la création monétaire. Son rôle consiste à règlementer le système et à être le prêteur de dernier ressort, comme nous le constatons depuis trois ans.
Comme dans leur dernier ouvrage, les auteurs ont recourt à des petites histoires, des analogies qui éclairent particulièrement bien leur propos. Ce faisant, ils ont fait de ce livre un essai accessible à tous et très pédagogique. Je reviendrai demain sur les conséquences de la privatisation de la création de la monnaie.
Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel
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01.05.2011
Vers une économie plus citoyenne et sociale
Vous connaissez déjà largement André-Jacques Holbecq, économiste citoyen, ancien pilote du Concorde, qui contribue régulièrement comme commentateur du blog. Je viens de lire son livre « Une monnaie nationale complémentaire », une réflexion stimulante sur l’organisation de nos sociétés.
Créer une économie plus sociale
Il devient chaque jour plus criant de refonder le système capitaliste. S’il existe déjà le service public et les coopératives qui permettent à beaucoup de citoyens de travailler pour des organisations moins mercantiles, une réflexion se fait jour pour créer un secteur « social » plus important. C’est exactement la démarche de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix pour son invention du microcrédit au Bangladesh, dont j’avais chroniqué le livre « Vers un nouveau capitalisme ».
C’est exactement ce que nous proposent ici André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder. Ils partent du constat évident que certaines activités à haute valeur citoyenne et sociale ne trouveront jamais de financement du fait de leur absence de rentabilité, ce qui est préjudiciable à l’ensemble de la collectivité. Ils notent aussi très justement que beaucoup de citoyens préfèreraient sans doute travailler pour des entreprises dont l’objectif n’est pas le profit, sans être pour autant fonctionnaires.
Ils ont donc élaboré un système élégant mais un peu complexe, un Espace économique Complémentaire à vocation Sociétale, l’ECS, qui reposerait sur des Entreprises à Mandat Sociétal (EMS) et qui bénéficierait d’une Unité Monétaire Sociétale (UMS), une monnaie spécifique. Ce nouveau pan du secteur économique fonctionnerait de manière autonome au secteur économique privé traditionnel.
Agitateurs d’idées citoyennes
Les auteurs commencent par plusieurs paraboles, suivies d’analyse qui soulignent les travers de notre monde, son matérialisme, la privatisation de la création de la monnaie au profit des banques, l’explosion des inégalités, la persistance d’un chômage de masse, qui créé un rapport difficile au travail, et un manque d’ouverture d’esprit pour envisager de nouvelles solutions.
Le duo pense que les enjeux immenses qui guettent notre planète (augmentation de la population, difficulté à nourrir cette population, épuisement des ressources naturelles de la planète, explosion des inégalités et maintien d’un niveau de pauvreté contradictoire avec le niveau de croissance) ne pourront pas être assumés par les structures existantes de notre économie.
Ils veulent donc « compléter le dispositif économique actuel dans le but de résoudre, indifféremment de leur coût financier ou comptable, les problèmes humains et écologiques que la seule logique capitaliste et comptable est incapable par nature de traiter ». L’objectif est notamment de réduire toutes les formes de pollution et remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables non polluantes.
L’économie au service de l’homme et de la planète
C’est pour financer ce nouvel espace sociétal que les auteurs proposent la création d’une UMS. Ils reviennent sur les exemples de création de monnaies complémentaires dans l’histoire, en Allemagne en 1919, en Suisse dans les années 1930 ou au Canada dans les années 1980. Naturellement, cette monnaie serait placée sous contrôle purement public.
Ils proposent que dans cet espace les différences de revenus soient strictement limitées. Ils reprennent aussi de nombreux extraits de la Charte de la Havane, qui faisait de l’équilibre de la balance des paiements un principe de base des rapports internationaux, un contrôle des mouvements de capitaux, une interdiction du dumping et un encadrement du libre-échange.
Il est vrai que le système actuel a démontré son incapacité actuelle à traiter des problèmes pourtant urgents. J’ai tendance à penser qu’un changement de dirigeants permettrait de prendre une direction plus durable et juste. Mais dans ce livre, les auteurs ont le mérite de proposer un plan B détaillé.
