11.09.2011

La cour de Karlsruhe enterre l’euro

Mercredi, la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a validé le deuxième plan d’aide aux créanciers de la Grèce. Mais comme le note la Tribune, cet accord a également été l’occasion pour elle de mettre de grosses limites aux mécanismes à vocation fédéraliste.

L’engrenage fédéraliste cassé

La cour de Karlsruhe est une gardienne intransigeante des intérêts et de la souveraineté de l’Allemagne. Déjà, en 2009, à l’occasion de l’examen du traité de Lisbonne, elle a réaffirmé la supériorité du droit allemand sur le droit européen, refusant ce que notre pays a malheureusement accepté. Elle a mis un verrou protecteur qui permet à tout gouvernement de ne pas appliquer ce qui se fait à Bruxelles, même si cela n’a pas encore été véritablement utilisé.

L’Allemagne se fait également tirer les oreilles pour participer au financement des différents plans d’aide aux créanciers des pays en difficulté. Angela Merkel ne cède en général qu’au dernier moment et refuse fermement d’aller au-delà de ce pour quoi elle s’était engagée au printemps 2010 avec le FESF. Malgré les demandes répétées des institutions européennes et de nombreux pays, elle a refusé une augmentation des moyens du fond européen et le mécanisme d’euro obligations.

La cour de Karlsruhe vient d’ajouter un verrou juridique supplémentaire avec ce jugement puisqu’elle impose que chaque plan soit examiné par le Parlement avant d’être accepté. Elle s’est également prononcée contre le mécanisme d’euro obligations, un refus parfaitement compréhensible quand on étudie un peu sérieusement le mécanisme proposé par le groupe de réflexion européen Bruegel, qui revient à demander à l’Allemagne un cautionnement de 4000 milliards de dettes !

Vers la fin de la monnaie unique

Ce jugement pourrait bien a priori constituer un moment capital vers la déconstruction de ce château de carte monétaire qu’est l’euro. En effet, la cour de Karsruhe vient de refuser à l’Europe la caution allemande que les créanciers des pays en difficulté demandaient. Alors que la France, toujours partante pour prêter davantage, semblait désireuse de prendre de nouveaux engagements en plus des 159 milliards du FESF, l’Allemagne vient de siffler la fin de la fête.

En clair, il ne sera pas possible d’aider les créanciers de l’Espagne et l’Italie si la spéculation vient à reprendre sur les taux longs de ces deux pays. Certes, la situation s’est calmée depuis cet été et les taux sont stabilisés autour de 5%, mais la BCE ne va sans doute pas vouloir racheter l’intégralité de la dette de ses pays et finira par stopper ses achats. Et là, si la spéculation reprend, le château de carte finira par s’effondrer. Les fédéralistes ont perdu une bataille décisive.

Plus globalement, même s’il ne faut pas sous-estimer la volonté des socio-démocrates et des Verts, qui semblent prêts à signer ces cautions, il ne faut pas sous-estimer non plus ceux qui refusent toute dérive fédéraliste et les chèques en blanc que certains sont prêts à signer. Le patron de la Bundesbank et l’économiste en chef de la BCE ont démissionné pour de telles divergences. L’euro a toutes les chances de s’inviter aux législatives de 2013 et le débat sera corsé.

Merci encore à la cour de Karlsruhe pour ce jugement qui refuse les dérives fédéralistes irresponsables souhaitées par certains. Rendez-vous dans deux ans pour une campagne électorale allemande qui promet un débat ouvert mais sans doute très dur sur l’euro.

17.08.2011

Sommet franco-allemand : une bonne idée, une mauvaise et du bla-bla

Hier, Angela Merkel s’est rendue à l’Elysée pour une réunion sur la crise financière de la zone euro. Les deux chefs d’Etat ont fait un certain nombre de propositions pour l’ensemble des partenaires. Mais les propositions qui n’ont pas été faites ont également leur importance…

La Taxe sur les Transaction Financières

Et il faut noter qu’une d’entre elle est très positive : une Taxe sur les Transactions Financières sera rapidement proposée, une idée pour laquelle je me bats depuis le début du blog. Les opinions publiques évoluent, comme l’avait montré un vote du Parlement européen. Les difficultés des finances publiques pourraient permettre une avancée décisive sous peu. Une telle taxe réduira la spéculation et fera davantage contribuer la finance à la collectivité, comme le dit Joseph Stiglitz.

