03.09.2011
Morad El Hattab pourfend les excès de la finance
Au delà d’un récit détaillé de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt vaut également pour son explication claire et argumentée de ses causes.
Le côté obscur de la déréglementation
Globalement, ils démontrent le côté pro cyclique des marchés, à savoir que la hausse nourrit la hausse (en augmentant le crédit des parieurs) et la baisse nourrit la baisse (en imposant de vendre pour retrouver des liquidités). Ils dénoncent les pyramides incroyables de crédit : Lehmann avait des positions de 9000 milliards de dollars sur les dérivés. La couverture par un CDS d’AIG permettait de réduire la quantité de capitaux de 8 à 2% selon les normes Bâle 2, permettant alors de prêter quatre fois plus…
Les auteurs expliquent de manière très pédagogiques les normes bancaires Bâle 1 et 2 et démontrent comment la couverture des crédits à raison de 8% par les fonds propres est en réalité un maximum puisque le besoin de couverture tombe à 1.6% pour les banques ou les entreprises de l’OCDE et même 0% pour les Etats de l’OCDE ! Bâle 2 a conservé le même système en y introduisant les notes des agences (couverture de 1.6% pour les entreprises notées AAA à AA-). Pire, il y a tout le hors bilan…
Ils rappellent une déclaration d’Alan Greenspan en 2005 : « alors qu’avant, beaucoup d’emprunteurs marginaux se voyaient refuser le crédit, les prêteurs sont maintenant capables d’évaluer efficacement le risque associé à ceux-ci. Ces améliorations ont conduit à une forte croissance du prêt hypothécaire à risque… ». Parallèlement, Freddie Mac et Fannie Mae portaient 1600 milliards de crédits hypothécaires (financés à 28% à court terme) avec 90 milliards de fonds propres…
Les auteurs soulignent que la France (les caisses d’épargne ne deviennent des sociétés anonymes qu’en 1999), l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont historiquement des systèmes assez hostiles à la spéculation. Malheureusement « les déréglementations des années 1980 ont eu pour effet de jeter aux orties les vieilles règles de prudence bancaire ». Outre-manche, ils notent que dans les années 1960, 30% des actifs des banques étaient liquides, à présent 1%...
La technique au service de la spéculation
Comme Jorion, ils dénoncent les dark pools et le High Frequency Trading, qui s’opposent aux bonnes conditions de fonctionnement d’un marché. Ces nouvelles techniques facilitent les manipulations et camouflent les fraudes. Ils y voient la cause du flash krach du 6 mai 2010, où le Dow Jones s’est effondré de 9.8% en dix minutes (et l’action Accenture est passée de 40 dollars à un cent !).
Ils dénoncent les CDS, qui « ne sont pas négociés sur des marchés ouverts » et qui ont totalement été détournés de leur vocation première pour n’être plus que de nouveaux véhicules de la spéculation financière, leur montant étant « cinq fois plus élevé que les crédits assurés ». Ils insistent sur le mécanisme pervers des prêts immobiliers, revendus ensuite par les banques (titrisation) qui ne se soucient pas de la capacité de remboursement des ménages auxquels elles prêtent.
Les auteurs critiquent le développement des transactions hors marché (de gré à gré ou sur un dark pool) car elles créent d’importants déficits d’information. Ils dénoncent également la concentration du secteur, qui accentue l’aléa moral et permet une explosion des marges. Ils dénoncent les aides publiques qui n’aboutissent pas à une nationalisation, « le stade suprême du hasard moral ».
Ils attaquent l’envahissement du marché des matières premières par des spéculateurs venus chercher une diversification (les fonds dédiés à ce marché sont passés de 10 à 250 milliards de 2001 à 2009 selon Barclays Capital). Ils démontrent également les capacités auto réalisatrices de la spéculation à faire monter les prix en achetant à terme en avançant à peine 15% de la somme. Aujourd’hui, chaque baril de pétrole est échangé 35 fois avant d’être consommé !