Source : « Une monnaie nationale complémentaire », P. Derudder et A-J Holbecq, Yves Michel
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24.01.2011
La monétisation en question
C’était un mot que connaissaient seulement les spécialistes du Japon il y a seulement trois ans. En quelques temps, la question de la monétisation des dettes publiques est apparue dans le débat public et promet d’agiter le landernau politique et économique dans les années à venir.
Il y a monétisation et monétisation
C’est grâce à RST que j’ai pu rencontrer l’association « Chômage et Monnaie », fondée par des Polytechniciens progressistes, et peaufiner ma compréhension des mécanismes de la monétisation. En effet, le mot recouvre des réalités complètement différentes. Il faut tout d’abord distinguer la monétisation indirecte (par le rachat de créances publiques par l’intermédiaire du marché, comme le fait la BCE aujourd’hui) de la monétisation directe (sans passer par le marché).
La deuxième variété, spécifiquement interdite par la loi de 1973 et le traité de Maastricht, en supprimant l’intermédiaire du marché, supprime également les commissions… On peut ensuite distinguer la monétisation « orthodoxe » de la monétisation « hétérodoxe ». La première n’est qu’un prêt, comme un autre, accordé par une Banque Centrale à un Etat, remboursé à la fin de l’échéance. La création de monnaie y est équilibrée par sa destruction (lors du remboursement).
C’est cette monétisation que défend André-Jacques Holbecq. Le postulat de départ est assez simple : pourquoi les banques privées peuvent-elles aujourd’hui emprunter à 1% auprès des Banques Centrales pour ensuite prêter plus cher aux Etats ? Pourquoi a-t-on privatisé la création de la monnaie ? En outre, la croissance de la dette en France est le seul résultat du paiement des intérêts depuis trente ans. En clair, si la Banque de France avait prêté à l’Etat, notre dette serait négligeable.
La monétisation est-elle inflationniste ?
En fait, la monétisation orthodoxe n’est pas plus inflationniste que le mécanisme actuel de financement des Etats. Du moment que l’Etat rembourse ses créances, la destruction de monnaie compense sa création. En effet, l’effet inflationniste est créé par le montant du déficit, qui correspond à l’augmentation de l’encours de dette et donc à la création de nouvelle monnaie. Que cette création soit faite par des acteurs privés ou publics n’en change pas le caractère inflationniste.
L’absence d’intérêt rend même la monétisation moins inflationniste (les intérêts étant une création de monnaie supplémentaire). Une monétisation de 10% PIB, si elle permet de rembourser un encours de 8% du PIB (laissant un solde de création monétaire de 2% du PIB) sera donc moins inflationniste qu’une monétisation de 5% du PIB ne remboursant qu’un encours de 1% du PIB. C’est le déficit qui est inflationniste, que la dette soit émise par des banques ou la Banque Centrale.
Le cas des Etats-Unis est très intéressant avec des déficits proches de 10% du PIB et une forte monétisation sans dérapage inflationniste. La raison est assez simple : la masse monétaire diminue au global, la réduction de l’endettement des acteurs privés étant supérieure à l’augmentation de l’encours public. En clair, tout dépend du contexte d’ensemble. Dans un contexte de forte hausse de la masse monétaire, un fort déficit financé par de la monétisation sera forcément inflationniste.
En outre, on voit aujourd’hui également que l’augmentation de la masse monétaire n’aboutit pas forcément à un dérapage des prix à la consommation. En effet, pendant les dix années qui ont précédé la grande crise de 2008, la masse monétaire a cru en Europe d’environ 8% par an, sans dérapage inflationniste sur les prix à la consommation (du fait du chômage et du libre-échange, entre autres). Cela impliquerait une réflexion sur le suivi du prix des actifs, curieusement absente du débat.
En fait, c’est la « monétisation hétérodoxe », qui alimente toutes les peurs des opposants à la monétisation. En effet, le contrôle de la monétisation permet également de créer de la monnaie ex nihilo, sans remboursement à terme, la fameuse « planche à billets ». Cette pratique est de facto inflationniste puisqu’elle revient à augmenter la masse monétaire. Son recours ne peut être envisagé que dans des cas exceptionnels de déflation conjugués à des dettes publiques élevées.
