23.09.2011
Nouveau coup de panique sur les bourses
Hier, les marchés financiers ont de nouveau sombré puisque le CAC 40 a clôturé pour la première fois depuis deux ans et demi sous les 2800 points. Les montagnes russes continuent malgré les annonces de la Fed et la rumeur d’une baisse des taux de la BCE.
Tempête sur les marchés
Depuis près de trois mois, la sinistrose règne sur les marchés financiers. Songez que le CAC 40 croisait au-delà de 4000 points le 1er juillet. La baisse est donc de 30% en moins de trois mois, un véritable krach. Les valeurs financières sont littéralement massacrées avec des baisses pouvant atteindre 60% sur la même période. La moindre mauvaise nouvelle (dégradation des notes de trois banques étasuniennes) provoquant instantanément un effondrement des cours.
Pourtant, jeudi matin, les bourses n’étaient pas totalement à court de bonnes nouvelles. La Fed vient d’annoncer un nouveau plan de plus de 400 milliards de dollars de ventes de titres à court terme contre des rachats de titres à long terme, de manière à maintenir les taux longs le plus bas possible et faciliter le financement des ménages et des entreprises. Mieux, après ses hausses de taux imbéciles du printemps dernier, la BCE pourrait revenir à la baisse début octobre.
Malgré tout, les marchés se sont effondrés, effrayés par les annonces de besoin de recapitalisation des banques, avancés par le FMI. Qui plus est, la crainte d’une rechute de l’économie pèse lourdement sur les cours. Si on est optimiste, on peut souligner que le marché semble rencontrer des seuils de résistance forts sous les 3000 points (nous ne sommes plus très loin des plus bas de début 2009). Les pessimistes noteront le maintien d’une tendance à la baisse.
Les esprits animaux
A titre personnel, j’ai l’impression que le niveau extrêmement bas des actions (alors que les bénéfices des grandes entreprises ont fortement rebondi, y compris au 1er semestre) fait qu’aujourd’hui, les cours trop bas pour baisser vraiment davantage. Même si les incertitudes économiques sont colossales, pour l’instant la marche des entreprises n’est pas trop affectée. C’est sans doute cela qui explique les fréquents rebonds des cours, les financiers y voyant des occasions d’achat à bon compte.
Mais à chaque fois, le même scénario prévaut : le marché finit par retomber lourdement, généralement toujours un peu plus bas. Le niveau des cours laisse songeur quand on pense que début 2001, le CAC 40 était au-delà de 6000 points, avec des profits pourtant bien moindres qu’aujourd’hui. Il faut dire que les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de l’euro justifient la nervosité des marchés. Les marchés ne font que constater que cette construction monétaire est complètement bancale.
Malheureusement, un phénomène plus pervers est à l’œuvre et qui justifie lui aussi la baisse des bourses : leur caractère auto réalisateur. Il suffit que les marchés prennent peur pour que les cours des actions baissent. Cette chute peut alors provoquer une contraction du crédit et une baisse des achats des ménages et des entreprises, anticipant une baisse de l’activité, qui finit alors par se réaliser, justifiant alors le pessimisme des acteurs financiers !
Difficile de prévoir ce qui va se passer dans les prochains mois. Une seule chose est sûre : il n’y aura pas de vraie reprise. Au mieux, nous aurons une très faible croissance, encore le plus probable. Au pire, une rechute sévère de l’économie, dont la probabilité grandit avec les états d’âme des marchés.
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15.09.2011
Cette crise de l’euro qui n’en finit plus
Cette semaine, le CAC 40 a touché un nouveau plus bas depuis le printemps 2009 avant de rebondir. Les cours des banques jouent au yoyo, baissant de 10 à 15% le lundi avant de remonter dans de mêmes proportions le lendemain. La crise terminale de la zone euro est-elle pour demain ?