Des banquiers tristes aux esprits animaux des spéculateurs
Les auteurs dénoncent aussi les rémunérations de la finance, les bonus (145 milliards au titre de 2009) et l’envolé des hauts revenus (1% de la population concentre 24% des revenus aux Etats-Unis). Pour eux, les banquiers prennent des risques inconsidérés pour empocher de juteux bénéfices à court terme. En 1929, les salaires de la finance pesaient 170% des salaires moyens, puis sont revenus au même niveau de 1950 à 1980 avant d’atteindre 181% des salaires moyens en 2007.
Un journaliste du Financial Times évoque des traders poussant des entreprises à la faillite pour empocher les primes des CDS et développe longuement le cas les CDO Abacus vendus par Goldman Sachs à ses clients alors que la banque d’affaire pariait contre... Ils dénoncent l’impunité pénale des dirigeants des banques alors que plus de 3500 banquiers avaient été envoyés en prison pour des faits délictueux en liaison avec le scandale des caisses d’épargne il y a vingt ans.
Pour eux « le système financier a donc été ravagé par une culture de la cupidité qui a transformé les décideurs en mercenaires décidés à se payer sur la bête sans vraiment se préoccuper de leurs responsabilités ». Ils dénoncent un système qui ne travaille plus que pour lui-même. Ils citent le professeur Samuelson pour qui « l’absence de régulation est très inférieure à la régulation par l’Etat » car elle transforme les marchés en marchés spéculatifs.
Ils soulignent les cercles vicieux des marchés, « les esprits animaux » dirait Keynes : « la célèbre citation de l’ancien PDG de Citigroup, Charles Prince, « tant que la musique joue, vous devez vous lever et danser » exprime une réalité qui s’impose à tous les gestionnaires : si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont ».
En incriminant la déréglementation, les innovations de la finance et les ravages de la cupidité des spéculateurs, les auteurs dévoilent un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler les crises passées, ce sur quoi je reviendrai dans la troisième partie.
Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : morad el hattab, irving silverschmidt, la vérité sur la crise, bâle 2, cds, alan greespan, paul jorion, dark pools, high frequency trading, bonus, financial times, goldman sachs, citigroup, charles prince
19.05.2010
C’est la reprise… pour quelques uns
Moins que jamais la situation économique de l’Europe semble durable. Les perspectives de croissance sont quasiment nulles alors que le chômage est déjà à un niveau très élevé. Le niveau des dettes pose la question de la solvabilité des Etats. La situation semble intenable. Mais si elle tenait ?
L’austérité pour l’Europe d’en bas
Il y a quelques semaines, beaucoup doutaient de la capacité du peuple grec à supporter un plan d’austérité pour remettre ses finances publiques en ordre. Pourtant, le gouvernement socialiste n’a pas lésiné sur les moyens en annonçant des mesures qui pourraient réduire les déficits de 10 points du PIB en seulement 3 ans : suppression des 13ème et 14ème mois pour les fonctionnaires, deux hausses de la TVA, relèvement de l’âge de la retraite… Le cocktail imposé à la population est indigeste.
Pourtant, malgré les protestations, le gouvernement garde une bonne côte de popularité. Le vent de l’austérité et des coupes sombres dans le budget ne semble pas menacer les équipes gouvernementales, y compris en Irlande ou en Lettonie. Depuis, l’Espagne, le Portugal, et, dans une moindre mesure, la France ont annoncé des mesures d’austérité pour remettre leurs finances en ordre. Voilà un climat économique peu propice à la croissance et donc à l’emploi.
En clair, c’est la triple peine pour les citoyens lambda : plus de chômage, plus d’impôts et moins d’aides de l’Etat. Pas étonnant que les Français soient pessimistes sur leur avenir économique. Il n’y a aucun espoir de reprise économique significative dans les deux à trois ans à venir. On pourrait dire que l’ajustement budgétaire est nécessaire, mais ce serait ignorer qu’il y a des solutions alternatives pour le rendre moins douloureux, et surtout que l’impact de la crise n’est pas le même pour tous.
Le champagne pour l’Europe du haut
En effet, si la crise financière s’est rapidement transformée en crise pour tous, il y a peu de chances que les signes de reprise se transmettent à l’ensemble de la population. En effet, si l’économie productive ne semble pas encore avoir touché le fond, notamment en matière de chômage, il en est tout autrement dans l’univers merveilleux de la finance et des grandes entreprises, pour lesquels, malgré les soubresauts et les incertitudes, la reprise est déjà là...
