06.09.2011
Crise boursière : le château de cartes financier au bord de l’effondrement
Hier, le CAC 40 a clôturé sous les 3000 points, un effondrement de 8% en deux séances. L’indice parisien a baissé de plus de 25% depuis le 1er juillet. Techniquement il s’agit d’un krach, la baisse étant supérieure à 20%. Nous ne sommes décidemment pas sortis de la zone de fortes turbulences.
Et si la crise ne suspendait pas son vol ?
Il y a - six jours, je posais la question d’un risque d’effondrement rapide du système financier en concluant que même si on ne pouvait exclure une rechute rapide, il risquait de prendre un peu de temps. Mais depuis, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Les marchés sont de plus en plus inquiets à la fois sur la croissance et le niveau des dettes souveraines, aboutissant à des attentes contradictoires vis-à-vis des Etats.
La situation de la Grèce devient de plus en plus problématique. La situation du pays se détériore au lieu de s’arranger sous l’effet de ces plans imbéciles. En outre, les pays européens se font tirer les oreilles pour signer le plan, entre les finlandais qui veulent des garanties et la Cour de Karlsruhe qui va examiner demain un recours contre la participation allemande. Au même moment, le moral des ménages, des entreprises et des cadres s’effondre des deux côtés de l’Atlantique.
Aujourd’hui, les banques sont particulièrement visées par les déclarations de Christine Lagarde. Tout ceci devient extrêmement inquiétant car les marchés ont une grande capacité auto réalisatrice. En clair, la peur les fait baisser, ce qui entretient la peur, ce qui entretient la baisse, dans un cercle vicieux sans fin qui peut d’autant plus aboutir au chaos financier que les Etats sont affaiblis par rapport à 2008. Et si nous étions au bord d’une nouvelle crise majeure de liquidités du secteur bancaire ?
Les dirigeants de la planète aux abonnés absents
The Economist soulignait il y a quelques jours que nous devrions a priori échapper à une rechute violente car il nous manque un facteur déclencheur pour retomber en récession. En effet, les prix des matières premières sont en baisse, le marché de l’immobilier étasunien est stabilisé, certes à un niveau très faible, les taux longs sont très faibles, les banques centrales ne vont plus monter les taux courts. Bref, même si la situation n’est pas brillante, ils ne pronostiquaient pas une rechute.
Le problème est que l’économie dépend également de la psychologique et la chute brutale du moral des acteurs économiques est très dangereuse, typique d’une crise. Nous sommes bien à deux doigts d’une nouvelle récession. Et cela n’est pas illogique quand on constate à quel point les dirigeants de la planète ont laissé tel quel le système qui nous a mené au désastre en 2008. Les grandes promesses du G20 sont creuses. Presque rien n’a été fait en trois ans !
Et que dire du dérisoire débat gouvernemental sur la taxation des parcs d’attraction dans ce contexte ? Voici une mesure certes peu importante mais pas foncièrement injuste : pourquoi faudrait-il avoir un taux de TVA minoré sur une telle activité, qui attire beaucoup de touristes ? Mais voilà, le président de la République a encore une fois reculé devant la pression des lobbys démontrant à nouveau qu’il a bien une main molle dans un gant de fer alors que nous avons besoin de l’inverse.
Bien sûr, il est désespérant de voir à quel point rien n’a été fait pour corriger les carences de notre système économique. Mais il faut peut-être en passer par là pour espérer un rebond, toucher le fond pour faire prendre conscience de son inanité et faire émerger de nouveaux leaders politiques ?
08:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, bourse, grèce, christine lagarde, banques, the economist, g20
03.07.2011
Régulation financière : les leçons venues de Chine
Bien sûr, il ne s’agit pas de faire du régime chinois le modèle absolu d’organisation économique et encore moins pour la société. Néanmoins, la Chine démontre depuis quelques années qu’il est parfaitement possible de mieux réglementer la finance et de limiter la spéculation.
Un dirigisme à double sens
Dans les pays occidentaux, les dirigeants politiques et les instances de régulation ont pour principe de laisser faire les marchés et d’intervenir le moins possible, à moins d’un krach. La Bourse peut bien céder à une « exubérance irrationnelle », on laisse faire. Idem pour le marché immobilier qu’on laisse monter au-delà du raisonnable. Les interventions (par une baisse des taux d’intérêt ou une aide aux institutions financières) sont en général limitées aux cas extrêmes de baisse.