Une situation qui se tend dangereusement
Tout d’abord, il n’est pas inutile de préciser que cette crise est bien une crise de la zone euro et de la monnaie unique. En effet, les pays européens qui n’en font pas partie sont pour l’instant relativement protégés des tumultes financiers. La Grande-Bretagne emprunte désormais moins cher que la France alors qu’objectivement sa situation est moins bonne que l’Espagne, dont la dette et les déficits publics sont moins importants qu’ils ne le sont à Londres. Idem pour les pays nordiques.
Deux fronts dangereux sont ouverts. Tout d’abord, la Grèce, où le déficit et la dette sont hors de contrôle malgré le plan du 21 juillet. L’effondrement du PIB (-10% depuis 2010) fait plus que compenser les économies réalisées par les différents plans d’austérité. La troïka doit très prochainement décider si la dernière tranche du plan du printemps 2010 sera accordée, faute de quoi le pays serait en cessation de paiement, option désormais ouvertement évoquée à Berlin.
Pour l’instant les autorités grecques n’évoquent pas cette option mais la saignée du pays pourrait bien un jour mettre cette alternative sur la table. Le second front, peut-être le plus dangereux est italien. Si la BCE avait réussi à faire tomber les taux longs à 5% après un pic largement supérieur à 6% cet été, ils sont repartis à la hausse, à 5.6%. S’ils dépassent le cap des 7%, alors la situation serait hors de contrôle du fait de la taille de la dette Italienne (1900 milliards d’euros).
Vers la fin de l’euro
En effet, l’Allemagne peut accepter d’aider la Grèce car le coût est finalement relativement modéré par rapport aux enjeux et à l’effet domino que cela produirait. L’engagement du pays au sein du FESF représente environ 8% du PIB tout de même, mais cela peut éviter un effondrement complet du système financier. Malgré tout, on constate déjà qu’Angela Merkel a le plus grand mal à faire passer les différents plans qui sont pourtant les produits du FESF.
C’est pourquoi il est aujourd’hui quasiment certain que si l’Italie n’arrivait plus à se financer sur les marchés du fait d’une explosion des taux longs, il serait impossible de trouver des financements à la hauteur des enjeux, le coût (non négligeable) d’une explosion de l’euro devenant alors nettement moins important pour l’Allemagne que le coût de son maintien. Cela est d’autant plus clair que le récent arbitrage de la Cour de Karlsruhe interdit explicitement les euro obligations.
Bref, la bataille finale de l’euro approche. Elle pourrait avoir lieu dans quelques jours ou quelques semaines, ce qui confirmerait les prévisions de Jacques Sapir et Emmanuel Todd, pour qui la monnaie unique ne passera pas l’année. A moins que les interventions de la BCE et le retour du calme sur les marchés (du fait de cours objectivement très bas) n’aboutissent à une pause relativement durable mais qui n’en sera pas moins illusoire tant les ingrédients d’une crise terminale sont réunis.
Cette crise perpétuelle de la zone euro depuis trois ans a un mérite : elle démontre que la monnaie unique est profondément dysfonctionnelle. Et il faut sans doute en passer par là pour faire comprendre que le retour aux monnaies nationales ne pourra pas être plus terrible que ce que nous fait vivre l’euro…
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06.09.2011
Crise boursière : le château de cartes financier au bord de l’effondrement
Hier, le CAC 40 a clôturé sous les 3000 points, un effondrement de 8% en deux séances. L’indice parisien a baissé de plus de 25% depuis le 1er juillet. Techniquement il s’agit d’un krach, la baisse étant supérieure à 20%. Nous ne sommes décidemment pas sortis de la zone de fortes turbulences.
Et si la crise ne suspendait pas son vol ?
Il y a - six jours, je posais la question d’un risque d’effondrement rapide du système financier en concluant que même si on ne pouvait exclure une rechute rapide, il risquait de prendre un peu de temps. Mais depuis, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Les marchés sont de plus en plus inquiets à la fois sur la croissance et le niveau des dettes souveraines, aboutissant à des attentes contradictoires vis-à-vis des Etats.