En effet, le monde financier a bénéficié de l’effondrement des marchés en 2008 puisque cela a permis des gains importants dans les bourses du monde entier en 2009, qui se sont transformés en de beaux et juteux bonus, à rebours du reste de l’économie. Il y a quelque chose d’extrêmement malsain à ce que de telles choses soient possibles malgré les innombrables discours des dirigeants de la planète sur la nécessaire moralisation du capitalisme, qui est au point mort.
Mais ce n’est pas tout. Le Monde révèle que pour les entreprises du CAC 40, c’est déjà la reprise puisque leur chiffre d’affaire a progressé de plus de 5% au premier trimestre 2010. Les analystes anticipent déjà une progression des profits de l’ordre de 30% pour cette année. Bref, la crise, ce n’est plus pour les grandes entreprises, qui profitent notamment de l’expansion des pays émergents ! Nul doute que les rémunérations et les bonus des dirigeants suivront…
C’est tout le danger de la période actuel : comme après l’éclatement de la bulle internet, le redressement des grandes entreprises et de la finance pourrait bien camoufler une situation économique globale beaucoup moins bonne, freinant tout changement du système.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, crise financière, bonus, cac 40, rigueur, austérité
13.03.2010
Bonus de banksters, suite, mais pas fin
Alors que 2009 a été une année noire pour l’ensemble de l’économie mondiale, et que les destructions d’emplois ont atteint un record en France, le contraste avec la situation de la finance démontre chaque jour davantage que le système est complètement fou.
Quelques chiffres sur les bonus
Pour être clair, je ne crois pas que les bonus soient les premiers responsables de la crise. Je crois davantage que les rémunérations indécentes sont plus un symptôme de l’anarchie économique qu’une cause, même si elles apportent une certaine contribution. Cette semaine, les banques Françaises ont annoncé qu’elles distribueront 2 milliards au titre des bonus 2009 pour leurs traders, soit 200 000 euros en moyenne environ, en plus du fixe, qui a beaucoup progressé…
Un regard sur les statistiques de Wall Street est particulièrement éclairant. Comme je l’avais raconté, les bonus de 2009 progressent de plus de 15%, à 20 milliards de dollars, ce qui indique que plus de 17 milliards avaient été versés (on se demande bien au titre de quoi ?) pour 2008. Et l’examen de statistiques de long terme est proprement hallucinant. En effet, il faut savoir que le bonus moyen versé en 2000 (au sommet de la bulle Internet) était de 100 000 dollars… soit la même somme qu’en 2008 !
Un système absolument fou
Cette plongée dans les chiffres de rémunération des traders démontrent jusqu’à la nausée la perversité du système économique actuel. Comment justifier en effet que le bonus moyen de l’année de la plus grande crise financière depuis 80 ans soit le même que le bonus moyen de l’année du sommet de la bulle Internet, à peine huit ans avant ? Ces informations montrent une déconnexion incroyable entre le niveau de rémunération du monde de la finance et l’économie réelle.
Car si les bonus dépendent des cycles économiques, s’il est vrai qu’ils descendent fortement en période de crise, il faut noter qu’ils rebondissent encore plus rapidement. Ainsi, les bonus 2009 sont le double des bonus 2002, de même que les bonus 2006 étaient le double de ceux de 2000. Pire, tout ceci ne concerne pas l’ensemble des compensations, sachant que la part fixe a beaucoup progressé pour compenser l’autolimitation (sic) des bonus. Et encore, « les traders ne sont pas contents » !
Certes, le débat sur les bonus ne doit pas se faire au détriment du débat sur la réforme du système, mais un survol rapide des pratiques de rémunération des banques montre à nouveau qu’il y a vraiment quelque chose de pourri au sein du système financier.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bonus, wall street, traders, bankster
28.02.2010
Bonus de bankster
C’est une petite information qui est passée discrètement dans le Figaro et que étonnamment, pas grand monde n’a relevé, pas même les opposants les plus farouches au système néolibéral. Une nouvelle révélation sur les bonus de Wall Street…
Etat des lieux
Cet article explique que les bonus de Wall Street ont augmenté de 17% pour l’année 2009, comparé à 2008, mais qu’ils sont encore un tiers inférieur à ceux de 2007. Les banquiers ont donc touché 20 milliards au titre de 2009, contre 17 milliards pour 2008 et environ 30 milliards pour 2007. Le journal note qu’en plus, la suppression de 26 000 postes fait que chaque banquier a touché 123 000 dollars. Une simple règle de trois permet de déduire qu’en 2007, la prime était de 160 000 dollars par personne.
