04.08.2008

Analyse critique du néo-libéralisme : pourquoi les marchés fonctionnent aussi mal ?

Les différentes crises que nous traversons montrent un disfonctionnement important des marchés. Pourtant, jamais l’information n’a été disponible en telle quantité et aussi rapidement et jamais autant de personnes, souvent très diplômées, n’ont travaillé pour ces marchés. Quelles sont les causes du problème ?

Mars 2000 : l’action France Telecom atteint 219 euros, en pleine bulle Internet. À peine deux ans et demi plus tard, en septembre 2002 l’action vaut moins de 7 euros, une chute de plus de 95%, suite à l’annonce de pertes de plus de 20 milliards d’euros pour dépréciation d’actifs ! En 2000, l’entreprise avait racheté pour 50 milliards d’euros l’opérateur Orange, qui comptait 6 millions d’abonnés, soit le prix complètement incroyable de plus de 8000 euros par abonné ! À cette époque, la capitalisation boursière de l’entreprise se comptait en centaines de milliards d’euros. Aujourd’hui, autour des 20 euros l’action, l’entreprise vaut un peu plus de 50 milliards, pour un chiffre d’affaires équivalent et un résultat net de 5 milliards d’euros. Au plus fort de la crise, France Telecom valait moins de 20 milliards d’euros.

Cet exemple, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres, a le mérite de montrer les excès d’optimisme, puis de pessimisme des marchés. Pourtant, le contexte actuel devrait permettre une valorisation optimale des entreprises, que ce soit grâce aux flux d’information ou aux personnes qui travaillent sur le marché. Encore une fois, la main du marché semble plus aveugle qu’invisible. Car, comment les analystes ne se sont-ils pas rendus compte que valoriser chaque abonné 8000 euros était une absurdité économique complète, étant donné les perspectives de profit à attendre par abonné ? Et comment ne pas se rendre compte que la chute du titre de plus de 95% était excessive ?

Le mensuel Alternatives Economiques propose plusieurs explications intéressantes pour analyser les raisons de ces excès dans ses derniers numéros. Première raison finalement simple : le caractère moutonnier du marché. En effet, lorsqu’un agent du marché financier (banque, fond…) commence à investir dans un secteur ou un type d’investissement qui rapporte plus, alors ses résultats s’améliorent et devancent ceux de ses concurrents. Les analystes, s’arrêtant assez souvent aux seuls résultats financiers, conseille alors cet agent au détriment de ses concurrents, qui se sentent alors obligés de suivre la même stratégie, aussi risquée soit-elle, pour ne pas afficher de moins bons résultats et être sanctionnés. C’est ainsi que de nombreuses banques ont largement investi dans les subprimes.

La course aux rendements et au profit pousse en fait les acteurs financiers à des comportements de plus en plus risqués pour faire mieux que les concurrents. Et dans un contexte économique positif, l’excès de confiance se transforme alors tout naturellement en bulle… jusqu’à ce que la réalité rattrape le marché et provoque un excès inverse, tout aussi violent. Pire, comme le rapporte Alternatives Economique, citant un rapport de Claudio Borio, économiste à la Banque des Règlements Internationaux, les nouveaux outils financiers démultiplient l’ampleur des réactions des marchés. La titrisation des crédits en actifs financiers rend le risque beaucoup moins lisible. La démultiplication des paris par rapport aux capitaux (comme l’a montré le cas de la Société Générale) amplifie également les hauts et bas du marché.

L’analyse des raisons de la crise semble progresser tous les jours et dessiner les contours d’une solution qui passe par un meilleur encadrement du monde de la finance. Mais la traduction politique de cette analyse et la mise en pratique de solutions tarde…

Sources : Alternatives Economiques, juin et juillet-août, Wikipedia, http://www.lesechos.fr/info/analyses/4737368.htm