20.10.2008
L’activisme à double tranchant de Nicolas Sarkozy
La crise économique et financière est l’occasion pour Nicolas Sarkozy de démontrer ses grandes qualités de leadership, mais aussi ses limites en matière de résolution de problèmes…
Nicolas Sarkozy est un véritable chef. Même s’il est difficile de véritablement juger de la performance des précédents présidents de l’Union Européenne, il semble incontestable que le président Français fait partie du haut du panier en matière d’animation du groupe des chefs d’Etat et de gouvernement européens. Après avoir échoué lors de la réunion du G4 Européen pour avoir pousser ses idées sans s’assurer de l’accord des autres participants, la réunion d’il y a huit jours a permis de stabiliser la situation à l’échelle continentale avec l’annonce d’un plan de soutien aux banques de 2 000 milliards d’euros. Si ce plan n’a pas tout réglé, il a au moins démontré la capacité d’action des pays européens quand leurs chefs politiques sont coordonnés par un président actif et volontaire.
Nicolas Sarkozy a continué à endosser son rôle de co-leader du monde en se rendant à Camp David samedi pour convaincre Georges Bush d’organiser au plus vite un sommet pour tirer les conclusions de la crise financière actuelle. Et pour le coup, il est difficile de ne pas lui tirer un coup de chapeau pour ce qu’il a obtenu, même si les circonstances y étaient très favorables. Nicolas Sarkozy a raison de vouloir associer les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, un pays arabe) à la résolution de la crise, tant leur rôle sera capital par les capitaux qu’ils possèdent et leur poids économique. Cette volonté d’associer les pays émergents est somme toute très gaulliste et prend acte des limites de notre modèle occidental. Sa volonté d’organiser rapidement une réunion est également la bienvenue car l’ampleur de la crise n’est pas sans rappeler celle de 1929.
Mais le problème avec Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment sa capacité à entraîner les autres, ou à agir en chef. Le problème porte sur les solutions qui sont mises en place. Car s’il a très justement poussé les leaders européens à travailler pour résoudre la crise et s’il est parvenu à un accord important pour sauver les banques, les conclusions du dernier sommet européen montrent les limites de sa démarche. Si l’Europe s’est mise d’accord pour sauver les banques, elle ne s’est pas mise d’accord pour sauver la croissance et les emplois en refusant tout plan de relance coordonné. En outre, le niveau des taux de la BCE reste absurdement élevé par rapport aux Etats-Unis. Enfin, le choix de l’ancien patron du FMI pour coordonner l’aide aux banques en France démontre une absence de remise en cause du système contradictoire avec son discours. Bref, si on peut lui faire confiance pour organiser un nouveau Bretton Woods, on peut avoir des doutes sur la qualité des solutions qui y seront adoptées.
La forme, pas le fond : c’est toujours la même rengaine avec Nicolas Sarkozy. Au moins, il aura démontré que la France a toujours vocation à jouer un des premiers rôles sur la scène internationale.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/19/crise-l-idee-d-une-serie-de-sommets-retenue_1108622_1101386.html#ens_id=1089411
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, sarkozy, présidence française, camp david, georges bush