La situation de la Grèce devient de plus en plus problématique. La situation du pays se détériore au lieu de s’arranger sous l’effet de ces plans imbéciles. En outre, les pays européens se font tirer les oreilles pour signer le plan, entre les finlandais qui veulent des garanties et la Cour de Karlsruhe qui va examiner demain un recours contre la participation allemande. Au même moment, le moral des ménages, des entreprises et des cadres s’effondre des deux côtés de l’Atlantique.
Aujourd’hui, les banques sont particulièrement visées par les déclarations de Christine Lagarde. Tout ceci devient extrêmement inquiétant car les marchés ont une grande capacité auto réalisatrice. En clair, la peur les fait baisser, ce qui entretient la peur, ce qui entretient la baisse, dans un cercle vicieux sans fin qui peut d’autant plus aboutir au chaos financier que les Etats sont affaiblis par rapport à 2008. Et si nous étions au bord d’une nouvelle crise majeure de liquidités du secteur bancaire ?
Les dirigeants de la planète aux abonnés absents
The Economist soulignait il y a quelques jours que nous devrions a priori échapper à une rechute violente car il nous manque un facteur déclencheur pour retomber en récession. En effet, les prix des matières premières sont en baisse, le marché de l’immobilier étasunien est stabilisé, certes à un niveau très faible, les taux longs sont très faibles, les banques centrales ne vont plus monter les taux courts. Bref, même si la situation n’est pas brillante, ils ne pronostiquaient pas une rechute.
Le problème est que l’économie dépend également de la psychologique et la chute brutale du moral des acteurs économiques est très dangereuse, typique d’une crise. Nous sommes bien à deux doigts d’une nouvelle récession. Et cela n’est pas illogique quand on constate à quel point les dirigeants de la planète ont laissé tel quel le système qui nous a mené au désastre en 2008. Les grandes promesses du G20 sont creuses. Presque rien n’a été fait en trois ans !
Et que dire du dérisoire débat gouvernemental sur la taxation des parcs d’attraction dans ce contexte ? Voici une mesure certes peu importante mais pas foncièrement injuste : pourquoi faudrait-il avoir un taux de TVA minoré sur une telle activité, qui attire beaucoup de touristes ? Mais voilà, le président de la République a encore une fois reculé devant la pression des lobbys démontrant à nouveau qu’il a bien une main molle dans un gant de fer alors que nous avons besoin de l’inverse.
Bien sûr, il est désespérant de voir à quel point rien n’a été fait pour corriger les carences de notre système économique. Mais il faut peut-être en passer par là pour espérer un rebond, toucher le fond pour faire prendre conscience de son inanité et faire émerger de nouveaux leaders politiques ?
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06.08.2011
L’UE et l’euro : les cancers de l’Europe
Hier, le CAC 40 a reculé pour la 10ème fois consécutive, le record absolu, dans le sillage de toutes les bourses européennes. Si on ne peut pas exonérer les excès des marchés, l’impasse dans laquelle se trouvent les pays européens joue un rôle majeur.
L’UE contre la croissance et l’emploi
Bien sûr, les hiérarques européens essaient d’expliquer que la crise que nous traversons est une crise des dettes souveraines et non de l’euro, mais les faits démentent une telle interprétation. En effet, pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas touchés ? Certains évoqueront un complot anglo-saxon, mais l’argent n’a pas d’odeur et les spéculateurs se moquent bien du moyen de faire de l’argent. Malgré tous leurs excès, il y a des éléments de vérité dans leur choix.
Le cas de la Grande-Bretagne et de l’Espagne est particulièrement intéressant. A Londres, le déficit dépasse 9%, la dette publique 80%. A Madrid, nous sommes à 6.5% et 63%. Bref, la situation est théoriquement bien meilleure au sud des Pyrénées qu’outre-manche. Mais malgré tout, alors que le Royaume-Uni emprunte à 3% à dix ans, l’Espagne le fait à 6%. En cause, comme l’avait souligné Paul Krugman, les rigidités de la monnaie unique, qui pénalise la croissance.