SI le tabou est en partie tombé, du fait des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la monétisation est encore une pratique qui alimente certaines inquiétudes en partie infondées. Utilisée avec responsabilité, elle sera un outil d’autant plus utile que la privatisation de la création monétaire est totalement anormale.
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09.01.2011
Les victoires de l’économiquement incorrect
La pensée unique économique déploie dans les médias de nombreux « experts » chargés de porter la bonne parole, qui trustent la plupart des plateaux et des tribunes. Cependant, petit à petit, les alternatifs commencent à casser le plafond de verre et gagnent en audience.
Des tribunes s’ouvrent à nouveau
La crise du début des années 1990 et le débat sur le traité de Maastricht avaient permis à un certain nombre d’alternatifs de prendre la parole et de plaider pour une « autre politique », au premier rang desquels Maurice Allais, Jacques Calvet et Emmanuel Todd du côté de la société civile, ainsi que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en chefs de fil politiques. On y traitait déjà de protectionnisme et de problèmes monétaires avec l’arrimage du franc au mark.
La grave crise de 2008 semble avoir profondément réveillé les consciences, d’autant plus que la décennie 2000 n’a guère été réussie pour beaucoup de pays européens, enfermés dans la torpeur économique d’un euro cher puis victimes de la pire crise économique depuis 80 ans, et enfin d’une crise majeure des dettes souveraines depuis le printemps 2010. Résultat, comme beaucoup d’alternatifs (Allais, Stiglitz, Gréau, Jorion, GEAB) avaient anticipé la crie, on les écoute davantage.
Bien sûr, leur présence reste limitée dans les plus grands médias, mais Paul Krugman et Joseph Stiglitz, de plus en plus critiques vis-à-vis de la globalisation néolibérale, gagnent une belle audience. En France, Frédéric Taddéi ou Yves Calvi ouvrent leurs émissions à des alternatifs. Et comment ne pas reconnaître le rôle majeur joué par Marianne, qui ouvre grand ses pages et son site à Frédéric Lordon, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau, leur permettant de populariser leurs thèses.
Des brèches dans la pensée unique
Le site pour un protectionnisme européen autour d’Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Hakim el Karoui a été un pionnier. Depuis, les idées protectionnistes avancent. Si Joseph Stiglitz y est encore opposé, Paul Krugman y est de plus en plus sensible en constatant son rôle dans la croissance des inégalités. Marianne a récemment publié deux tribunes très intéressantes de Pierre-Noël Giraud, en faveur d’un protectionnisme coopératif. Et même Laurent Wauquiez s’en rapproche.
Mais ce sont aujourd’hui les questions monétaires et financières qui dominent le débat. Elie Arié a très bien souligné le rôle de la libéralisation des mouvements de capitaux dans le mouvement de déréglementation économique, illustrée par la crise asiatique de la fin des années 1990. Joseph Stiglitz vient de remettre en cause l’indépendance des banques centrales dans son dernier livre. Enfin, André-Jacques Holbecq et RST sont des défenseurs acharnés de la monétisation.
Mais le nouveau combat porte aujourd’hui sur l’euro. Ce blog est le témoin de la virulence des échanges, y compris avec des blogueurs alternatifs comme Malakine ou Incognitototo. Joël Halpern vient de signer un papier très intéressant sur les circonstances d’une sortie de l’euro et Bernard Prudhon, un avocat, complète les charges contre la monnaie unique déjà menée par Jacques Sapir, dans une nouvelle série remarquable ou Alain Cotta, auteur de « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».
Cependant, la vivacité du débat a l’intérêt d’affuter les arguments. Puisque les défenseurs de l’euro pointent les risques économiques d’un retour aux monnaies nationales, je vais revenir sur les risques évoqués (inflation, récession) tout en analysant les risques de conserver l’euro.
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06.11.2010
Europe, Etats-Unis : la grande divergence monétaire
Autant les pays de la zone euro, en signant le traité de Maastricht, ont abandonné toute capacité à mener une politique monétaire, autant les Etats-Unis continuent largement à la pratiquer. Cette divergence en montre bien l’utilité, malheureusement pour notre continent.