La Chine, à l’inverse, a adopté une politique macro-économique plus interventionniste. Elle se distingue par sa capacité à agir en cas de hausses excessives, là où les pays occidentaux se limitent essentiellement à agir en cas de fortes baisses. Que la bourse Chinoise monte excessivement, comme de 2006 à 2007, le gouvernement agit pour corriger les prix à la baisse. Idem avec les prix de l’immobilier : Pékin n’hésite pas à agir fermement pour calmer la hausse des prix.
Comment réguler la finance ?
Le gouvernement chinois avait décidé fin 2007 de provoquer une forte correction de la bourse de Shanghai après une multiplication par 6 des prix en à peine plus de deux ans. Et depuis l’an dernier, elle a agi de manière très volontariste (et avec succès) pour casser la hausse du prix de l’immobilier. Pour ce faire, Pékin a augmenté le montant de l’apport nécessaire à l’achat d’un bien immobilier et a également augmenter le montant des réserves des banques.
En un an, Pékin a ainsi imposé aux banques chinoises d’augmenter leurs réserves de 30% environ (de 17 à 22%), de manière à ralentir la croissance du crédit, qui s’était emballée avec le plan de soutien décidé en pleine crise économique. Et pour éviter d’être soumis aux hoquets du système financier international et maîtriser le cours de sa monnaie, la Chine est un des derniers pays à contrôler le mouvement des capitaux, qui ne circulent pas librement entre la Chine et le monde.
Tout ceci montre deux choses : non seulement qu’il est parfaitement possible de réglementer la finance et d’agir contre l’inflation des actifs. Mieux, cela signifie que la Chine pourrait être un allié de poids dans la réforme du système financier international contre le « laisser-faire » des anglo-saxons.
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11.05.2010
Rigueur, plan de soutien et vocabulaire
Si les mots ont un sens, il est surprenant de voir à quel point il peut être détourné pour servir une cause politique. Les deux derniers jours l’ont montré jusqu’à l’absurde.
Rigueur, je ne dirai pas ton nom
A priori, tout citoyen devrait espérer que son gouvernement gère les deniers publics avec une certaine rigueur, c'est-à-dire avec exactitude et en ayant le souci de ne pas dépenser plus que de raison. A la limite, un tel comportement devrait être considéré comme totalement normal et permanent. Mais voilà, la rigueur est devenue un mot tabou depuis que Pierre Mauroy l’a employé en 1983 pour marquer un virage qui rappelait l’austérité de Raymond Barre.
Résultat, le gouvernement se démène dans des circonvolutions sémantiques assez ridicules pour dire qu’il ne met pas en place la rigueur. C’est ce qu’a fait Pierre Lellouche hier soir sur France 2 en parlant de continuité alors que toutes les dernières annonces du gouvernement (gel des dépenses sur trois ans, suppression de certaines aides sociales ou fiscales) indique clairement un tour de vis budgétaire. Ce déni de réalité n’est pas sans rappeler le discours des régionales…
La victoire de l’Europe contre les marchés ?
Le « succès » du plan européen pour stabiliser les marchés financiers est également l’occasion d’un exercice sémantique assez hallucinant. En effet, utilisant volontiers un vocabulaire guerrier, on apprend que « L’Europe répond aux marchés par une riposte massive ». Où l’on voit les fiers fantassins d’une armée européenne déferler contre les troupes des terribles marchés et les terrasser après avoir été rudement bousculé la semaine dernière. Le Seigneur des Anneaux n’a qu’à bien se tenir…
Sauf que, quand on réfléchit un petit peu, on se rend compte que finalement, le marché a eu ce qu’il voulait. Ne serait-ce pas plutôt le marché qui a gagné et les dirigeants européens qui ont capitulé devant ses désirs (qu’ils soient légitimes ou pas) ? Le rebond colossal des bourses hier est-il le signe d’une victoire de l’Europe sur les marchés ou des marchés sur les pays européens ? En effet, les banques ont surtout gagné l’assurance d’être remboursées, avec intérêt. Au pire, les Etats paieront…
Il est proprement incroyable de tenir un discours aussi décalé de la réalité. Nul doute que cela concourt au divorce entre les Français et la politique. Mais cela devrait favoriser l’émergence d’une alternative…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : rigueur, pierre lellouche, plan de soutien, bourse
08.02.2010
Marché-roi, marché-fou
Drôle de semaine sur les bourses du monde. D’une part, le patron de Goldman Sachs annonce qu’il ne touchera « que » 9 millions de prime en 2009. De l’autre, les marchés s’effondrent avec l’envolée des taux sur la dette publique des pays du Sud de l’Europe.