Plusieurs cercles vicieux sont en action. Tout d’abord, l’impossibilité d’ajuster les parités monétaires pousse les pays à comprimer les salaires. L’Allemagne l’a compris la première, avec une baisse moyenne du salaire moyen de 2,5% en moyenne en 10 ans et même 20% pour les plus bas salaires. L’euro cher accentue encore les problèmes et explique en partie nos déficits commerciaux. Bref, l’UE et l’euro affaiblissent la croissance et pénalise l’emploi, comme le montrent les annonces d’HSBC.
L’UE est le problème, pas la solution
Certains veulent profiter de cette énième crise pour pousser leur agenda. Manuel Barroso demande ainsi une augmentation des moyens du Fonds alors même que des questions se posent sur sa note, 37% de ses garanties venant de pays en difficulté. Le Monde évoque à nouveau les options d’euro-obligations ou de rachat de dettes souveraines par la BCE. Romano Prodi en profite pour fustiger « l’égoïsme allemand », devant le refus de Berlin d’augmenter ses engagements.
Pourtant, heureusement qu’Angela Merkel freine les eurocrates qui sont toujours prêts à jeter des milliards aux marchés pour calmer leurs angoisses et reprendre aux institutions financières privées les créances publiques jugées à risque. Les plus incroyables sont tous les partis « socialistes » ou « socio-démocrates » européens qui poussent la schizophrénie jusqu’à imposer une austérité sauvage aux plus faibles pour aider les banques et les marchés financiers !
Heureusement, certains sont plus lucides, comme Hubert Védrine qui affirme dans le Monde que « le fédéralisme n’est pas la solution miracle à la crise ». En fait, cette Europe qui organise la régression sociale du continent par une politique monétaire absurde et une ouverture inconsidérée à l’anarchie commerciale fait partie du problème. Il est illusoire d’attendre quoique ce soit de l’Union Européenne, c’est pourquoi il faudra tout reconstruire depuis une page blanche.
Les pays de l’UE vont mal. Loin de vouloir résoudre les problèmes, les eurocrates cherchent avant tout à en profiter pour gagner plus de pouvoir et protéger le système actuel. Mais l’absurdité des politiques qu’ils mènent fait que nous nous approchons du moment où ils seront balayés.
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20.12.2010
Le retour de la fracture sociale
Il y a 16 ans, un candidat à la présidence de la République était sur le point de mener une campagne présidentielle victorieuse sur le thème de la « fracture sociale ». La semaine dernière a malheureusement rappelé que la situation s’est largement détériorée depuis…
Une fracture devenue béante
Bien sûr, en 2010, la rémunération des patrons du CAC 40 a baissé de 14% par rapport à 2009. Mais elle devait être basée sur les résultats 2009. Il est donc probable que la très forte remontée des résultats cette année devrait engendrer une remontée des rémunérations l’an prochain. En effet, The Economist rapporte que les profits des entreprises étasuniennes sont remontés à près de 8 à 16% de la valeur ajoutée, équivalent au pic de 2000 et déjà proche des 18% de 2007.
Partout, la remontée des profits des grandes entreprises est extrêmement rapide, et contraste avec la lenteur de la reprise pour le reste de la population. C’est ainsi que les grands patrons Français ont gagné 3 millions d’euros en moyenne, 190 fois le SMIC. Carlos Ghosn obtient la pole position avec une rémunération de 9 millions. Pour mémoire, c’est 60 fois plus que le salaire que gagnait Raymond Lévy au début des années 1990 à la tête de Renault (un million de franc, soit cent cinquante mille euros).
La France d’en bas souffre
Et contrairement aux gouvernements Chirac, Nicolas Sarkozy continue dans sa politique de refus de coup de pouce au SMIC. Certes, ailleurs en Europe, les salaires peuvent baisser, mais cela montre l’horreur d’un système économique qui organise, par la globalisation néolibérale, l’absence de progrès social pour les classes populaires alors que les hauts revenus et les profits des entreprises rebondissent rapidement, conservant l’intégralité des gains de productivité.
