25.01.2010

Le jour où Barack Obama a défié la finance

Ira-t-il jusqu’au bout ? Ne s’agit-il pas uniquement d’une posture consécutive à la défaite des démocrates au Massachussetts ? Difficile de le savoir. Néanmoins, Barack Obama est le premier chef d’Etat dont les déclarations font baisser les bourses, signe qu’une véritable réforme est peut-être en marche.

Une simple posture…

Autant les déclarations et les mesurettes prises sur les bonus ne sont que des postures destinées à donner le change vis-à-vis des opinions publiques, quels que soient les pays, autant les propositions de Barack Obama vont beaucoup plus loin. Bien sûr, on peut suspecter que cette prise de position est plus tactique que stratégique, qu’elle vise principalement à relancer une présidence qui est aujourd’hui en difficulté avec la perte de la majorité qualifiée au Sénat.

Cette thèse est forcément crédible quand on pense à l’équipe assez conservatrice et très libérale que le président étasunien a rassemblée. En outre, les institutions des Etats-Unis ne permettent pas au président de passer en force un projet qu’il jugerait prioritaire et toute réforme est soumise à l’influence souvent délétère des lobbys. Ainsi, on peut se demander si Barack Obama ne prend pas une posture populaire pour retrouver la confiance des électeurs.

Ou une vraie volonté ?

On peut néanmoins se souvenir que Barack Obama avait imposé aux banques qu’il avait aidées des fourches caudines suffisamment sévères pour que ces institutions financières cherchent par tous les moyens à rembourser l’aide de l’Etat. Il vient de parler des « bonus obscènes » des banques, au moment où Goldman Sachs annonce des records de profits et une envolée de la rémunération de ses employés. Mais ce sont ses dernières annonces qui révèlent un changement de ligne.

En effet, les propositions qu’il a faites ont le potentiel de véritablement réduire le risque systémique du système financier. En effet, l’interdiction pour les banques de spéculer avec leurs fonds propres est une vraie mesure, de même que la volonté de limiter la taille des établissements bancaires, pour qu’ils ne soient plus « trop gros pour les laisser tomber ». Bien sûr, ses déclarations restent trop vagues pour émettre un jugement définitif, mais il est le premier grand dirigeant à aller aussi loin.

D’ailleurs, Wall Street ne s’est pas trompé puisque la bourse a très mal accueilli les propositions du président, abandonnant 2% le jour de l’annonce, avec des pertes atteignant 6% dans le secteur bancaire. En effet, moins de risques, c’est aussi moins de spéculation et de profits sur cette spéculation. Le monde financier a bien compris que la limitation du risque systémique porte en elle la limitation de ses profits indécents en mettant un frein à l’effet de levier utilisé abusivement.

Jusqu’à présent Barack Obama a conservé une attitude assez modérée, à mille lieues de Franklin Roosevelt, donnant l’impression qu’il ne réformerait pas le système financier comme il faut le faire. Ses dernières déclarations donnent un nouvel espoir, proportionnel à la baisse des bourses.

20.04.2009

Ils sont en train de sauver le système !

La semaine dernière, les bourses du monde entier ont salué les bons résultats des banques, permettant au CAC 40 de repasser la barrière des 3000 points et au Dow Jones celle des 8000, indiquant une probable (quoique illusoire) sortie de cette crise. L’occasion de revenir sur mes prédictions de début d’année.

Un grand pas vers la sortie de crise

Depuis un peu plus d’un mois, une déconnexion majeure s’est faite entre l’économie réelle et le monde financier. Aux Etats-Unis, il y a 600 000 chômeurs de plus tous les mois, ce qui a provoqué une envolée du taux de chômage à 8,5%. En France, ce sont 170 000 personnes de plus qui gonflent les rangs des demandeurs d’emploi depuis le début d’année. Les plans de licenciement font la une des informations tous les jours dans le monde entier. Pourtant, en quelques semaines, les bourses ont monté de 20 % !

À première vue, on pourrait croire à un nouveau signe de l’exubérance irrationnelle des marchés. Pourtant, il ne faut pas oublier que les marchés ont toujours tendance à précéder la reprise de l’économie réelle. Et si cette hausse des bourses annonçait simplement la sortie à venir de cette crise ? En effet, il y a des raisons de croire qu’une telle sortie (aussi illusoire soit-elle) est possible : les marchés avaient trop baissé, les Etats ont injecté des milliards dans l’économie et, à partir du 4ème trimestre, le comparatif sera favorable.

