30.03.2011
Copé, Fillon : la discorde chez la majorité
Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.
Règlement de compte à UMP-Corral
Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.
Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après 2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.
La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité
Majorité au bord de la crise de nerfs
Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.
Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).
Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.
Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.
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25.03.2011
Marine Le Pen, 90% Le Pen, 10% Marine
La nouvelle présidente du Front National est habile. Presque tous les médias ont véhiculé sans la questionner la thèse selon laquelle elle est moins extrême que son père, plus fréquentable et républicaine. Et si le recentrage du FN était surtout cosmétique ?
Une communication habile
En avril dernier Marine Le Pen expliquait sur Europe 1 que les « saillies » de son père, si elles faisaient son charme, étaient contre-productives. Déjà, en se plaçant sur l’angle de la communication, elle sous-entendait qu’elle ne remettait pas en cause ce qu’est son parti, mais seulement sa communication. Cela limite la rénovation apparente du Front National à une opération de communication destinée essentiellement à augmenter son potentiel électoral.
En cela, la scénarisation de son accession à la présidence du parti de son père était idéale : la confrontation avec plus à droite qu’elle l’a fait passer pour une modérée. Absolument tous les médias ont rapporté sans broncher cette version des faits, qui correspond pourtant exactement à ce que la nouvelle présidente souhaitait que l’on raconte. Son discours, en rupture avec ceux de son père, accréditait parfaitement cette thèse. Bref, l’opération de communication est un succès total.
Mieux, les médias modérés, après avoir relayé l’histoire qu’elle souhaitait raconter, continuent à la traiter comme une pestiférée et à lui donner des leçons de morale dignes d’un procès de Moscou, comme mardi soir au Grand Journal de Canal Plus. Ils ne se rendent pas compte qu’il y a une grande incohérence à valider la thèse d’un recentrage du FN tout en le traitant aussi mal. Du coup, cette émission est sans doute une des meilleures promotions possibles pour Marine Le Pen
Sociologie et programme économique
Pour être honnête, certains aspects de son programme ont évolué avec l’arrivée de la nouvelle présidente. Sa partie économique, volontiers anti-étatiste, antifiscal et d’inspiration franchement libérale est en passe d’être rénovée dans une direction plus proche d’un dirigisme colbertiste et social. D’ailleurs, le FN version Marine Le Pen n’hésite pas à reprendre les analyses de Jacques Sapir sur son site, et même les miennes (mises en ligne dans leur dossier sur l’euro).
En fait, cette évolution est totalement logique et correspond davantage à une base populaire, qui souffre de la mondialisation et en attente d’un Etat plus protecteur. Sociologiquement, avec sa domination des classes ouvrières, que le Parti Socialiste lui a abandonnées, le Front National est « passé à gauche », prenant la place du Parti Communiste. Là aussi, on peut voir dans l’évolution du parti une mise en cohérence avec un objectif électoral plus ambitieux, un souci de communication.
Car le vote Front National est un vote essentiellement social, un vote des exclus du système. C’est un vote qui n’est pas très compliqué à comprendre. Face à des grands partis qui promettent beaucoup et réalisent peu, qui défendent la globalisation néolibérale qui fait mal à ces classes populaires, et qui semblent davantage préoccupés par leur nombril que par le sort des Français, le vote FN a une vraie logique. Mais c’est un vote de protestation et non d’adhésion.
Un programme qui a moins évolué qu’on ne le dit
Mais sur les autres aspects de son programme, le nouveau Front National n’est pas si différent de l’ancien. Marine Le Pen n’a eu besoin de supprimer que deux des vingt-cinq chapitres de son programme, ce qui tempère largement l’évolution affichée du parti. Sur de nombreuses questions, le FN version Marine ressemble comme deux gouttes d’eau au FN version Jean-Marie. Sur l’immigration, elle continue à véhiculer les mêmes mensonges et à surfer sur la peur de l’autre.