Pire, on apprend que 43% des jeunes hommes habitants dans les quartiers sensibles sont au chômage. C’est la conséquence directe des délocalisations massives d’emplois industriels et maintenant de services (centres téléphoniques, certains travaux bancaires ou informatiques). Quel message envoie notre société à cette jeunesse ? Comme le montrent Gaël Brustier et Julien Landfried dans une tribune publiée dans Libération, cette paupérisation touche fortement les zones rurales.
Le plus dommage est que les réponses à la fracture sociale avait déjà été largement esquissées au début des années 1990 par les partisans de l’autre politique, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en tête. Des réponses plus que jamais d’actualité aujourd’hui.
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19.05.2010
C’est la reprise… pour quelques uns
Moins que jamais la situation économique de l’Europe semble durable. Les perspectives de croissance sont quasiment nulles alors que le chômage est déjà à un niveau très élevé. Le niveau des dettes pose la question de la solvabilité des Etats. La situation semble intenable. Mais si elle tenait ?
L’austérité pour l’Europe d’en bas
Il y a quelques semaines, beaucoup doutaient de la capacité du peuple grec à supporter un plan d’austérité pour remettre ses finances publiques en ordre. Pourtant, le gouvernement socialiste n’a pas lésiné sur les moyens en annonçant des mesures qui pourraient réduire les déficits de 10 points du PIB en seulement 3 ans : suppression des 13ème et 14ème mois pour les fonctionnaires, deux hausses de la TVA, relèvement de l’âge de la retraite… Le cocktail imposé à la population est indigeste.
Pourtant, malgré les protestations, le gouvernement garde une bonne côte de popularité. Le vent de l’austérité et des coupes sombres dans le budget ne semble pas menacer les équipes gouvernementales, y compris en Irlande ou en Lettonie. Depuis, l’Espagne, le Portugal, et, dans une moindre mesure, la France ont annoncé des mesures d’austérité pour remettre leurs finances en ordre. Voilà un climat économique peu propice à la croissance et donc à l’emploi.
En clair, c’est la triple peine pour les citoyens lambda : plus de chômage, plus d’impôts et moins d’aides de l’Etat. Pas étonnant que les Français soient pessimistes sur leur avenir économique. Il n’y a aucun espoir de reprise économique significative dans les deux à trois ans à venir. On pourrait dire que l’ajustement budgétaire est nécessaire, mais ce serait ignorer qu’il y a des solutions alternatives pour le rendre moins douloureux, et surtout que l’impact de la crise n’est pas le même pour tous.
Le champagne pour l’Europe du haut
En effet, si la crise financière s’est rapidement transformée en crise pour tous, il y a peu de chances que les signes de reprise se transmettent à l’ensemble de la population. En effet, si l’économie productive ne semble pas encore avoir touché le fond, notamment en matière de chômage, il en est tout autrement dans l’univers merveilleux de la finance et des grandes entreprises, pour lesquels, malgré les soubresauts et les incertitudes, la reprise est déjà là...
En effet, le monde financier a bénéficié de l’effondrement des marchés en 2008 puisque cela a permis des gains importants dans les bourses du monde entier en 2009, qui se sont transformés en de beaux et juteux bonus, à rebours du reste de l’économie. Il y a quelque chose d’extrêmement malsain à ce que de telles choses soient possibles malgré les innombrables discours des dirigeants de la planète sur la nécessaire moralisation du capitalisme, qui est au point mort.
Mais ce n’est pas tout. Le Monde révèle que pour les entreprises du CAC 40, c’est déjà la reprise puisque leur chiffre d’affaire a progressé de plus de 5% au premier trimestre 2010. Les analystes anticipent déjà une progression des profits de l’ordre de 30% pour cette année. Bref, la crise, ce n’est plus pour les grandes entreprises, qui profitent notamment de l’expansion des pays émergents ! Nul doute que les rémunérations et les bonus des dirigeants suivront…
C’est tout le danger de la période actuel : comme après l’éclatement de la bulle internet, le redressement des grandes entreprises et de la finance pourrait bien camoufler une situation économique globale beaucoup moins bonne, freinant tout changement du système.