Dès lors, s’il est sûr que les chiffres du premier trimestre 2009 seront très mauvais, on peut imaginer que les chiffres du PIB seront à nouveau positifs à partir du 4ème trimestre 2009, permettant une sortie officielle de la crise. D’ailleurs, même les banques touchées par la crise renouent avec des profits spectaculaires, que la hausse des bourses va renforcer. On peut objecter à certaines pratiques comptables, mais les résultats sont là : Citigroup a dégagé plus de 1,6 milliards de profits au premier trimestre.

Premier point d’étape sur le grand choc de 2017

Début janvier, j’avais publié une série de 7 articles de politique-fiction exprimant mes prévisions pour les années à venir pour mieux expliquer ma vision des évènements à venir. Ma théorie, qui se trouve (pour l’instant) largement confirmée est que le système néolibéral va se sauver avec quelques réformettes, mais que ce sauvetage ne remettra pas en cause ses travers, ce qui aboutira à la fois à une sortie de crise illusoire et à la gestation d’une nouvelle crise qui aboutirait à un vrai changement de système.

À dire vrai, pour l’instant, je n’ai pas trop à rougir de mes prédictions, même si cela est plus facile à court terme. En effet, les baisses de PIB annoncées se sont révélées exactes. Et le sommet imaginé de Bretton Woods ressemble à celui du G20 de Londres. Les mouvements de la bourse correspondent à la réalité à quelques semaines de décalage puisque le CAC est bien passé sous les 2600 points et le Dow Jones sous les 7000 avant de rebondir à leur niveau de fin 2008…

Du coup, pour l’instant, je maintiens l’ensemble de mes prévisions du début d’année, à l’exception près de la réélection de Gordon Brown. En effet, j’avais largement sous-estimé la volonté de changement de la Grande-Bretagne après douze années de mandat travailliste. Malheureusement, je crois que nous allons connaître une sortie de crise qui laissera le système économique néolibéral quasiment intact, comme le montre le ridicule des conclusions du G20 sur les paradis fiscaux ou la titrisation.

Même si l’on ne peut pas encore exclure un nouveau rebond de la crise, il est probable que nous allons en sortir, de manière illusoire car nous n’avons pas les bons dirigeants pour changer le système. L’alternative reste à construire. Rendez-vous sur Horizons pour lire des réflexions passionnantes sur le sujet.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/18/le-soul...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/18/les-ban...

Le Grand Choc, épisode 1 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

Épisode 2 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...

16.10.2008

Crise économique : les marchés rattrapés par l’économie réelle

2000 milliards d’euros en Europe, 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, les dirigeants politiques qui garantissent les dépôts et protègent les banques de la faillite. Tout semblait réuni pour sortir de la crise, mais patatras ! Les marchés se sont à nouveau effondrés devant la récession qui s’annonce.

La baisse des bourses est sévère, au point d’annuler les gains consécutifs à l’annonce du plan de soutien européen. La raison invoquée par les investisseurs est la crainte de la récession économique à venir. Les premiers chiffres des Etats-Unis laissent entendre que le PIB devrait reculer au troisième et au quatrième trimestre et beaucoup d’analystes pensent que la récession ne devrait pas s’arrêter début 2009 : pour la première fois depuis plus de cinquante ans, l’économie Américaine pourrait se contracter pendant trois trimestres consécutifs. L’effondrement des ventes de logement, d’automobiles et du crédit laisse présager une chute qui pourrait être plus dure qu’habituellement. Et le scénario ne devrait être guère plus réjouissant de ce côté-ci de l’Atlantique, pour les mêmes raisons.

Le raisonnement des marchés est malheureusement assez logique, même si l’ampleur de leur réaction illustre leur « exubérance irrationnelle ». Si les dirigeants du monde n’ont pas lésiné dans leur soutien au monde financier, ils semblent avoir oublié l’économie productive. Car le soutien aux banques va seulement permettre de dégonfler la bulle financière de manière moins brutale. Mais ce dégonflement de la valeur des actifs continuera à avoir un effet dépressif sur l’économie réelle car il est peu probable que les ménages compensent en augmentant leur endettement… Le problème est que la conjonction d’une crise financière et économique rend plus difficile la sortie de crise puisque l’un entraîne l’autre vers le bas. Si nous laissons faire la main du marché, il n’y a aucune raison que l’économie redémarre.