Sur les questions de société, le Front National reste dans les marges extrêmes de notre vie politique. Il est toujours favorable à la peine de mort. Et Marine Le Pen s’est également prononcé récemment contre le remboursement de l’IVG, un retour en arrière assez incroyable pour la condition féminine et une pratique profondément inégalitaire dont les conséquences seraient sans doute dramatiques. Enfin, je ne parle pas des mesures discriminatoires entre Français…
On retrouver toujours dans le Front National de Marine Le Pen la même dialectique frontiste du bouc-émissaire étranger, qu’elle n’a que légèrement renouvelée en ciblant davantage les musulmans. On peut être souverainiste ou lutter contre la globalisation ou l’Europe sans tomber dans la haine de l’autre, Là-dessus encore, le Front National bleu Marine reste dans la droite ligne du parti paternel. Marine Le Pen n’a fait que quelques inflexions dans le discours, certes bien ciblées.
Un problème de personnes
En outre, un parti politique, ce n’est pas qu’un discours. Certes, le discours de son accession à la présidence du FN marquait une forte inflexion. Mais depuis, dans le détail, la différence n’est pas si grande. Et puis surtout, le FN, ce sont aussi des dirigeants, qui accèderaient au pouvoir si Marine Le Pen était élue à la présidence de la République. A tous ceux qui sont tentés de voter FN, je demande de réfléchir aux personnes auxquelles ils donneraient les manettes du pouvoir…
Une analyse rapide de la composition du Bureau National du FN permet de constater qu’une bonne partie de ses membres n’a pas changé, avec des personnes liées à l’OAS… Ce parti conserve aussi comme logo la flamme tricolore des fascistes Italiens nostalgiques de Mussolini. En outre, on ne peut pas dire que les expériences des gestions municipales frontistes aient révélé de grandes compétences parmi les divers maires que le Front National a fait élire.
Par ses dirigeants, par sa culture, par son histoire, bref, par ce qu’il est encore aujourd’hui, et qui n’est pas si différent de ce qu’il était hier, le Front National reste un parti d’extrême-droite, un parti qui refuse de laisser les journalistes pénétrer son Congrès, un parti dont le président d’honneur parle du « nez » des juifs, dans la pire tradition extrémiste du début du siècle dernier, un parti qui élit la fille de son père pour lui succéder (ce qu’aucun autre parti républicain n’a jamais fait).
Bref, si Marine Le Pen a parfaitement réussi son opération de communication, il faut se souvenir d’une chose : c’est essentiellement une opération de communication. La nature profonde du parti a un peu changé, mais seulement un peu, et peut-être plus par calcul que par réelle conviction républicaine.
Sur le front républicain, je vous invite à lire l’excellent papier de Romain Pigenel
Demain, lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN
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25.02.2011
Bruno Le Maire, technocrate empathique
Le ministre de l’agriculture a tout pour plaire : il parle bien, présente bien, reste toujours calme, écoute ses interlocuteurs et tient un discours sensé. Mais sa prestation au Grand Journal de Canal Plus mardi dernier révèle quand même de sérieuses limites.
Plus technocrate que politique
Pendant l’émission, Ariane Massenet a proposé au ministre un test sur ses connaissances: l’époque où on récolte les poires (l’été) ; la race d’une vache (une blonde d’Aquitaine) ; le nom d’une machine agricole (un enjambeur) ; le nom de l’animal dont on faisait entendre le cri (un dindon) ; ce que représente un hectare (10 000 m2). Le ministre a récolté un zéro pointé, l’agriculteur invité affirmant que « si un jour, il avait à en acheter un (hectare), il saura que chaque mètre est important ».
Naturellement, il est ridicule d’attendre des ministres ou des hommes politiques qu’ils aient réponse à toutes les questions qu’on leur pose. Dans la vraie vie, ils ont un ministère qui les assiste. Mais là, le zéro pointé était un peu cruel pour un ministre qui avait passé son temps au Salon de l’Agriculture depuis quelques jours. Deux bonnes réponses auraient été un minimum. La déconnexion entre le ministre et les réalités du monde agricole ne pouvait pas être mieux illustrée.