Bizarrement, mais c’est peut-être un effet de lassitude, personne ne révèle plusieurs informations cruciales. En effet, alors que les marchés se sont effondrés d’environ 50% en 2008, que l’économie mondiale était au bord de l’asphyxie, aux prises avec la crise la plus grave depuis 80 ans, et que les banques ne devaient leur survie qu’à l’injection massive d’argent public, les banquiers de Wall Street n’ont pas hésité à se distribuer la bagatelle de 17 milliards de dollars de bonus au titre de cette année 2008 !
Mais que fait la police ?
Cette information est proprement hallucinante et justifie les déclarations enflammées de tous les dirigeants de la planète qui dénoncent les pratiques immorales de la finance, à Paris, Londres ou Washington. Malheureusement, on ne peut que constater l’écart entre le geste et la parole. Ce ne sont que des mesurettes qui touchent les banquiers alors qu’une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 devrait être imposée étant données les circonstances (voir une séance de rattrapage pour 2007).
Rien, absolument rien ne justifie que les banquiers ne touchent le moindre centime de bonus au titre de 2008 et 2009. Les marchés se sont effondrés sur la première des deux années et les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat. Pourquoi distribuent-elles une prime sur résultat ? Et les bonus de 2009 ne sont pas moins illégitimes car ils n’existent que grâce à l’effondrement de l’année précédente et au sauvetage des banques par les Etats, et donc la collectivité.
Non seulement les banques gagnent quand c’est pile, mais quand c’est face, c’est nous qui perdons, et elles continuent à gagner, avec la complicité tacite de tous les gouvernements. Roosevelt, De Gaulle, revenez ! Ils sont devenus fous !
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : bonus, banques, wall street, le figaro
16.02.2010
Après la crise, rien n’a changé
La crise que nous traversons est la plus violente depuis 80 ans. Pourtant, jour après jour, de nombreuses preuves montrent que rien n’a changé, que le système a été sauvé sans qu’il soit modifié. Voici deux nouveaux exemples.
Des bonus toujours indécents
En pleine crise, Merrill Lynch avait scandalisé le monde en versant des bonus à ses équipes malgré des pertes abyssales qui avaient imposé à l’Etat d’aider la banque d’affaire pour la sauver de la faillite. Les banquiers n’ont décidemment rien appris puisque l’on vient d’apprendre que la banque UBS, malgré 1,8 milliards d’euros de perte, a décidé de verser 2 milliards de bonus, en hausse de 34% par rapport à 2008, pour « retenir ses meilleurs éléments ».
Bref, malgré les discours scandalisés de la plupart des dirigeants politiques et les promesses de moralisation des pratiques, rien ne change. Et cela est d’autant plus choquant que tout bonus pour l’année 2009 est par définition illégitime pour les banques qui ont été aidées par l’Etat. En effet, l’existence de ces bonus est la conséquence directe de l’effondrement des marchés en 2008 et du sauvetage de l’Etat. Sans l’un des deux éléments, aucun bonus ne pourrait être distribué aujourd’hui.
C’est donc pourquoi il faudrait taxer à 90% les bonus touchés au titre de 2009, ce qui serait un moyen de compenser le soutien de la collectivité au secteur financier. Dans le cas d’UBS, les bonus sont d’autant plus choquants que la banque perd encore beaucoup d’argent. A la base, les bonus avaient été établis pour intéresser les salariés à la réussite de l’entreprise. On constate dans ce cas qu’il s’agit surtout d’un complément de rémunération pour les dirigeants indépendant des résultats !