Bien sûr, des risques de blocage existent. Il n’est pas évident que certains pays ne cherchent pas à s’y opposer. En outre, la question du taux, cruciale, n’est pas tranchée. Enfin, sans contrôle des mouvements de capitaux, son effet pourrait être limité si les transactions financières en profitent pour émigrer en dehors de la zone euro. Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir. Le plus important est qu’elle soit mise en place car après, elle pourra toujours être améliorée.

La camisole budgétaire et le bla-bla

Malheureusement, une autre mesure sera proposée aux autres chefs d’Etat et de gouvernement, la camisole budgétaire, la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits budgétaires. Même s’il est important de respecter l’argent public, j’y suis fermement opposé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une nouvelle restriction dans la politique économique des Etats (après l’indépendance des banques centrales) les politiques n’ont pas à céder à la corbeille.

Ensuite, il est paradoxal de mettre en place une telle règle alors que nous venons tout juste de vivre un épisode économique où il aurait forcément fallu la mettre entre parenthèses. Dès lors, pourquoi mettre en place une règle qu’il faudra violer en cas de crise ?

La proposition de gouvernement économique présidé par Von Rompuy est purement cosmétique comme le démontre le fait qu’il ne se réunira que deux fois par an et qu’il doublonne avec le Conseil Européen...

Ce qui a été oublié

C’est il y a bientôt un an que l’idée d’euro-obligations a jailli dans le cerveau (malade ?) des partisans d’une intégration européenne, bien plus préoccupés par l’avancée de leurs idées fédérales que par la résolution des problèmes qu’affrontent les peuples européens depuis des années. Cela fait également bientôt un an que ces mêmes personnes soutiennent une augmentation des moyens du FESF pour faire face à la spéculation sur les dettes souveraines.

Et comme d’habitude, Angela Merkel et l’Allemagne ont refusé cette intégration irresponsable qui ne résoudrait rien. Bref, il faut croire qu’heureusement, cette voie est totalement bouchée et cela est complètement normal. L’Allemagne s’est déjà engagée à hauteur de plus de 100 milliards avec le FESF et les appels à la solidarité sont surtout des appels au portefeuille allemand, dont on peut penser qu’il s’est déjà suffisamment ouvert.

Bref, au global, le bilan de ce sommet est contrasté. J’en retiendrai en positif la TTF et l’absence d’euro obligations ou d’augmentation du FESF. Mais il est clair qu’il ne règle pas à la croissance molle du continent européen et aux crises spéculatives, comme l’explique Philippe Cohen.

Je publierai demain la deuxième partie de mon compte-rendu du livre coécrit par A-J Holbecq

14.08.2011

Halte à la tyrannie des marchés !

Cette semaine a été rythmée par les évolutions délirantes des marchés : le CAC 40, à 4000 points le 1er juillet est tombé à moins de 3000 points en séance pour se redresser à 3200 points. Ne faudrait-il pas couper le cordon entre économie réelle et financière ?

Quand la corbeille gouverne le monde

Cela fait maintenant quatre ans que les pays du monde entier vivent suspendus aux mouvements erratiques des marchés financiers. Quatre ans que les dirigeants de la planète sont au chevet de cette hydre financière malade de ses excès et qui entraine le reste de l’économie dans la récession. Quatre ans que les gouvernements de ce monde prennent pourtant toutes les mesures que le monde financier souhaite pour lui permettre d’aller mieux, et il ne va pas mieux.

Il y a trois ans, il fallait recapitaliser les banques, leur offrir une garantie publique et relancer l’économie. Aujourd’hui, il faut les délester des dettes souveraines qui leur semblent suspectes,  rééquilibrer les finances publiques et constitutionnaliser une camisole budgétaire qui a été parée du terme « règle d’or ». Mais les pantins gouvernementaux ont beau s’agiter dans le sens demandé, les marchés ne sont même pas rassurés puisque nous avons expérimenté un mini krach en plein été.

L’hypocrisie de Nicolas Sarkozy

Qu’il est loin le temps où Nicolas Sarkozy promettait de moraliser le capitalisme et dénoncer ses excès ! Qu’il est loin le temps où il promettait un nouveau Bretton Woods ! Dans la réalité, le G20 n’a presque rien fait et les gouvernements sont plus que jamais à la botte des marchés financiers. En effet, dès qu’ils ne se sentent pas bien, alors nos dirigeants se pressent de convoquer une réunion d’urgence et faire (presque) tout ce qui leur est demandés (à l’exception d’Angela Merkel).

Nicolas Sarkozy a démissionné devant les marchés financiers. Il a choisi les agences de notation et les banques plutôt que le peuple. Pour sûr, il n’y a jamais eu de réunion d’urgence pour lutter contre le chômage de masse ou la désindustrialisation. Mais il ne faut pas croire que le Parti Socialiste présente en quoi que ce soit une alternative. Ses candidats (à l’exception d’Arnaud Montebourg) sont engagés dans une course bien illusoire à l’orthodoxie financière.