Sa politesse, son écoute et sa façon de reconnaître son ignorance lui ont permis de ne pas trop mal faire passer la chose. Bref, on retrouvait bien l’auteur du livre « Des hommes d’Etat », ce technocrate vivant un peu trop en vase clos dans les bureaux de la République mais assez sympathique même s’il s'étalait un peu trop sur ses états d’âme. Bruno Le Maire semble le prototype du serviteur de l’Etat plus technocratique qu’idéologue, qui gère plutôt qu’il ne dirige, mais pas vraiment politique.
Empathique mais trop convenu
C’est sans doute pour cela que les agriculteurs semblent bien l’aimer malgré sa méconnaissance de leur métier. Il semble avoir le souci sincère de faire bouger les choses pour les agriculteurs. Fin 2009, il avait même tenu des propos sévères sur les conséquences du libre-échange pour le monde agricole qui avait vu ses revenus baisser de 34% en une seule année, à des niveaux indécents. Malheureusement, faute est de constater que rien n’a véritablement changé depuis.
Le problème est simple : même s’il est choqué par ce qui arrive et qu’il s’efforce de faire de son mieux, ne pas penser à remettre en cause la libéralisation du marché des produits agricoles le limite à poser des rustines sur un problème qui ne sera jamais réglé. La solution est assez simple. Nous la connaissons puisque c’était la façon dont nous fonctionnions avant : mettre en place des prix de soutien pour éviter que les agriculteurs ne vendent en dessous de leur prix de revient.
Naturellement, les opposants souligneront que cela aboutit à des conséquences fâcheuses (prix en hausse, stocks…). Mais il est possible de baisser les prix des produits qui sont en excès et monter ceux des produits dont on manque pour réajuster la production. Bref, si nous restons dans le seul cadre du marché libre, les agriculteurs subiront des variations de prix dévastatrices. C’est cette logique qu’il faut casser pour leur permettre de vivre de leur métier et non pas de subventions.
Bruno Le Maire a une bonne capacité d’écoute et sans doute de bonnes intentions. Mais en restant figé dans le cadre d’un marché agricole déréglementé, il se condamne à des rustines inopérantes pour traiter les problèmes du monde agricole.
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01.12.2010
Wikileaks : quand Le Monde fait du Voici
C’est l’évènement médiatique de la semaine : la publication par le Monde des fuites du service diplomatique étasunien. Le contenu de milliers de correspondances internes du ministère des affaires étrangères des Etats-Unis a été révélé au grand public par cinq journaux.
Une méthode choquante
Ces révélations diplomatiques posent de nombreux problèmes. Lundi soir, sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus, Sylvie Kauffman du Monde était venue défendre la décision de son journal de participer à cet évènement. De manière intéressante, les chroniqueurs étaient assez divisés, Jean-Michel Apathie étant assez critique sur le choix du quotidien vespéral. Il a justement souligné qu’il s’agissait in fine d’un vol de correspondances et que le Monde faisait quelque part du recel.
Mais ces publications posent d’autres problèmes. Même si les journalistes assurent avoir fait le tri dans les correspondances pour éviter de mettre quiconque en danger, Jean-Pierre Raffarin soulignait fort justement que des personnes impliquées dans les dossiers évoqués pouvaient parfaitement reconnaître des interlocuteurs dont le nom aurait été masqué. En outre, se pose également la question des conséquences de ces révélations et de ceux qui vont en tirer profit.
Enfin, ces « révélations » posent la question de la transparence revendiquée par les défenseurs de Wikileaks pour justifier d’avoir publié ces documents. La démocratie en a-t-elle réellement besoin ? Est-il vraiment utile que des échanges privés soient dévoilés au public ? Tout le monde saisit bien qu’il y a une différence entre ce qui est dit en petit comité et ce qui peut être dit devant davantage de monde. Il est normal que la parole privée soit un peu moins diplomatique que la publique.
