06.09.2011
Crise boursière : le château de cartes financier au bord de l’effondrement
Hier, le CAC 40 a clôturé sous les 3000 points, un effondrement de 8% en deux séances. L’indice parisien a baissé de plus de 25% depuis le 1er juillet. Techniquement il s’agit d’un krach, la baisse étant supérieure à 20%. Nous ne sommes décidemment pas sortis de la zone de fortes turbulences.
Et si la crise ne suspendait pas son vol ?
Il y a - six jours, je posais la question d’un risque d’effondrement rapide du système financier en concluant que même si on ne pouvait exclure une rechute rapide, il risquait de prendre un peu de temps. Mais depuis, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Les marchés sont de plus en plus inquiets à la fois sur la croissance et le niveau des dettes souveraines, aboutissant à des attentes contradictoires vis-à-vis des Etats.
La situation de la Grèce devient de plus en plus problématique. La situation du pays se détériore au lieu de s’arranger sous l’effet de ces plans imbéciles. En outre, les pays européens se font tirer les oreilles pour signer le plan, entre les finlandais qui veulent des garanties et la Cour de Karlsruhe qui va examiner demain un recours contre la participation allemande. Au même moment, le moral des ménages, des entreprises et des cadres s’effondre des deux côtés de l’Atlantique.
Aujourd’hui, les banques sont particulièrement visées par les déclarations de Christine Lagarde. Tout ceci devient extrêmement inquiétant car les marchés ont une grande capacité auto réalisatrice. En clair, la peur les fait baisser, ce qui entretient la peur, ce qui entretient la baisse, dans un cercle vicieux sans fin qui peut d’autant plus aboutir au chaos financier que les Etats sont affaiblis par rapport à 2008. Et si nous étions au bord d’une nouvelle crise majeure de liquidités du secteur bancaire ?
Les dirigeants de la planète aux abonnés absents
The Economist soulignait il y a quelques jours que nous devrions a priori échapper à une rechute violente car il nous manque un facteur déclencheur pour retomber en récession. En effet, les prix des matières premières sont en baisse, le marché de l’immobilier étasunien est stabilisé, certes à un niveau très faible, les taux longs sont très faibles, les banques centrales ne vont plus monter les taux courts. Bref, même si la situation n’est pas brillante, ils ne pronostiquaient pas une rechute.
Le problème est que l’économie dépend également de la psychologique et la chute brutale du moral des acteurs économiques est très dangereuse, typique d’une crise. Nous sommes bien à deux doigts d’une nouvelle récession. Et cela n’est pas illogique quand on constate à quel point les dirigeants de la planète ont laissé tel quel le système qui nous a mené au désastre en 2008. Les grandes promesses du G20 sont creuses. Presque rien n’a été fait en trois ans !
Et que dire du dérisoire débat gouvernemental sur la taxation des parcs d’attraction dans ce contexte ? Voici une mesure certes peu importante mais pas foncièrement injuste : pourquoi faudrait-il avoir un taux de TVA minoré sur une telle activité, qui attire beaucoup de touristes ? Mais voilà, le président de la République a encore une fois reculé devant la pression des lobbys démontrant à nouveau qu’il a bien une main molle dans un gant de fer alors que nous avons besoin de l’inverse.
Bien sûr, il est désespérant de voir à quel point rien n’a été fait pour corriger les carences de notre système économique. Mais il faut peut-être en passer par là pour espérer un rebond, toucher le fond pour faire prendre conscience de son inanité et faire émerger de nouveaux leaders politiques ?
08:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, bourse, grèce, christine lagarde, banques, the economist, g20
10.08.2010
C’est la reprise… pour les banques
Alors que les Français subissent la hausse du chômage ou la hausse des tarifs de l’électricité, ce n’est pas la crise pour tout le monde. La BNP et la Société Général ont annoncé une hausse spectaculaire de leurs profits. Une nouvelle illustration des injustices de notre système économique.
Des profits sidérants
Les chiffres publiés par les deux plus grandes banques Françaises sont proprement incroyables. Pour le 1er semestre 2010, la BNP a dégagé un résultat net de 4,4 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire (PNB, équivalent du chiffre d’affaires) de 22,7 milliards, soit une marge nette après impôt de près de 20% ! La BNP pourrait ainsi afficher un profit de 8 milliards d’euros pour l’ensemble de l’année. L’article du Figaro souligne que les profits des banques de financement d’investissement ont baissé de 16% quand ceux de la banque de détail (les fameuses commissions) ont… doublé !