L’exemple étasunien
Bien sûr, les Etats-Unis ne sont en aucun cas un exemple pour leur politique économique, dont les excès sont extrêmement nombreux (libéralisation financière, inégalités, panne de l’ascenseur social, système de sécurité sociale extraordinairement cher, peu efficace et injuste…etc). Néanmoins, il est un domaine où ce pays peut encore en remontrer aux pays européens : c’est bien la politique monétaire, même si, l’on conteste sévèrement l’indépendance de la Fed.
En effet, alors que la BCE ne se préoccupe que d’inflation (bêtement qui plus est), la Fed cherche à stimuler la croissance et à lutter contre le chômage. En outre, elle défend les intérêts nationaux et n’hésite pas à recourir à la planche à billets pour aider le pays. C’est ainsi qu’elle s’apprête à acheter pour 600 milliards de dollars de Bons du Trésor. Même si elle ne va pas aussi loin que ce que propose André-Jacques Holbecq, cette intervention est extrêmement utile pour l’économie étasunienne.
Certes, la Fed ne va pas prêter gratuitement cet argent au pays, mais ces achats ont un double effet positif. Tout d’abord, ils font baisser les taux d’intérêts des bons du Trésor, allégeant le fardeau des intérêts à un moment crucial où toute hausse pourrait être très déséquilibrante. C’est ainsi qu’ils sont tombés à seulement 2.6% à peine 0.2 points au-dessus des taux Allemands. Ensuite, cela contribue à affaiblir le dollar, et donc à pousser les exportations du pays tout en freinant les importations.
Le contre-exemple européen
Cette politique de relance monétaire est particulièrement importante à un moment où les pays s’engagent dans des politiques de réduction des déficits budgétaires qui auront un impact négatif sur la croissance, quoiqu’en disent certains. En effet, l’effet récessif de la politique budgétaire pourrait être contrebalancé par l’impact positif de la baisse des taux longs (qui contribuera au rééquilibrage budgétaire) et d’une baisse du dollar qui contribuera à améliorer le solde budgétaire.
Le problème est que l’Europe s’engage de manière absurde dans une rigueur budgétaire sans véritablement utiliser la politique monétaire pour contrebalancer l’effet de la vague d’austérité qui s’empare du continent. En effet, la BCE, comme l’Allemagne, rechignent à utiliser la planche à billets pour réduire les taux ou faire baisser l’euro. C’est ainsi que la monnaie unique devient de plus en plus chère. The Economist a ainsi estimé la surévaluation de l’euro par rapport au dollar à 29%...
Pire, il faut savoir que le yuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar… Bref, les pays européens sont bien les dindons de la farce de la guerre des monnaies. C’est comme si l’euro nous imposait de nous battre avec un couteau et un bras dans le dos face à des ennemis armés de mitraillettes. Alors que si elle avait conservait sa monnaie, la Grèce aurait pu dévaluer, elle se retrouve contrainte de mener une politique d’austérité sauvage qui aura réduit de 12% son PIB en trois ans.
Par-delà l’absurdité économique que représente une monnaie unique pour des pays aussi différents (et qui finira donc par exploser à moyen terme), l’euro pourrait au moins être géré dans l’intérêt des pays membres. Ce n’est même pas le cas, contrairement aux Etats-Unis.
Je vous invite à lire le très bon papier de Jacques Sapir sur la situation de la France
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11.09.2010
La monétisation de la dette, outil pour la relance
Alors que la zone euro, sous l’influence de l’Allemagne s’est interdite toute intervention sur le marché de la dette publique par la BCE, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis profitent de l’intervention active de leur banque centrale. Bonne ou mauvaise politique ?
Un peu d’histoire
C’est le The Economist de la semaine dernière qui a fait un article passionnant sur le sujet. L’hebdomadaire montre que la politique monétaire britannique et étasunienne n’est pas nouvelle en prenant deux précédents majeurs : la politique de la Fed pendant la seconde guerre mondiale et celle de la banque du Japon depuis les années 90. En effet, la Fed a racheté pour l’équivalent de 10% du PIB de la dette des Etats-Unis de 1942 à 1946 (cela reviendrait à environ 1000 milliards de dollars aujourd’hui) pour maintenir des taux bas et permettre à l’Etat d’emprunter.