Un résultat choquant
En fait, cela montre sans doute un aspect malsain de cette démarche. Wikileaks, c’est un peu le Voici de la diplomatie, qui consiste à divulguer ce qui n’était pas destiné à être montré, un vol d’échanges privés mis sur la place publique. D’ailleurs, ce qui ressort de ces révélations est bien digne d’un journal people. Tel dirigeant aurait un caractère difficile, un autre ferait trop la fête… Bref, nous sommes très loin de la politique, mais plutôt dans une forme de voyeurisme…
Pire, ces anecdotes sont révélées sans la moindre mise en contexte, comme si elle représentait des vérités établies. Le Monde en dit trop (à mon sens), ou pas assez. Car « révéler » le jugement d’un diplomate étasunien de manière aussi lapidaire est ridicule. Une anecdote ne fait pas une réalité. Ce n’est pas parce qu’un diplomate a transmis une fois un jugement peu favorable à l’égard de David Cameron que le Premier Ministre Britannique est réellement mal vu par la diplomatie étasunienne…
Certaines « révélations » sont de simples anecdotes qui perdent totalement la vue d’ensemble et dont l’intérêt réside uniquement dans la divulgation d’une critique privée d’une personne publique. Et Le Monde devrait comprendre que cela revient à montrer la politique par le petit bout de la lorgnette. Si l’homme est un être un social et sociable, c’est aussi parce qu’il sait se comporter en société et donc garder pour lui-même ou un petit cercle certains jugements dont la publicité n’aurait aucun intérêt.
Par delà les aspects légaux et la mise en danger potentielle, ces « révélations » sont choquantes. Que diraient ces journalistes si leurs propos privés étaient étalés par un autre sur la place publique ? Pire, ici, cela réduit la diplomatie à des anecdotes dignes des journaux people. Honte sur le Monde.
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24.10.2010
Réforme des retraites : UMP – PS, zéro partout
Le Sénat a voté vendredi la réforme des retraites. Il semblerait que la réforme ait de grandes chances de passer, même si les manifestations et blocages actuels incitent à la prudence. Une immense occasion perdue de véritablement réformer notre système et d’en débattre ouvertement.
Une opposition malhonnête
Le débat sur la réforme des retraites est pitoyable. Sans cesse, les syndicats et le parti socialiste ont menti ou présenté les choses de manière injuste. On peut commencer par le comptage totalement farfelu du nombre de manifestants : Canal Plus et Médiapart ont montré que même les estimations officielles sont légèrement optimistes. Il n’y a jamais eu beaucoup plus d’un million de manifestants, ce qui ne retire pas tant que cela à la force de la mobilisation.
Le PS a aussi démontré sa mauvaise foi en se lamentant sur le sort des carrières longues ou difficiles. Alors qu’il n’a rien fait pour ces personnes pendant les quinze années où il a été au pouvoir, comment peut-il critiquer un gouvernement qui prend des mesures pour compenser ceux qui ont eu des carrières pénibles ou précoces ? Et comment ne pas constater les contradictions d’un parti qui accepte l’allongement de la durée de cotisation mais pas le report de l’âge de la retraite ?
Une fausse réforme
Mais le gouvernement n’est pas en reste. Il est risible de voir les ministres défendre cette réforme en affirmant sans rire qu’elle sauve littéralement le système de retraite par répartition ou de voir Benjamin Lancar interpeller sérieusement les jeunes en disant que cette réformette assure leur retraite future. Dans la réalité, les déficits devraient perdurer jusqu’en 2017 et continuer après 2019, le tout avec des hypothèses de taux de croissance et de taux de chômage irréalistes.
Bref, cette réforme n’est qu’une réformette qui ne résout rien et qui imposera d’autres réformes dans les années à venir. Elle n’est qu’un symbole destiné à rassurer les marchés et une posture politicienne dont Nicolas Sarkozy espérait tirer parti sur la foi des sondages du printemps où les Français semblaient accepter le report du départ de l’âge de la retraite. Le seul objet de la réforme était de souder l’électorat de droite et d’affaiblir la gauche, mais le piège s’est refermé sur son initiateur.
Cette réforme de retraite restera dans les annales de la Cinquième République comme un épisode où les Français auront pu assister à une course de vitesse de mauvaise foi entre la majorité et l’opposition. D’où le rejet du système qui s’exprime dans les manifestations.