Du côté de la Société Générale, les profits ont tout simplement triplé ! Là encore, la baisse des provisions joue un rôle important. Sur le 1er semestre, le PNB progresse de 25% à plus de 13 milliards d’euros. Le le résultat d’exploitation atteint 3,05 milliards, soit plus de 20% du PNB. Il est frappant de constater à quel point les résultats des deux plus grandes banques Françaises (par la capitalisation boursière) sont proches et progressent de manière aussi rapide en ce début d’année. L’ensemble du secteur bancaire se remet décidemment bien de la crise…
De l’exception bancaire
Ces profits exceptionnels démontrent plusieurs choses. Tout d’abord, alors que les conséquences de la crise sont encore douloureuses pour 90% de la population, il est frappant de constater à quel point les banques se sont vite remises de la crise. La comptabilité « créative » joue sans doute un rôle dans ce prompt rétablissement, mais on peut y voir également le double privilège actuel des banques. Outre la rente que constitue la banque de détail (les commissions…), où la concurrence ne semble pas violente, les banques profitent pleinement de la baisse des taux courts…
Plus globalement, ces chiffres posent légitimement la question de la place du secteur bancaire dans nos économies. Est-ce que les bénéfices qu’il apporte justifient réellement de tels profits ? Les banques ne profitent-elles pas d’une rente en se comportant comme un oligopole ? Pire, comme même The Economist l’a écrit, ce secteur privatise ses profits mais peut faire nationaliser ses pertes. Bref, alors que la collectivité paie très cher ses services, elle doit à tout moment être prête à mettre la main à la poche en cas de crise bancaire grave. Les banques ont le beurre, l’argent du beurre et la crémière !
La crise nous montre que le secteur bancaire est comme une sangsue qui vit aux dépens de l’économie productive. Il faut se poser rapidement la question d’une réforme radicale du système financier pour qu’il reprenne une place plus juste au sein de notre système économique.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : banques, crise économique, crise financière, profits, oligopole
17.07.2010
La réformette de la finance de Barack Obama
Un temps, on avait pu croire que le président des Etats-Unis allait vraiment s’attaquer à la réforme de la finance : il faisait même peur à Wall Street. Malheureusement, malgré les annonces granguignolesques de certains médias, le texte passé cette semaine n’a rien à voir avec Roosevelt.
Une réforme a minima
Bien sûr, quelques dispositions représentent des progrès. La première d’entre elle est la mise en place d’un Conseil de Surveillance de la Stabilité Financière : il n’est pas un mal qu’un organisme spécifique soit chargé d’évaluer le risque de crises, étant données les conséquences de la dernière. La limitation de la spéculation sur fonds propres est aussi une bonne chose, de même que le plus grand encadrement des produits dérivés ou les nouvelles contraintes sur les crédits.
Malheureusement, toutes ces mesures présentent le point commun de ne pas aller très loin, comme le Monde le souligne, alors que le quotidien du soir n’a jamais montré un grand zèle régulateur, insistant sur les coûts supplémentaires que la réglementation pouvait occasionner. Tout d’abord, les contraintes restent assez limitées, dans tous les cas. De nombreuses transactions resteront opaques et l’encadrement des crédits n’est pas complet.
Pire, la couverture demandée pour les dérivés ne correspond qu’à 5% des engagements et les banques pourront toujours spéculer avec leurs fonds propres. Il n’y a pas de véritable mécanisme mis en place pour limiter l’effet de levier. L’idée de taxe sur les banques a été oubliée pour faire passer le texte. Le refus affiché de ne pas secourir les établissements bancaires est plus une déclaration d’intention à l’attention d’une population choquée par les aides versées par l’Etat.
