28.02.2011

Remaniement pour gouvernement à bout de souffle

Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.

Le remaniement d’un gouvernement remanié

Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.

En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.

L’échec extérieur

Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.

En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.

L’échec intérieur

Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…

Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…

Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...  

 

20.12.2010

Le retour de la fracture sociale

Il y a 16 ans, un candidat à la présidence de la République était sur le point de mener une campagne présidentielle victorieuse sur le thème de la « fracture sociale ». La semaine dernière a malheureusement rappelé que la situation s’est largement détériorée depuis…

Une fracture devenue béante

Bien sûr, en 2010, la rémunération des patrons du CAC 40 a baissé de 14% par rapport à 2009. Mais elle devait être basée sur les résultats 2009. Il est donc probable que la très forte remontée des résultats cette année devrait engendrer une remontée des rémunérations l’an prochain. En effet, The Economist rapporte que les profits des entreprises étasuniennes sont remontés à près de 8 à 16% de la valeur ajoutée, équivalent au pic de 2000 et déjà proche des 18% de 2007.

Partout, la remontée des profits des grandes entreprises est extrêmement rapide, et contraste avec la lenteur de la reprise pour le reste de la population. C’est ainsi que les grands patrons Français ont gagné 3 millions d’euros en moyenne, 190 fois le SMIC. Carlos Ghosn obtient la pole position avec une rémunération de 9 millions. Pour mémoire, c’est 60 fois plus que le salaire que gagnait Raymond Lévy au début des années 1990 à la tête de Renault (un million de franc, soit cent cinquante mille euros).

La France d’en bas souffre

Et contrairement aux gouvernements Chirac, Nicolas Sarkozy continue dans sa politique de refus de coup de pouce au SMIC. Certes, ailleurs en Europe, les salaires peuvent baisser, mais cela montre l’horreur d’un système économique qui organise, par la globalisation néolibérale, l’absence de progrès social pour les classes populaires alors que les hauts revenus et les profits des entreprises rebondissent rapidement, conservant l’intégralité des gains de productivité.

Pire, on apprend que 43% des jeunes hommes habitants dans les quartiers sensibles sont au chômage. C’est la conséquence directe des délocalisations massives d’emplois industriels et maintenant de services (centres téléphoniques, certains travaux bancaires ou informatiques). Quel message envoie notre société à cette jeunesse ? Comme le montrent Gaël Brustier et Julien Landfried dans une tribune publiée dans Libération, cette paupérisation touche fortement les zones rurales.

Le plus dommage est que les réponses à la fracture sociale avait déjà été largement esquissées au début des années 1990 par les partisans de l’autre politique, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en tête. Des réponses plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

11.08.2010

Multinationales, citoyens : la grande divergence de la reprise

Après la plus grave crise économique depuis près d’un siècle, les chiffres de croissance du 2ème trimestre, confirment que nous échappons à une rechute et que nous sommes sortis de la récession. Mais derrière les phénomènes globaux se cache une grande divergence…

La bourse, reflet de la reprise pour les multinationales

Le CAC 40 connaît des hauts et des bas depuis le début d’année. Après avoir rebondi au-delà des 4000 points en début d’année, il est tombé sous les 3300 points au moment de la crise des dettes souveraines avant de rebondir au-delà de 3700 points cet été, une hausse de plus de 10% depuis l’été. Les marchés sont pris entre deux sentiments contradictoires. D’une part, ils se posent toujours des questions sur le potentiel de croissance du monde occidental et constatent le haut niveau du chômage et des dettes publiques, ce qui créé des accès de nervosité.

D’autre part, ils prennent aussi en compte le rebond massif des profits des grandes entreprises. Le Figaro montre ainsi que pour les 28 entreprises du CAC 40 qui ont déjà annoncé leurs résultats semestriels, le cumul des profits atteint 33 milliards, plus du double des 14,7 milliards du premier semestre 2009 et à peine moins que les 39 milliards de 2008. Bref, les entreprises du CAC 40 ont déjà presque totalement effacé la crise et il y a fort à parier que dès l’an prochain, de nouveaux records devraient tomber. Il aura suffi d’un an à peine pour effacer la plus grave crise depuis 80 ans.