Une nouvelle crise financière ?
Le moins que l’on puisse dire est que la baisse brutale des bourses de la semaine dernière est inquiétante. A l’échelle de la Grèce, la hausse des taux longs (passage de 1,5 à 3,5 points d’écart avec les taux Allemands en quelques mois) représente une facture additionnelle de 1 milliard d’euros par an (le pays empruntera 50 milliards cette année), soit 0.5% du PIB grec. Alors que l’on débat sur une taxation de la finance, les marchés arrivent, eux, à imposer une taxe aux Etats.
Cette crise boursière pose un double problème. Tout d’abord, il y a fort à parier que l’action des fonds spéculatifs explique l’ampleur des mouvements récents. Aucune règle n’a été définie suite à la crise, donc les marchés fonctionnent comme avant. Il est plus que probable que les fonds spéculatifs ont parié sur cette hausse des taux, et en pariant, l’ont provoqué… Pire, cette spéculation renchérit considérablement le coût d’une dette contractée par les Etats en partie pour sauver les marchés…
Il y a cependant une bonne nouvelle : la baisse de l’euro. Bizarrement, la plupart des analystes décrivent de manière horrifiée la baisse de la monnaie unique européenne à 1,36 dollars. Il s’agit pourtant d’une bonne nouvelle pour nos exportateurs, qui regagnent une compétitivité perdue par la surévaluation de notre monnaie. Mais il reste encore du chemin à faire pour que l’euro retrouve un cours raisonnable (Michel Aglietta évalue l’euro à 1,07 dollars à parité de pouvoir d’achat).
Les esprits animaux
Comment ne pas penser à cette remarque de Keynes quand on constate la ruée spéculative contre les emprunts d’Etat ? Il est difficile de savoir où elle va s’arrêter même si les écarts de taux entre pays atteignent de tels niveaux que théoriquement la spéculation devrait bientôt finir, certains fonds pouvant parier sur une baisse quand ils penseront que les écarts atteints ne sont pas justifiés. Mais, la crise peut aussi aller s’amplifiant, et atteindre l’Espagne, l’Italie, la France et les Etats-Unis…
Le problème est qu’il est difficile de trouver une réponse appropriée. Trop de rigueur risque d’effrayer des marchés qui pourraient craindre pour la reprise (bien molle en Europe), et pas assez de rigueur risque de les inquiéter sur le laxisme européen… Il y a pourtant des solutions, comme le souligne Hervé Nathan sur Marianne 2. Malheureusement, aucun dirigeant européen ne semble vouloir tirer les leçons de la grande crise économique que nous traversons.
Pire, tous les excès passés subsistent, comme l’illustre à merveille le « geste » du patron de Goldman Sachs, qui a limité à 9 millions de dollars sa prime pour 2009 (1000 fois le salaire minimum des Etats-Unis !). Quand une telle décision peut être présentée comme un effort alors que les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat fin 2008 et que beaucoup de citoyens étasuniens sont au chômage ou expulsés de leur maison, comment ne pas comprendre que l’on marche sur la tête ?
En fait, nous avons besoin de nouveaux Roosevelt, de dirigeants politiques capables de prendre des mesures radicales pour encadrer les pratiques d’un marché fou qui ne profite qu’à une poignée. Il est incroyable que les grands partis soient incapables de le comprendre.
11:08 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : euro, grèce, bourse, goldman sachs
08.01.2010
Contre les quotas dans les grandes écoles
Ce sera sans doute une des polémiques de la semaine : faut-il instaurer ou non des quotas de boursiers dans les Grandes Ecoles pour favoriser l’ascenseur social ?
Une volonté d’ascenseur social
A l’origine, la volonté d’imposer des quotas peut partir d’un bon sentiment. En effet, depuis quelques décennies, les élèves des grandes écoles d’ingénieur et de commerce ont tendance à être de plus en plus issus d’un même milieu social. On peut y voir deux raisons. Tout d’abord, ce milieu social permet aux jeunes d’étudier dans de meilleures conditions, et être ainsi mieux préparés, ainsi que d’avoir plus facilement accès à ses études. Ensuite, il est évident que le coût croissant des études commerciales peut dresser des barrières, malgré des formules comme l’apprentissage.
