24.09.2011

La Grèce persiste dans l’horreur économique

Alors qu’a circulé la rumeur d’un référendum en Grèce sur la sortie de l’euro, Athènes semble pour l’instant jouer la carte du maintien dans la monnaie unique. Le gouvernement vient d’annoncer un énième plan d’austérité. Jusqu’où va-t-on saigner le peuple grec ?

Athènes va dans le mur, en accélérant

On entend tout et son contraire sur ce que fait la Grèce. Certains éditorialistes affirment que le pays ne fait rien et implicitement qu’il faudrait couper le robinet financier et prennent pour preuve de l’inconséquence d’Athènes la persistance d’un fort déficit. D’autres s’indignent du traitement infligé au peuple grec et soulignent que c’est l’effondrement économique du pays (le PIB aura baissé d’environ 12% en trois ans) qui explique la persistance de ces déficits.

Dans la réalité, la Grèce n’a pas fait tout ce qui lui est demandé puisque le programme de privatisation n’a pas vraiment avancé. En même temps, les conditions ne sont pas vraiment réunies sur les marchés financiers. Mais en revanche, Athènes a avancé sur beaucoup de sujets très douloureux en baissant jusqu’à 30% le traitement des fonctionnaires (qui ont perdu leur 13ème et 14ème mois), en augmentant lourdement les impôts et notamment la TVA.

Mais cette cure d’austérité provoque un tel effondrement de l’économie que les économies sont presque intégralement compensées par la contraction des recettes d’une économie profondément anémiée. Après presque trois années de récession, et alors qu’on en prévoit déjà une quatrième en 2012, on pourrait penser que le gouvernement a compris et que l’austérité est en train de tuer l’économie grecque et qu’il faut penser à une autre solution, comme la sortie de l’euro.

Jusqu’au bout de l’absurde

Le menu de cette énième potion amère n’est pas anodin. Toutes les retraites au-delà de 1200 euros par mois subiront une baisse de 20% de la tranche au-delà de cette somme. 30 000 salariés du secteur public vont être mis au chômage technique dans le cadre de la restructuration de la fonction publique et beaucoup devraient finir par perdre leur emploi. Le seuil d’imposition, qui avait été baissé de douze à huit mille euros, va tomber à cinq mille euros.

Dimanche dernier, le ministre des finances a fait circulé dans tous les ministères une liste de quinze mesures à mettre en place pour satisfaire les demandes de la fameuse troïka. Cette liste comporte des mesures déjà prises et d’autres en cours de validation : des coupes généralisées dans les services publics, une réduction des subventions ou des remboursements des médicaments, une grande marche en arrière de l’ensemble du service public en Grèce.

Bref, alors que le pays traverse sa plus grave crise économique depuis des décennies, les coupes sombres affaiblissent l’Etat et le service de protection sociale, une purge économique qui asphyxie l’économie et ne lui permettra pas de se redresser. D’ailleurs, alors que la toïka persistait à prévoir de la croissance en 2012 (sans expliquer comment elle pourrait advenir si ce n’est pas magie), l’année prochaine devrait marquer la 4ème de récession du pays, comme l’Argentine en 2001.

Ce que la Grèce accepte de faire en suivant les injonctions de la troïka technocratique est un véritable scandale économique par-delà l’humiliation politique. Cette saignée sans fin et inefficace ne marche pas et fait souffrir le peuple grec pour rien. Mais cela n’aura qu’un temps.

01.09.2011

Avis de tempête sur le plan Grec

Hier, la forte hausse du CAC 40 illustrait mon papier sur « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes entre les revendications de la Finlande et le rapport du parlement grec jugeant « la dette hors de contrôle ».

Menace sur le plan européen

Décidément, les négociations pour finaliser le plan de soutien aux créanciers de la Grèce traînent en longueur. Depuis le 21 juillet, la Finlande, qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants, refuse de donner sa garantie sans contrepartie de la Grèce. Elle souhaite en effet recevoir des cautions en cas de non remboursement. Par exemple, la Grèce pourrait donner une entreprise en garantie qu’Helsinki récupèrerait si Athènes ne pouvait pas honorer sa dette.