L’alternative existe !

Alors que le gouvernement français avait refusé de suivre Berlin dans l’interdiction des ventes à découvert, Paris vient de changer d’opinion (avec Rome, Madrid et Bruxelles) mais seulement pour quinze jours et sur les valeurs financières. Pourquoi ne pas le faire définitivement ? Et pendant ce temps, rien n’est fait au sujet des profits indécents de hedge funds qui jouent et gagnent en spéculant sur un apocalypse financier qui a pourtant de graves conséquences sur l’économie réelle.

Pendant ce temps, le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% en un an. Si les plans de sauvetage protègent les créanciers d’Athènes, la population, elle, souffre de plus en plus et le poids de la dette (dont la valeur ne baisse pas, contrairement à la dette) devient chaque jour plus insupportable. En France, 90% de la croissance du premier semestre vient de la hausse des stocks… Et la baisse de l’inflation démontre la bêtise crasse de la décision de la BCE de monter ses taux.

Pourtant, les solutions existent pour enfin mettre au pas la finance, la remettre au service de l’économie réelle, et non l’inverse : contrôle des mouvements de capitaux, taxation des transactions financières, séparation a minima entre banques de dépôts et banques d’affaires, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses, véritable mise au banc des parasites fiscaux, renationalisation de la  création monétaire (fin de la loi de 1973), constitution d’un pôle public bancaire plus important….

Toutes ces mesures pourraient mettre fin à la tyrannie de la corbeille. Mais, comme le souligne Frédéric Lordon, cette chienlit de la corbeille la mène à l’autodestruction. Alors, nous pourrons reconstruire un système où la finance est au service de l’homme, et non l’inverse.

06.08.2011

L’UE et l’euro : les cancers de l’Europe

Hier, le CAC 40 a reculé pour la 10ème fois consécutive, le record absolu, dans le sillage de toutes les bourses européennes. Si on ne peut pas exonérer les excès des marchés, l’impasse dans laquelle se trouvent les pays européens joue un rôle majeur.

L’UE contre la croissance et l’emploi

Bien sûr, les hiérarques européens essaient d’expliquer que la crise que nous traversons est une crise des dettes souveraines et non de l’euro, mais les faits démentent une telle interprétation. En effet, pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas touchés ? Certains évoqueront un complot anglo-saxon, mais l’argent n’a pas d’odeur et les spéculateurs se moquent bien du moyen de faire de l’argent. Malgré tous leurs excès, il y a des éléments de vérité dans leur choix.

Le cas de la Grande-Bretagne et de l’Espagne est particulièrement intéressant. A Londres, le déficit dépasse 9%, la dette publique 80%. A Madrid, nous sommes à 6.5% et 63%. Bref, la situation est théoriquement bien meilleure au sud des Pyrénées qu’outre-manche. Mais malgré tout, alors que le Royaume-Uni emprunte à 3% à dix ans, l’Espagne le fait à 6%. En cause, comme l’avait souligné Paul Krugman, les rigidités de la monnaie unique, qui pénalise la croissance.

Plusieurs cercles vicieux sont en action. Tout d’abord, l’impossibilité d’ajuster les parités monétaires pousse les pays à comprimer les salaires. L’Allemagne l’a compris la première, avec une baisse moyenne du salaire moyen de 2,5% en moyenne en 10 ans et même 20% pour les plus bas salaires. L’euro cher accentue encore les problèmes et explique en partie nos déficits commerciaux. Bref, l’UE et l’euro affaiblissent la croissance et pénalise l’emploi, comme le montrent les annonces d’HSBC.

L’UE est le problème, pas la solution

Certains veulent profiter de cette énième crise pour pousser leur agenda. Manuel Barroso demande ainsi une augmentation des moyens du Fonds alors même que des questions se posent sur sa note, 37% de ses garanties venant de pays en difficulté. Le Monde évoque à nouveau les options d’euro-obligations ou de rachat de dettes souveraines par la BCE. Romano Prodi en profite pour fustiger « l’égoïsme allemand »,  devant le refus de Berlin d’augmenter ses engagements.

Pourtant, heureusement qu’Angela Merkel freine les eurocrates qui sont toujours prêts à jeter des milliards aux marchés pour calmer leurs angoisses et reprendre aux institutions financières privées les créances publiques jugées à risque. Les plus incroyables sont tous les partis « socialistes » ou « socio-démocrates » européens qui poussent la schizophrénie jusqu’à imposer une austérité sauvage aux plus faibles pour aider les banques et les marchés financiers !