Des rémunérations également indécentes
Plus globalement, cet épisode pose la question des écarts faramineux de rémunération entre les simples salariés et certains dirigeants ou traders. C’est ce que Jean-François Kahn rappelle sur son blog. Il dénonce le fait qu’une personne puisse gagner 1000 fois plus qu’une autre dans le cas du patron de Vinci. Il aurait pu également parler de la « limitation » spontanée de la prime du patron de Goldman Sachs à 7 millions de dollars, contre plusieurs dizaines de millions auparavant.
Cette tendance est récente car il faut se souvenir qu’au début des années 90, Raymond Lévy, patron de Renault, gagnait 1 million de francs par an (150 000 euros), environ 15 fois plus que ses ouvriers. Jacques Calvet, alors patron de PSA avait défrayé la chronique avec un salaire d’un peu plus de 2 millions de francs (300 000 euros). Aujourd’hui, leurs successeurs gagnent beaucoup plus en euros que ce que leurs prédécesseurs gagnaient en francs…
Le fondateur de Marianne cite l’étude de Camille Landais qui montre que l’éventail des salaires s’accroit puisque de 1998 à 2006, le revenu de 90% des Français ont progressé de 4.6%, celui du 1% le plus élevé de 19% et celui du 0.01% le plus élevé de 32%. Aux Etats-Unis aujourd’hui, 0.1% de la population cumule près de 8% des revenus totaux, contre 2% en 1973. A peine 1% de la population concentre près de 20% des revenus. Les chiffres sont encore plus importants en matière de patrimoine.
Ces écarts ne sont pas inconnus. C’était exactement la situation d’avant la crise de 1929. Les dirigeants politiques de l’époque avaient décidé de combattre ces excès en rendant plus progressif l’impôt sur le revenu. Franklin Roosevelt avait ainsi créé une tranche à 79% pour les revenus de plus de un million de dollars. Mais depuis, la baisse des tranches marginales et l’explosion des niches fiscales a libéré l’échelle des salaires à un point qui défie la décence et la morale.
Aujourd’hui certains patrons ou financiers peuvent gagner 100 fois plus que des médecins qui sauvent des vues ou 1000 fois plus que le salaire minimum, que les bonus sont distribués quelques soient les résultats, on constate qu’il y a quelque chose de pourri dans le système actuel.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bonus, merrill lynch, ubs, inégalités, jean-françois kahn, camille landais
23.01.2010
Les Français ont tout compris à la crise !
A défaut d’avoir été compris par les dirigeants de la planète, toujours incapables de proposer la moindre réforme significative de notre système économique, et qui se contentent de donner quelques gages sur les bonus, la crise semble avoir provoqué une véritable révolution mentale chez les citoyens.
Une très bonne analyse économique
Le sondage du Cevipof montre que la défiance est désormais forte à l’égard de l’Union Européenne, du gouvernement, du Parlement, de l’OMC ou du G20 (35 et 30% de cote de confiance). En outre, les Français n’ont jamais été le peuple le moins critique à l’égard du fonctionnement du capitalisme. Il y a chez nous une méfiance naturelle à l’égard de l’argent qui ne se retrouve pas dans la plupart des pays anglo-saxons. Cette crise accentue largement cette vision de l’économie.
Car la défiance des Français ne se limitent pas aux dirigeants de la planète. Elle touche également les grandes entreprises et les banques puisque nous ne leur faisons confiance qu’à 43 et 37% respectivement. Ces chiffres sont confirmés par une étude du Monde, qui montre que les Français, s’ils sont favorables à la taxe sur les bonus, pensent à 75% « qu’elle ne sera pas efficace car les banques mettront en place d’autres systèmes pour rémunérer leurs traders ».
Et si deux-tiers des Français approuvent le soutien aux banques au cœur de la tempête, 80% pensent que les banques n’en ont pas tiré les leçons et 73% pensent qu’elles n’accordent pas suffisamment de crédit à l’économie. Enfin, 83% estiment qu’une nouvelle crise pourrait se produire « dans les prochaines années ». En clair, les Français croient que les gouvernements ont apporté les bonnes réponses pour éviter que la crise ne dégénère mais ne croient pas que le système ait été vraiment réformé.