Plus près de nous, le Japon a mené une politique de monétisation importante de sa dette, dont le sommet a culminé de 2003 à 2005, quand la Banque centrale a détenu pour près de 20% du PIB de dette publique, contre moins de 10% au milieu des années 90. Il faut noter que ce chiffre était tombé à 13% en 2008. Enfin, face à la crise financière d’il y a deux ans, la Fed est intervenue de manière massive sur le marché en rachetant pour 1 750 milliards de dollars de bons du Trésor, soit plus de 15% du PIB des Etats-Unis, une action plus importante que lors de la Seconde Guerre Mondiale !
Pourquoi la monétisation ?
Le premier argument en faveur de la monétisation, défendu avec panache par André-Jacques Holbecq est le fait qu’aujourd’hui, ce sont les banques commerciales qui créent la monnaie et qui profitent de la manne des intérêts sur les dettes publiques. Il souligne dans un papier passionnant que la France a payé 1342 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a progressé de 1249 milliards dans le même intervalle. En clair, hors paiement des intérêts, la dette de l’Etat aurait légèrement baissé depuis trente ans, fait assez incroyable qu’il convient de retenir.
Du coup, on en vient à se poser forcément la question de la privatisation de la création monétaire au profit des banques. La création de la monnaie devrait être du ressort de l’Etat et si cela était le cas, ne pourrions-nous pas épargner ces intérêts ? Ainsi, la France ne serait quasiment pas endettée aujourd’hui (21.8% du PIB selon A-J Holbecq). A ceux qui trouveront un tel raisonnement trop hétérodoxe, il faut leur rappeler que cette monétisation de la dette n’aurait pas représenté une somme déraisonnable par rapport à la croissance globale de la masse monétaire depuis les années 90….
La monétisation n’est pas forcément dangereuse
Les tenants de l’orthodoxie soutiendront sans doute qu’une telle politique risque d’être inflationniste et agiteront le spectre de l’hyperinflation Allemande. Mais cette peur n’est pas vraiment justifiée. Tout d’abord, il faut noter que l’inflation a accéléré en France juste après la loi de 1973 interdisant à la Banque de France de monétiser la dette. Ensuite, les cas rapportés par The Economist permettent de relativiser les dangers de la monétisation. En effet, ni les Etats-Unis pendant la guerre ou cette crise, ni le Japon depuis vingt ans n’ont vu la monétisation se transformer en hyperinflation.
L’hebdomadaire explique que la monétisation a deux bénéfices : en augmentant la demande de dettes souveraines, elle pousse les taux à la baisse, permettant de faciliter son financement, un effet très important en période de crise et de déficits. Cela permet à l’Etat de faire des déficits sans que les taux d’intérêt ne remontent. Le deuxième effet positif est que la baisse des taux longs tend à dynamiser les marchés boursiers et de dettes privées, qui rapportent plus, ce qui nourrit la reprise en augmentant la richesse et en baissant le coût de financement des entreprises.
Bien sûr, la monétisation, mal utilisée, pourrait avoir des conséquences dangereuses. Mais elle est aussi un outil indispensable de politique économique, notamment en période de crise. Plus globalement, elle pose la question essentielle de la privatisation actuelle de la création monétaire et de ses bénéfices.
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05.06.2010
Comment affronter la dette aujourd’hui ?
Les dettes souveraines sont devenues aujourd’hui le premier sujet d’économie des médias et ce qui semble devoir déterminer les politiques de l’ensemble des pays occidentaux dans les années à venir. Mais les politiques d’austérité sont-elles un horizon indépassable ?
Le besoin de croissance
C’est ce que même les marchés ont fini par comprendre : le problème de dette publique dépend également du PIB. Et de faibles perspectives de croissance du PIB compliquent la gestion de cette dette. En effet, avec une croissance de 3% et une inflation de 2%, à déficit nul, le poids de la dette sur la richesse nationale diminue de 5% dans l’année. C’est tout le problème des politiques d’austérité : en réduisant la croissance, elles peuvent accentuer le problème plus que le résoudre.
