13.05.2010
L’empire (européen) contre-attaque
« L’euro est le moyen pour contraindre les Etats-nations à construire l’Europe sur un modèle fédéral » : voilà ce que certains esprits éclairés avaient compris en 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht. Les propositions d’hier de la commission de Bruxelles l’illustrent malheureusement à nouveau.
Europe : la croissance en panne… avant la rigueur
Pourtant, plus que l’organisation des pouvoirs, c’est plutôt de la croissance que José Manuel Barroso devrait se soucier. Les résultats du premier trimestre 2010 viennent de tomber et ils sont très mauvais. Autant les Etats-Unis sortent vigoureusement de la crise, avec 3% de croissance, autant l’Europe aura du mal à faire plus de 1%... En effet, l’Union Européenne a enregistré une croissance de son PIB de 0.2%, soit le rythme dérisoire de moins de 1% en rythme annuel.
Le chiffre Français est encore plus décevant, avec seulement 0.1% et la révision à la baisse des chiffres de 2008 (-0.2 contre 0.1%) et 2009 (-2.5 contre -2.2%). Pourtant, cette déception était prévisible. En effet, les bons chiffres du deuxième semestre 2009 s’expliquaient par la prime à la casse, responsable d’une envolée du marché automobile. Les chiffres du second trimestre seront donc également décevants…
La croissance fantôme
Dans les années 2000, le PIB de la zone euro a cru de seulement 1.4% par an contre 1.9% aux Etats-Unis. Et pour preuve que son modèle est un leurre, le PIB Allemand n’a progressé que de 0.8% en moyenne… Bref, la zone euro est de plus en plus une zone économique où la croissance n’est plus qu’un lointain fantôme. Et ce n’est pas tout : le pire semble devant nous étant donnés les plans de rigueur qui s’accumule.
En effet, outre une Allemagne qui a théorisé l’absence de gain de pouvoir d’achat comme modèle (ce qui empêche toute croissance de la consommation intérieure), les pays européens annoncent les uns après les autres des plans de rigueur extrêmement sévères. Après l’Irlande, la Grèce et le Portugal, c’est au tour de l’Espagne d’annoncer une baisse du traitement de ses fonctionnaires de 5%. La France a annoncé un gel de ses dépenses publiques accompagné d’une baisse des aides.
Il y a bien quelques farfelus qui annoncent que cette « bonne gestion » des deniers publiques va accélérer la croissance. Mais cela est complètement faux dans notre situation car la réduction des dépenses publiques sert uniquement à réduire les déficits et représente donc une baisse de la consommation de l’Etat, sans le moindre espoir que la consommation privée prenne le relais avec des impôts en hausse.
Bref, on ne voit pas comment la croissance pourrait reprendre en Europe avec le cocktail de ces Hoover du 21ème siècle. Et cela pose un immense problème de solvabilité des Etats puisque le PIB va stagner alors que les dettes progressent, ce qui va rendre leur situation budgétaire encore plus délicate dans quelques années. Il est difficile de ne pas voir dans les politiques mises en place une réplique de la politique japonaise, alors qu’il existe pourtant des solutions alternatives…
La tentative de putsch de la Commission
C’est dans ce contexte, où toutes les énergies devraient être concentrées pour trouver des moyens de relancer la croissance européenne que la Commission a proposé une nouvelle gouvernance pour l’approbation des budgets nationaux. José Manuel Barroso veut imposer un examen des budgets nationaux par la Commission Européenne avant même leur débat dans les parlements nationaux, avec des possibilités de sanctions allant jusqu’à la suspension des aides européennes.
Alors que la Commission met la pression sur l’Italie et la France, cette proposition représente une véritable perversion démocratique. En effet, la Commission n’est qu’une administration composée de hauts fonctionnaires et non de politiques responsables devant un peuple. Il est donc extrêmement choquant de vouloir donner la primeur de l’examen des budgets nationaux à cet aréopage de technocrates apatrides et coupés des réalités par rapport à des parlements démocratiquement élus.
Heureusement, Nicolas Dupont-Aignan a souligné que "la proposition de la Commission européenne de s'arroger le droit de vérifier en amont les budgets des Parlements est inacceptable car cela porterait atteinte à notre démocratie". Mais il est difficile de ne pas voir dans cette tentative de prise de pouvoir la réalisation des plus sombres pronostics d’Emmanuel Todd dans son dernier livre ou une illustration du récent et brillant papier de Malakine sur le « Munich financier ».