La victoire du lobby bancaire
Le fait de dire qu’il s’agit de la plus grande réforme depuis les années 30 est peut-être juste, mais au final, il s’agit d’une réformette par rapport à ce qu’avait mis en place Franklin Roosevelt. Barack Obama ne met décidemment pas ses pieds dans ceux de son illustre prédécesseur. On pouvait sans doute s’y attendre tant le candidat avait été prudent lors de la campagne, malgré la crise, et tant son équipe ne comporte pas de véritables penseurs alternatifs en matière de réglementation.
Le président étasunien a fait de beaux discours qui ne sont malheureusement pas suivis dans les faits. D’ailleurs, la réaction de Wall Street a été positive, sans doute soulagée par le fait que ces réformes ne vont pas réduire les bénéfices à venir des banques, ni ajouter les contraintes qui étaient craintes. Les lobbyistes ont eu raison des taxes et de nombreuses restrictions un tant envisagées. La finance a tout gagné : elle a été sauvée sans avoir à changer ensuite !
Le pire est que les Etats-Unis sont les plus avancés dans le domaine puisque l’Europe est totalement incapable d’avancer sur le sujet. Si la Commission Européenne est toujours prompt à essayer d’imposer les OGM ou laisser faire une délocalisation, elle est totalement incapable de proposer une quelconque réforme de la finance, bloquée qu’elle est par ses dogmes néolibéraux. La victoire de la finance est donc totale : les dirigeants du monde ont fait ce qu’elle voulait.
Barack Obama a obtenu une loi, mais pour l’obtenir, contrairement à ce qui est dit par de nombreux médias, il a tellement cédé que cette réforme n’est absolument pas ce qu’il fallait pour réformer structurellement la finance. Dommage, ce ne sont pas les idées qui manquaient…
Demain, reprise des textes sur « Intérêt général et souveraineté en Europe »
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27.05.2010
Ces banques qui gagnent toujours à la fin
La crise actuelle a eu un immense mérite : montrer aux citoyens les privilèges incroyables dont bénéficient les banques, qui, pour reprendre la formule de The Economist, guère suspect de marxisme, arrivent à collectiviser leurs pertes tout en privatisant leurs profits. Nouveaux exemples.
Critique du plan de soutien Français
Je vous recommande vivement ce très bon papier de Marianne 2 qui dissèque le rapport de la Cour des Comptes sur le plan de soutien de la France aux banques. Nicolas Dupont-Aignan avait dénoncé les conditions accordées par le gouvernement, et notamment le fait de ne pas prendre de participations, accordant seulement une forme de prêt bonifié. Ce choix privait l’Etat de représentants au conseil d’administration, contrairement aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne.
Mais outre le fait de priver l’Etat de tout moyen de pression sur les dirigeants des banques, Marianne raconte bien comment cela a privé l’Etat Français de belles plus-values. En effet, si le gouvernement prenait le risque de ne pas être remboursé, il a renoncé de manière incompréhensible à toute possibilité de gain sur cette aide. Il faut noter que si l’Etat avait pris une participation au capital, alors il aurait pu doubler sa mise, un gain pas inutile par les temps qui courent.
Les conséquences de la crise
Mais ce n’est pas tout. Les dirigeants de la planète « réfléchissent » aux conséquences à donner à la crise financière de l’automne 2008. Après 18 mois de réflexion, l’idée qui s’impose, au FMI comme à la Commission Européenne est une taxe sur les banques qui servirait à alimenter un fond de soutien en cas de nouvelles crises. En clair, rien ne sera fait pour éviter les excès passés, mais de l’argent devrait être mis de côté pour aider les banques à traverser les conséquences de leurs futures folies.
Les banques ne sont pas folles. Elles constatent bien que le crédit des Etats occidentaux est largement dégradé et qu’il ne sera peut-être pas possible de compter sur eux lors de la prochaine crise. Il est donc plus prudent, pour elles, de préparer une autre cagnotte. En outre, il est assez évident qu’elles trouveront le moyen de faire payer par leurs clients ce nouvel impôt en augmentant pour la énième fois les frais bancaires facturés aux entreprises et aux particuliers.
Heureusement, la prise de conscience pourrait créer un contexte politique permettant des réformes beaucoup plus radicales des institutions financières. Reste à savoir si cela aura lieu lors d’une nouvelle grande crise ou à froid, par le choix des peuples.