Les Etats-Unis symbolisent mieux que quiconque cette dérive comme le raconte Paul Krugman. Un élève de 4ème dans le dernier quart de sa classe mais dans le premier quart pour les revenus de ses parents a autant de chances d’aller à l’université qu’un élève du premier quart de la classe mais dont les parents sont dans le premier quart pour les revenus… Le système étasunien, à mille lieues du fameux rêve américain, ne promeut pas le mérite du travail mais reproduit la condition sociale. Une telle dérive n’est pas acceptable et il convient de tout faire pour replacer le travail comme discriminant.
La mauvaise réponse des quotas
Mais la conférence des grandes écoles a raison de refuser les quotas car, comme le montre Marianne 2, cette solution ne fonctionne pas. Les Etats-Unis reviennent sur l’affirmative action, qui créé plusieurs classes d’étudiants. En outre, s’il y avait des quotas pour les boursiers, faudrait-il imaginer des quotas par sexe, région ou autre ? On sait où l’on commence mais pas où l’on s’arrête. Et comme le souligne justement David Desgouilles, il n’y a pas plus égalitaire qu’un concours qui met tout le monde sur la même ligne de départ. Les quotas induisent des discriminations de fait entre les candidats.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faille rien faire, loin de là. Pour une fois, je suis d’accord avec le gouvernement, en la personne de Valérie Pécresse au Grand Journal de Canal Plus mercredi soir. L’Etat doit faciliter l’accès aux classes préparatoires des étudiants issus de milieux populaires pour davantage leur donner une chance. Ensuite, il convient de s’assurer que ces étudiants peuvent faire leurs études dans de bonnes conditions (via l’apprentissage…). Mais il ne serait pas juste qu’ils passent devant un étudiant qui aurait de meilleurs résultats, parce qu’ils viennent d’un milieu plus modeste.
L’Etat doit promouvoir l’égalité des chances, en s’assurant que les personnes de conditions plus modestes aient un bon accès à l’ascenseur social. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille traiter les citoyens de manière inégalitaire en fonction de leur origine sociale.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grandes écoles, quotas, bourse, ascenseur social, paul krugman
06.01.2010
Le sens de la hausse de la bourse
Ca y est, le CAC 40 a repassé le cap des 4000 points ! Que de chemin parcouru depuis le plus bas atteint le 9 mars dernier où l’indice des 40 valeurs vedettes de Paris était tombé sous les 2600 points. Que faut-il en tirer ?
Les raisons de la hausse
Le décalage entre l’économie réelle et l’économie financière a sans doute atteint son maximum puisque le chômage continue encore à progresser, même si c’est à un rythme ralenti alors que les bourses occidentales ont progressé d’environ 50% en 10 mois et d’environ 20% en un an. On peut assez logiquement se demander si une nouvelle bulle n’est pas en train de se former et si les marchés ne cèdent pas une nouvelle fois à leur coutumière exubérance irrationnelle.
Il y a pourtant des raisons solides pour justifier cette hausse. La première est tout simplement l’ampleur de la baisse de l’an dernier. L’exubérance irrationnelle est aussi valable à la baisse qu’à la hausse et la valorisation atteinte par certaines entreprises il y a un an était dérisoire, ce qui explique mécaniquement le rebond. En outre, la récession est finalement moins grave qu’anticipé et les profits des entreprises ont mieux résisté que prévu, certains étant à peine affectés par la récession.
Faut-il y voir une nouvelle bulle se former ?
Mais si les raisons de la hausse sont claires, peut-on juger cette progression raisonnable ? Paradoxalement, une tribune ironique de Marianne 2 nous donne les clés. A 4000 points, le CAC 40 reste encore plus de 30% sous son pic de 2008 et encore près de 40% sous celui de 2001. Bref, si l’on considère cyniquement (mais réalistement) que les profits des entreprises vont rapidement se reconstituer, alors les valorisations actuelles n’ont rien de déraisonnables et on peut anticiper que la hausse va se poursuivre.
La hausse impressionnante de la bourse depuis quelques mois était inscrite dans la baisse excessive de la fin 2008 – début 2009. Pour l’instant, il n’y a pas à s’inquiéter car le niveau des cours n’est pas exagéré. Le temps de la bulle n’est pas encore arrivé, d’autant plus que tous les mécanismes qui permettent aux entreprises de maximiser leurs profits sont encore en place, ce qui promet des retours juteux pour les actionnaires dans les années à venir…
La hausse actuelle de la bourse n’est absolument pas anormale. Elle ne fait que refléter les excès (pouvoir du capitalisme actionnarial, instabilité) de l’économie actuelle. Cela ne signifie donc pas que tout va bien dans le meilleur des mondes, bien au contraire.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, bourse
24.08.2009
Ce que nous dit la hausse de la bourse
Vendredi, les marchés ont terminé au plus haut depuis le mois de novembre dernier. Le CAC 40 a dépassé le cap des 3600 points, mille points de plus que début mars ! Certains parient sur un niveau de 4000 points en fin d’année. Quel est le sens de cette hausse ?