En effet, ces plans doivent passer dans les parlements nationaux et les parlementaires finlandais ne sont pas très favorables à une telle aide, ce qui explique les exigences du gouvernement. Malheureusement, il est bien évident que si la Finlande obtenait quoi que ce soit, d’autres pays pourraient faire des demandes équivalentes. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont déjà indiqué vouloir des garanties similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet, l’Allemagne et la France.

Il est bien évident qu’il n’est pas possible pour la Grèce de donner des garanties équivalentes au montant du plan. Et il est bien évident également qu’il serait difficile de donner des garanties spécifiques à un pays mais pas aux autres. Si la Finlande obtient quelque chose, la boîte de Pandore sera ouverte. Bref, les difficultés rencontrées dans la négociation du plan semblent indiquer qu’il n’est pas totalement impossible que le plan échoue, même si ce n’est pas l’issue la plus probable.

Athènes sur la voie de l’Argentine

Parallèlement, la situation se tend à Athènes. Le ministre des finances fait tout son possible pour suivre les exigences de la troïka bureaucratique FMI, BCE et Commission, mais la situation commence à inquiéter le Parlement grec. En effet, il vient de publier un rapport jugeant la dette « hors de contrôle » et affirmant que les différents plans « ne peuvent pas restaurer l’état des finances ». Une partie des autorités du pays commence donc à contester la ligne suivie depuis le printemps 2010.

Il faut dire que les résultats sont totalement désastreux. Après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver cette année (le PIB a baissé de 6.9% au second trimestre) alors qu’il était prévu que la situation s’améliore (la troïka avait même prévu une légère croissance en 2012 !). Idem sur le déficit budgétaire, qui devait être de 8% en 2010, mais qui a dépassé 10% et qui progresse en 2011, alors qu’il était prévu qu’il descende à 7.6% cette année.

Malheureusement, cette issue était prévisible : l’austérité sauvage qui est imposée à Athènes pour rembourser ses créanciers plombe tellement la croissance que ce qui est gagné en réduction de dépenses et en hausses d’impôts est compensé par l’effondrement de l’activité. Dès le printemps 2010, beaucoup d’économistes l’avaient écrit, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan, ou votre serviteur. La situation semble sans issue dans le cadre actuel et il est évident qu’il y aura un troisième plan.

Toute la question est de savoir si Athènes arrivera à obtenir une véritable restructuration de sa dette, acceptée par les autorités européens ou si les dirigeants, lassés de saigner leur pays, ne vont pas finir par regarder l’exemple du défaut argentin comme une bien meilleure solution.

16.06.2011

La révolte contre l’UE commence à Athènes

Hier avait lieu la 3ème grève générale en Grèce en protestation contre les plans concoctés par la Commission, la BCE et le FMI et qu’essaie de faire passer le gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan était hier à Athènes pour protester lui aussi contre ses plans absurdes.

La partie de poker entre la finance et les Etats

Sur son blog, Hervé Nathan montre justement qu’aujourd’hui que c’est la corbeille qui décide à Athènes et que Commission, BCE et FMI ne font que suivre ce qu’elle souhaite. Assez naturellement, les marchés ne veulent pas entendre parler d’une décote qui risquerait à nouveau de provoquer une crise financière systémique, démontrant à nouveau que le secteur financier n’est qu’un immense château de cartes à la merci du défaut d’un pays pesant 3% du PIB de la zone euro.

On perçoit dans les menaces des agences contre Athènes ou les banques qui ont des engagements en Grèce une forme de chantage, un pur rapport de force entre les marchés et les Etats européens pour se partager l’addition. Il est intéressant de constater à quel point la troïka infernale défend uniquement les intérêts de la finance, appuyée par la France, en contradiction totale avec les propos de Nicolas Sarkozy sur la moralisation du capitalisme.

En revanche, l’Allemagne pèse de tout son poids (qui est grand, en tant que prêteur de dernier ressort) pour partager l’addition avec le secteur financier et imposer qu’il prenne en charge une partie de la note, quitte à accroître les tensions sur les marchés financiers. On peut se demander si, de la sorte, l’Allemagne ne cherche pas tout bonnement à faire pourrir la situation pour enfin sortir d’un euro dont elle n’a jamais voulu. Résultats, les négociations continuent à piétiner.