Un sondage lourd de conséquences
Bref, l’analyse générale de la crise de nos concitoyens correspond tout à fait à l’analyse faite par les intellectuels alternatifs (Gréau, Sapir, Lordon…). Comme eux, ils jugent majoritairement que l’action des dirigeants de la planète a permis d’éviter une Dépression du style de celle de 1929, mais que rien n’a été fait pour réformer un système économique et financier qui n’a pas changé et qui est donc, par conséquent, aussi susceptible de provoquer une grave crise qu’il y a quelques années.
Du coup, ceci explique sans doute en partie la piètre image des principaux partis politiques, incapables de proposer une réforme un peu significative du système. Les Français se rendent compte qu’ils se contentent de gesticulations sur les bonus. C’est pourquoi, en proposant une analyse approfondie et claire de la crise, ainsi que de véritables solutions structurelles, un autre parti pourra, en 2012, véritablement émerger tant UMP, PS, Modem ne proposent rien de concret.
C’est en cela que Nicolas Dupont-Aignan représente à la fois une chance pour la France car il est le seul présidentiable à avoir véritablement compris la crise et à proposer des mesures radicales pour changer. Patience, les élections présidentielles nous donneront la parole.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : cevipof, bonus, nicolas dupont-aignan
16.01.2010
Taxation de la finance : Etats-Unis / Grande Bretagne 2, France 0
C’est l’immense paradoxe de cette crise. Alors que notre président n’en rate pas une pour dénoncer les comportements des banques et les bonus, au final, ce sont bien les dirigeants anglo-saxons qui agissent et ne se contentent pas de paroles. Nouvel exemple avec Barack Obama.
Une voix de la France plus vive que ses actes
Et dire que Nicolas Sarkozy fanfaronnait lors de la nomination de Michel Barnier comme commissaire européen chargé du marché intérieur. Il y voyait une victoire de la vision Française de la crise sur le laissez-faire anglo-saxon. Mais comme le soutenait The Economist à l’époque : « La City a sans doute plus à craindre des travaillistes au pouvoir à Londres ». D’ailleurs Michel Barnier s’est empressé d’affirmer son indépendance vis-à-vis de la France lors des auditions du Parlement.
Car dans la réalité, ce sont les pays anglo-saxons qui prennent des mesures concrètes et fortes pour améliorer la contribution du monde financier à la collectivité et taxer les bonus, alors que la France fait preuve d’une mollesse aussi grande que la sévérité des discours écrits par Henri Guaino pour le président. La réforme de la finance est sans doute un des domaines où le contraste entre le verbe de Nicolas et les actions du président est le plus saisissant.
Des pays anglo-saxons qui agissent
Le gouvernement britannique fait un véritable tournant à gauche à l’approche des élections générales. Ainsi, malgré les dures critiques de la City qui agite le spectre d’un départ en masse des traders en Asie, les bonus seront taxés à 50% et une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu a été ajoutée. Certes, il reste beaucoup d’incertitude sur le produit de cette taxe, mais cela est simplement juste. Le Premier Ministre a même parlé de taxe sur les transactions financières !
Et le président étasunien n’est pas en reste. Après avoir imposé des limites aux rémunérations des dirigeants des entreprises secourues par l’Etat, il parle désormais d’une taxe visant à compenser les sommes déboursées pour soutenir le monde financier. Cette idée rejoint celle d’économistes qui jugent à raison que les grandes banques devraient payer pour l’assurance vie que leur donne les Etats. Enfin, Barack Obama a critiqué les « bonus obscènes » des banquiers.
Même s’ils n’agissent pas autant qu’ils le devraient, Barack Obama et Gordon Brown ont au moins le mérite de faire avancer une nouvelle réglementation plus équilibrée du monde de la finance. Au contraire, Nicolas Sarkozy parle beaucoup mais ne fait pas grand chose.
12:23 Publié dans Actualités, Economie, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, gordon brown, nicolas sarkozy, bonus, banques
12.12.2009
Bonus : l’arbre qui cache la forêt
Cette semaine, Gordon Brown a annoncé une taxation de 50% des bonus pour l’année prochaine. Très rapidement, Nicolas Sarkozy lui a emboîté le pas en signant une tribune avec lui dans le Wall Street Journal, puis Angela Merkel a poursuivi en parlant d’une « idée très charmante ». Conversion ou posture ?
