23.11.2008

Contre l’extension du travail le dimanche

Cette semaine, 48 députés de la majorité ont publié une tribune dans le Figaro pour s’opposer au projet du gouvernement d’étendre le travail du dimanche. Une brèche bienvenue dans un projet gouvernemental à la fois survendu d’un point de vue économique et gênant d’un point de vue humain.

Il est heureux qu’un groupe si important de députés aient pris l’initiative de s’opposer à Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand. Le président de la République et le ministre du travail vendent aujourd’hui cette réforme comme le remède miracle pour relancer l’économie. Laisser travailler les Français le dimanche permettrait d’augmenter la consommation et donc de sortir de la crise. En outre, cela permettrait de lever un frein choquant à la liberté du travail… Cette petite musique n’est pas nouvelle. C’est celle qui avait accompagné la loi TEPA qui avait instauré l’exonération de charges sociales. Cette loi devait permettre de faire passer la croissance de la France de 2 à 3%. Résultat, malgré le meilleur résultat sur le dernier trimestre, la croissance annuelle de la France reste inférieure à celle de l’Allemagne ou l’Espagne…

Car le moins que l’on puisse dire est que les raisonnements économiques du gouvernement sont faciles à mettre en doute. Les députés de l’UMP ne s’en privent pas et soutiennent que l’extension du travail le dimanche n’augmentera pas la consommation et ne créera pas d’emploi. En effet, on ne voit pas comment une plus grande ouverture des commerces le dimanche pourra augmenter la consommation. Cette consommation ne fera que se répartir de manière différente, sans augmenter. En outre, comme le travail le dimanche coûte beaucoup plus cher, l’extension du travail dominical pourrait même détruire des emplois, comme l’indique l’étude citée par le Figaro qui évoque la destruction de trois emplois de semaine pour la création d’un travail le dimanche.

Mais outre le manque d’efficacité économique de cette mesure, l’extension du travail du dimanche pose un véritable problème humain. Bien sûr, beaucoup de personnes travaillent déjà le dimanche. Mais cela ne justifie pas d’étendre le travail dominical. Est-il si gênant d’avoir une pause commerciale dans la vie des hommes ? N’est-il pas souhaitable que nous ayons un moment dans la semaine qui puisse être consacré à autre chose qu’acheter ? En outre, travailler le week-end impose des contraintes pas toujours évidentes aux ménages avec enfants, qui doivent faire garder leur progéniture.

Il y a plus d’un siècle, la limitation du travail dominical avait représenté un véritable progrès humain. Aujourd’hui, par dogmatisme libéral et marchand, certains veulent en partie revenir sur cet acquis de civilisation. Merci à ces 48 députés de s’y opposer.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/11/21/01002-20081121ARTFIG00499-des-deputes-de-la-majorite-contre-le-travail-du-dimanche-.php

20.09.2008

Cacophonie gouvernementale

Heureusement pour le gouvernement que la crise financière a eu lieu cette semaine et qu’elle a accaparé tous les médias, car sinon, les titres des journaux auraient été largement consacrés à la cacophonie absolument incroyable qui a régnée au sein du gouvernement.

Après le tollé à retardement provoqué par le fichier Edvige, Michèle Alliot-Marie a fini par présenter une version dramatiquement restreinte par rapport au projet initial. Quasiment tous les points  qui faisaient débat ont été corrigés : le champ des informations recueillies est réduit et ne concerne plus la vie privée, les mineurs pourront voir leur inscription retirée par « un droit d’oubli » et beaucoup moins de personnes seront concernées. Enfin, même le nom Edvige est retiré. Pour le coup, le gouvernement a entendu les critiques, au point de radicalement remettre en question un projet qui allait beaucoup trop loin dans le fichage de la population. Mais cette semaine a été l’occasion d’une deuxième capitulation en rase campagne pour un ministre puisque Jean-Louis Borloo a vu ses projets de taxe verte radicalement remis en question hier par Nicolas Sarkozy, malgré des annonces qui se sont révélées être un peu précipitées…

Mais le champion toutes catégories de la semaine est sans doute Xavier Darcos, qui, pour paraphraser Bernard Accoyer, remporte le concours Lépine des annonces gouvernementales. Après avoir proposé de donner des médailles aux élèves qui obtiennent la mention au bac, dans une version rénovée du tableau d’honneur d’antan, le ministre de l’éducation a créé l’événement sur deux sujets. Le premier est sa proposition de donner deux cents euros par mois pendant trois ans à tous les élèves obtenant la mention très bien au baccalauréat, et dont les parents ne sont pas imposés. Le deuxième est une polémique sur le niveau de formation des professeurs de maternelle, qui n’auraient pas, selon lui, besoin d’être des bacs + 5 pour changer des couches et superviser des siestes. Par cette polémique inutile et bien ridicule, le ministre s’est attiré les foudres des professeurs qui soulignent que l’enseignement aux tous petits est sans doute aussi difficile qu’aux plus grands et qu’il va bien au-delà de ce qu’évoque le ministre…