La seule chose qui est certaine est que les conditions de l’accord qui doit être trouvé d’ici la fin du mois seront à nouveau sanglantes : baisse des salaires, hausse des impôts, véritable dépeçage du service public national pour dégager de la trésorerie (50 milliards d’euros de privatisations, c’est 20% du PIB du pays, l’équivalent de 400 milliards en France…). Comme le soutient Morad El Hattab, cela revient à presser un citron jusqu’à ce que les pépins craquent…

Une situation totalement intenable

J’avais écrit il y a quelques semaines qu’il n’y avait qu’une solution pour la Grèce, à savoir la sortie de l’euro, une forte dévaluation et une restructuration, si possible ordonnée, de sa dette. C’est exactement ce qu’a écrit Nouriel Roubini dans le Financial Times de mardi. Les médias ont assez mal rendus compte de cet article, qui, avant de conclure, étudie les autres possibilités offertes à la Grèce : dévaluation de l’euro, voie allemande ou dévaluation interne.

Mais l’économiste qui avait prédit la crise de 2008 juge que ces options sont impraticables car les traités impliquent un euro cher, (d’autant plus quand on met des psychopathes à la tête de la BCE) et que le principe d’une compression interne des salaires pour améliorer la compétitivité de la Grèce provoquerait une Grande Dépression qui, non seulement achèverait l’économie grecque, mais rendrait totalement illusoire le remboursement des dettes que le pays a contracté.

Certes, certains évoquent la solidarité européenne mais celle-ci est illusoire tant elle devrait être importante. Jacques Sapir a chiffré à 3.5 à 4% du PIB l’effort annuel que devrait consacrer l’Allemagne. Pire, comme je l’avais expliqué, cette solidarité, si elle améliorerait la situation de la population grecque, ne ferait qu’entretenir un déséquilibre de la balance des paiements du pays qu’il faudra bien tôt ou tard corriger. Cette solution revient à une fuite en avant dans toujours plus de dettes.

La Grèce n’a pas 36 solutions aujourd’hui : elle doit dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Soit elle procède à une dévaluation interne pour rester dans l’euro. Mais dans ce cas, Patrick Artus estime qu’il faudra baisser les salaires de 35% : je vous laisse imaginer la boucherie que représenterait un tel ajustement. C’est pourtant la voie prise aujourd’hui. L’alternative consiste à sortir de l’euro pour procéder à une dévaluation en bonne et due forme.

L’Argentine s’était imposée quatre années de récession avant d’abandonner le lien avec le dollar. La Grèce est dans sa troisième année. Si Athènes suit Buenos Aires, le moment de vérité aura lieu début 2013… Mais la situation est tellement instable que cela pourrait arriver plus vite

04.06.2011

La énième fausse solution à Athènes

La situation continue à se compliquer en Grèce. Bien sûr, un accord a été trouvé avec la troïka FMI, la BCE et la Commission Européenne, ce qui va libérer une tranche de financement de 12 milliards du plan initial de 110 milliards, qui sera complété par une soixantaine de milliards. Mais rien n’est réglé.

Un énième plan d’austérité

C’est un nouveau plan d’austérité de 6,4 milliards d’euros (environ 2,5% du PIB, l’équivalent de 50 milliards d’euros pour la France), qui a été décidé. Cela devrait permettre d’atteindre l’objectif d’un déficit public de 7.5% du PIB cette année, après l’échec de 2010, où l’objectif de 8.1% du PIB avait été largement dépassé (10.5% en réalité). Du coup, la nouvelle tranche de financement du FMI et de l’Union Européenne va bien être accordée à la Grèce.

La troïka a également mis en place un financement complémentaire de 60 à 65 milliards, dont 20 milliards seront pris en charge par l’Union Européenne, 10 par le FMI, 15 par la Grèce. Fait nouveau, les banques devront contribuer à hauteur de 15 à 20 milliards à savoir qu’elles devront prolonger d’ici à 2014 pour 15 à 20 milliards d’euros de prêts accordés à la Grèce quand ils arriveront à échéance. A priori, les besoins de financement de la Grèce sont couverts pour 3 ans.