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06.01.2010
Le sens de la hausse de la bourse
Ca y est, le CAC 40 a repassé le cap des 4000 points ! Que de chemin parcouru depuis le plus bas atteint le 9 mars dernier où l’indice des 40 valeurs vedettes de Paris était tombé sous les 2600 points. Que faut-il en tirer ?
Les raisons de la hausse
Le décalage entre l’économie réelle et l’économie financière a sans doute atteint son maximum puisque le chômage continue encore à progresser, même si c’est à un rythme ralenti alors que les bourses occidentales ont progressé d’environ 50% en 10 mois et d’environ 20% en un an. On peut assez logiquement se demander si une nouvelle bulle n’est pas en train de se former et si les marchés ne cèdent pas une nouvelle fois à leur coutumière exubérance irrationnelle.
Il y a pourtant des raisons solides pour justifier cette hausse. La première est tout simplement l’ampleur de la baisse de l’an dernier. L’exubérance irrationnelle est aussi valable à la baisse qu’à la hausse et la valorisation atteinte par certaines entreprises il y a un an était dérisoire, ce qui explique mécaniquement le rebond. En outre, la récession est finalement moins grave qu’anticipé et les profits des entreprises ont mieux résisté que prévu, certains étant à peine affectés par la récession.
Faut-il y voir une nouvelle bulle se former ?
Mais si les raisons de la hausse sont claires, peut-on juger cette progression raisonnable ? Paradoxalement, une tribune ironique de Marianne 2 nous donne les clés. A 4000 points, le CAC 40 reste encore plus de 30% sous son pic de 2008 et encore près de 40% sous celui de 2001. Bref, si l’on considère cyniquement (mais réalistement) que les profits des entreprises vont rapidement se reconstituer, alors les valorisations actuelles n’ont rien de déraisonnables et on peut anticiper que la hausse va se poursuivre.
La hausse impressionnante de la bourse depuis quelques mois était inscrite dans la baisse excessive de la fin 2008 – début 2009. Pour l’instant, il n’y a pas à s’inquiéter car le niveau des cours n’est pas exagéré. Le temps de la bulle n’est pas encore arrivé, d’autant plus que tous les mécanismes qui permettent aux entreprises de maximiser leurs profits sont encore en place, ce qui promet des retours juteux pour les actionnaires dans les années à venir…
La hausse actuelle de la bourse n’est absolument pas anormale. Elle ne fait que refléter les excès (pouvoir du capitalisme actionnarial, instabilité) de l’économie actuelle. Cela ne signifie donc pas que tout va bien dans le meilleur des mondes, bien au contraire.
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24.08.2009
Ce que nous dit la hausse de la bourse
Vendredi, les marchés ont terminé au plus haut depuis le mois de novembre dernier. Le CAC 40 a dépassé le cap des 3600 points, mille points de plus que début mars ! Certains parient sur un niveau de 4000 points en fin d’année. Quel est le sens de cette hausse ?
Pourquoi une telle progression ?
Certes, le PIB de la zone euro a seulement baissé de 0,1% au deuxième trimestre (contre 2,5% au premier), mais la remontée de la bourse semble complètement déconnectée de l’économie réelle par son ampleur. Il y a pourtant deux bonnes raisons pour justifier le bond de près de 40% des indices boursiers depuis leur point bas, atteint il y a cinq mois et demi. Tout d’abord, la baisse était excessive. Beaucoup d’entreprises se négociaient à des cours dérisoires par rapport à leur valeur réelle : le marché est aussi excessif à la hausse qu’à la baisse, et on peut considérer qu’il y a un effet de rattrapage derrière cette hausse.
Ensuite, la deuxième raison est que les nouvelles économiques sont généralement meilleures que ce que les marchés avaient anticipé. Aux Etats-Unis, le chômage a légèrement baissé en juillet, le prix des maisons dans les 20 premières villes du pays a monté pour la première fois depuis plus de deux ans. Tout semble indiquer que l’économie sera en croissance ce trimestre. En Europe, les chiffres de la zone euro sont meilleurs que prévus, notamment en France et en Allemagne, qui semblent sorties de la récession. Et la vigoureuse reprise asiatique fait que le monde est sorti de récession au deuxième trimestre.