La proposition de la Commission est extrêmement choquante car voici une administration qui réclame encore et toujours plus de pouvoir, sans la moindre légitimité et sans devoir rendre de compte à quiconque. Encore une fois, cette Europe ne cherche pas à répondre à la crise mais uniquement à gagner du pouvoir.
11:42 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : commission européenne, josé manuel barroso, déficits publics, dette, budget
16.07.2008
Nicolas Sarkozy rattrapé par l’économie
C’était prévisible, mais Nicolas Sarkozy est doublement rattrapé par l’économie. Non seulement il affronte l’éclatement de la bulle immobilière et financière mais il doit gérer une situation budgétaire rendue d’autant plus délicate par le paquet fiscal.
Heureusement pour le gouvernement, son prédécesseur avait nettement amélioré la situation budgétaire du pays en réduisant les déficits de dix milliards d’euros en 2006. Avec le paquet fiscal, les comptes de l’Etat se sont donc détériorés dès la première année puisque les déficits publics ont atteint 2,7% du PIB (ou 55 milliards d’euros) contre 2,6% l’année d’avant. Et encore, la détérioration a été en partie camouflée, puisque la Cour des Comptes a chiffré à 10 milliards d’euros l’écart enter le déficit annoncé et le déficit réel. Mais l’équation s’annonce encore plus difficile cette année.
Il y a quelques semaines, nous avions eu droit à une passe d’armes entre le gouvernement et l’INSEE sur les prévisions de croissance pour l’année (2% au lieu de 1,6%). Le gouvernement et l’UMP avaient alors violemment critiqué le pessimisme de l’institut. Mais Christine Lagarde vient de réviser hier les prévisions du gouvernement, dans le sens pourtant hier si décrié de l’INSEE puisque le nouveau chiffre retenu par la ministre est 1,7%. Résultat, l’équation budgétaire de l’année devient de plus en plus difficile puisque en plus des milliards du paquet fiscal, Bercy estime que 3 à 5 milliards de plus pourraient manquer cette année, rendant toujours plus difficile la baisse des déficits.
Résultat, en 2008, le déficit devrait être encore équivalent à celui de 2006. On se demande bien comment le gouvernement pourra atteindre l’objectif d’équilibre des comptes en 2012, surtout si le ralentissement de l’économie se confirme et dure. Philippe Marini a ainsi évoqué deux solutions : une hausse des impôts ou repousser encore de deux ans le retour à l’équilibre budgétaire. À dire vrai, le contexte économique actuel ne pousse pas vraiment à la réduction des déficits. La France aurait plutôt besoin de relancer son économie, comme en Espagne, mais les quelques marges de manœuvre disponibles ont été gâchées par l’injuste paquet fiscal.
Nicolas Sarkozy ne s’intéresse pas vraiment aux questions économiques. Il est donc en train de tomber dans le piège d’un ralentissement économique couplé à une gestion hasardeuse des finances publiques. Les mois qui viennent promettent d’être difficiles.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/07/15/04001-20080715ARTFIG00249-finances-publiques-la-majorite-sonne-l-alerte-.php
10:51 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, paquet fiscal, budget, christine lagarde
30.06.2008
Philippe Séguin corrige à nouveau le gouvernement
Après avoir dénoncé les manipulations du gouvernement qui ont permis d’afficher un déficit public stable en 2007 alors qu’il a augmenté de 10 milliards, le président de la Cour des Comptes revient à la charge et dénonce les hypothèses budgétaires gouvernementales.
J’avais déjà évoqué dans une note sa critique des comptes de la nation pour 2007. La vénérable institution de la rue Cambon tire à nouveau la sonnette d’alarme sur les comptes publics, cette fois-ci pour les prochaines années. Philippe Séguin donne un sérieux avertissement à Nicolas Sarkozy et conteste ouvertement les hypothèses sur lesquelles a été bâti le budget. Il note que le déficit a progressé de 2,4 à 2,7% du PIB en 2007, soit plus que les chiffres initialement communiqués par le gouvernement. Il conteste aussi les chiffres prévus pour 2008 en notant que la moitié de l’amélioration prévue par le budget provient des collectivités locales… Il souligne également que les hypothèses pour atteindre l’équilibre en 2012 (croissance de 2,5 à 3%) sont extrêmement optimistes et que les efforts de l’Etat ne doivent pas être compensés par le relâchement des collectivités locales.
Ce nouvel et sévère avertissement de la Cour des Comptes présente un double intérêt. Tout d’abord, il montre à quel point l’écart est grand entre ce que gouvernement communique et ce qu’il réalise réellement. Aujourd’hui, Eric Woerth passe sur tous les plateaux pour vanter la rigueur de la nouvelle équipe, le gouvernement attaque les prévisions jugées trop sévères de l’INSEE et Nicolas Sarkozy annonce que la France atteindra l’équilibre budgétaire en 2012. Dans la réalité, ce rapport de la Cour des Comptes montre que la gestion budgétaire actuelle est beaucoup moins rigoureuse que sous le gouvernement Villepin et que les hypothèses prises ne sont absolument pas réalistes.