Heureusement, il y a une solution : il faut provoquer un découplage entre la finance et l’économie réelle. En effet, il serait vain de vouloir regonfler une bulle financière pour provoquer une nouvelle explosion dans quelques années. La seule solution est donc un plan massif de soutien à l’économie réelle. Cela passe par un abaissement drastique et rapide des taux d’intérêts de la BCE (pour mémoire, les taux sont toujours à 3,75% en Europe contre 1,5% aux Etats-Unis) pour réduire le coût du crédit. Cela passe également par un vaste plan de soutien à l’activité (plusieurs centaines de milliards d’euros) sous la forme d’un programme de grands travaux en Europe (infrastructures, rénovation écologique des bâtiments, logements sociaux…). Un tel plan permettra d’éviter les licenciements en cours dans le BTP (180 000 prévus en France en 2009).

Ce plan n’est guère original car il ne fait qu’additionner la politique de la Fed au plan de soutien à l’économie de l’Espagne. Mais, mis en œuvre à l’échelle de l’Europe, il peut découpler l’économie européenne des soubresauts des Etats-Unis, surtout s’il s’accompagne de mesures pour éviter un dérapage du commerce extérieur (que la baisse probable de l’euro, consécutive à la baisse des taux, pourrait permettre). Alors, bien sûr, l’endettement des pays européens est déjà élevé, mais le dégonflement de la bulle financière aura un effet dépressif qui pourra sans doute permettre un recours partiel à la création monétaire. En outre, il ne faut pas croire que sans plan de soutien, la récession économique nous permettra de maîtriser les finances publiques (en 1993, nous avions dépassé les 6% de déficit public…).

Le seul intérêt de cette énième crise boursière est qu’elle fera sans doute prendre conscience aux politiques qu’il y a urgence à prendre la mesure de la crise économique. Ce qui a été fait pour sauver les banques doit être fait pour sauver l’économie réelle et les emplois.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/15/les-marches-asiatiques-renouent-avec-la-nervosite_1106919_1101386.html#ens_id=1089411

14.10.2008

Crise économique : la dictature de la finance, suite

Tout est bien qui finit bien ! Voilà comment la plupart des médias ont réagi suite à l’accord de l’Eurogroupe pour garantir les emprunts interbancaires et permettre la recapitalisation des banques sur le modèle anglais. La résolution de la crise révèle cependant un nouveau tropisme financier inquiétant.

1300 milliards d’euros : c’est la somme que l’Allemagne, la Grande Bretagne et la France seules ont mis sur la table en dix jours pour calmer les marchés financiers après les plus de 1000 milliards de dollars injectés par le Trésor Américain. Et encore, ces sommes ne concernent que quatre pays et ne prennent pas en compte les centaines de milliards injectés sur le marché par les banques centrales… Comment ne pas avoir le tournis devant l’énormité de ces chiffres, qui font relativiser, en France, le débat qu’il y avait sur le financement, à hauteur d’1,5 milliards d’euro, du RSA… La garantie donnée par les Etats aux banques devrait permettre de rétablir la confiance et débloquer le moteur du crédit. D’ailleurs, les bourses ont bondi, même si une partie de cette progression s’explique par un rebond technique tant la baisse de la semaine dernière avait été violente (-22% pour le CAC 40, record absolu).

En un sens, on peut dire que cette intervention massive des Etats était souhaitable tant elle semblait la seule solution pour éviter un effondrement complet du système financier. En effet, cette intervention pourrait casser le cercle vicieux de la baisse de la valeur des actifs, qui en dégradant les ratios des banques, les force à vendre des actifs, ce qui pousse les prix à la baisse… Ce choc de confiance peut être le signal d’une reprise des marchés bienvenue pour l’économie productive qui va pouvoir de nouveau emprunter, investir  et donc retrouver la croissance qui protégera les emplois. En outre, l’énormité des chiffres ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de garanties et non pas de dépenses publiques. La facture devrait être moins élevée pour le contribuable, qui pourrait même y gagner si les prises de participation sont vendues plus chères qu’elles n’avaient été achetées.

Mais cette possible issue positive demeure gênante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, comment ne pas être choqué par le fait que les néolibéraux, qui soutenaient il y a peu que « l’Etat ne fait pas partie de la solution, mais du problème », aient exigé et obtenu toutes les garanties qu’ils souhaitaient des Etats (voir le numéro de The Economist de la semaine, « Saving the system ») ? D’un côté, il est clair que l’effondrement du système financier pouvait aboutir à une Dépression économique majeure et douloureuse, mais de l’autre, ces plans de secours représentent une forme de blanc seing pour la communauté financière qui semble clairement pouvoir faire n’importe quoi puisque les Etats seront toujours là pour nettoyer après. Ce plan ne risque-t-il pas de renforcer plus encore l’aléa moral du monde financier ?