Un système sauvé mais pas changé
Un examen plus approfondi révèle néanmoins un déséquilibre inquiétant. En effet, si le CAC 40 a repris 40% depuis son plus bas, il reste plus de 40% sous son point haut d’avant crise (la Bourse a perdu plus de 60% lors de la crise). Curieusement, l’examen de l’évolution de l’action de la BNP révèle une reprise bien plus vigoureuse. En effet, l’action BNP a brièvement dépassé le cap des 70 euros avant la crise, puis est tombée à 20 euros, une baisse de 70%. Ce samedi, l’action BNP était à 58,9 euros, soit un quasi triplement de sa valeur depuis son point bas. L’action n’est que 20% moins chère qu’avant la crise.
À première vue, une telle évolution semble logique : en effet, en pleine panique financière, il est logique que la valeur des banques soit particulièrement sanctionnée et qu’elle rebondisse plus vite lors de la reprise. Mais ce que montre le cas de la BNP, c’est que certaines banques ont retrouvé 80% de leur valeur boursière d’avant la crise quand le marché a péniblement atteint le cap des 60%… Cela signifie que certaines banques se sortent comparativement mieux de cette grave crise financière que la grande majorité des entreprises, ce qui est profondément injuste vu l’origine bancaire du krach.
Les nouveaux privilèges des banques
En fait, paradoxalement, le secteur bancaire sort considérablement renforcé. Les plus grandes banques savent désormais de manière certaine qu’elles ont droit à une assurance-vie accordée gracieusement par les Etats, du fait du risque systémique qu’elles font porter sur l’économie mondiale. Quoi qu’elles fassent, elles seront toujours soutenues : changement de règles comptables pour éviter des dépréciations, prêts, prise de participation au capital, garantie de plusieurs centaines de milliards d’euros sur leur bilan dans les pays européens, rachat de créances pourries…
Tout a été fait pour les sauver de leurs excès, de leurs mauvais modèles, de leurs règles prudentielles qui n’avaient de prudentielles que le nom. « Le laisser faire a conduit au laisser aller » pour citer Dominique de Villepin. Mais le plus incroyable est l’absence totale de remise en cause de ce système qui a failli mener le monde dans une nouvelle Dépression. Les cours de bourse ne font que sanctionner cet état de fait : les banques ont triomphé sur toute la ligne. Presque personne ne semble se poser des questions sur les réformes nécessaires, à part Frédéric Lordon…
Bonne nouvelle : la hausse de la bourse est sans doute le prélude à une reprise économique. Mauvaise nouvelle : tous les déséquilibres passés restent en place, notamment l’exploitation de l’économie réelle par la finance, qui vient de gagner une assurance-vie sans aucune contrepartie réelle pour l’instant.
Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2009/08/22/04003-20090822A...
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25.07.2009
Fin de crise pour la bourse et les entreprises ?
Si le mois de juin et le début de juillet avaient été dominés par une mauvaise humeur des marchés, depuis quinze jours, le moral des spéculateurs est au beau fixe. Wall Street est au plus haut depuis 8 mois et le CAC 40 a repris plus de 10%.
Le rebond de Ford
Les constructeurs automobiles ont été parmi les premières victimes de la crise. Les ventes de voitures se sont effondrées dans de nombreux pays : -40% en Espagne, -30% aux Etats-Unis à partir du mois de septembre dernier. Chrysler et General Motors n’ont échappé à une faillite totale que grâce à l’aide de l’Etat et au prix de révisions stratégiques radicales. Chrysler est plus ou moins repris par Fiat et General Motors cède de nombreuses marques et actifs.
C’est pourquoi les chiffres annoncés par Ford il y a deux jours ont été jugés particulièrement encourageants par les marchés. Certes, le bénéfice affiché par le constructeur étasunien est uniquement la conséquence d’une opération financière réussie. Mais cela montre deux choses : que même un constructeur automobile peut restructurer sa dette et ensuite que les pertes de Ford se sont réduites à 600 millions de dollars, une bonne performance dans un bas de cycle particulièrement sévère.
