28.02.2011

Remaniement pour gouvernement à bout de souffle

Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.

Le remaniement d’un gouvernement remanié

Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.

En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.

L’échec extérieur

Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.

En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.

L’échec intérieur

Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…

Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…

Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...  

 

27.12.2010

Hortefeux, Dati,: les tristes séquelles du sarkozysme

Le problème avec Nicolas Sarkozy, ce n’est pas seulement lui, c’est aussi toutes les personnes qu’il a amenées au pouvoir. Et malheureusement, le mois de décembre a été riche en polémiques inutiles autour des membres du gouvernement.

Brice Hortefeux, le pire de tous

Déjà, avoir un ministre de l’intérieur condamné pour injure raciale est bien triste pour notre République. Mais ce mois-ci, ce multirécidiviste a été condamné pour atteinte à la présomption d’innocence d’un ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie. Tout ceci est d’autant plus déplorable que ce proche de Nicolas Sarkozy occupe des fonctions qui supposent de faire respecter un ordre dont la justice a estimé par deux fois qu’il l’a enfreint dans l’exercice de sa fonction. Pauvre République !

Et ce mois-ci, il s’est également distingué en contestant une condamnation à de la prison ferme à l’encontre de policiers qui avaient fait un faux-témoignage accusant un automobiliste d’homicide involontaire. Il est proprement détestable qu’un membre du gouvernement se désolidarise de la sorte d’une décision de justice, qui plus est pour un fait aussi grave. Le pire est qu’il a persisté et signé, suivant les malheureux exemples de Nicolas Sarkozy quand celui-ci officiait également place Beauvau.

Une chienlit généralisée

S’ils n’atteignent pas le niveau de Brice Hortefeux, les bébés Sarkozy se sont particulièrement illustrés ce mois-ci. Sans doute vexée de ne pas être nommée Secrétaire Générale Adjointe de l’UMP, Rama Yade s’est à nouveau fait remarquer en passant au Parti Radical. Et il est effrayant de voir le comportement des anciens ministres qui critiquent aujourd’hui l’équipe à laquelle ils appartenaient il y a quelques semaines, notamment l’insignifiant Hervé Morin.

Enfin, il n’y a pas eu de trêve des confiseurs à l’UMP. Chantal Jouanno a ainsi suggéré à François Fillon un ticket pour les élections municipales à Paris en… 2014 ! Il est incroyable qu’elle ne se rende pas compte de l’indécence d’une telle proposition, surtout de la part d’un membre du gouvernement. Mais Rachida Dati est venue en rajouter en dénonçant une « agression » et en affirmant que sa rivale n’a « ni bilan, ni idées ». Bonjour l’ambiance dans la fédération UMP de Paris !

Polémiques inutiles, dérapages verbaux bien peu républicains, agressions contre des membres de son propre parti, les bébés Sarkozy reprennent malheureusement tous les travers du président de la République. C’était tristement prévisible mais cela n’en est pas moins triste…

12.12.2010

Neige et complications

Cette semaine, l’Ile de France a été paralysée par une vague de neige qui a bloqué des milliers d’automobilistes sur les routes et les a contraint à abandonner leur véhicule ou à y passer la nuit. L’occasion pour le gouvernement de montrer une nouvelle fois ses limites.

Carton rouge à François Fillon et Brice Hortefeux

Le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur se sont une nouvelle fois illustrés par leurs réactions totalement déplacées. François Fillon aurait mieux fait de garder le silence et le flegmatisme qui le caractérisent et le protègent dans l’opinion. Attaquer les prévisions de Météo France de la sorte était à la fois mesquin et malhonnête. Malhonnête car les prévisions ne faisaient pas état de seulement deux centimètres de neige et mesquin car cela revient à chercher un bouc émissaire.

Brice Hortefeux s’est également illustré en affirmant qu’il n’y avait pas de pagaille. Il s’est lancé dans un exercice rhétorique aussi surréaliste que ridicule en affirmant qu’une pagaille est par définition « indescriptible », et que comme il pouvait décrire la situation, alors il n’y avait pas de pagaille… Quand on écoute le ministre, on a l’impression d’entendre un dignitaire soviétique de la fin des années 80 qui expliquerait que l’histoire montre que les communistes avaient raison…

Un Etat pas à la hauteur

Il est bien évident que l’Etat ne peut pas toujours tout faire et il y a forcément des épisodes climatiques extrêmes où l’homme ne peut pas anticiper tout ce que la nature fait. Néanmoins, dans l’épisode climatique de cette semaine, il est difficile de ne pas voir que les autorités de l’Etat n’ont pas été à la hauteur. Le fait de laisser les automobilistes et les camions emprunter la N118 sans qu’un salage y ait été réalisé était un véritable d’acte d’inconscience.

Nicolas Dupont-Aignan, qui connaît bien les problématiques régionales, insiste dans son blog sur les conséquences fâcheuses de la suppression des Directions Départementales de l’Equipement (DDE) et d’un manque de coordinations des agents de l’Etat, pénalisés par un manque de moyens. En outre, après plusieurs épisodes qui ont paralysé une partie du pays, on peut s’interroger sur la nécessité d’augmenter les équipements de déneigement pour éviter la paralysie.