Paroles, paroles, paroles
Paradoxalement, le constat fait par les deux chefs d’Etat rejoint complètement les analyses des intellectuels alternatifs. Ils dénoncent la collectivisation du risque bancaire puisque les gouvernements donnent de facto une assurance vie gratuite aux institutions financières, comme l’a montré la crise financière de l’automne dernier. Du coup, ils appellent à une double mesure : un renforcement des fonds propres des banques et une taxation des bonus des banquiers.
La taxation des bonus est une mesure à la fois juste et populaire car les citoyens de tous les pays sont choqués par les sommes extravagantes gagnées par les banquiers, en prenant des risques que la collectivité assume de facto. La proximité des élections législatives en Grande-Bretagne explique sans doute le durcissement du ton de Gordon Brown, qui lui réussit plutôt bien dans les sondages d’ailleurs. Mais il faut noter que cette mesure ne concerne que les bonus qui seront versés en 2010.
Rien ne change
Globalement, ce que l’on constate est l’absence de mesures radicales. Les hommes politiques s’en tiennent jusqu’à présent à des mesures cosmétiques destinées à donner le change vis-à-vis de la population, sans réellement réformer en profondeur le système économique qui est responsable de la catastrophe financière de l’an dernier. Si la taxation des bonus est juste, elle ne représente pas une réforme suffisamment structurelle pour éviter les excès d’antan.
Sur le moyen de limiter le risque, l’idée de renforcer légalement les fonds propres des banques est bonne mais cette proposition n’avance absolument pas depuis plus d’un an. En outre, les hommes politiques laissent pour l’instant aux banquiers le soin de faire des propositions avec le comité Bâle 2. Tout ce passe comme si les hommes politiques se contentaient de gesticulations électoralistes sans vraiment vouloir changer le système, malgré l’ampleur de la crise de l’an dernier.
Bien sûr, la taxation des bonus est une bonne décision. Mais il ne s’agit que d’un petit arbre qui cache la forêt des disfonctionnements qui ont conduit à la crise et que l’immense majorité des hommes politiques semblent totalement ignorer.
13:43 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, gordon brown, bonus
18.10.2009
Le grand bluff du contrôle des bonus
En France, la nouvelle est passée un peu inaperçu du fait des polémiques récentes. Pourtant, elle mérite d’être soulignée tant elle est en décalage avec les grands discours des dirigeants du G20 : les bonus des banques vont battre des records en 2009.
Un double scandale
« Nouveau Bretton Woods », « moralisation du capitalisme », « plus jamais ça » : il semblait qu’après l’effondrement du système financier de l’automne 2008, nous étions rentrés dans un autre monde. Pourtant, cet article du Monde a le mérite de montrer que les choses n’ont pas changé. Aux Etats-Unis, en 2009, le montant des bonus pour les traders devrait battre le record de 2007. Ce ne sont pas moins de 140 milliards de dollars qui devraient être distribués par les banques !
L’information qu’a révélée le Wall Street Journal est doublement choquante. Tout d’abord, on apprend que les bonus 2009 dépassent de 20% ceux de 2008, ce qui les amène au-dessus de ceux de 2007. Mine de rien, cela révèle que les bonus 2008 des banques étasuniennes ont donc mathématiquement baissé d’un peu moins de 20% en 2008 par rapport à 2007. Pourtant, vu le désastre financier de l’année passée, il aurait été plus légitime qu’il n’y ait pas eu de bonus en 2008.
Cela montre la perversion d’un système, qui arrive à préserver des bonus injustifiables, quelques soient les circonstances. Car comment justifier le versement d’un moindre cent de bonus au titre de l’année 2008 alors que les banques ont perdu des milliards et n’ont du leur survie qu’à l’intervention massive de l’Etat ? Et comment justifier que dès 2009, les banquiers gagnent plus que jamais. Bien sûr, la bourse a beaucoup monté mais on se demande si les banques n’ont finalement pas intérêt à un krach…
Un système qu’il faut détruire
La baisse beaucoup trop légère des bonus en 2008 et leur niveau record en 2009 montre que le système actuel n’est pas acceptable. Non seulement le système financier a plongé l’économie réelle dans la pire crise depuis 80 ans, doublant le niveau de chômage outre-Atlantique et faisant perdre à des millions de personnes leur maison, mais surtout, il organise l’irresponsabilité des banques puisque l’Etat vient les sauver en cas de difficulté et que les rémunérations de leurs dirigeants sont à peine écornées.