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22.04.2010
Le Monde au pays des merveilles bancaires
Est-ce la régie publicitaire qui a commandé le papier ou s’agit-il d’une véritable opinion de la rédaction du Monde ? En tout cas, le quotidien du soir a publié mardi un article assez incroyable en défense des banques, intitulé « Banques : réfléchir avant de taxer si possible ».
« Il y a des méchants et des gentils… »
Au pays du Monde, il y aurait donc des méchants politiques qui voudraient taxer les pauvres banques. La tonalité de l’article est totalement à sens unique : « Sans coordination internationale, les initiatives nationales aboutiront à un paysage chaotique pour la fiscalité de la finance. Davantage encore si la ruée populiste (sic) vers l'imposition des grands méchants banquiers précède toute réflexion économique ».
L’auteur plaint les pauvres banques : « Surtout, la mesure est similaire à la hausse des ratios de solvabilité déjà prévue par les régulateurs(…) Il n'en faut pas plus pour que les banquiers crient à la double peine... » et propose aux « gouvernements occidentaux (de) d'abord réfléchir au but qu'ils assignent à la future taxe. S'agit-il de moraliser et de punir ? De corriger et de réformer ? Ou de réduire la facture des dettes publiques qui s'accumulent ? Il est à craindre que ce dernier impératif finisse par l'emporter. »
Les patrons des grandes banques présentes en France n’auraient sans doute pas osé eux-mêmes écrire un papier aussi caricatural qui fait des banques les victimes des méchants et populistes hommes politiques.
Une réécriture incroyable des deux dernières années
Pour être honnête, cet article souligne cependant un point très juste : « D'autres pays comme l'Allemagne, envisagent de créer un fonds spécial dont le produit financerait d'éventuels futurs plans de sauvetages bancaires. Ce qui soulève le risque de l'aléa moral, puisque la seule existence d'un tel fonds risquerait d'encourager les banques dans leur joyeuse insouciance, calées dans la certitude que les fonds publics seront toujours là en cas de bavure. »
Néanmoins, la tonalité globale est proprement hallucinante. En effet, aujourd’hui les profits des banques s’envolent à nouveau, en France, comme aux Etats-Unis pour Goldman Sachs, alors qu’elles ne doivent leur survie qu’à l’intervention massive des Etats à l’automne 2008. Pire, les institutions financières portent une très lourde part de responsabilité dans la crise, par la création de produits dérivés qui n’ont fait que démultiplier les risques et ont transformé la finance en un casino, et par les prêts incroyables qu’elles ont accordés aux ménages aux Etats-Unis.
Bref, étant donnée la lourde responsabilité des banques dans la crise (et donc dans la détérioration des finances publiques des Etats) et l’immensité de leurs profits, il est totalement légitime d’imaginer des mécanismes pour davantage les faire contribuer à la collectivité, quel qu’en soit l’usage.
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28.02.2010
Bonus de bankster
C’est une petite information qui est passée discrètement dans le Figaro et que étonnamment, pas grand monde n’a relevé, pas même les opposants les plus farouches au système néolibéral. Une nouvelle révélation sur les bonus de Wall Street…
Etat des lieux
Cet article explique que les bonus de Wall Street ont augmenté de 17% pour l’année 2009, comparé à 2008, mais qu’ils sont encore un tiers inférieur à ceux de 2007. Les banquiers ont donc touché 20 milliards au titre de 2009, contre 17 milliards pour 2008 et environ 30 milliards pour 2007. Le journal note qu’en plus, la suppression de 26 000 postes fait que chaque banquier a touché 123 000 dollars. Une simple règle de trois permet de déduire qu’en 2007, la prime était de 160 000 dollars par personne.
Bizarrement, mais c’est peut-être un effet de lassitude, personne ne révèle plusieurs informations cruciales. En effet, alors que les marchés se sont effondrés d’environ 50% en 2008, que l’économie mondiale était au bord de l’asphyxie, aux prises avec la crise la plus grave depuis 80 ans, et que les banques ne devaient leur survie qu’à l’injection massive d’argent public, les banquiers de Wall Street n’ont pas hésité à se distribuer la bagatelle de 17 milliards de dollars de bonus au titre de cette année 2008 !
Mais que fait la police ?