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16.10.2010
Retraites : une mauvaise opposition pour une mauvaise réforme
Aujourd’hui a lieu une nouvelle manifestation contre la réforme des retraites du gouvernement. Ce qui est spectaculaire, c’est de voir la quantité de malhonnêtetés intellectuelles véhiculées par l’ensemble des protagonistes : gouvernement, parti socialiste et syndicats.
Du comptage du nombre de manifestants
Ce qui devait arriver est arrivé. Quelques médias ont décidé de s’atteler à un décompte du nombre de manifestants pour essayer de comprendre quel est le véritable nombre de manifestants. Y-avait-il 3,5 ou 1,2 millions de manifestants mardi ? Les conclusions de France-Soir, de Canal Plus et Médiapart sont unanimes : ce sont les chiffres de la police qu’il faut prendre en compte. Et encore, la réalité se situerait même légèrement en-dessous des chiffres officiels !
En effet, France Soir a fait appel à une société spécialisée dans le domaine pour estimer le nombre de manifestants à Paris. Le résultat est sans appel : entre soixante-treize et quatre-vingt mille manifestants, (quatre vingt dix pour la police et trois cents trente mille pour les organisateurs). Et malheureusement pour les syndicats, des médias plutôt favorables au mouvement confirment cette évaluation comme Canal Plus ou Médiapart, ainsi que le rapporte le Parisien.
Je vous invite à visionner le Petit Journal de Canal Plus, qui démonte totalement l’évaluation des syndicats à Marseille (deux cent trente mille manifestants contre vingt-quatre mille selon la police). Par delà la démonstration de la malhonnêteté patente de leur comptage, l’émission de Canal Plus rapporte une évaluation scientifique autour de dix-huit mille personnes… Bref, pour évaluer le nombre de manifestants, il semble que seuls les chiffres de la police aient de la valeur.
Une opposition malhonnête
Cette malhonnêteté crasse des syndicats est absurde. Réunir plus d’un million de personnes est une sacrée performance et montre le malaise et l’opposition de beaucoup de Français. Pourquoi mentir sciemment en utilisant les mêmes technique que Nicolas Sarkozy quand ses soutiens annonçaient que cent mille personnes assistaient à son meeting Porte de Versailles alors qu’il y en avait trente mille au plus ? Ces mensonges finissent par ôter toute crédibilité.
Mais le PS n’est pas en reste dans les mensonges. Il faut voir ses chefs se lamenter sur le sort des carrières longues que le gouvernement ignorerait. Ils font mine d’oublier que jusqu’à récemment une personne qui avait commencé à travailler à seize ans devait travailler 44 ans pour toucher une retraite pleine et que c’est sous la présidence Chirac qu’un dispositif a été adopté pour leur permettre de partir à la retraite plus tôt et que le projet actuel améliore et pérennise le dispositif.
Bref, il est dommage que la médiocrité de l’opposition rejoigne celle d’un gouvernement qui fait cette réforme pour un effet d’affichage uniquement puisqu’elle ne résout rien à moyen terme et ne permet absolument pas un financement stable et solide du régime par répartition dans les décennies à venir. Il est risible de voir le gouvernement parler de « sauvetage des retraites » alors que notre système va continuer à cumuler les déficits et qu’il faudra forcément une nouvelle réforme.
Si cette réforme devait passer, il en resterait un goût amer : un gouvernement qui ignore les injustices de sa réforme, une opposition qui semble se mobiliser à moitié et qui recourt trop souvent à des mensonges. Bref, la France et les Français auraient mérité un meilleur débat et une meilleure réforme.
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28.05.2010
Jacques Attali, socialiste néolibéral
Mercredi soir, Jacques Attali était l’invité du Grand Journal de Canal Plus. Il a affirmé qu’il avait voté à gauche toute sa vie et que c’était sa famille politique. Mais il représente sans doute mieux que personne la dérive néolibérale du Parti Socialiste.