Pourquoi une telle progression ?
Certes, le PIB de la zone euro a seulement baissé de 0,1% au deuxième trimestre (contre 2,5% au premier), mais la remontée de la bourse semble complètement déconnectée de l’économie réelle par son ampleur. Il y a pourtant deux bonnes raisons pour justifier le bond de près de 40% des indices boursiers depuis leur point bas, atteint il y a cinq mois et demi. Tout d’abord, la baisse était excessive. Beaucoup d’entreprises se négociaient à des cours dérisoires par rapport à leur valeur réelle : le marché est aussi excessif à la hausse qu’à la baisse, et on peut considérer qu’il y a un effet de rattrapage derrière cette hausse.
Ensuite, la deuxième raison est que les nouvelles économiques sont généralement meilleures que ce que les marchés avaient anticipé. Aux Etats-Unis, le chômage a légèrement baissé en juillet, le prix des maisons dans les 20 premières villes du pays a monté pour la première fois depuis plus de deux ans. Tout semble indiquer que l’économie sera en croissance ce trimestre. En Europe, les chiffres de la zone euro sont meilleurs que prévus, notamment en France et en Allemagne, qui semblent sorties de la récession. Et la vigoureuse reprise asiatique fait que le monde est sorti de récession au deuxième trimestre.
Un système sauvé mais pas changé
Un examen plus approfondi révèle néanmoins un déséquilibre inquiétant. En effet, si le CAC 40 a repris 40% depuis son plus bas, il reste plus de 40% sous son point haut d’avant crise (la Bourse a perdu plus de 60% lors de la crise). Curieusement, l’examen de l’évolution de l’action de la BNP révèle une reprise bien plus vigoureuse. En effet, l’action BNP a brièvement dépassé le cap des 70 euros avant la crise, puis est tombée à 20 euros, une baisse de 70%. Ce samedi, l’action BNP était à 58,9 euros, soit un quasi triplement de sa valeur depuis son point bas. L’action n’est que 20% moins chère qu’avant la crise.
À première vue, une telle évolution semble logique : en effet, en pleine panique financière, il est logique que la valeur des banques soit particulièrement sanctionnée et qu’elle rebondisse plus vite lors de la reprise. Mais ce que montre le cas de la BNP, c’est que certaines banques ont retrouvé 80% de leur valeur boursière d’avant la crise quand le marché a péniblement atteint le cap des 60%… Cela signifie que certaines banques se sortent comparativement mieux de cette grave crise financière que la grande majorité des entreprises, ce qui est profondément injuste vu l’origine bancaire du krach.
Les nouveaux privilèges des banques
En fait, paradoxalement, le secteur bancaire sort considérablement renforcé. Les plus grandes banques savent désormais de manière certaine qu’elles ont droit à une assurance-vie accordée gracieusement par les Etats, du fait du risque systémique qu’elles font porter sur l’économie mondiale. Quoi qu’elles fassent, elles seront toujours soutenues : changement de règles comptables pour éviter des dépréciations, prêts, prise de participation au capital, garantie de plusieurs centaines de milliards d’euros sur leur bilan dans les pays européens, rachat de créances pourries…
Tout a été fait pour les sauver de leurs excès, de leurs mauvais modèles, de leurs règles prudentielles qui n’avaient de prudentielles que le nom. « Le laisser faire a conduit au laisser aller » pour citer Dominique de Villepin. Mais le plus incroyable est l’absence totale de remise en cause de ce système qui a failli mener le monde dans une nouvelle Dépression. Les cours de bourse ne font que sanctionner cet état de fait : les banques ont triomphé sur toute la ligne. Presque personne ne semble se poser des questions sur les réformes nécessaires, à part Frédéric Lordon…
Bonne nouvelle : la hausse de la bourse est sans doute le prélude à une reprise économique. Mauvaise nouvelle : tous les déséquilibres passés restent en place, notamment l’exploitation de l’économie réelle par la finance, qui vient de gagner une assurance-vie sans aucune contrepartie réelle pour l’instant.
Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2009/08/22/04003-20090822A...
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04.04.2009
G20 : ils ont sauvé le système sans le changer véritablement
Dans une dramatisation digne d’une série américaine, le monde serait passé de l’ombre à la lumière grâce au G20. Pourtant, la plupart des conclusions présentées avant-hier étaient déjà annoncées il y a plusieurs semaines. Que peut signifier cet unanimisme de la plupart des commentateurs ?
Un décalage de perception inédit
Alors que la quasi-totalité des médias se félicite des avancées du G20, qui seraient historiques, France 3 faisait un sondage sur son site hier pour demandaient aux Français s’ils faisaient confiance au G20 pour changer les règles de l’économe. Surprise, plus de 90% des plus de 30 000 votants ont répondu « non ». Pourtant, les bourses ont réagi très positivement malgré la légère prise de bénéfice d’hier. Alors que le CAC 40 avait touché les 2460 points en séance le 9 mars, il a repris la bagatelle de 20% en 4 semaines à peine.
Pendant que les Etats-Unis annoncent la destruction de 663 000 emplois en mars, portant le niveau de chômage à 8,5% et le nombre d’emplois perdus à 5 millions (!!!) en 15 mois, les mêmes marchés aux comportements irrationnels et les mêmes dirigeants qui les avaient laissé faire, semblent voir le bout du tunnel. Et comme souvent, cette prophétie a des chances de devenir auto réalisatrice, dans la mesure où elle permet une hausse des bourses qui vient soulager les institutions financières de la planète.
Bien sûr, rien n’est complètement réglé : la hausse du chômage est d’une violence inédite depuis 80 ans et les prochains chiffres du PIB (pour le 1er trimestre 2009) devraient être très mauvais, notamment aux Etats-Unis. Les marchés ne vont donc pas reprendre sans à coup. Mais, cette nouvelle étape semble confirmer l’hypothèse que j’avais faite lundi d’une sortie progressive (quoique illusoire et temporaire) de la crise dans quelques mois. Les marchés réagissent en général avec un temps d’avance sur l’économie réelle.
Le système néolibéral sort renforcé
Il y a quelques semaines, dans un papier sur « la crise de l’anarchie néolibérale », j’avais attribué la responsabilité de la crise actuelle à une triple déréglementation, financière, monétaire et commerciale. L’examen des conclusions du G20 montre malheureusement que les dirigeants du monde ne souhaitent en aucun cas changer le système qui nous a mené au bord du précipice économique. Les questions monétaires, pourtant essentielles, sont tout bonnement ignorées.
Le cas du libre-échange est encore plus caricatural puisque le protectionnisme est condamné comme un mal rendu responsable de la grande dépression, alors qu’il n’en était que la conséquence. Mais surtout, s’il est vrai qu’il y aura une légère progression de la réglementation financière, beaucoup de flou demeure dans le détail des mesures. La liste des paradis fiscaux le montre bien : plus que trois pays en liste noire et Jersey en liste blanche. Ils ne sont pas purement et simplement interdits comme on aurait pu le souhaiter.
Si les mesures annoncées pour la réglementation financière vont dans le bon sens (rémunération des traders, normes prudentielles des banques), tout dépendra du détail. En outre, la taxe Tobin n’a naturellement pas été évoquée… L’encadrement promis pourrait bien n’être que très limité sur les questions financières et il sera nul sur les questions monétaires et commerciales. Des gages sont donnés pour l’affichage, mais rien ne change vraiment, avec toutes les conséquences que cela signifie.
Il y a quelque chose de proprement incroyable dans l’auto célébration des conclusions d’un G20 pourtant bien timide. Si cette présentation des choses peut faciliter la sortie de cette crise, il y a fort à parier que cela ne fait qu’en préparer une prochaine, qui pourrait être encore plus violente.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...
11:26 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : g20, paradis fiscaux, bonus, bourse, anarchie néolibérale
01.12.2008
Ce que la crise financière dit sur les retraites
À défaut d’avoir provoqué une nécessaire refonte du capitalisme, la crise que nous traversons devrait nous permettre d’éviter un certain nombre de mauvaises réformes, au premier rang desquelles le passage aux retraites par capitalisation.
