15.01.2010

Docteur Vincent et Mister Peillon

Mais qu’arrive-t-il à Vincent Peillon depuis quelques mois ? Cet homme politique de convictions était clairement une des personnalités les plus appréciables de la gauche. Mais le comportement de cet intellectuel fait de moins en moins honneur à la politique.

Deux nouveaux dérapages

On se souvient de sa passe d’armes avec Ségolène Royal au sujet de la venue de cette dernière à une réunion qu’il organisait et où il avait décrété que les présidentiables devaient être absents. Si la candidate du PS en 2007 n’était pas à l’abri de tout reproche, il était consternant que son ancien lieutenant se laisse aller à des propos publics aussi durs sur celle qu’il soutenait hier. Les désaccords au sein d’une famille sont une chose qu’il est plus respectable de régler discrètement.

Hier soir, le député européen s’est décommandé en dernière minute du débat sur l’identité nationale organisée sur France 2 par Arlette Chabot. Non seulement, il a annulé vers 21 heures, alors que l’émission était déjà commencé et que la présentatrice avait annoncé sa participation en début d’émission mais il a dénoncé la « dérive indigne » que représenterait cette émission tout en demandant la démission d’Arlette Chabot et des dirigeants du service public ! Pitoyable.

Enfin, il y a quelques jours, Vincent Peillon a déclaré sur France Inter que la France est « le seul pays parmi les grandes démocraties occidentales, où ce sont les enfants des classes défavorisées qui financent les études des enfants des classes favorisées ». Parce que les élèves de classes préparatoires (où les classes supérieures sont surreprésentées) coûtent plus cher qu’un étudiant en université, cela représenterait un transfert d’argent des classes populaires vers les plus nanties…

Démagogie anti-riches

Ce raisonnement est aussi malhonnête que démagogique, comme le montre cet article d’un blog du Monde. La position de Vincent Peillon est complètement ridicule car les ménages aux revenus plus élevés paient davantage d’impôt en proportion de leur revenu. Il y a une redistribution fiscale en France ! Ensuite, on peut considérer que l’Etat réalise un investissement avec les élèves de classes préparatoires puisqu’ils rapportent plus d’argent pour la collectivité en impôts et taxes dans le futur.

Bien sûr, il y a des disfonctionnements dans notre fiscalité. On peut également s’inquiéter, à terme, d’une dérive à l’anglo-saxonne où les revenus des parents compteraient davantage que le travail des enfants pour déterminer l’accès aux études supérieures. Mais rien ne justifie ces propos d’un Vincent Peillon que l’on a connu mieux inspiré. Il est ridicule de vouloir faire croire que les classes populaires financent les classes préparatoires des enfants de la bourgeoisie.

Il y a quelques mois, Vincent Peillon était considéré comme un atout majeur du Parti Socialiste, quelqu’un qui comptait pour l’avenir. Mais depuis deux mois, ses déclarations à l’emporte-pièce, inutilement agressives et démagogiques jettent un voile très négatif sur le personnage.

05.06.2009

Européennes : un débat effroyable

À la fin du débat hier soir, Arlette Chabot, dépitée, a sous-entendu que la triste image donnée par l’émission risquait au final de favoriser l’abstention. Ce sera sans doute sa meilleure remarque de l’ensemble d’un débat aussi confus qu’agressif et malhonnête.

Un débat biaisé

Ce n’est pas un débat qu’il fallait organiser, mais sans doute deux, pour permettre à chacun de davantage s’exprimer. Les débats à 8 sont rarement très réussis car il y a trop de monde pour s’exprimer. Pire, France 2 avait sciemment décidé de zapper deux partis présentant pourtant des listes dans toute la France : Lutte Ouvrière (qui présente un candidat aux élections présidentielles depuis 1974) et Debout la République, sur la foi de sondages dont les limites sont pourtant exposées tous les jours.

Comment ne pas voir une claire intention politique, en ligne avec les souhaits de l’Elysée, derrière l’élimination de ces deux partis ? En laissant Olivier Besancenot seul, le NPA est favorisé par rapport à Lutte Ouvrière, pour éviter un trop grand émiettement de l’électorat d’extrême gauche. Et en refusant d’inviter Nicolas Dupont-Aignan, cela laisse le champ libre à Philippe de Villiers. En outre, on sentait bien dans le ton d’Arlette Chabot qui elle appréciait ou pas.

Un débat mal tenu

Si la plupart des résumés du débat se concentrent sur la bien peu glorieuse passe d’armes entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, l’atmosphère générale était déplorable. Ce débat a été un festival de comportements irrespectueux de la plupart des candidats  et de coupages de parole agressif, ce qui a souvent rendu les échanges inaudibles. Daniel Cohn Bendit n’écoutait guère ses contradicteurs et leur coupait volontiers la parole, comme Philippe de Villiers ou Marine Le Pen.

La sortie de François Bayrou sur le leader écologiste démontre une nouvelle fois toutes les limites du président du Modem, guère à l’aise dans un débat européen où il doit assumer un parcours très proche du PS et de l’UMP. Ses attaques n’auraient pas dû trouver place dans un tel débat. Curieusement, Olivier Besancenot a été un des candidats les plus polis, respectant davantage que la plupart la parole de ses opposants. Globalement, Arlette Chabot n’a pas su animer le débat.