Plutôt que de chercher un bouc émissaire comme le premier ministre, ou de rentrer dans des débats sémantiques ridicules qui montrent leur coupure d’avec la population, les membres du gouvernement feraient mieux de réfléchir aux moyens de mieux gérer les prochains épisodes neigeux.

05.10.2009

L’après Fillon a commencé

Même si le « pendant Fillon » ne semble jamais avoir commencé, il semble que l’après régionales soit le moment choisi par Nicolas Sarkozy pour changer de locataire à Matignon, afin de préparer la dernière ligne droite en vue des élections présidentielles de 2012. Petite revue des prétendants.

Les 6 prétendants du Figaro

Cette revue d’effectif lancée par le premier soutien à  l’action du président de la République est sans doute un ballon d’essai téléguidé par l’Elysée de manière à tester les réactions des médias. Les six noms proposés ne sont guère enthousiasmants. Christine Lagarde, pourtant longtemps surnommée « Christine Lagaffe » suite à ses nombreuses déclarations médiatiques maladroites (prendre le vélo comme solution à la hausse des prix du pétrole…) ne semble vraiment pas avoir l’épaisseur politique suffisante.

Jean-Louis Borloo a de grands atouts mais est-il apte pour le poste ? Eric Woerth semble également un peu léger pour le poste. Je ne parle même pas de Luc Châtel, qui, s’il est aujourd’hui ministre de l’éducation, paraît également bien léger pour Matignon. Quand à Eric Besson, il s’agit sans doute d’une blague destinée aux socialistes. Seul Brice Hortefeux semble finalement une hypothèse crédible, d’autant plus que les seconds premiers ministres sont en général des fidèles parmi les fidèles.

Chéri, j’ai rétréci Matignon

Il est clair que si Nicolas Sarkozy choisit un des cinq premiers, la transparence du premier ministre risque de s’accentuer encore davantage. Aucun n’a de poids politique suffisant pour exister en dehors de Nicolas Sarkozy tout en ne faisant pas partie du premier cercle du président, ce qui les mettrait dans une position encore pire que celle de François Fillon. Mais cette hypothèse ne me semble pas probable dans la mesure où le président-candidat voudra sans doute s’appuyer sur Matignon pour sa campagne.

Dès lors, le choix le plus probable sera sans doute un fidèle auquel Nicolas Sarkozy pourra faire une confiance absolue. C’est pourquoi le choix de Brice Hortefeux est donc assez probable. L’autre option serait la nomination de Claude Guéant qui aurait alors le titre de la fonction qu’il exerce déjà aujourd’hui. Après tout, un tel choix rappellerait les choix de Pompidou, Barre ou Villepin. A moins que le président ne préfère jouer la carte Xavier Bertrand pour contrer Jean-François Copé.

François Fillon est sans doute le premier ministre le moins marquant de la Cinquième République. Il a atteint un niveau de transparence inédit depuis cinquante ans. Deux solutions pour le remplacer sans faire d’ombre au président : prendre son ombre ou un nain politique…

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/03/01002-20091003ARTFIG00165-les-cartes-maitresses-de-sarkozy-pour-le-poste-de-premier-ministre-.php

03.10.2009

Que faire avec les délinquants sexuels ?

C’est un nouveau drame qui secoue la France avec l’assassinat de Marie-Christine Hodeau. Le gouvernement doit affronter un début de polémique entre les ministres de la justice et de l’intérieur sur la responsabilité de l’institution judiciaire.

Un gouvernement mal à l’aise

Il faut dire que Nicolas Sarkozy a beaucoup bougé sur la question depuis sa nomination comme ministre de l’intérieur en 2002. On ne compte plus les mâles déclarations dénonçant l’horreur de ces actes ni même le nombre de lois sur le sujet. Pourtant, un malaise subsiste. Beaucoup de lois ont été passées mais sans que l’on sache réellement ce qu’elles ont apporté. N’ont-elles finalement pas été simplement des actes de communication plutôt que des lois qui apportaient des solutions ?

D’où sans doute les échanges acides entre un Brice Hortefeux qui dénonce la responsabilité de la justice, Michèle Alliot-Marie qui réfute cette interprétation, le ministre l’intérieur qui dit finalement être sur la même ligne qu’elle et François Fillon qui parle d’un crime « sans doute » évitable. Même s’il est évident que l’on ne pourra pas éradiquer totalement ces crimes affreux, la France découvre peu à peu que l’action de Nicolas Sarkozy n’est que de l’agitation.

Vraiment donner la priorité aux victimes

Brice Hortefeux a tort de critiquer l’institution judiciaire dans ce cas. Elle ne fait, le plus souvent, qu’appliquer les textes que vote le législateur. Et en la matière, Nicolas Sarkozy est responsable de l’immense majorité des derniers textes qui portent sur la question. En effet, dans le cas présent, le présumé coupable a été remis en prison après une première remise en liberté, pour ne pas avoir respecté les conditions de sa libération. Et s’il a été libéré avant la fin de sa peine, cela n’est pas nouveau.