Pour l’instant, nous restons donc sur les mêmes solutions que depuis un an. L’Allemagne, qui poussait à une restructuration de la dette qui ferait porter une partie du poids sur les institutions financières, a perdu devant l’opposition conjointe de la France, de la BCE et de la Commission Européenne. L’Europe continue d’acheter du temps, sans rien résoudre, et continuant à transférer le risque des institutions financières privées sur les contribuables européens…

Une situation qui reste intenable

Car si ce nouveau plan achète à nouveau du temps, il ne résout rien à la situation du pays. Tout d’abord, rien dans ce qui a été décidé ne va permettre à la Grèce de sortir de la violente récession dans laquelle le pays est plongé depuis trois ans. Et ce n’est pas en serrant plus encore la vis budgétaire que la situation va s’améliorer. Nous devrions donc avoir bientôt un deuxième pays européen, après l’Espagne avec un taux de chômage supérieur à 20%.

Et puis, il est évident que ces plans ne font qu’acheter du temps. Il est probable que dans un ou deux ans, quand une bonne partie des nouveaux crédits auront été utilisés, que le pays sera toujours en récession, que le poids de sa dette aura alors dépassé les 160% du PIB, il sera toujours impossible à la Grèce de se financer sur les marchés. Que fera-t-on alors ? L’Europe demande aux Etats de jeter de l’argent dans un puits sans fond alors même qu’elle leur demande plus de rigueur…

D’ailleurs, il y a un fait très inquiétant pour la suite : les Grecs retirent de l’argent de leurs banques pour se protéger d’une éventuelle faillite ou d’une dévaluation. Les dépôts, continuent à baisser : les Grecs ont retiré pour 1,5 milliard d’euros en une seule journée. Cette fuite des capitaux pourrait provoquer l’effondrement du système bancaire dans un mouvement auto réalisateur des marchés. Il y a fort à parier que le gouvernement va être contraint d’agir pour sauver ses banques…

Bref, l’ensemble des faits montre aujourd’hui que la Grèce est définitivement sur le chemin de l’Argentine, comme Martin Wolff l’a souligné une fois de plus. Les « solutions » mises en place ne règlent que le problème de trésorerie sans rien régler aux problèmes de croissance et de solvabilité.

01.06.2011

Athènes outragé ! Athènes dépecé! Athènes martyrisé ! A quand Athènes libéré ?

50 milliards : voilà le programme de privatisations massif que la Grèce se voit imposer par le FMI, la BCE et la Commission Européenne en contrepartie du plan « d’aide ». Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à 400 milliards à l’échelle de la France.

Le grand dépeçage de la Grèce

Je me permets de reprendre le titre du papier de Nicolas Dupont-Aignan, invité avant-hier soir à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1. Car comment qualifier autrement le programme qui est imposé aujourd’hui au peuple grec ? A-t-on vraiment conscience de ce l’immense régression que traverse le peuple grec ? Certes, le pays a trop emprunté et a trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs), mais les mesures actuelles sont aussi dures qu’inutiles.

Car quelle sera la situation du pays dans deux ans ? Un pays qui aura une dette de 160% du PIB, une grande partie de ses actifs vendus à des entreprises étrangères, un PIB qui aura reculé de 10 à 15%, un taux de chômage de plus de 20% et sans doute toujours un déséquilibre important de sa balance des paiements, et donc toujours un besoin de financement étranger. Bref, quoique l’on fasse, la Grèce finira par restructurer sa dette. Nous ne faisons que repousser le problème.

Le besoin de se libérer de la monnaie unique

Patrick Artus, économiste à Natixis, a fait un papier sur les pays périphériques de la zone euro. Bizarrement, il affirme que « l’ajustement demandé à ces pays est de l’ordre de celui réalisé par l’Allemagne ». Pourtant, il montre qu’ils ont besoin d’une baisse des coûts salariaux de 20 à 35% et une baisse de la demande intérieure de 13 à 27 points du PIB ! A partir de là, comment la Grèce pourrait bien faire 3% de croissance par an comme il le prévoit pour étayer ses prévisions ?

Car si les salaires baissent d’autant, il est bien évident qu’il n’y aura pas de croissance. En fait, le problème de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro est assez simple : soit il est traité par une baisse sauvage des salaires, aux effets dépressifs catastrophiques, soit il est réglé par une dévaluation (et donc une sortie de l’euro). Et comme le besoin d’ajustement des coûts salariaux est aujourd’hui trop important pour être réalisé par les salaires, il faut passer par la deuxième solution.

