20.12.2008
L’asphyxie monétaire de l’Europe
La divergence de politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique s’est amplifiée cette semaine avec la décision de la Fed de baisser à nouveau drastiquement ses taux, à seulement 0,25%, alors que Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il laisserait sans doute les taux stables en janvier.
Les Etats-Unis prennent la mesure du risque déflationniste
Bien sûr, on pourra critiquer la politique de la Fed qui vise à encourager le crédit pourtant à l’origine de la crise. Et il est clair qu’il faudra savoir refermer le robinet à crédit rapidement une fois que la machine sera repartie. Néanmoins, cette politique d’argent bon marché n’est pas sans argument. L’inflation, qui avait atteint 5% cet été aux Etats-Unis, a brutalement baissé à seulement 1,1% en rythme annuel et de nombreux économistes soulignent le grave risque de déflation. D’ici à quelques semaine, l’évolution des prix aux Etats-Unis sera négative, comme dans les années 30, période que Ben Bernanke a beaucoup étudiée.
Un recul des prix significatif est très dangereux pour l’économie car il se transforme en cercle vicieux. La baisse des prix pousse les consommateurs à reporter leurs achats, en espérant que les prix soient plus bas demain, ce qui diminue encore la demande, ce qui contribue à faire monter le chômage et baisser les salaires, qui sont flexibles aux Etats-Unis. En outre, la baisse des prix diminue les recettes de l’Etat, qui doit par contre rembourser une dette toujours aussi importante. Pour toutes ces raisons, il est vital d’éviter que l’économie rentre dans un cycle déflationniste.
Une BCE aveugle sur le risque déflationniste
Comme d’habitude, la réaction de la BCE contraste avec l’activisme de la FED. Alors que la banque centrale Américaine a baissé ses taux de 5 points en un an et demi (de 5,25 à 0,25%), la BCE les a baissés de seulement 1,5 points (de 4 à 2,5%). Pire, Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il était possible que la BCE fasse une pause en janvier. Certes, l’inflation baisse moins vite en Europe (de 4 à 2% en quelques mois cependant), mais le risque reste fort à cause des mouvements monétaires. En effet, alors que l’euro était passé de 1,6 à 1,24 dollars en quelques mois, il a cassé le cap des 1,4 dollars cette semaine.
La raison est simple. Pour sortir de la récession et combattre la déflation, il y a un moyen très commode : laisser filer sa monnaie. Ben Bernanke rappelle ainsi que les Etats-Unis sont sortis de la déflation en 1934 grâce à la dévaluation du dollar de 40%. Et le dollar n’est pas la seule devise à se déprécier face à l’euro puisque toutes les monnaies baissent à part le yen japonais. Mais ces mouvements monétaires ont un double effet désastreux pour l’Europe : une accélération de la déflation, par la baisse du prix des produits importés, et un renchérissement du prix de nos exportations, qui perdent leur compétitivité.
Quelles solutions pour l’Europe ?
La première des solutions est de baisser les taux d’intérêt pour éviter de renforcer plus encore un euro déjà surévalué d’environ 30% aujourd’hui par rapport au dollar. La baisse des taux permettrait de baisser le coût du crédit pour les banques et d’amortir la crise financière. Et en suivant la politique de la Fed, l’euro éviterait de se renforcer face au dollar et aux autres devises. Il est vital pour l’Europe de renverser l’évolution actuelle du cours de l’euro, tant pour éviter de renforcer encore les pressions déflationnistes, que pour éviter de poursuivre la désindustrialisation de notre continent.
Mais le passé montre que cela ne sera sans doute pas possible avec la BCE dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi il est urgent de réformer l’euro. Il faut ajouter l’emploi, la croissance et le taux de change à l’objectif initial de lutte contre l’inflation. Pourquoi faudrait-il uniquement se soucier de cette dernière ? Il faut revenir sur l’indépendance de la Banque Centrale, qui ne doit être qu’un organe de proposition soumis au choix des politiques. À moyen terme, on peut même se poser la question de la pertinence d’une monnaie unique et se demander s’il ne faudrait pas un système de monnaie commune.
De nombreux pays ont choisi d’amortir la crise en dévaluant leur monnaie. Le problème est que l’Europe devient la variable d’ajustement du fait de la politique dogmatiquement rigide de la BCE. Pourtant, il y a urgence si l’on veut éviter une asphyxie économique l’an prochain.
Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/17/04004-200...
http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/18/04004-200...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique monétaire, bce, fed, trichet, bernanke, euro, dollar



