21.10.2008

Les dirigeants des Caisses d’épargne devaient-ils démissionner ?

Ainsi soit-il : pour avoir perdu 600 millions d’euros à la Bourse, les dirigeants des Caisses d’épargne ont été poussés à la démission, sous la pression du président et de média volontiers lapidaires, comme l’illustre cet éditorial du Monde. Cette décision était-elle vraiment justifiée ?

Il faut dire que le contexte actuel ne pousse pas à l’indulgence vis-à-vis des banquiers. Après avoir utilisé et contourné les règles comptables pour inventer des produits toujours plus sophistiqués qui leur permettaient d’augmenter la rentabilité uniquement en jouant avec l’effet de levier, ils ont provoqué la plus grave crise financière depuis la Grande Dépression. Pire, cette crise menace de plonger l’économie dans une grave récession et les Etats ont été priés d’agir pour éviter l’effondrement du système, au point de s’engager à hauteur de 2 000 milliards d’euros en Europe seulement… Les ménages, qui subissent des frais bancaires en hausse constante et qui sont douloureusement rappelés à l’ordre pour le moindre petit découvert ne risquent pas d’apprécier davantage des banquiers sauvés par leurs impôts !

Aux Etats-Unis, la situation est pire, avec les trois millions de ménages qui ont perdu leur maison, mais qui vont tout de même financer le rachat des actifs toxiques des banques via le plan Paulson ! Dans ce monde devenu fou, cette injustice criante peut pousser à demander la tête des banquiers, comme cela a été fait pour les Caisses d’Epargne. Cela est d’autant plus compréhensible qu’au bilan de cette bulle financière, tous les actifs (bonus et rémunérations des années passées) resteront aux banquiers et traders alors que l’ensemble du passif (prêts hypothécaires, logements saisis, impôts pour financer le plan de soutien) resteront à la collectivité. Cette privatisation des profits couplée à la double collectivisation des pertes (où la population paie pour ses pertes et celles des banquiers) est particulièrement choquante.

Pour autant, on peut quand même se demander s’il était si justifié de couper la tête des dirigeants des Caisses d’Epargne. Car quand on remet les choses en perspective, les pertes annoncées ne semblent pas proportionnelles à la sévérité de la sanction. En effet, les pertes mentionnées correspondent à la semaine où le CAC 40 a baissé de plus de 20%. En somme, si l’on considère que les pertes de l’Ecureuil étaient semblables à celles du marché, on peut en déduire que cela correspond à un placement d’environ 3 milliards d’euros. Or était-il si choquant qu’une banque, dont le bilan atteint 600 milliards d’euros, place 0,5% de cette somme en bourse ? Les pertes que les Caisses d’Epargne ont subi ne sont sans doute pas plus importantes que celles qu’ont subi la plupart des autres banques cette semaine-là. Aussii énorme que soit la perte, elle ne semble pas forcément justifier de tels renvois.

Et si les dirigeants des Caisses d’Epargne n’étaient que les boucs émissaires de la crise financière ? Attention à ne pas se laisser distraire par ces exécutions publiques bien commodes et oublier que l’essentiel se jouera lors de la révision des normes financières…

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2008/10/20/04015-20081020ARTFIG00042-revolution-de-palais-aux-caisses-d-epargne-.php

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/20/l-ecure...