Cette information est proprement hallucinante et justifie les déclarations enflammées de tous les dirigeants de la planète qui dénoncent les pratiques immorales de la finance, à Paris, Londres ou Washington. Malheureusement, on ne peut que constater l’écart entre le geste et la parole. Ce ne sont que des mesurettes qui touchent les banquiers alors qu’une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 devrait être imposée étant données les circonstances (voir une séance de rattrapage pour 2007).
Rien, absolument rien ne justifie que les banquiers ne touchent le moindre centime de bonus au titre de 2008 et 2009. Les marchés se sont effondrés sur la première des deux années et les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat. Pourquoi distribuent-elles une prime sur résultat ? Et les bonus de 2009 ne sont pas moins illégitimes car ils n’existent que grâce à l’effondrement de l’année précédente et au sauvetage des banques par les Etats, et donc la collectivité.
Non seulement les banques gagnent quand c’est pile, mais quand c’est face, c’est nous qui perdons, et elles continuent à gagner, avec la complicité tacite de tous les gouvernements. Roosevelt, De Gaulle, revenez ! Ils sont devenus fous !
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16.01.2010
Taxation de la finance : Etats-Unis / Grande Bretagne 2, France 0
C’est l’immense paradoxe de cette crise. Alors que notre président n’en rate pas une pour dénoncer les comportements des banques et les bonus, au final, ce sont bien les dirigeants anglo-saxons qui agissent et ne se contentent pas de paroles. Nouvel exemple avec Barack Obama.
Une voix de la France plus vive que ses actes
Et dire que Nicolas Sarkozy fanfaronnait lors de la nomination de Michel Barnier comme commissaire européen chargé du marché intérieur. Il y voyait une victoire de la vision Française de la crise sur le laissez-faire anglo-saxon. Mais comme le soutenait The Economist à l’époque : « La City a sans doute plus à craindre des travaillistes au pouvoir à Londres ». D’ailleurs Michel Barnier s’est empressé d’affirmer son indépendance vis-à-vis de la France lors des auditions du Parlement.
Car dans la réalité, ce sont les pays anglo-saxons qui prennent des mesures concrètes et fortes pour améliorer la contribution du monde financier à la collectivité et taxer les bonus, alors que la France fait preuve d’une mollesse aussi grande que la sévérité des discours écrits par Henri Guaino pour le président. La réforme de la finance est sans doute un des domaines où le contraste entre le verbe de Nicolas et les actions du président est le plus saisissant.
Des pays anglo-saxons qui agissent
Le gouvernement britannique fait un véritable tournant à gauche à l’approche des élections générales. Ainsi, malgré les dures critiques de la City qui agite le spectre d’un départ en masse des traders en Asie, les bonus seront taxés à 50% et une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu a été ajoutée. Certes, il reste beaucoup d’incertitude sur le produit de cette taxe, mais cela est simplement juste. Le Premier Ministre a même parlé de taxe sur les transactions financières !
Et le président étasunien n’est pas en reste. Après avoir imposé des limites aux rémunérations des dirigeants des entreprises secourues par l’Etat, il parle désormais d’une taxe visant à compenser les sommes déboursées pour soutenir le monde financier. Cette idée rejoint celle d’économistes qui jugent à raison que les grandes banques devraient payer pour l’assurance vie que leur donne les Etats. Enfin, Barack Obama a critiqué les « bonus obscènes » des banquiers.
Même s’ils n’agissent pas autant qu’ils le devraient, Barack Obama et Gordon Brown ont au moins le mérite de faire avancer une nouvelle réglementation plus équilibrée du monde de la finance. Au contraire, Nicolas Sarkozy parle beaucoup mais ne fait pas grand chose.
12:23 Publié dans Actualités, Economie, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, gordon brown, nicolas sarkozy, bonus, banques
26.08.2009
Bonus des traders : ces vessies qu’on fait passer pour des lanternes
Ce matin, sur Radio-Sarkozy, René Ricol en a rajouté trois tonnes sur le rôle de Nicolas Sarkozy dans la moralisation du capitalisme. C’est simple, pour lui, les comportements spéculatifs des banques sont terminés en France grâce à la réforme initiée et voulue par son roi-soleil.