Ce déluge peu commun d’annonces du ministre de l’éducation est sans doute un hommage indirect au président de la République, auquel il emprunte sa stratégie de trop plein médiatique pour détourner et diriger les débats sur l’éducation. Ainsi, la réduction des effectifs lors de cette rentrée est un peu oubliée. Mais au global, cette cacophonie communicante ne donne pas forcément une impression de sérieux, tant les annonces font gadgets. De son côté, Nicolas Sarkozy préfère jouer les sauveteurs lors de la libération des otages au Soudan alors que le monde connaît sa plus grave crise financière depuis 1929. Le choix des priorités du président laisse songeur, même s’il compte s’exprimer jeudi prochain dans un discours dont on peut déjà deviner la dénonciation de la spéculation mais dont on peut également anticiper qu’il ne comportera que des postures et pas de vraies mesures…

Cette nouvelle semaine ne fait que confirmer la prédominance de la forme sur le fond et la quête désordonnée de l’équipe gouvernementale pour faire la une des médias, au risque d’une cacophonie bien peu professionnelle. Ségolène Royal aurait-elle vraiment été moins bonne ?

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/352907.FR.php

http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/352890....

13.07.2008

Royal, Montebourg, Saussez, Bertrand : les prix citron de la semaine

À la veille du 14 juillet, l’actualité politique ne prend toujours pas de vacances comme nous avons pu le constater cette semaine, pour le meilleur, mais surtout pour le pire !

Ségolène Royal a choisi : alors que ces camarades se concentrent sur leur nombril, elle a décidé de reprendre le flambeau de l’opposition. Mais au flambeau, elle semble préférer le lance-flammes. Ce sont trois salves de kalachnikovs que la candidate du PS a envoyé en direction de l’Elysée. Résumons : une attaque sur la récupération de la libération d’Ingrid Bettancourt, puis une offensive sur le rapport du président à l’argent et son clan puis mardi un nouveau scud sur France 2 en affirmant que « la France de Sarkozy, c’est la télévision de Berlusconi et les méthodes de Poutine », en suggérant qu’il y avait un rapport entre la mise à sac de son appartement et son opposition au « clan » au pouvoir. Si cette triple charge ravira certains opposants au pouvoir, ses excès la rendent contre-productive. En maniant l’outrance à ce point, on ne retient que les excès de la candidate qui semble au final servir le président par le manque de subtilité de ses critiques alors qu’il y a tant de choses plus rationnelles à dire.

Le Parti Socialiste va décidemment bien mal. Enviant sans doute la position de Jean-François Copé qui prépare un destin qu’il espère présidentiel à la tête du groupe UMP de l’Assemblée, Arnaud Montebourg a essayé de prendre la direction du groupe socialiste. Le député de Saône et Loire est une caricature de tous les excès de la politique. Longtemps avocat du non cumul des mandats, il a finalement décidé de conquérir la présidence de son conseil général après avoir manqué être battu aux législatives, affirmant désormais que la questions qu’il est « croyant, mais non pratiquant »… Après avoir incarné l’aile gauche du parti lors du référendum de 2005, il a complètement tourné casaque en présentant une motion avec les partisans de Strauss-Kahn. Heureusement, les députés socialistes ont eu le bon sens de ne pas élire cet opportuniste à leur tête et de conserver Jean-Marc Ayrault, quelles que soient ses limites.

Le Canard Enchaîné a révélé cette semaine le quadruplement du budget de communication du gouvernement demandé par Thierry Saussez, le patron du CIG, pour 2009. L’annonce est d’autant plus choquante que le Premier Ministre est venu sur RTL pour expliquer que 30 000 postes de fonctionnaires seront supprimés l’an prochain. Tout le monde ne fait pas ceinture dans l’équipe présidentielle ! Mais il est pour le moins paradoxal qu’à un moment où il est en permanence demandé aux Français de faire des efforts, le budget de communication d’une majorité augmente de la sorte, d’autant plus que l’UMP et son président dispose déjà des trois-quarts du temps de parole politique. Quand on sait en plus que cet argent remplira notamment les poches de TF1, il y a là un véritable scandale, dont il est curieux qu’on en ait pas plus parlé.