Les résultats des entreprises boostent la bourse
Et si Microsoft a déçu, d’autres grands groupes comme AT&T ou 3M ont dégagé de meilleurs résultats qu’attendus. Au global, comme l’avaient montré les résultats des banques il y a quelques jours, les résultats des entreprises sont moins mauvais que ce que craignaient les analystes, ce qui a provoqué le rebond des derniers jours. Le point bas des marchés de début mars semble désormais assez loin et il est possible qu’il marque a posteriori le climax de cette crise financière.
Mais la relative bonne tenue des profits des entreprises démontre également quelque chose de plus dérangeant. En effet, on peut aussi en conclure que le système actuel arrive même à protéger les intérêts des actionnaires dans le cadre d’une crise économique extrêmement violente. D’une part, des millions de personnes perdent leur maison ou leur emploi, mais de l’autre, les actionnaires ne souffrent finalement pas très longtemps (hormis les petits épargnants qui avaient leur retraite en bourse…).
Les résultats actuels posent un problème particulièrement troublant puisque toutes les dérives du système semblent encore en marche dans l’esquisse de reprise que nous traversons. Pire, cette reprise ne semble devoir profiter qu’à une minorité.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/07...
http://www.lefigaro.fr/marches/2009/07/23/04003-20090723A...
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11.07.2009
Faut-il s’inquiéter de la baisse de la bourse ?
Hier, le CAC 40 est repassé sous la barre des 3000 points, pour la première fois depuis près de trois mois suite à la publication d’un indicateur de confiance des consommateurs étasuniens décevants. Faut-il s’inquiéter de cette baisse ?
Un prélude à une nouvelle étape de la crise
Beaucoup de prévisionnistes l’annoncent : nous n’avons vu que le début de la crise et l’automne devrait être le théâtre d’une nouvelle étape dévastatrice. La baisse des places boursières depuis un peu plus d’un mois semble confirmer leurs sombres pronostics. En effet, après avoir touché un plus bas de 2465 points en mars, le CAC est remonté début juin au-delà de 3400 points avant de chuter à nouveau. Le Dow Jones, tombé à 6469 points, puis remonté à plus de 9000, est aujourd’hui à 8146 points.
Cette baisse est somme toute assez logique. En effet, depuis de longs mois, les investisseurs constatent la violence de cette crise économique, sans égale depuis 80 ans. Le taux de chômage s’envole dans la plupart des pays, malgré quelques premiers signes de reprise (hausse de la production industrielle depuis deux mois dans plusieurs pays). Du coup, une certaine nervosité se fait jour, qui explique l’ajustement actuel des cours de la bourse.
Des raisons de ne pas tout voir en noir
De manière ironique, on pourrait relativiser la capacité des marchés boursiers à bien juger l’état de la situation économique tant ils se sont trompés depuis dix ans. Mais plus sérieusement, il est parfaitement logique que les marchés soient aussi nerveux car la plupart des nouvelles économiques restent très négatives malgré les progrès sur quelques indicateurs. Les chiffres du PIB du second trimestre (qui seront publiés en août) seront d’une importance capitale…
Malgré tout, cette baisse des bourses peut avoir un effet positif pour l’éventuelle reprise. En effet, la baisse des cours rend les actions moins chères et peut faciliter une hausse des cours à l’automne, au moment crucial où se nouera l’avenir de cette crise : approfondissement ou sortie (illusoire). En ce sens, la baisse des cours, à un moment plus anodin, l’été, pourrait finalement jouer un rôle positif dans la sortie de la crise cet automne, surtout si les profits des entreprises se tiennent.
Bien sûr, cette baisse des cours pourrait être le prélude à un nouveau krach cet automne si l’économie ne se reprenait pas. Mais au contraire, je crois que cet ajustement des cours pourrait favoriser la reprise, aussi illusoire et chaotique soit-elle.
Source : http://www.lefigaro.fr/marches/2009/07/10/04003-20090710A...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, dow jones, cac 40