Heureusement, certains sont plus lucides, comme Hubert Védrine qui affirme dans le Monde que « le fédéralisme n’est pas la solution miracle à la crise ». En fait, cette Europe qui organise la régression sociale du continent par une politique monétaire absurde et une ouverture inconsidérée à l’anarchie commerciale fait partie du problème. Il est illusoire d’attendre quoique ce soit de l’Union Européenne, c’est pourquoi il faudra tout reconstruire depuis une page blanche.

Les pays de l’UE vont mal. Loin de vouloir résoudre les problèmes, les eurocrates cherchent avant tout à en profiter pour gagner plus de pouvoir et protéger le système actuel. Mais l’absurdité des politiques qu’ils mènent fait que nous nous approchons du moment où ils seront balayés.

22.07.2011

Plan grec : la victoire de l’Allemagne et la défaite des fédéralistes

Ca y est, l’Europe a fini par se mettre d’accord sur un nouveau plan de financement pour les créanciers de la Grèce, qui devrait sauver l’euro pour quelques temps. La ligne allemande, qui consistait à faire contribuer les banques l’a complètement emporté sur la ligne fédéraliste.

L’Allemagne, victorieuse par KO

L’Allemagne semblait isolée dans son refus des euro obligations, d’augmentation des moyens du fonds européen, sa volonté de faire contribuer le secteur privé au nouveau plan. Mais l’inflexible Angela Merkel a obtenu satisfaction sur tous les points qui étaient importants pour elle. Elle a même réussi à repousser l’idée d’une taxe sur les banques, émise par la France, et qui a réussi à faire l’unanimité contre elle. La BCE et Nicolas Sarkozy avalent leur chapeau.

Bien sûr, l’accord sera présenté comme un compromis. Pourtant, ce n’en est pas un. Le gouvernement allemand a réussi à limiter sa contribution supplémentaire et impose de facto une restructuration de la dette grecque malgré l’avis des agences, qui va concerner les créanciers privés comme le fonds européen. Fort heureusement, la ligne allemande l’a emporté sur toute la ligne. Et les rachats de dettes par le fonds européen nécessitent un accord unanime des pays.

La fausse solution fédéraliste

Avant-hier, le Monde présentait un « débat » sur la crise européenne : un banquier appelle à « réaliser l’intégration économique et politique européenne », un enseignant à Sciences Po fait du « fédéralisme économique une question de survie pour l’Europe », un financier se pose la question de « que reste-t-il quand l’Allemagne fait défaut », un banquier y voit « une chance unique pour l’Europe », et deux dirigeants d’Attac en appellent à une « Europe solidaire et libérée du joug des marchés ».

Si la tribune signée par les dirigeants d’Attac pose beaucoup de bonnes questions, elle manque de réponses. Le papier de François Vigne est assez équilibré, présentant l’option du défaut et de la sortie de la zone euro et signalant que « l’intégration (…) ne suffirait pas à corriger les écarts de compétitivité entre les Etats ». Mais les autres papiers rappellent les hiérarques communistes qui attribuaient leur échec au fait de n’être pas assez loin dans le communisme…

Raoul Salomon propose plus d’intégration sans expliquer clairement les avantages ou les inconvénients. Thomas Guénolé préconise un grand saut fédéraliste (15% du PIB de budget européen) totalement illusoire et dont on se demande bien en quoi il règlerait le problème de croissance de l’Europe. Son alternative méditerranéenne, en revanche, est intéressante. Enfin, Edouard Tréteau critique les dirigeants politiques européens, qui ne seraient pas à la hauteur.

Vers la fin de la monnaie unique

Il est tout de même regrettable de ne pas avoir ouvert les colonnes à un Jacques Sapir qui a tellement écrit sur la question et qui aurait apporté une contradiction bienvenue. Car, tout d’abord, ce qui est gênant, c’est que plus de fédéralisme ne résoudrait pas grand chose. Par delà le côté illusoire d’une telle proposition (qui revient à demander à l’Allemagne un chèque en blanc de plusieurs centaines de milliards d’euros), les problèmes sont plus profonds, comme le souligne NDA.

Des euro obligations pourraient calmer temporairement la crise financière, mais elles ne résoudraient pas le problème de compétitivité des PIIGS. Pour rembourser leur dette, ces pays ont surtout besoin de retrouver de la croissance, ce que ne donnerait pas une intégration économique et politique. C’est bien une dévaluation (couplée à une restructuration) qui le permettrait, et donc une sortie de l’euro, qui devra encore attendre quelques mois ou quelques années.