Le fait que les autorités publiques aient laissé payer (début 2009) des bonus 2008 aussi élevés et qu’elles n’interviennent pas vraiment pour réguler les bonus 2009 est un scandale sans nom. Devant le sauvetage des banques par les Etats, seule une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 serait acceptable. Après tout, les banques ont plongé la collectivité dans une crise violente, dont les conséquences se feront ressentir longtemps, notamment à cause des dettes contractées.
Tirant les leçons de la Grande Dépression des années 30, la collectivité a accepté de sauver le système bancaire pour se sauver elle-même. Mais il est inacceptable que les banquiers puissent tirer de tels profits de leur activité qui n’a engendré que des catastrophes ces dernières années. Les Etats devraient saisir les bonus donnés au titre de 2008 et 2009 car rien ne peut justifier aujourd’hui leur versement. Malheureusement, personne, y compris à gauche, ne le propose.
Les fanfaronnades des dirigeants du G20 n’ont pas impressionné grand monde. Malgré la crise, le système reste toujours aussi fou puisqu’il permet aux banquiers de se verser des bonus faramineux au titre de 2008 et 2009 sans que les Etats ne réagissent.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : bonus, traders, crise financière, g20
27.09.2009
Un G20 trop lent et trop limité
Cette semaine, l’actualité a été dominée par la réunion du G20 sur la crise et ses conséquences. Comme d’habitude, les déclarations des dirigeants ont été bien plus enthousiastes que la réalité des décisions prises.
Un bilan bien léger
Pour être honnête, il y a tout de même deux points positifs dans ce sommet. Tout d’abord, le remplacement du G8 par le G20 est entériné, ce qui consacre un forum bien plus adapté pour la gouvernance mondiale puisqu’il associe les principaux pays émergents de la planète. Ensuite, le G20 a pris position en faveur du maintien des plans de soutien tant que le chômage n’aura pas cessé de monter. Les velléités de réduction des déficits sont donc intelligemment remises à plus tard.
Mais ces points positifs ne doivent pas camoufler la légèreté du bilan. Tout d’abord, comment ne pas être surpris qu’un an après la crise, les dirigeants de la planète en restent à des déclarations de principe et non pas à de vraies mesures. C’est bien beau de dire que « nous n’autoriserons pas un retour aux pratiques bancaires antérieures » mais on souhaiterait tout de même pouvoir étudier la réalité des mesures afin de juger les conclusions de ce sommet.
Une méthode qui limite la réforme
Le problème est que les dirigeants de la planète sous-traitent beaucoup trop la résolution de la crise à des comités d’experts qui ont failli… Le meilleur exemple est le fait que ce soit le comité Bâle 2 qui soit en charge de proposer de nouvelles règles prudentielles, alors que c’est ce comité qui avait mis en place les normes précédentes, largement insuffisantes, et qui avait poussé au passage au « marked to market » (l’évaluation des actifs au prix du marché) qui a eu un effet dramatique il y a un an.
Bref, peut-on espérer la moindre mesure positive d’un comité qui s’est tant trompé dans le passé ? Pire, il faut souligner que les lobbys bancaires des différents pays cherchent à s’assurer un avantage dans la réforme à venir tout en limitant la portée des changements en affirmant que des mouvements trop brutaux pourraient compromettre la reprise. Quand à la réforme des bonus, si la déclaration de principe n’est pas mauvaise, elle semble indiquer qu’on ira vers une réforme a minima.
Bref, ce G20 n’a été celui de la refondation du capitalisme, loin de là. Le système économique mondial sera légèrement ajusté et parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, nous pouvons nous attendre à une nouvelle crise sous 5 à 10 ans.
http://www.marianne2.fr/Ces-vraies-reformes-que-le-G20-ne-fera-pas_a182226.html
11:06 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : g20, comité bâle 2, bonus, normes prudentielles