En effet, même si on parle assez peu en France, les conséquences de la chute des marchés sont catastrophiques pour les retraités ou futurs retraités dans les pays qui accordent une part importante aux systèmes de retraite par capitalisation. Aux Etats-Unis, des millions d’Américains vont devoir prolonger leur activité pendant de nombreuses années pour pouvoir avoir une retraite décente. Le Monde rapporte dans cet article le cas de la Grande-Bretagne où la montée en puissance des retraites par capitalisation ne laisse subsister qu’une maigre pension par répartition. Plus de 60% des actifs ne pourront pas compter sur plus de 560 livres par mois selon le quotidien du soir. Et l’effondrement des marchés provoque une baisse importante des retraites.
Le quotidien prend l’exemple d’un salarié (aisé) aux revenus de 35 000 livres par an. Son pécule a diminué d’un tiers, passant de plus de 300 à 200 mille livres depuis le mois d’août. Résultat, il ne peut plus compter que sur 10 000 livres annuelles au lieu de 15 000, une ponction d’un tiers de son pouvoir d’achat en à peine quelques mois. Les soubresauts toujours plus extrêmes du marché se retrouvent directement dans le niveau des retraites, ce qui est tout de même assez inquiétant quand on constate les mouvements des marchés depuis une douzaine d’années.
En fait, la crise montre sans doute que le système de retraite par capitalisation n’est pas pas une solution car une succession de mauvaises années pourraient laisser une partie importante des retraités avec des pensions ridicules. On ne peut pas confier au marché le soin d’assurer un niveau de retraite suffisant pour les personnes qui quittent le marché du travail. Le système de répartition, malgré toutes ses limites, démontre qu’il est un système plus sûr pour assurer un niveau de pension décent pour nos retraités. Néanmoins, il est évident qu’avec l’augmentation de la durée de la vie, il est nécessaire d’allonger la durée de cotisation pour assurer des pensions décentes.
Il y a quelque temps, les défenseurs de la déréglementation espéraient convertir la France aux retraites par capitalisation. Mais la crise actuelle expose les limites de ce système et plaide pour un système par répartition. Cela ne l’exonérera pas d’une réforme pour assurer des pensions suffisantes pour autant.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11...10:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, retraites, bourse
03.08.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : au cœur de la crise économique
Il y a quelques semaines, j’avais publié un article sur le fait que la crise économique risquait d’être plus dure que prévue, contrairement à ce que j’avais un peu imprudemment avancé dans un autre billet. Retour sur les causes et perspectives de cette crise.
En effet, les dernières nouvelles du front économique se reflètent dans les soubresauts brutaux de la Bourse, qui, malgré un récent rebond, a beaucoup baissé. La conjugaison de l’explosion des prix de l’énergie et de l’alimentaire, de la crise financière, de la crise immobilière et de la crise monétaire peut fait craindre le pire pour les années à venir. Tout est parti de la crise immobilière, consécutive à une appréciation irrationnelle de l’immobilier. En fait, les pratiques commerciales excessives des banques sont les responsables de la crise actuelle. En accordant des prêts à taux variables hypothécaires, basés sur la valeur des biens achetés, à des ménages modestes, elles ont enclenché un cercle particulièrement vicieux.
La baisse des prix immobiliers, qui avaient atteint des niveaux excessifs, plonge des millions de ménages modestes dans une situation de faillite personnelle, et provoque la saisie de leur maison du fait du mécanisme hypothécaire de leurs emprunts. Du coup, les difficultés de remboursement touchent les banques, qui voient les mauvaises créances se multiplier, d’où les dizaines de milliards de provisions passées depuis un an. C’est ainsi que le prix de l’immobilier dans les grandes villes aux Etats-Unis baisse de 14% en rythme annuel, soit 18% en prenant en compte l’inflation, une baisse plus rapide que sous la Grande Dépression des années 30.
Pire, cette baisse s’auto entretient puisque la baisse des prix et les difficultés des banques restreignent le crédit et donc la capacité des ménages à investir dans l’immobilier. La baisse consécutive de la demande de logements, conjuguée à la hausse de l’offre, résultat des saisies de biens à vendre et de programmes immobiliers commencés en des temps meilleurs, pousse les prix plus bas encore, ce qui renforce encore la prudence des banques… Ce mécanisme pervers s’est enclenché aux Etats-Unis, puis en Espagne et touche maintenant l’Irlande et le Royaume Uni , où les prix baissent désormais de 6%, alors qu’ils étaient encore en hausse de 10% il y a un an…
Mais le pire reste à venir puisque que Capital Economics, cité par The Economist, prévoit un ajustement aussi sévère qu’il y a une vingtaine d’années puisque la baisse pourrait atteindre 15% en 2008 et 12% encore en 2009, plongeant deux millions de ménages anglais en faillite ! Résultat, le nombre de mise en chantier s’effondre, ce qui pèse sur l’économie, sachant que la baisse des prix de l’immobilier a également un effet direct sur le niveau de la consommation outre-Manche. La situation est particulièrement délicate au Royaume Uni parce que le gouvernement n’a pas de marges de manœuvre budgétaires pour soutenir la croissance, contrairement à l’Espagne, qui tire profit des excédents engrangés ces dernières années.