En effet, les Etats européens se sont lancés dans une réplique des politiques d’Herbert Hoover et il n’est pas sûr que dans deux ou trois ans, le bilan sera positif. Si les déficits publics auront sans doute été réduits, la faiblesse de la croissance fera peut-être que le poids de la dette aura explosé : celle-ci devrait représenter 150% du PIB de la Grèce en 2013 selon des prévisions jugées optimistes. Pire, la souffrance sociale (chômage, perte de pouvoir d’achat) aura sans doute été terrible.
L’issue de l’inflation
En effet, si l’inflation accélérait quelque peu (3 à 4% au lieu de 1 à 2%), cela serait un moyen de faciliter la gestion de la dette en érodant légèrement sa valeur. En outre, on peut se demander si les objectifs d’inflation de la BCE (moins de 2%) ne sont pas trop faibles. En effet, quand l’inflation et la croissance sont très basses, cela pousse les entreprises à ne pas accorder de hausse de salaire, ce qui contribue à affaiblir la croissance et également l’inflation dans un mécanisme déflationniste.
On peut se demander si le bon niveau d’inflation pour une économie ne se situe pas plutôt entre 2 et 4%, ce qui donnerait une nécessaire marge de manœuvre à l’économie. En effet, cela facilite les hausses de salaires, qui peuvent être compensées par des hausses de prix. Le dogme monétariste de la BCE explique sans doute en partie la faible croissance du vieux continent. Il est important de noter qu’un tel niveau ne présente pas de risque de dérapage inflationniste.
L’issue de la monétisation
Mais cette légère accélération de l’inflation présenterait sans doute un inconvénient majeur pour la gestion de la dette publique : une hausse des taux longs et donc du coût de financement de cette dette. On peut imaginer que les taux longs augmenteraient d’un à deux points si l’objectif d’inflation était remonté d’un même niveau, annulant une partie des gains. C’est là que vient l’option de la monétisation de la dette, qui peut être lié à l’inflation, mais pas forcément (j’y reviendrai demain).
La monétisation, c’est, par exemple, la banque centrale qui achète des bons du trésor à 0% d’intérêt. André-Jacques Holbecq a souligné plusieurs fois que l’Etat a payé environ 1500 milliards d’euros d’intérêt depuis 1980. En clair, la hausse de la dette publique de la France est uniquement la conséquence du paiement des intérêts. Si la Banque Centrale avait prêté à l’Etat à 0%, alors la France n’aurait pas de dette. Il faut noter que Thomas Piketty, économiste à l’EHESS, a rejoint le camp de ses partisans.
L’issue du défaut
La troisième issue, que Frédéric Lordon évoque avec gourmandise, est un défaut des Etats. Cet apocalypse financier conduirait sans doute une grande partie des banques à la faillite et serait sans doute l’occasion d’une véritable révolution financière, avec la possibilité de nationaliser en partie ou en totalité le système financier et d’établir de nouvelles règles qui tiendraient compte des crises à répétition que nous vivons depuis une quinzaine d’années.
Mais cette solution présente tout de même de grands risques et il n’est pas sûr que le chaos consécutif à une telle « solution » ne ferait pas également souffrir les plus faibles qui sont généralement les premières victimes des grandes catastrophes économiques. C’est pourquoi j’espère que l’on pourra se passer d’une telle issue, même si elle présente l’avantage intellectuellement très satisfaisant de faciliter la réforme du système financier, qui passera alors sous la coupe des Etats.
Le problème de la dette est complexe. La voie de l’austérité pose aujourd’hui de graves problèmes que la grande majorité des hommes politiques refusent de voir. Je reviendrai demain sur la voie de la monétisation qui pourrait bien être la solution la plus raisonnable pour l’Europe.
11:19 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : dettes souveraines, dettes publiques, monétisation, inflation, défaut, frédéric lordon, andré-jacques holbecq, thomas piketty



