08.07.2011
Le désastre commercial français
Hier, le déficit commercial du mois de mai est tombé. Il est très mauvais, battant un nouveau record puisqu’il a atteint 7,4 milliards d’euros sur un seul mois. Cette dégradation rapide de nos échanges doit amener à se poser la question de mesures plus radicales.
Une dégradation rapide et uniforme
Les chiffres sont impressionnants. En atteignant 7,4 milliards d’euros au mois de mai, notre déficit commercial dépasse les 80 milliards en rythme annuel, soit 4% du PIB, un chiffre très mauvais à l’échelle européenne. Il faut rappeler qu’en 2010, il avait atteint 51,6 milliards. En clair, notre déficit commercial devrait augmenter d’environ 60% en une seule année, après une dégradation de plus de 20% en 2010. Pire, en 2005, nous étions à seulement 21 milliards…
Naturellement, on évoque le déficit lié aux produits énergétiques. Mais une rapide analyse de l’INSEE démontre que cette dégradation accélérée vient plutôt d’un problème général de l’économie française. Alors que notre taux de couverture (exportations sur importations) pour les produits agricoles était compris entre 114 et 125 en 2006, il est tombé entre 102 et 110 en 2009. Parallèlement, le taux de couverture des produits énergétiques est passé de 37 à 39.
On constate la dégradation généralisée de nos échanges sur les produits industriels puisque l’indice est passé de 94 à 86,6 pour les produits manufacturés. L’automobile pèse particulièrement lourdement dans cette évolution puisque notre taux de couverture y est passé de 123 en 2006 (nous exportions 23% de plus que nous importions) à 95 en 2009 et le chiffre s’est sans doute encore dégradé depuis, quand on constate l’évolution des chiffres de production.
Des explications logiques
Il n’est pas très compliqué de comprendre pourquoi notre déficit se dégrade aussi fortement. La cherté de l’euro joue un rôle majeur. Louis Gallois disait en 2008 que « si cela continue, l’industrie exportatrice fuira l’Europe », conduisant Airbus à choisir de plus en plus de composants aux Etats-Unis pour ne pas perdre en compétitivité par rapport à Boeing : résultat Airbus ne se fournit plus qu’à 50% en Europe pour ses composants, et Boeing n’y achète que 10% des siens…
Mais outre la cherté de l’euro, la différence de coûts salariaux explique le gonflement de notre déficit. Comme le montrait Envoyé Spécial hier, au Bangladesh, il est possible de payer 25 euros par mois des employés qui vont travailler de 7 à 21 heures, 6 jours par semaine, soit moins de 8 centimes d’euros par heure… Il est bien évident que dans de telles conditions, de plus en plus d’entreprises délocalisent, ce mouvement gagnant également les services (centres d’appel…).
Face à ces déséquilibres, les Français semblent convaincus de la nécessité d’aller vers plus de protectionnisme, comme l’a révélé un récent sondage. En outre, loin des idées préconçues, la plupart des pays (et notamment les pays asiatiques) y ont recours. Malheureusement, le débat en France est pollué par la caricature de ces positions, malgré le soutien d’un nombre grandissant d’intellectuels de renom, venus de gauche comme de droite, dans le monde entier.
Nul doute que la dégradation de notre commerce extérieur va peser sur notre croissance. Les potions européennes, cocktail de monétarisme et de libre-échange dogmatiques produisent un véritable désastre commercial, qui pourrait être soigné sans tomber dans une politique albanaise…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : déficit commercial, insee, louis gallois, airbus, boeing, envoyé spécial
12.03.2010
Le protectionnisme expliqué par Eric Zemmour
C’est une idée surprenante mais rafraîchissante que RTL a eu d’embaucher Eric Zemmour pour faire une chronique matinale à 7h15. En effet, la première radio de France donne la parole à un journaliste qui a l’habitude de pourfendre le politiquement correct.
Le libre-échange expliqué aux enfants
Après une chronique très intéressante sur l’euro, il a signé hier une chronique sur le protectionnisme des Etats-Unis dans l’affaire du marché des avions-cargos auquel Airbus a renoncé. Cette intervention était d’une limpidité dont tous les partisans d’une autre politique (moi le premier) pourraient s’inspirer. En effet, le chroniqueur impertinent a réussi à présenter la réalité du commerce international depuis deux siècles d’une manière extrêmement pédagogique et clair.
Il a commencé par rappeler que le libre-échange a toujours été défendu par les grandes nations exportatrices, la Grande-Bretagne au 19ème siècle, les Etats-Unis après 1945 et aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne, les deux premiers exportateurs mondiaux (et ceux qui ont les excédents les plus importants). Ce premier rappel a déjà l’immense intérêt de montrer un biais majeur du débat. Ce sont ceux qui tirent le plus parti de la libéralisation du commerce qui la défendent…
Un dogmatisme européen imbécile
Le chroniqueur d’RTL a eu également l’intelligence de prendre l’exemple de l’appel d’offre des Etats-Unis pour le renouvellement des ses avions-cargos pour montrer qu’outre-Atlantique, l’attitude est à mille lieues du dogmatisme libre-échangiste de Bruxelles. Alors que la Commission Européenne rappelle à l’ordre le gouvernement Français quand celui-ci demande à Renault de ne pas délocaliser la production de la Clio en Turquie, les Etats-Unis favorisent ouvertement Boeing.
En effet, le gouvernement étasunien mène un appel d’offre interminable pour le remplacement de ses avions ravitailleurs. La première manche a été gagnée par Boeing, mais le Congrès a fait annuler cette décision pour conflit d’intérêt. Airbus a gagné la deuxième manche en promettant de construire l’usine d’assemblage sur place mais les élus ont fait en sorte de casser cette décision. L’avionneur européen vient de renoncer au 3ème appel d’offre tant celui-ci est taillé sur mesure pour son concurrent.
Bref, il n’y a que l’Europe pour appliquer un libre-échange sans nuance, sans le moindre souci des intérêts nationaux ou des emplois, qui sont de plus en plus délocalisés. Nous sommes bien les seuls à pratiquer une telle politique ! La Chine a eu recours à un protectionnisme radical pour construire son industrie automobile, n’hésitant pas à imposer des droits de douane de 100%. Et l’Allemagne utilise les normes pour favoriser ses industriels au détriment des concurrents.
Merci Eric Zemmour de cette leçon de bon sens qui montre à quel point l’Europe est le seul continent à pratiquer un libre-échange dogmatique qui vire à une anarchie économique destructrice d’emplois alors que tous les autres ont le bon sens de défendre leurs intérêts.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : eric zemmour, protectionnisme, libre-échange, airbus, boeing