Car il faut être clair, comme le souligne avec verve Hervé Nathan, ce nouveau plan ne fait que traiter le problème grec (certes, pour assez longtemps a priori). Les dirigeants européens ont de nouveau acheté du temps sans rien résoudre sur le long terme. Si la crise reprend sur le front espagnol et italien, il faudra un nouveau sommet car rien n’est prévu pour dans l’accord d’hier…

Merci à l’Allemagne d’avoir refusé toute dérive fédéraliste et imposé une participation au secteur privé. C’est sans doute la moins mauvaise solution en attendant celle qui finira par s’imposer, le retour à des monnaies nationales distinctes adaptées à des réalités économiques différentes. 

21.07.2011

Europe : folie française et technocratique contre responsabilité allemande

Aujourd’hui a lieu un nouveau sommet européen pour finaliser le second plan pour les créanciers de la Grèce et l’euro. Heureusement, il semblerait que l’Allemagne ait réussi à imposer une participation des créanciers privés, contre l’avis initial de la BCE et de la France.

L’Allemagne a raison !

Cela fait maintenant un mois que le gouvernement allemand et la Bundesbank mettent la pression sur leurs partenaires pour faire contribuer le secteur privé au second plan grec. En effet, les plans actuels sont avant tout des plans à destination des créanciers de la Grèce, qui permettent jusqu’à présent le remboursement intégral des créances d’Athènes. Pour ce faire, les autres pays européens empruntent de l’argent et le peuple grec doit subir une austérité sauvage.

Du coup, il apparaît comme totalement justifié et complètement normal que les créanciers participent à l’effort collectif. Cela est d’autant plus logique qu’en absence d’accord, la Grèce ferait défaut et ne rembourserait pas les prêts qui lui ont été accordés. En outre, les institutions financières empochent de grosses primes de risque et il paraît plus que légitime qu’elles assument une partie de ces risques en compensation de ces énormes bénéfices.

En fait, ne pas faire contribuer les institutions financières serait moralement inacceptable. Quelque soit le jugement des agences de notation, il serait scandaleux que les peuples paient la note sans que les créanciers ne soient mis à contribution. En ce sens, la position intransigeante de l’Allemagne est parfaitement justifiable. Elle l’est d’autant plus que l’Allemagne est le premier contributeur et que l’Europe lui demande des centaines de milliards.

L’irresponsabilité française et technocratique

A l’opposé, la France et les bureaucrates de la BCE ou de la Commission semblent toujours prêts à engager des centaines de milliards d’argent public pour venir à l’aide de ces pauvres créanciers, sans même leur demander la moindre contribution. Une telle position est d’autant plus hallucinante que les « technocrates apatrides et irresponsables » de Bruxelles et Francfort ne sont jamais les derniers pour demander des sacrifices aux peuples européens.

Bref, avec eux, il y a deux types d’argent public. L’argent public à destination des peuples, dont il faut absolument contenir la dépense. Et l’argent public à destination des créanciers des pays en difficulté ou des banques, à disposition de manière quasiment illimitée, comme l’ont illustré les mécanismes d’aide au secteur financier pendant la crise de l’automne 2008 ou encore les engagements colossaux pris par la BCE depuis la crise, comme le dénonce justement Der Spiegel.

Bien sûr, les agences de notation refusent tout défaut ou même toute restructuration de la dette grecque. Mais il est révoltant de voir la BCE et la Commission défendre sans la moindre nuance les intérêts de la finance sans sembler penser une seconde aux intérêts des peuples. On voit où ces bureaucrates placent l’intérêt général européen et cela montre surtout qu’il serait suicidaire de continuer de confier à ces fonctionnaires les clés du pouvoir en Europe.

Malheureusement, la France a apporté une grande contribution à ces politiques supranationales et ne servant que les intérêts de la finance. Heureusement que l’Allemagne bloque depuis quinze mois toute nouvelle dérive. Merci Berlin ! Merci Angela ! Tenez bon !

06.07.2011

Les anglo-saxons veulent-ils la fin de l’euro ?

C’est un des arguments les plus intéressants des soutiens de la monnaie unique : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne souhaiteraient sa fin pour assurer la prééminence du dollar et de la City. Et par conséquent, il faudrait donc tout faire pour la protéger.

Pourquoi peut-on le penser ?