La réformette des bonus
Alors, bien sûr, une réforme des bonus a été annoncée. Désormais, seul 50% du bonus sera payé l’année même, ce qui a permis à la BNP d’annoncer que le milliard provisionné devenait cinq cent millions. Du coup, les 50% restant, qui seront versés l’année suivante, ou les deux années d’après, pourront être soumis à ce que l’on appelle bien improprement un malus, puisque si les performances ne sont pas bonnes, leur paiement ne sera pas effectué.
Cette réformette amène deux commentaires : tout d’abord, il ne s’agit en aucun cas d’un bonus / malus. Il s’agit d’un report conditionné du paiement d’une partie du bonus. Un malus correspondrait plutôt à une récupération des bonus passés et touchés pour des pratiques spéculatives qui ont entraîné des pertes par la suite. En fait, la proposition de l’Elysée ne va pas améliorer le comportement des traders puisque 50% de leur bonus reste acquis quelques soient les conséquences à moyen terme de leurs actes.
Ensuite, comment ne pas être choqué par les bonus touchés par les banquiers sur l’activité du premier semestre 2009 ? Ces profits ne sont possibles que pour deux raisons : l’effondrement des marchés au second semestre et le fait que les Etats ont déversés des milliards pour sauver les banques. Ce sont bien les conséquences de la spéculation passée (qui a envoyé des millions de personnes au chômage) qui engendrent ces bonus, de même que l’aide de la collectivité. Il ne devrait pas y avoir de bonus en 2009.
Ce qu’aurait été une vraie réforme
Il y a pourtant d’autres solutions, comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan hier soir,. Tout d’abord, l’instauration d’un véritable malus, c’est-à-dire, la possibilité de récupérer les bonus payés au titre de 2006 et 2007 en compensation des pertes abyssales que les comportements de ces années ont provoqué en 2008. Ensuite, il faut introduire une nouvelle tranche d’imposition pour les très hauts revenus, comme l’avait fait Roosevelt. Enfin, comme le propose Frédéric Lordon, interdire purement et simplement la circulation des capitaux avec les paradis fiscaux, où une partie des revenus de la finance se réfugie.
Mais surtout, le niveau des bonus est la conséquence directe de la taille de la bulle financière. La crise est la conséquence de la spéculation. Une spéculation telle que les transactions financières représentent aujourd’hui 50 fois le montant des transactions physiques (et non pas la même somme comme René Ricol l’a avancé bien imprudemment). Il faut donc dégonfler cette bulle en instaurant une taxe Tobin et en augmentant la couverture légale obligatoire. Ainsi, les profits liés à la spéculation seront limités, ce qui sera un instrument sans doute encore plus efficace pour limiter les bonus.
Nicolas Sarkozy est décidemment très habile. Le petit numéro d’hier peut donner l’impression qu’il a traité le sujet. Mais comme d’habitude, il a privilégié une annonce cosmétique au traitement du fond du sujet.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, bonus, traders, banques, rené ricol, taxe tobin, frédéric lordon
12.08.2009
Une brèche dans l’exception bancaire Suisse
Certes, la remise en cause du secret bancaire n’est que partielle. Mais alors que le système financier mondial sort indemne de la pire crise économique depuis des décennies, il est réjouissant de voir quelques failles dans les enfers de l’argent que sont ce qu’on appelle bien bizarrement les « paradis fiscaux »…
Des Etats moins tolérants
La crise aura au moins eu le mérite d’éveiller les Etats au scandale que sont ce qu’on appelle « les paradis fiscaux », dans une défaite sémantique des grands états démocratiques devant des pratiques bien peu républicaines. En effet, l’Allemagne avait montré l’exemple en n’hésitant pas à payer un cadre de la banque du Lichtenstein pour obtenir des informations sur les citoyens Allemands qui avaient fraudé le fisc. Il y a quelques décennies, le Général de Gaulle avait menacé Monaco d’un blocus pour obtenir des concessions à leur régime fiscal (voir deuxième lien qui relate la crise de 1962).
Après l’Allemagne, c’est au tour des Etats-Unis de mettre une pression peu commune sur les banques Suisses et UBS en particulier de manière à obtenir des informations sur les évasions fiscales. L’administration Obama met une double pression, à la fois sur les individus et sur les banques qui les accueillent de manière à s’attaquer véritablement au cancer républicain que représente l’évasion fiscale. Même s’il est fort possible que les avancées n’aillent pas assez loin, il est forcément positif de faire reculer le secret bancaire quand il ne cherche qu’à couvrir des comportements anti-citoyens.