Deux décisions pourraient pourtant assurer une meilleure protection des victimes. Tout d’abord, un meilleur accompagnement des criminels et délinquants sexuels à la sortie de prison (suivi psychologique et policier, et, en fonction, bracelet électronique ou suivi médicamenteux) pour limiter le risque de récidive. Et pour protéger les victimes, on pourrait instaurer une véritable peine de prison à perpétuité pour les récidivistes. En effet, trop de victimes l’ont été de criminels multirécidivistes, ce qui n’est pas acceptable.

Derrière les gesticulations habituelles du gouvernement sur le sujet, se cache une absence totale de recherche de véritable solution. Nicolas Sarkozy nous a fait perdre 7 ans et demi.

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/10/02/01016-20091002ARTFIG00006-l-assassin-presume-de-marie-christine-hodeau-remis-deux-fois-en-liberte-.php

http://www.metrofrance.com/info/affaire-hodeau-un-crime-sans-doute-evitable-estime-fillon/mijb!NG4FcupbruAkU/

16.01.2009

Le mini remaniement qui fait « pschitt »

Ça y est ! Après des semaines de rumeurs, finalement assez fondées, Nicolas Sarkozy a annoncé un remaniement léger mais révélateur de son équipe gouvernementale qui se limite essentiellement à la promotion de son meilleur ami et du judas socialiste Eric Besson.

Il humilie beaucoup mais ne sanctionne pas assez

Comment ne pas penser au mot qui a été attribué à Joséphine à l’égard de Napoléon quand on examine ce remaniement a minima. Finalement, toutes les déceptions du gouvernement (Christine Lagarde et ses bourdes, Rachida Dati, détestée par le parquet, Rama Yadé, indisciplinée comme son patron…) sont maintenues à leur poste, dans une forme de paralysie du pouvoir devant la décision. Il faut dire qu’il est difficile de virer les « stars » de la diversité du gouvernement, car cela serait reconnaître une erreur de casting. Finalement, Jacques Chirac était plus prompt à sortir les erreurs de casting (Madelin, Ferry…).

Mais ce remaniement marque tout de même quelques bons points et des mauvais. Du côté des promotions, Brice Hortefeux est le principal vainqueur car il gagne des grades et hérite d’un ministère encore étoffé par l’ajout de la politique de la ville. Tout semble indiquer que le président le prépare pour Matignon. Eric Besson passe du statut de secrétaire d’Etat à celui de ministre. Le judas du PS semble prêt à tous les reniements pour grimper dans la hiérarchie du gouvernement et de l’UMP. Il est la chose du président, il lui doit tout et donc accepte une fonction pourtant surprenante par rapport à son passé.

Parmi les mauvais points, on note la sanction à l’égard de Christine Boutin, qui perd la ville et ne conserve que le logement. Cette demi-mesure la laisse sans secrétaire d’Etat, plus faible que jamais. Bernard Laporte a également été sanctionné avec l’élargissement du champ d’action de Martin Hirsch puisqu’il a perdu la responsabilité de la jeunesse, qu’il n’a pas animée avec une grande vigueur il est vrai, entre deux bourdes indignes d’un ministre. Enfin, le changement de Nathalie Kosciusko-Morizet est diversement apprécié tant il semble avoir été décidé en dernière minute puisqu’elle n’a pas de remplaçant.

Une méthode Sarkozy balbutiante

En fait, selon Le Monde, Philippe de Villiers se serait opposé en dernière minute à la nomination d’un de ses proches à l’ancien poste d’Eric Besson, contraignant l’Elysée à la nomination de NKM. Au global, cet épisode de remaniement n’a pas été très glorieux. Une fois que la secrétaire d’Etat à l’environnement sera remplacée, il aura fallu la bagatelle de quatre annonces différentes pour remanier le gouvernement, entre l’annonce du remplacement de Jean-Pierre Jouyet par Bruno Le Maire, puis l’annonce de la promotion de Martin Hirsch et l’annonce globale d’hier. Cela fait beaucoup et pas très sérieux.

En outre, la plupart des annonces étaient attendues, ce qui rend leur dispersion surprenante et  assez peu professionnelle. En tout cas, ce remaniement technique ne pourra en aucun cas donner un nouveau souffle à l’action du gouvernement. Il faut dire que Nicolas Sarkozy préfère sans doute conserver des cartouches en vue des prochaines échéances électorales. Un très mauvais score de l’UMP lors des élections européennes conjugué à l’approfondissement de la crise pourrait le pousser à un remaniement plus important en juin ou à la rentrée 2009. C’est sans doute cette perspective qui a limité cet ajustement.

Comment faire d’un remaniement annoncé un non événement ? Voilà ce que Nicolas Sarkozy a réussi à faire en laissant fuiter l’essentiel des changements et en tardant un peu trop pour les officialiser. Le président a préféré reculer pour mieux sauter. Les vrais changements auront lieu plus tard.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/15/mini-r...