En effet, récemment, Georges Soros a exprimé ses doutes sur la monnaie unique et un certain nombre d’économistes ou de journalistes anglo-saxons (Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Nouriel Roubini, Martin Wolff) expriment leurs critiques à l’égard de cette construction baroque. Pire, on pourrait déduire de la spéculation des marchés contre les dettes souveraines de la zone euro une volonté de détruire in fine la zone euro puisque c’est bien ce à quoi cela pourrait mener…

Mais tous ces éléments mis bout à bout ne prouvent pas cette théorie. En effet, parmi les critiques de la monnaie unique, il y a deux prix Nobel plutôt progressistes qui ne me semblent en aucun cas animés par une volonté de domination de leur pays et ils ne recommandent pas forcément la fin de l’euro. En outre, la spéculation des marchés peut être justifiée par les simples indicateurs actuels sur le niveau de la dette ou des déficits publics et non par une volonté de casser l’euro.

En effet, quand on voit la situation de la Grèce, avec sa dette qui s’envole à 160% du PIB, une croissance en berne et un déficit qui devrait atteindre péniblement 7.6% du PIB en 2011, il n’est pas anormal que les marchés en déduisent une décote probable de la dette de 50% comme ils le font aujourd’hui. On pourrait même dire que le niveau de décote induit par les marchés est très raisonnable étant donnée la situation des différents pays de la zone euro…

La monnaie unique n’est pas en cause

Alors, bien sûr, on peut voir la menace que représente l’euro pour le dollar, dans le sens où la monnaie unique européenne pourrait devenir un rival et faciliter l’évolution du monde vers un multipolarisme monétaire qui ferait perdre aux Etats-Unis le privilège exorbitant du dollar, monnaie nationale et monnaie de réserve du monde. Cependant, il faut noter que la fin de la monnaie unique ne serait pas forcément la fin de l’euro, qui pourrait être conservée comme monnaie commune.

Pire pour les Etats-Unis, cette monnaie commune pourrait s’étendre au-delà de la simple zone euro et remettre en question plus encore la domination du dollar. D’ailleurs, il est tout de même extrêmement intéressant de constater que les administrations étasunienne et chinoise soutiennent fortement la monnaie unique, ce qui devrait amener à se poser la question inverse, à savoir si l’euro monnaie unique ne sert pas davantage les intérêts des Etats-Unis et de la Chine.

En effet, Barack Obama est intervenu plusieurs fois pour pousser les dirigeants européens à adopter les plans de sauvetage, poussant Angela Merkel à accepter le fonds européen au printemps 2010. En effet, la monnaie unique, par sa cherté structurelle, profite aux Etats-Unis, poussant Airbus, par exemple, à acheter de plus en plus de composants outre-Atlantique. Et il en va de même pour la Chine, qui soutient la monnaie unique en achetant des dettes souveraines.

Loin de vouloir la fin de la monnaie unique, les anglo-saxons semblent au contraire s’en satisfaire, de même que la Chine. Cela devrait amener à se poser la question légitime de nos intérêts car il paraît douteux que l’euro dans sa forme actuelle puisse leur être favorable, ainsi qu’à nous…

23.02.2011

Après la crise de l’euro, la crise de la BCE

Par-delà le dérapage de Jean-Claude Trichet sur les salaires, il y a quelques semaines encore, tout était simple pour sa succession à la tête de la BCE. Axel Weber, le président de la Bundesbank devait reprendre le poste de gouverneur. Finalement il y a renoncé. Un choix révélateur.

Les raisons d’un renoncement

La décision du patron de la Bundesbank est très importante car il était en pôle-position par rapport à ses concurrents du fait du soutien d’Angela Merkel, malgré de fortes oppositions. Que le patron de la Bundesbank renonce dans la dernière ligne droite, embarrassant son gouvernement et imposant à l’Union Européenne un processus de choix qui sera forcément long et difficile n’est pas un point de détail dans l’histoire de l’euro. C’est un événement majeur.

Il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi Axel Weber a renoncé, même s’il n’y a pas d’explication officielle. Il avait publiquement critiqué le rachat de dettes souveraines par la BCE (qui est contraire aux traités européens), se désolidarisant ainsi de Jean-Claude Trichet. Jean Quatremer évoque la menace d’un veto Français à sa nomination mais cela n’est pas forcément suffisant quand on constate à quel point Nicolas Sarkozy cède à Angela Merkel.

Plus sûrement, il refuse tout simplement de mener une politique avec laquelle il est en désaccord et donc de donner sa caution à la politique actuelle de monétisation, ce qui est tout de même compréhensible. L’Allemagne ayant indiqué qu’elle ne réclamait pas forcément la présidence, on peut se demander si Berlin ne se désengage pas quelque peu d’une zone euro à laquelle elle ne croit plus, même si elle refuse de prendre l’initiative qui conduira directement à sa fin.