Ce rapport montre également que le « paquet fiscal » de l’été 2007 a bel et bien mangé toutes les marges de manœuvre d’un gouvernement décidemment bien peu prévoyant. Ce qui est malheureux, c’est qu’alors que l’économie risque de s’enfoncer dans la stagnation, aucun volet de la politique économique ne semble en mesure de soutenir l’activité. La BCE a annoncé que le prochain mouvement de ses taux sera à la hausse et il n’y a plus grand chose à faire niveau budget. En revanche, on pourra regretter le caractère un peu trop catastrophiste du rapport sur le niveau de la dette, qui, s’il n’est guère satisfaisant, reste sous contrôle en France par rapport à d’autres pays comme le Japon ou l’Italie et ne prend pas en compte les actifs de l’Etat, comme l’avait montré un article d’Alternatives Economiques.
Comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il y a un monde entre les discours et les faits. Telle la cigale, il a utilisé les réserves faites par l’équipe précédente et cherche à donner le change. Les prochains mois vont être mouvementés.
Source : http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080625/tts-top-finances-publiques-cour-ca02f96.html
10:24 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, séguin, woerth, budget, cour des comptes
06.04.2008
Révisions budgétaires
Rigueur ou pas ? Pour le gouvernement, le choix est clair : il est hors de question d’employer le terme, qui fait penser aux virages de 1983 et 1995. Le nouveau plan est-il un plan de rigueur ?
Nicolas Sarkozy a donc présenté cette semaine le nouveau volet des mesures du Conseil de Modernisation des Politiques Publiques. Ces nouvelles mesures devraient générer une économie de 7 milliards d’euros à horizon 2011, dont une partie devrait être utilisée pour revaloriser le traitement de la fonction publique. À la centaine de mesures annoncées en fin d’année, une soixantaine de nouvelles mesures ont été ajoutées. La réforme de l’attribution des logements sociaux devrait faciliter l’accession des plus modestes. Mais c’est surtout une réforme de l’organisation des pouvoirs publics qui a été annoncée avec de nombreuses fusions d’organisations aux activités proches et une réduction de la voilure d’un certain nombre d’administration. Enfin, le gouvernement confirme son objectif de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite.
Pour être honnête, les grands cris de l’opposition me semblent un peu ridicules. Après tout, Nicolas Sarkozy vient d’annoncer une économie d’un peu plus de 1% des dépenses de l’Etat à l’horizon 2011 sans la moindre hausse d’impôts. Nous sommes donc très loin d’un plan de rigueur. De telles économies semblent parfaitement légitimes : après tout, la réorganisation des services de l’Etat et la fusion d’organismes publics redondants paraît parfaitement légitime. La refonte des critères d’attribution des logements sociaux semble juste puisqu’elle permettra de plus facilement loger les ménages les plus modestes puisque 60% des ménages pourront y prétendre au lieu de 70%.
Mais ce plan de modernisation a également des limites. Il est vrai que la réduction des dépenses de l’Etat au moment même où la conjoncture va moins bien, risque de ne pas favoriser la croissance. Il est dommage que Nicolas Sarkozy ait vidé les caisses avec son paquet fiscal (qui représente deux fois plus d’argent…) en arrivant, car sans cela, les économies sur le fonctionnement de l’Etat auraient pu être affectées à un plan de relance de l’activité. En outre, si ces mesures sont sans doute utiles, il manque tout de même une direction à la fonction publique, une redéfinition de son rôle et de ses missions pour remettre en perspective ces économies et assurer la motivation et la mobilisation des agents de l’Etat.
Le plan annoncé n’est pas un vrai plan de rigueur : il aurait fallu des coupes plus importantes ou une hausse des impôts. Malgré l’effet d’annonce du nombre de mesures, la réforme n’est pas si importante et, si elle va améliorer la situation financière de l’Etat, elle ne va pas la changer radicalement.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/04/04/nicolas-sarkozy-presente-166-mesures-pour-reformer-l-etat-et-economiser-7-milliards-d-euros_1030806_823448.html#ens_id=991293
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/04/04/le-rapport-sur-la-revision-des-politiques-publiques-d-eric-woerth_1030835_823448.html#ens_id=991293
12:48 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rigueur, sarkozy, budget, économies