« Un plan de rigueur insuffisant »
L’ancien sherpa de François Mitterrand vient de sortir un livre sur la dette publique, sujet de prédilection de Jean-Michel Apathie. Il se demande si nous sommes ruinés et ne répond pas par la positive tout en disant que pour éviter cela, il faut absolument agir dans les prochains mois et que si les deux années qui viennent ne sont pas utilisées pour radicalement redresser nos finances publiques, alors nous pourrions bien l’être. Pour lui, les annonces du gouvernement sont beaucoup trop timides.
Il appelle à un plan beaucoup plus radical, mais sans rentrer dans le détail des mesures, ce qui est une position beaucoup plus confortable. Pourtant, Jacques Attali sait pondre de nombreuses mesures précises, comme il l’avait fait dans son « plan pour la libération de la croissance de la France », où il proposait des dizaines de mesures de déréglementation, où il proposait entre autre de laisser beaucoup plus de liberté aux institutions financières (nous étions encore avant le gros de la crise…).
Bref, il est absolument hallucinant de constater à quel point certaines figures du « socialisme » font une allégeance absolument totale et sans mesure aux idées néolibérales de déréglementation financière, de démantèlement des barrières douanières et de rigueur budgétaire. Pire, pas une fois il n’a évoqué le sort des millions de Français qui sont au chômage et qui seraient sans doute les premières victimes du plan d’austérité sévère qu’il appelle de ses vœux.
Du respect du secret médical
Plus tard, un médecin est intervenu pour dénoncer le non respect du secret médical concernant Johnny Hallyday. Il a dénoncé l’attitude de Christophe Barbier en soulignant que si l’on suit la logique du patron de l’Express, alors une personne qui obtiendrait son dossier médical serait également en droit de le publier. Mais il est allé plus loin en soulignant que tous ceux qui avaient suivi étaient d’une grande hypocrisie puisque dès qu’un confrère cassait un interdit, ils suivaient sans état d’âme.
Même si Jean-Michel Apathie a commencé timidement par défendre la profession, en affirmant qu’il n’était pas possible de taire cette « information » ce matin, il a fini par se ranger plus ou moins à la thèse selon laquelle les journalistes auraient dû taire cette violation du secret médical et se faisaient complice en relayant sans la moindre hésitation des choses qui devraient rester privées. Jacques Attali, décidemment adepte du laisser-faire, n’y a vu rien à redire.
Certains pourraient croire que Jacques Attali n’est qu’une exception au sein de la famille socialiste. Mais est-ce qu’au contraire sa liberté ne lui permet pas de dire tout haut ce que pensent vraiment la majorité du parti ? Et si les socialistes n’étaient que des néolibéraux vaguement compassionnels ?
10:52 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : jacques attali, grand journal, canal plus, parti socialiste
10.01.2010
Lionel Jospin, éléphant suffisant
Lionel Jospin regrette sans doute depuis longtemps d’avoir prononcé des mots si définitifs le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Résultat, il passe son temps à faire des tournées d’adieux, en conservant une capacité très limitée à faire son autocritique.
Un manque de recul terrifiant
Près de huit ans après, Lionel Jospin attribue toujours son échec à la multiplicité des candidatures à gauche et, comme le rapporte le Figaro, il admet tout juste avoir « surestimé le rejet de Jacques Chirac, surestimé la perception positive de mon bilan, sous-estimé l'impact qu'avait la division de la gauche et sous-estimé le premier tour ». Enfin, il admet que sa « campagne n'a pas été assez offensive », et parle de son « regret d'une marche qui était à notre portée […] et [son] sentiment que cinq années avec nous auraient été préférables à la stagnation du quinquennat chiraquien ».
L’interview qu’il a donnée au Monde confirme cet état d’esprit. On note un certain mépris pour l’extrême gauche, qui « ne se retrouvera jamais (dans son bilan) et qui n’est à l’aise que sous la droite ». En clair, l’ancien premier ministre socialiste ne veut bien admettre que des erreurs de perception (sous-estimation ou surestimation) mais surtout pas la moindre critique sur son bilan qu’il continue à défendre bec et ongle alors que sa défaite devrait l’inciter à plus d’humilité. On devine entre les lignes qu’il pense qu’il aurait facilement battu Jacques Chirac au second tour s’il avait réussi à devancer Jean-Marie Le Pen.