La BCE, juge et partie

Plus globalement, il y a tout de même quelque chose de choquant à voir la BCE déchirer les traités et monétiser 80 milliards d’euros de dettes souveraines (90% des adjudications de dettes des pays en difficulté auraient été rachetées par la BCE en janvier). Même si, sur le principe, je suis favorable à la monétisation, surtout en des temps aussi troublés, ce viol des traités européens pose un problème majeur. Ce choix de BCE pose le problème de l’organisation de l’Union Européenne.

Car il est tout de même choquant de voir les autorités européennes, toujours promptes à taper sur les doigts des pays qui ne respectent les traités, les fouler aux pieds pour se sauver. Car dans l’affaire, la BCE est juge et partie. En monétisant, la BCE sauve l’euro et surtout se sauve elle-même. Sans monétisation, l’euro explose, et la BCE aussi. Bref, il y a un conflit d’intérêt majeur dans cette décision qui engage pourtant l’argent des contribuables européens.

La BCE engage donc les Etats européens pour se sauver elle-même, démontrant à nouveau l’inconséquence et l’irresponsabilité des technocrates européens. Le salut pourrait venir de Karlsruhe (qui avait déjà spécifié que la Constitution Allemande était supérieure aux traités européens) car un groupe de juristes a déposé un recours contre la participation Allemande au Fonds Européen. Et sans l’Allemagne, autant dire que le fonds perdrait grandement en crédibilité…

La crise de l’euro démontre à nouveau ce qu’il y a de pire dans cette construction européenne : une caste de technocrates prenant des engagements financiers considérables au nom des peuples pour se sauver eux-mêmes, tout en imposant une austérité sauvage. Merci à l’Allemagne de protester.

13.01.2011

L’Allemagne, Atlas hésitant de l’euro

N’en déplaise à Jean Quatremer, un seul pays a désormais l’avenir de la monnaie unique entre ses mains. Quand il s’agira de prolonger ou pas le mécanisme de « soutien » aux créanciers des pays en difficulté, c’est Berlin qui pourra lever (ou non) le pouce.

Une Allemagne partagée

La situation actuelle montre bien que l’Allemagne a du mal à prendre une décision sur l’euro, qu’elle hésite sans doute même à soutenir la monnaie unique. En effet, Berlin n’apporte son concours que du bout des lèvres, au dernier moment et après des déclarations qui font souvent peur aux marchés (notamment sur la restructuration). Notre voisin d’outre-Rhin a refusé d’aller plus loin que le Fonds Européen, refusant l’idée de bons obligataires européens supplémentaires.

Mais d’autre part, il est vrai que l’Allemagne a fini par céder au printemps dernier et a accordé de facto un peu plus de 100 milliards d’euros au fonds européen pour prêter aux pays en difficulté. On pourrait donc en déduire que notre voisin pourrait donc contribuer davantage s’il se retrouvait de nouveau au pied du mur dans une situation où, en refusant d’être le banquier de l’Europe, il mettrait la monnaie unique au tapis. Mais ce raisonnement est sans doute à courte vue.

En effet, la décision d’Angela Merkel de contribuer au Fonds Européen a été très fraîchement accueilli et a été vue comme un putsch mené par la France avec le soutien de l’Europe du Sud, une forme d’obligation pour les vertueux Allemands d’aider les cigales du Sud, après avoir fait beaucoup d’efforts. La popularité de la chancelière a fortement baissé alors et elle est remontée en proposant des sanctions automatiques, la suspension du vote ou en refusant les euro-obligations

Une équation à plusieurs inconnues

L’équation est compliquée pour l’Allemagne, un pays qui exporte environ 40% de son PIB. Les dévaluations de ses partenaires européens (50% de son commerce, l’essentiel de son excédent) auraient un impact très négatif sur sa croissance à court terme, même si elle pourrait compter sur ses exportations vers le reste du monde. Mais si l’Allemagne choisissait de rembourser en marks réévalués une dette en euros, alors, sa dette nationale serait instantanément réduite de 15 à 20%...

Si les considérations commerciales poussent sans doute l’Allemagne à vouloir sauver l’euro, se pose le problème du prix du sauvetage… En effet, les mécanismes évoqués dépassent largement le cadre des 100 milliards prêtés au printemps (4% du PIB). Le mécanisme des euro-obligations revient quelque part à demander à l’Allemagne de se porter en partie caution sur 5000 milliards d’euros de dettes publiques sur lesquelles elle n’apporterait que 30%.