Un festival de mauvaise foi

Mais outre une organisation et une forme déplorables, ce débat a également été l’occasion d’un concours de mauvaise foi assez incroyable. Et là, ce sont les chefs des deux principaux partis qui ont battu des records. Xavier Bertrand et Martine Aubry n’ont cessé de plaider pour changer une Europe dont ils ont pourtant accepté toutes les étapes de la construction depuis 25 ans, et notamment en 2008, lors de la ratification du traité de Lisbonne. On aurait aimé qu’Arlette Chabot les place devant leurs contradictions…

Martine Aubry a continué à plaider pour une majorité de gauche au Parlement Européen, ignorant totalement les réalités électorales du continent, qui devraient montrer un recul historique du PSE, ainsi que l’accord de 30 ans entre gauche et droite pour se partager le pouvoir. Quant à Xavier Bertrand, il continue à soutenir la ligne improbable de Nicolas Sarkozy, contre l’entrée de la Turquie à Paris, mais qui ouvre des chapitres de négociation à Bruxelles et a levé le verrou du référendum l’an dernier.

Cette soirée a sans doute été un des pires débats électoraux de l’histoire politique récente de notre pays. À défaut d’y avoir participé (ce qui était anormal), il reste à espérer que le show pathétique donné par l’émission pousse les électeurs à voter pour un des grands absents : Nicolas Dupont-Aignan.

Source : http://europeennes.blog.lemonde.fr/2009/06/04/europeennes...

12.12.2008

François Bayrou, une alternative limitée

Hier soir, François Bayrou était l’invité principal de l’émission « A vous de juger » d’Arlette Chabot sur France 2. Celui qui se positionne comme l’alternative au Parti Socialiste pour représenter l’opposition à Nicolas Sarkozy y a fait une prestation globalement médiocre.

Le président du Modem n’a pas trop mal démarré l’émission, lorsqu’il était interrogé par Arlette Chabot. Devant les inévitables et prévisibles questions sur son isolement, il a eu beau jeu de mettre en avant son entourage : Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Luc Benhamias ou Corinne Lepage. Il a souligné que les résultats du Modem avaient été plutôt bons aux municipales et que son parti compte de nombreux adhérents. Il a plutôt bien répondu sur la question du Parti Socialiste, soulignant les contradiction de ses chefs qui refusent toute alliance avec le Modem au niveau national mais s’allient avec lui pour les élections locales. Enfin, il a plutôt bien figuré face à un Arnaud Montebourg dont la rhétorique pseudo gauchiste semble tellement datée et artificielle, surtout quand il rejette François Bayrou à droite…

Mais, dans la deuxième partie de l’émission, le député du Béarn a affronté Jean-François Copé dans un débat où il n’a pas brillé. Même si on n’apprécie pas du tout le chef des parlementaires UMP, un ambitieux prêt à tout pour sa carrière, faute est de constater que c’est un bien meilleur débatteur que François Bayrou. Dans tous les domaines, ce dernier a fait une prestation largement inférieure à son rival. Jean-François Copé avait plus d’autorité, connaissait mieux ses dossiers et argumentait de manière plus habile que le candidat à la présidentielle. La mine renfrognée de François Bayrou à la fin du débat avait une bonne raison.

Outre son élocution un peu difficile, qui ne lui donne pas une grande autorité, François Bayrou n’a pas semblé très solide sur les dossiers évoqués. Il a maladroitement évoqué le fait que l’ordre du jour de l’Assemblée devait être partagé alors que cette mesure n’est applicable qu’en mars 2009. Il a reconnu ignorer la date précise de réforme de la nomination du président du Service Public et n’a pas vraiment su répondre aux questions habiles de son rival, qui a en plus montré un grand sens de la réparti. Le président du Modem, lui, s’est enferré dans un aparté sur Pinocchio et un autre sur Guy Mollet guère réussis. Même sa proposition de compte épargne crise (reprise à Georges Bush !!!) n’était pas très convaincant.

Bref, François Bayrou n’a guère brillé. Face à un interviewer qui ne va pas trop loin ou un adversaire à sa taille, il donne le change. Mais face à un rival aussi habile et bien préparé que Jean-François Copé, François Bayrou semble bien léger, à la fois manquant de réparti et pas très solide sur le fond des dossiers. Cela ne remet pas forcément en cause ses chances pour 2012. Après tout, il ne lui faudra pas être le meilleur politique, mais il lui « suffira » de battre le ou la candidate d’un parti socialiste au bout du rouleau après cinq années de guerre intestine et un président sortant qui devra assumer son bilan au lieu de vendre des promesses. Alors, malgré ses limites, et avec du travail, il pourra incarner une forme d’espoir pour le pays.

Hier soir, François Bayrou n’est apparu que comme un pis-aller entre l’UMP et le Parti Socialiste. Malgré tout, il apparaît aujourd’hui comme la principale alternative à Nicolas Sarkozy. Mais ses grandes limites laissent la porte ouverte à des candidats plus solides (Villepin, Dupont-Aignan).