Malheureusement, cette crise a d’autres conséquences, que certains libéraux, dont The Economist, rechignent à accepter. L’effondrement de la valeur des biens immobiliers et des les actions poussent clairement les investisseurs à investir sur les matières premières et l’énergie pour trouver des valeurs dont le cours est orienté à la hausse. Bien sûr, il y a aussi un déséquilibre entre l’offre et la demande qui explique la hausse du prix du pétrole ou des céréales, mais ce phénomène est largement aggravé par la spéculation. La Banque Mondiale a récemment estimé que 75% de la hausse des cours venait de ces transferts de capitaux.The Economist a beau jeu de souligner que seulement 12% des contrats sont attribuables à la spéculation, mais ce chiffre a triplé en seulement quatre ans.
Le problème est que cette hausse des prix aggrave plus encore la situation des économies occidentales en opérant un prélèvement important sur les ménages, et pesant sur la consommation, principal moteur de la croissance. Pire, en faisant remonter l’inflation à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans, cela a provoqué un bien inutile raidissement de la BCE sur le front des taux. La politique restrictive de la banque européenne pèse doublement sur la croissance européenne en serrant le crédit et ayant provoqué un nouveau renchérissement de l’euro de 20% pénalisant nos exportations plus encore. Pire, Jean-Claude Trichet passe clairement le message que ce sont les ménages qui doivent absorber l’inflation supplémentaire et demande aux entreprises de ne pas monter les salaires. Et c’est ce qui se passe !
Mais cette réponse à la crise est profondément injuste socialement puisqu’elle fait peser sur le budget des ménages les ajustements de nos économies à des matières premières plus chères. Pire, comme l’énergie et l’alimentaire pèse plus lourd dans le budget des ménages modestes, cela revient à faire peser sur eux les ajustements de nos économies à une crise, on le rappelle, provoquée par les excès des banques américaines… Pire, ces ménages se voient sommés par une BCE inhumaine de ne pas demander de hausse de salaire. Et ils pourraient perdre leur emploi, comme on commence à le constater aux Etats-Unis ou en Espagne. Pendant ce temps, les patrons du CAC 40 voient leurs revenus croître de plus de 40% en 2007…
Mais ce triste scénario global a des variantes régionales. Les Etats-Unis et le Royaume Uni devraient être les premières victimes de la crise car ce sont les pays où les consommateurs sont les plus endettés et où l’Etat n’a pas de marge de manœuvre budgétaire. L’Espagne, largement endettée elle aussi, pourra amortir la crise par l’intervention financière de l’Etat. Ceci montre bien le caractère en partie artificiel de la réussite de ces deux pays européens. Cela modère les jugements souvent catastrophistes à l’égard de notre pays puisque depuis dix ans, la France a connu une meilleure croissance que l’Italie ou l’Allemagne et que l’avance espagnole et britannique était en partie artificielle.
La France apparaît comme un peu plus protégée face à cette crise. Nos banques sont celles qui ont le moins perdu avec les subprimes. Les ménages français sont parmi les moins endettés d’Europe, qui plus est, à taux fixe, ce qui devrait éviter les scénarios dramatiques à l’anglo-saxonne. En outre, notre économie est une des moins dépendante à l’égard du pétrole et nous bénéficions de la hausse du prix des produits agricoles plus que nos voisins. Malheureusement, nous allons souffrir de la hausse de l’euro et du ralentissement économique mondial, qui pèsera naturellement sur notre croissance. En outre, les marges de manœuvres budgétaires ont été dépensées l’an dernier avec le « paquet fiscal ».
Bref, le pire est malheureusement peut-être devant nous, même si la France (comme l’Allemagne d’ailleurs) devrait mieux s’en tirer. Mais ce qui est le plus choquant reste l’absence totale de réaction des politiques pour mieux réguler une économie libérale dont les chocs sont de plus en plus violents et montrent les limites.
Source : The Economist
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