09.01.2010

Philippe Séguin, étoile gaulliste

C’est une tribune terrifiante de bêtise du Monde qui me pousse à revenir sur la mort de Philippe Séguin et sur l’héritage politique qu’il laisse à la France. Loin d’être le représentant « d’un monde ancien qui ne veut pas mourir », il restera une lumière qui éclaire l’avenir.

Le Monde, partiel et partial

On a connu Le Monde plus inspiré et plus nuancé. Bien sûr, il ne fallait sans doute pas espérer du journal du soir un jugement très tendre à l’égard d’un des plus farouches combattants de cette « pensée unique » que Le Monde défend. Le titre, déjà, est ridicule. Puisqu’il ne pensait pas comme eux, il est donc un homme du passé. Un argument minable qui vise surtout à éteindre tout débat sérieux. Après tout, le gaullisme est plus récent que le libéralisme ou le socialisme…

Pour Le Monde, qui s’abrite derrière les jugements de François Hollande ou d’Alain Minc, forcément impartiaux, il ne resterait rien de Philippe Séguin, sinon les philippiques enflammées qu’Henri Guaino écrit pour Nicolas Sarkozy. Nathalie Koscuisko-Morizet affirme de manière surprenante qu’il n’a pas essayé de créer d’idéologie. Son rôle de défenseur du gaullisme lui suffisait… Son opposition à l’euro serait démontée par la crise, où la monnaie unique nous aurait protégés. Mais on cherche bien de quoi…

Le journaliste ose même affirmer que « l’ampleur du non au référendum de 2005 peut difficilement être interprétée comme une victoire du séguinisme » puisque le sujet du débat n’était pas la souveraineté mais aurait été la peur d’une perte d’identité. On se demande comme Arnaud Leparmentier peut oser résumer le débat de 2005 ainsi alors que le vote marquait un rejet de l’Europe libérale, en bonne partie responsable du « Munich social » que Philippe Séguin avait dénoncé dès 1993.

Une étoile qui brillera encore longtemps

Pourtant, c’est bien le contraire qui s’est passé et qui se passe. Car il n’y a bien que le Monde qui peut ne pas voir dans le « non » au Traité Constitutionnel Européen une revanche du référendum sur le traité de Maastricht. En outre, tout ce que Philippe Séguin dénonçait au début des années 1990 a malheureusement été vérifié par les faits : l’augmentation des inégalités, le maintien d’un chômage de masse, les politiques monétaires absurdement restrictives…

Mais surtout, Philippe Séguin a entretenu la flamme gaulliste. Car c’est bien qui a représenté mieux que quiconque les idées gaullistes pendant les années 90. En cela, il laisse une marque forte sur notre vie politique. Il y a fort à parier, et j’en suis un exemple, que c’est bien lui qui a amené toute une génération à lire les écrits du Général, à se pencher sur la vie du plus grand des Français et qui fait que cette flamme est toujours présente, notamment au cœur de la jeunesse.

Philippe Séguin a montré que les idéaux gaullistes d’indépendance nationale, de progrès économique au service de tous, de primat du politique sont toujours d’actualité. Il a aussi été une exception bienvenue à un monde politique de plus en plus peuplé d’ambitieux aux dents longues sans colonne vertébrale idéologique, convictions ou même sens du service de l’Etat et de la France. Il a montré qu’un homme politique peut encore être animé par des idéaux et s’y tenir réellement.

En cela, il représente un message d’espoir pour l’avenir. Un modèle que les Français pourraient bien rapidement vouloir retrouver, lassés par la Star Academy politicienne que nous offrent le PS et l’UMP. Ils chercheront alors un digne héritier de celui qui croyait encore à une forme d’éden politique.