Le chemin reste long…
Quelle est la signification de ces coups de force ? Un prélude à une véritable remise en cause de ces exceptions bancaires ou des coups de menton destinés à donner le change à des citoyens qui réclament une plus grande justice après la crise financière ? Le contexte actuel, beaucoup plus difficile pour les finances publiques, peut avoir pour conséquence positive de pousser les Etats à rechercher l’argent là où il est, à l’abri de l’impôt citoyen. Une telle évolution serait la bienvenue tant la tolérance des grands Etats était incompréhensible, pour ne pas dire suspecte.
Cela rejoint la proposition de Frédéric Lordon qui recommande purement et simplement d’interdire toute transaction financière entre la Zone Européenne Financière continentale et les « paradis fiscaux ». Après tout, si les grands Etats mettaient en place une telle mesure, il serait possible de mettre fin à cette exception anti-citoyenne. Ces micros Etats ne peuvent pas vivre seuls. Ils fonctionnent comme des sangsues pour les grands Etats, suçant l’argent des riches contribuables. Il revient aux hommes politiques d’agir fermement pour remettre en cause cet état de fait.
Petit à petit, il semble que les grands Etats démocratiques remettent en cause les avantages scandaleux des « paradis fiscaux ». Même si cela n’est pas forcément pour les bonnes raisons, cela représente un progrès, même s’il reste encore beaucoup à faire.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/10/apres-u...
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11.03.2009
Faut-il nationaliser les banques ?
La nationalisation des banques, question complètement incongrue il y a quelques mois, agite désormais tous les médias et la blogosphère, entre rumeurs sur les faillites de certains établissements et avis contradictoires sur le passage sous contrôle public des établissements bancaires.
La solution la juste dans cette crise
Le soutien aux institutions financières en difficulté peut prendre trois formes : la recapitalisation (une nationalisation plus ou moins partielle), le prêt ou la reprise d’actifs toxiques (par la constitution d’une « mauvaise banque »). Jusqu’à présent, les Etats ont plutôt favorisé la première. Certaines banques centrales ont racheté des actifs, mais cette pratique se heurte à la limite du prix à fixer pour leur rachat puisque la déprime des marchés implique une très forte décote.
Finalement, la recapitalisation, et donc la nationalisation partielle ou totale, a été la solution privilégiée dans les deux pays les plus libéraux, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cette solution apparaît comme la plus juste puisque la revente ultérieure de la banque peut permettre à l’Etat de recouper son investissement. En outre, elle permet également d’acquérir un moyen de contrôle. La solution de l’emprunt, notamment utilisé en France, est d’autant moins utilisée qu’elle ne donne pas de possibilité d’action.
Une solution plus durable ?
Si Citigroup, Washington Mutual, Northern Rock, RBS ou Loyds ont désormais les Etats Américain et Britannique comme premier actionnaire, une telle extrémité ne devrait pas arriver en France, malgré les rumeurs récurrentes sur Internet. Les établissements Français ne sont pas exposés à un marché immobilier qui s’effondre et ils peuvent compter sur un montant de dépôts beaucoup plus important qu’ailleurs, ce qui leur permet d’être toujours profitable et de continuer à embaucher.
Mais cette remise en cause du tabou de la nationalisation des banques peut provoquer une réflexion additionnelle. En effet, le niveau de rentabilité des banques jusqu’en 2007, permet de suspecter que le marché bancaire est très proche d’un oligopole. La rareté des changements d’établissement, permet aux banques d’imposer des frais souvent confiscatoires. Dès lors, on peut se demander s’il n’y aurait pas intérêt à ce que l’Etat acquiert une banque pour instiller une plus grande concurrence dans le secteur.
La nationalisation apparaît comme la solution la plus juste pour aider les établissements bancaires en difficulté. Mais la levée des tabous pourrait pousser à se demander s’il ne faut pas avoir une banque publique, pour assurer paradoxalement un meilleur fonctionnement du marché.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/03/09/chaque-...
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