Une caricature des dérives socialistes
Jeudi soir, sur le plateau de Canal Plus, Lionel Jospin était également incapable de la moindre véritable autocritique. Pas une seconde il ne semble douter de l’issue d’un duel avec Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Pourtant, sa défaite était davantage la conséquence de ses choix que de l’éparpillement des voix de la gauche. C’est lui qui a poussé Jean-Pierre Chevènement hors du gouvernement par ses arbitrages sur la Corse. S’il l’avait conservé dans son gouvernement, nul doute que l’issue du premier tour aurait été différente.
Mais l’issue du second tour ne lui aurait pas été plus favorable. Car Lionel Jospin est le premier ministre qui a abdiqué tout volontarisme politique sur deux éléments fondamentaux. Il a abdiqué sur la sécurité en ne sachant pas réagir à la hausse de la délinquance après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Et il a abdiqué sur le chômage avec Vilvoorde. Bref, pourquoi les Français auraient-ils voulu d’un président qui admettait si facilement son impuissance à agir ?
Par-delà l’incapacité crasse de Lionel Jospin à admettre de véritables erreurs (celles qu’il admet ne sont pas de vraies erreurs), le plus incroyable est aussi sa capacité à parler sans cesse de la gauche en oubliant les idées et les Français. Il n’est pas pour rien dans le nombrilisme du Parti Socialiste.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : lionel jospin, 2002, grand journal, canal plus
11.09.2009
La farce continue au Parti Socialiste
Pas de chance ! Après avoir traversé l’épisode des Universités de rentrée de manière relativement apaisée, le Parti Socialiste trébuche à nouveau avec la publication d’un livre accablant sur les pratiques bien peu démocratiques des camarades du parti de la rose.
Les dessous du Congrès de Reims
C’est la sortie du livre « Hold-up, arnaques et trahisons » qui a mis le feu aux poudres. Antonin André, d’Europe 1, et Karim Rissouli, de Canal Plus, y racontent les coulisses du congrès qui a permis à Martine Aubry de prendre la tête du Parti Socialiste, avec 102 voix d’avance sur Ségolène Royal. Le moins que l’on puisse dire est que cette plongée dans les mœurs du PS est assez effarante. Les deux journalistes, invités du Grand Journal de Canal Plus cette semaine affirment tranquillement que ces magouilles étaient jusqu’à présent acceptées car elles ne changeaient pas l’issue des votes !
Le problème est qu’il semble que cette fois-ci, la victoire du clan Aubry soit la conséquence directe de ces arrangements avec la démocratie interne du parti. Les auteurs révèlent ainsi que les résultats du Nord étaient mis en attente avant l’annonce du résultat des autres fédérations de manière à pouvoir les ajuster afin d’assurer la victoire de leur clan. On parle d’un millier de voix de plus pour Martine Aubry, dix fois plus que l’écart qui l’a finalement séparé de Ségolène Royal…
Un parti bien peu démocratique
Bref, à la lecture de ces éléments, il semble bien que l’on ait volé la victoire au camp Royal l’an dernier, ce qui jette une lumière bien différente sur les déclarations de l’époque. Se pose néanmoins la question fondamentale du rapport du Parti Socialiste avec la démocratie. Comment un parti à vocation gouvernementale peut-il fonctionner de la sorte ? Comment accorder la moindre confiance à un parti qui se laisse aller à des pratiques de république bananière ? Voici une nouvelle pièce au dossier de la remise en question de l’alternance démocratique que peut représenter le PS.
Il est probable que Ségolène Royal, après avoir ménagé son effet, ne remette pas d’huile sur le feu. Le Parti Socialiste est en lambeaux, ses militants lui seront redevables d’une attitude magnanime. Après tout, a-t-elle intérêt à rallumer la guerre entre camarades ? Pour gagner en 2012, il faudra que le PS soit en ordre de bataille. En outre, sa position de gagnante officieuse sans avoir à assumer la direction du parti est peut-être la meilleure. Et l’échec de Martine Aubry aux européennes a disqualifié sa rivale pour les primaires, présageant un duel avec Dominique Strauss Kahn.
