25.08.2009
Comment véritablement réformer le système économique ?
De nombreux penseurs imaginent depuis des années un système économique plus juste et plus stable. Mais au-delà du fond des réformes, il est également important de réfléchir aux moyens de parvenir à faire passer ses réformes. Réflexions inspirées par la lecture de Frédéric Lordon et Dominique de Villepin.
Le global, le régional ou le national ?
L’ancien Premier Ministre semble clairement privilégier la voie globale, avec des organismes de régulation, à l’échelle de la planète, composé de hauts fonctionnaires. Cette voie, inspirée du FMI, peut sembler plus puissante : après tout, c’est ainsi que Bretton Woods a été mis en place. Malheureusement, aujourd’hui, on peut doute qu’un tel aréopage soit animée d’une forte volonté de réforme. La conformité de pensée des hauts fonctionnaires et la bulle dans laquelle ils vivent, impose de passer par des politiques, comme le soutient Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie.
L’échelle nationale, au niveau de la France, est bien sûr insuffisante. Si nous ne passons pas par l’Europe, nous ne pourrons que très difficilement pousser d’autres grands pays à soutenir notre volonté de réforme. Imagine-t-on en effet la Chine, l’Inde ou le Brésil soutenir un projet de réforme du système monétaire ou financier proposé par la France mais qui serait rejeté par les autres pays de l’Union Européenne ? En même temps, pour les mêmes raisons que pour le niveau global, il est difficile de croire que la Commission Européenne ou la BCE pousseront la réforme du système qu’elles défendent.
L’axe franco-allemand est déterminant
C’est l’un des rares points d’accord entre Frédéric Lordon et Dominique de Villepin : l’axe franco-allemand peut avoir un rôle particulier dans la réforme du système économique international. Bien sûr, l’Allemagne a aujourd’hui construit son modèle sur les exportations et on imagine assez mal nos voisins d’outre-Rhin faire un 180° pour défendre des thèses protectionnistes. Néanmoins, ce modèle a démontré ses limites depuis 10 ans : outre une plus faible croissance quand l’économie mondiale va bien, du fait de la modération salariale, ce modèle provoque une récession plus grave en cas de crise…
En outre, le modèle économique rhénan est très loin du modèle économique anglo-saxon. La participation effective des salariés à la gouvernance de l’entreprise est allée plus loin qu’ailleurs. Pendant la crise, les employeurs ont limité les licenciements au maximum (certes avec l’aide de l’Etat), au contraire des patrons anglo-saxons qui taillent à la hache dans leurs effectifs. Le modèle allemand, avec ses normes, ses restrictions sur les ouvertures des commerces par exemple, est à la base un des moins libéraux et l’un des moins ouverts aux excès du monde financier.
Changer l’Europe, puis le monde
C’est pourquoi même des dirigeants de droite comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy (pour la première fois d’accord) poussent un peu plus fort pour réformer le système. Certes, il ne faut pas se faire d’illusions, ils ne proposent qu’une réforme a minima. Mais cela veut dire que le terreau politique pour une réforme beaucoup plus profonde existe entre nos deux pays. Et l’association de la France et de l’Allemagne, si elle est sans faille, peut tout changer en Europe. Il ne sera pas difficile d’entraîner une Italie à bout de souffle. En revanche, il faudra laisser sur le bord de la route la Grande-Bretagne.
Car il faut être clair, le monde anglo-saxon n’a rien retenu de la crise et il n’y a aucune volonté réelle de réformer le système financier à Washington et Londres. Mais si Berlin et Paris s’accordent et acceptent de passer outre les traités actuels, alors il faudra créer une nouvelle Zone Européenne Financière, d’où seront exclus la Grande-Bretagne ou le Luxembourg notamment, comme le propose Lordon. Les effets de masse nous permettront de dégonfler la bulle londonienne, puisque les affaires seront plus importantes dans la zone continentale, puis de mettre à pas Londres s’ils souhaitent rester dans le jeu…
L’existence d’un pôle réformé en Europe occidentale sera un puissant facteur d’équilibre pour le monde. Car, d’ors et déjà, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) cherchent à remettre en question le modèle anglo-saxon, même s’ils ne peuvent pas imposer un nouvel ordre seuls. Une alliance historique entre les BRIC et l’Europe continentale pourrait parfaitement passer outre l’opposition des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne pour imposer un nouvel ordre économique mondial, avec une sphère financière domestiquée, un système monétaire plus stable et juste et, éventuellement, des avancées protectionnistes.
Aujourd’hui, les institutions globales sont trop néolibérales et lourdes à manier pour espérer une quelconque réforme du système. L’espoir viendra d’une poignée d’Etats déterminés et coordonnés pour abattre le système actuel et le réformer, France et Allemagne au premier rang.
Source : Joseph Stiglitz, « La grande désillusion »
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : frédéric lordon, dominique de villepin, bric, crise économique, joseph stiglitz, zone européenne financière