Les plans actuels sont d’autant plus choquants qu’ils sont aussi cruels qu’inutiles. Ils ne font que repousser la résolution du problème, en le faisant grossir. Résultat : les peuples souffrent absolument pour rien, la dette sera restructurée et l’ajustement sera encore plus brutal.

20.05.2011

Crise grecque : 4 raisons et 1 solution

Alors que les instances européennes et mondiales se penchent sur le cas de la Grèce pour trouver une solution à une situation que le précédent plan « de soutien » n’a fait que détériorer, il est bon  d’essayer de prendre un peu de recul sur les raisons de la crise avant d’étudier les solutions.

Pourquoi la Grèce est en crise ?

La Grèce est en crise aujourd’hui parce que l’Etat a accumulé des dettes tellement importantes que les marchés refusent aujourd’hui de les financer à des taux raisonnables.  Bien sûr, l’Etat Grec porte une lourde part de responsabilité puisque non seulement il a emprunté plus que de raisons, mais qu’en plus, il a camouflé l’état véritable de ses comptes en les trafiquant.

Mais il serait trop simple d’en rester là. Goldman Sachs porte également une part de responsabilité en ayant aidé le gouvernement précédent à cacher l’état de la situation. Ensuite, il faut se demander pourquoi le pays s’est autant endetté. Et là encore, on peut trouver une part de responsabilité dans les marchés financiers qui ont accordé à la Grèce des taux comparables aux taux allemands.

S’ils avaient bien fait leur travail et distingué les taux des obligations des Etats européens, la Grèce aurait été contrainte de moins emprunter. Elle aurait ainsi abordé la crise de 2009 dans un meilleur état. En outre, il faut bien reconnaître que c’est une crise financière extérieure au pays et causée par des marchés irresponsables et exubérants qui a lourdement accentué les problèmes…

Enfin, la quatrième cause de la crise grecque est le déséquilibre des comptes extérieurs du pays. La Grèce accumule des déficits commerciaux depuis dix ans. En fait le pays achète trop de produits à l’étranger par rapport à ce qu’il parvient à exporter, entre autre à cause d’un euro trop cher en dehors d’Europe, et qui lui interdit de dévaluer au sein de la zone euro.

La seule issue possible est argentine

Et cette quatrième cause est fondamentale. En effet, supposons que la dette grecque soit lourdement restructurée et que les pays européens s’engagent à la financer tout en organisant des transferts plus importants. Passons sur le fait que cette solution, défendue par les fédéralistes, est irréaliste puisque l’Allemagne, principal bailleur de fonds de l’Europe, la refuse…

Mais une telle issue ne serait pas durable. Certes, cela améliorerait la situation de la Grèce. Mais la compétitivité du pays ne serait pas restaurée pour autant et il conserverait des coûts décalés par rapport à sa productivité. Du coup, ce ne serait qu’un nouveau moyen de financer ses énormes déficits commerciaux. Cela reviendrait à remplir une baignoire sans bonde…

Bref, un tel plan ne ferait rien pour relancer la croissance du pays et faire baisser le chômage. C’est exactement ce que faisait l’Argentine de 1998 à 2001 en maintenant le lien entre le peso et le dollar, s’imposant déjà des plans d’austérité sauvages sous l’égide du FMI. Ces plans sont comme des saignées qui affaiblissent le pays et retarde la résolution du problème.

La Grèce a besoin d’une double solution : non seulement une restructuration de sa dette (que l’Europe peine à lui accorder) et une amélioration rapide de sa compétitivité prix pour rééquilibrer rapidement ses échanges, quitte à restreindre ses importations. La dévaluation est absolument essentielle pour permettre au pays de retrouver une croissance que les plans actuels détruisent.

C’est pourquoi la seule solution durable possible est une sortie de l’euro. Toutes les autres solutions ne sont que de simples expédients qui ne font que retarder le problème, en le faisant grossir, en transférant les  risques des établissements financiers sur les Etats, et en provoquant une immense régression sociale dans le pays, pour rien. L’euro fait partie du problème, pas de la solution.

L’Europe impose aujourd’hui une terrible régression sociale à la Grèce pour sauver l’euro. Mais Athènes montre à tous les effets pervers de cette aventure monétaire artificielle. Les plans européens ne font que repousser l’issue, la sortie de la Grèce de l’euro. La seule question et de savoir quand.