Peut-on faire confiance à un parti pour lequel le bourrage des urnes semble une habitude ? La brutalité des mœurs du PS a toutes les chances de dégoûter les Français d’un parti dont toute once d’idéalisme semble avoir disparu depuis longtemps.
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10.12.2008
Plaidoyer pour une analyse de la crise plus équilibrée
S’il y a une crise sévère du système néolibéral, il n’y a pas forcément une crise des économistes néolibéraux. Les défenseurs de la « mondialisation heureuse » et de la déréglementation sont aujourd’hui les premiers à être invités pour expliquer la situation actuelle.
La semaine dernière, Le Grand Journal de Canal Plus avait ainsi invité, pour parler de la crise, Alain Minc, l’auteur de « la mondialisation heureuse » et Jacques Attali, auteur d’un rapport en faveur de la déréglementation ! Ce dernier intervenait même quelques minutes après sur le journal de France 2. Il faut dire que l’ancien conseiller de François Mitterrand vend son nouveau livre « La crise, et après ». De fait, pour beaucoup de grands médias nationaux, l’analyse de la crise économique se fait à travers le prisme unique des défenseurs du néolibéralisme et de la déréglementation, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes sachant que cette « pensée unique » économique est à l’origine de la crise actuelle…
Et cette uniformité d’analyse est d’autant plus paradoxale qu’il y a une foule d’auteurs brillants capables de proposer des analyses différentes de cette crise, et donc complémentaires. Il ne s’agit pas de demander que seuls les Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau, Paul Jorion ou Jacques Généreux aient le droit d’expliquer les phénomènes actuels, même s’ils ont, eux, le mérite d’avoir analyser les vices du système qui nous ont mené à la crise. Mais il aurait été beaucoup plus intéressant d’avoir un débat Attali-Jorion ou Minc-Gréau plutôt que d’inviter deux personnes qui avaient les mêmes idées. Et ce n’est pas faute d’un manque d’actualité littéraire puisque Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Paul Jorion viennent de sortir un livre…
En fait, il est proprement sidérant de voir à quel point la plupart des médias présentent une analyse à sens unique de la crise. Une revue ultralibérale comme The Economist ne voit dans la crise que la conséquence de mauvaises réglementations, un excès d’endettement, des taux trop faibles, de mauvais comportements individuels et ignore complètement les analyses de Joseph Stiglitz ou Robert Reich. Mais d’autres revues comme Alternatives Economiques ne sont guère plus ouvertes et souffrent d’un parti pris différent mais guère moins dogmatique. Finalement, peu de médias ont l’ouverture d’esprit de présenter plus d’un point de vue, à l’exception notable de Marianne, qui ouvre ses colonnes au très libéral Philippe Manière.
Il n’est naturellement pas illégitime que Jacques Attali ou Alain Minc interviennent dans les médias pour expliquer leur analyse de la crise. Après tout, ils écrivent sur le sujet. Mais Jean-Luc Gréau, qui en traçait les grandes lignes dès 2005 dans son livre « L’avenir du capitalisme », Emmanuel Todd, qui soulignait dans « Après l’empire » les limites du modèle économique Américain basé sur la dette, Paul Jorion et bien d’autres ne sont pas moins qualifiés pour l’analyser et proposer des solutions. Il est regrettable que cette crise ne soit pas l’occasion de permettre de véritables débats économiques et que des auteurs d’horizons divers puissent présenter leurs interprétations et les confronter. Car c’est en écoutant des analyses diverses, notamment différentes de sa propre opinion, que l’on peut faire progresser sa pensée.
Plus encore que le choix des personnes, il est proprement incroyable que l’analyse de la crise économique soit aussi monochrome selon les médias. C’est dommage, car à raisonner en noir ou blanc, on perd toutes les nuances de couleurs qui permettent un jugement plus informé.10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, grand journal, canal plus, médias, économistes, attali, minc