Et c’est en cela que ces centaines de milliards déversés pour « sauver le système » posent problème. Fallait-il le sauver ou le changer en veillant à ce que son sacrifice ne provoque pas de dépression économique ? Est-il normal que les Etats soient prêts à déverser de telles sommes pour sauver des banques et leur donner une deuxième chance, alors que ce ne sont que des entreprises après tout, et que bien des individus, eux, sont sacrifiés, comme les trois millions de ménages Américains aux Etats-Unis qui ont perdu leur logement. Notre monde, incapable de trouver quelques dizaines de milliards pour sauver des centaines de millions d’êtres humains de la faim n’a-t-il pas perdu la tête en déversant bien plus pour sauver ces institutions qui nous ont envoyé dans le mur ? L’homme n’est-il pas au service de la finance ?

En étant optimiste, on peut espérer que ces plans sont la dernière étape de la dictature de la finance et qu’un nouveau Bretton Woods la remettra à sa place, à savoir au service de l’homme. Malheureusement, on peut aussi craindre que les Etats aient signé un chèque en blanc sans garantie…

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...

07.10.2008

Pourquoi la bourse et l’euro s’effondrent ?

Hier, les bourses européennes ont connu un véritable lundi noir, avec une baisse de 9% du CAC 40. L’euro, qui avait passé le cap des 1,6 dollars en juillet, s’est replié à 1,35 dollars. Quelles sont les raisons de telles évolutions ?

L’effondrement des bourses européennes a été particulièrement spectaculaire. C’est simple, il faut revenir à 1987 pour trouver trace d’une chute plus importante ! L’effondrement de la banque allemande Hypo Real Estate semble avoir déclenché cette panique financière. Il faut dire que cette faillite est aussi celle de ses dirigeants, incapables d’évaluer le besoin d’argent de la 4ème banque Allemande puisque les 30 milliards d’euros prévus initialement semblent devoir se rapprocher de 50, voire 100 milliards ! Pire, la réponse des gouvernements européens manque considérablement de coordination, ce qui n’est guère rassurant pour des marchés très nerveux. En outre, le manque de réponse des autorités est aggravé en Europe par le refus borné de la BCE de baisser les taux, ce qui permettrait pourtant de retrouver quelques marges de manœuvre qui seraient bienvenue.

La chute brutale de l’euro face au dollar peut paraître surprenante au premier abord vu l’endettement massif des Etats-Unis et l’éclatement de la bulle financière à Washington. On pourrait croire que c’est le dollar qui devrait continuer à baisser. Cependant, il faut noter que la dette publique du nouveau Continent est équivalente à celle de l’Europe, même s’il y a un gros écart au niveau de la balance commerciale, et que la valeur de l’euro à parité de pouvoir d’achat serait de 1,05 à 1,1 dollars. Donc, la baisse récente, aussi brutale soit-elle, correspond à un retour à la réalité. Les raisons de cette baisse sont également à trouver dans le développement de la crise sur notre continent, qui montre que l’Europe ne sera sans doute pas plus épargnée que les Etats-Unis. En fait, les investisseurs anticipent désormais que la récession sera aussi brutale des deux côtés de l’Atlantique mais ils anticipent un rebond plus rapide de l’économie Américaine, où le développement de la crise est plus avancé.

Malgré tout, l’ampleur de ces mouvements peut surprendre. En fait, ils illustrent malheureusement le comportement habituel des marchés. S’ils peuvent être trop optimistes dans les phases de bulle (« l’exubérance irrationnelle » que dénonçait Alan Greenspan), ils ont également tendance à être trop pessimistes quand la bulle éclate. Il suffit de prendre l’exemple de l’action France Telecom, qui avait atteint la valeur délirante de 219 euros en mars 2001, valorisant l’entreprise environ 500 milliards d’euros, avant de plonger à 7 euros un an après ! Dans « L’illusion économique », Joseph Stiglitz dénonce les « impulsions irrationnelles des investisseurs » et défend l’idée d’une taxation sur les mouvements de capitaux étant données « les perturbations massives que (les flux de capitaux) provoquent dans l’ensemble de l’économie ». Malheureusement, cette idée est peu présente dans les débats actuels.

Depuis 10 ans, les marchés n’ont montré qu’une capacité limitée à bien évaluer la valeur des actifs et une capacité régulière à des comportements complètement irrationnels. Il est grand temps de réfléchir à mieux réguler un marché devenu complètement fou et dont les excès vont faire du mal à beaucoup.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...