Il y a là de quoi faire sauter plusieurs gouvernements. De même, la situation intenable de la Grèce pourrait amener Berlin à se poser la question de prêter en sachant que le remboursement est très incertain. Enfin, pour l’instant, un nouvel accord européen bute toujours sur la question des sanctions que l’Allemagne souhaiterait imposer aux pays qui ont « failli ». Il ne faut oublier également que la cour de justice de Karlsruhe a une vision très éloignée de celle qui prévaut à Bruxelles

Au final, difficile de trancher : l’Allemagne aura-t-elle le courage politique de refermer elle-même la parenthèse de l’euro ou préférera-t-elle qu’un autre le fasse en apportant le soutien minimum pour que l’euro n’explose pas de son seul fait ? En tout cas, c’est Berlin qui a la main. 

19.12.2010

L’euro, zombie qui s’ignore

La question n’est plus de savoir si la monnaie unique va disparaître, mais quand. Six mois, un an, deux ans, cinq ans ? L’intransigeance légitime de l’Allemagne à ne pas se porter caution solidaire des dettes souveraines de l’ensemble de la zone euro condamne la monnaie unique à moyen terme.

Le chantage fait à l’Allemagne

Irresponsable, anti-européenne, voici les qualificatifs que récolte depuis peu Angela Merkel devant son intransigeance à ne pas engager financièrement son pays davantage dans les dettes souveraines des autres pays de la zone euro, que ce soit par l’émission d’eurobonds ou la mise en place d’un fonds de soutien encore plus important. C’est la thèse défendue par les fédéralistes comme Jacques Attali, ou l’institut Montaigne, dont j’ai débattu avec un de ses experts sur France 24.

Les partisans de cette ligne devraient tout de même réfléchir au caractère péremptoire, indécent et injuste de ce qu’ils demandent à Berlin. Parce que l’Allemagne a comprimé ses salaires pour être compétitive et accumule les excédents commerciaux vis-à-vis de ses partenaires, elle devrait devenir caution solidaire de l’ensemble des dettes souveraines de la zone ! Mais un excédent commercial, s’il est une réussite économique, est la conséquence de grands efforts des Allemands.

L’Allemagne, victime de l’euro

Le discours de ses pseudo-européens doit raisonner bizarrement en Allemagne et ne doit pas contribuer à y renforcer le sentiment européen. Pourquoi l’Allemagne, qui a sacrifié ses salaires et sa croissance pour devenir compétitive dans un régime de changes fixes dont elle ne voulait pas vraiment au départ, devrait maintenant commencer à payer pour tous les autres pays ? Je serai curieux d’avoir le sentiment d’Allemands sur ces requêtes bien inconsidérées faites à leur pays.

En effet, alors qu’elle payait déjà près de 100 milliards par an pour intégrer sa partie Est, l’Allemagne s’est retrouvée dans une Union Monétaire avec un taux de change très défavorable puisqu’en 1992, ses coûts salariaux étaient supérieurs de 25% à la moyenne européenne. Pour redevenir compétitive, cette grande nation exportatrice a décidé de comprimer ses salaires pendant quinze ans, hypothéquant pouvoir d’achat, consommation et croissance (seulement 0.8% / an sur la dernière décennie).

Un « nein » prévisible et définitif

Si les dirigeants Allemands ont réussi à arracher à Angela Merkel sa participation au fonds de soutien, il est probable qu’elle n’ira jamais plus loin. Pourquoi l’Allemagne devrait payer parce qu’elle a comprimé ses salaires ? Aux yeux Allemands, cette proposition revient à demander à une fourmi qui aurait fait des sacrifices pour épargner de prêter à des cigales dont elle doute fortement de la capacité à la rembourser. Comment un homme ou une femme politique pourrait bien faire passer une telle proposition ?

C’est pour cela que l’Allemagne s’oppose à l’émission d’eurobonds dont elle serait de facto la caution principale. C’est pour cela qu’elle s’oppose à l’élargissement du fonds. Résultat, en 2013, à la fin du mécanisme, ou si la fièvre des marchés emportait une Italie qui ne pourrait pas être secourue avec les fonds disponibles aujourd’hui, l’euro s’effondrera. Et même si l’Allemagne accordait une petite rallonge, il est probable que cela ne serait qu’un secours de courte durée.

Les Allemands ont raison de dire non. Pourquoi leurs efforts devraient les contraindre à se porter caution de plusieurs milliers de milliards de dettes ? Du coup, cette semaine, l’Allemagne a signé l’arrêt de mort de la monnaie unique.