Le gouvernement continue sa guerre contre les 35 heures. L’assemblée vient de voter un texte qui fixe à 235 le nombre de jours travaillés par an pour les cadres, au lieu des 218 prévus par la loi Aubry. Problème : cela correspond à environ trois semaines de congés payés si on compte les jours fériés. Xavier Bertrand a beau jeu de dire que ce texte ne remet rien en cause, mais pourquoi alors a-t-il été voté ? Curieusement, aucune explication n’est donnée pour expliquer le pourquoi de cette remise en cause du temps de travail des cadres, bien au-delà des modifications liées aux 35 Heures. Pire, la limite maximale sera de 282 jours, soit une semaine de 6 jours avec 3 semaines de congés payés ! Avec des journées de travail de 13 heures, le cadre Français pourra travailler deux fois plus que les Japonais !

De ces prix citron, Ségolène Royal a gagné la palme médiatique. Mais elle a aussi éclipsé les deux derniers, qui auraient sans doute mérité plus d’attention.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/09/mme-royal-etablit-un-rapport-entre-ses-attaques-sur-le-clan-sarkozy-et-le-cambriolage-de-son-appartement_1067901_823448.html#ens_id=910156

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/08/thierry-saussez-veut-quadrupler-le-budget-de-la-communication-gouvernementale_1067892_823448.html#ens_id=1060583

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/337772.FR.php

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/08/les-deputes-ont-adopte-un-amendement-qui-augmente-le-nombre-de-jours-travailles-pour-les-salaries-au-forfait_1067469_823448.html

22.06.2008

UMP : demain, l’horreur continue

Le titre pourra paraître excessif, mais c’est vraiment ce que m’a inspiré la lecture de ce long article du Monde sur ceux qui pourraient être les deux hommes forts de l’après Sarkozy, Xavier Bertrand et Jean-François Copé.

Après tout, le président du groupe UMP à l’Assemblée et le ministre du travail sont de très bons orateurs, qui parlent clairement, avec conviction, et avec une rhétorique qui peut sembler imparable. Il se dégage souvent de ce qu’ils disent un sentiment d’évidence. En outre, ils sont aujourd’hui clairement en pôle position pour représenter l’UMP en 2017, si on considère qu’en 2012, l’actuel titulaire de l’Elysée a toutes les chances de défendre son titre. Déjà, près de 9 ans avant ce possible duel, les couteaux s’aiguisent, à base de petites phrases faites pour attaquer l’adversaire, l’un traitant l’autre de conservateur, l’autre sous-entendant qu’il n’aurait jamais été que nommé... Pourtant, ils se ressemblent beaucoup : profil d’homme pressé, sur tous les fronts à la fois, à l’aise devant la caméra. De bons enfants politiques de l’actuel chef de l’Etat qu’ils voient sans doute d’autant plus comme un modèle qu’il occupe le poste dont ils rêvent.

Mais cet article du Monde est finalement sans doute plus révélateur par ce qu’il n’évoque pas que par ce dont il parle tout du long. Car si l’ambition de ces deux quadras transparaît à chaque ligne, il y a bien une chose qu’on recherche en vain : les idées. Le moins que l’on puisse dire est que ces deux hommes pressés ne semblent pas mettre le combat d’idées dans leurs priorités. Il est particulièrement piquant (pour ne pas être désobligeant) de constater que pas une fois ce long article n’évoque des convictions particulières, ne serait-ce qu’une loi qui aurait semblée importante à l’un de ces deux protagonistes. Ce portrait croisé des deux espoirs de l’UMP ne nous renseigne pas du tout sur leurs idées, leurs convictions, ce en quoi ils croient.

On apprend que Jean-François Copé pense à la présidence de la Répubique depuis l’âge de 10 ans. L’article détaille aussi leur ascension, leur soif de pouvoir (le ministère du budget pour Copé, le poste de porte-parole du gouvernement pour Bertrand), mais on est incapable de savoir pourquoi ils souhaitent ces responsabilités. Ce qui émerge en filigrane, c’est bien que leur ambition n’est pas au service d’idées, mais bien uniquement une volonté d’accomplissement personnel. Les Dupont(d) de l’UMP ont simplement et uniquement envie de satisfaire leur grande ambition personnelle. En cela, ce sont bien les enfants politiques de Nicolas Sarkozy qui a déjà compris qu’ils le trahiront comme lui avait trahi Chirac.

Cet article nous ramène à tout ce qu’il y a de plus détestable dans la vie politique : les pures querelles personnelles qui camouflent un vide complet de convictions et de principes. Il reste à espérer qu’un Dominique de Villepin ou un Nicolas Dupont-Aignan les doubleront au poteau.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/16/un-fauteuil-pour-deux_1058759_823448.html