Des citoyens à la peine

Cette situation contraste violemment avec la situation des citoyens. En France, le chômage (au sens large) approche le cap des 4 millions de personnes. Aux Etats-Unis, près de 10% de la population est officiellement sans emploi et sans doute plutôt 15% en réalité. Le salaire médian, qui avait déjà baissé de 4% de 2000 à 2008 selon Joseph Stiglitz, a sans doute poursuivi sa chute. Et si l’Allemagne n’a pas connu de forte hausse du chômage, cela s’explique à la fois par sa démographie et une montée du nombre de travailleurs pauvres (deux millions de salariés gagnent moins de six euros par heure).

Bref, cette crise accentue encore les inégalités entre des multinationales qui parviennent toujours à extraire plus de profits de leur activité, aussi bien grâce à la croissance des pays émergents qu’à la compression des coûts chez nous pour augmenter leurs marges, et la population en général. Ce phénomène est à la fois injuste et inquiétant. Injuste car toute la création de richesse va dans les profits des grandes entreprises et les revenus d’une petite minorité alors que cette richesse est le fruit du travail de tous. Inquiétant car cela montre bien que strictement rien n’a changé depuis la crise.

Beaucoup contestent l’emploi du terme de reprise. En fait, il y a bien une légère reprise, comme l’indiquent un certain nombre d’indicateurs économiques. Mais cette reprise ne profite qu’à une toute petite minorité, au premier rang de laquelle les grandes multinationales…

14.04.2010

Debout la République trace un chemin pour le retour au plein emploi

Samedi, avait lieu la Convention Nationale de Debout la République sur le plein-emploi. Quel plaisir de voir le plus grand amphithéâtre de l’Assemblée Nationale complètement plein jusqu’en mezzanine pour assister à un débat qui a bien montré que tout n’a pas été fait contre le chômage.

Un combat juste et essentiel

Le chômage de masse est le premier mal qui frappe les Français depuis plus de trois décennies. Philippe Séguin avait bien raison de parler de « Munich social » en dénonçant la passivité de la classe politique vis-à-vis de ce fléau au milieu des années 90. Malheureusement, cette passivité semble aujourd’hui encore plus grande qu’hier tant le Parti Socialiste et l’UMP ont démissionné face à ce cancer qui ronge notre société. L’emploi semble avoir disparu de l’agenda politique.

Et pourtant, ce devrait être la priorité des priorités tant il est la racine de la plupart des maux de notre société. Une très grande partie des déficits en est la conséquence directe. Il est en partie (en partie seulement) responsable de la violence des quartiers difficiles vu que parfois 40% des jeunes y sont sans emploi. Enfin, le chômage déstructure notre société, replie les Français sur la défense de leurs avantages acquis et brise les vies de certaines personnes qui y restent trop longtemps.

Le retour au plein emploi est possible !

Bien sûr, cela ne pourra pas se faire en quelques mois, ni même très facilement, mais ce qui était impressionnant samedi était l’ampleur des solutions proposées. Bien sûr, aucune ne cadre avec le « prêt-à-porter intellectuel » de l’UMP, du PS ou du Modem, mais cela démontrait bien qu’en ouvrant le champ des possibles, il serait possible de mener une politique beaucoup plus volontariste pour lutter contre le chômage et retrouver le plein emploi.

Récapitulons : sortie de l’euro pour retrouver une parité monétaire compétitive et pouvoir mener une politique monétaire adaptée aux réalités de la France et non pas une cote mal taillée pour tous les membres de la zone euro ; mise en place d’un protectionnisme raisonnable pour lutter contre l’anarchie commerciale qui multiplie les délocalisations et pousse les salaires à la baisse ; remise en cause de l’interdiction de la monétisation de la dette ; remise à plat de la fiscalité avec la TVA sociale….

Comme le souligne RST, l’immense intérêt de ce rassemblement a été de démontrer qu’il est encore possible d’agir contre le chômage pour peu que l’on retire les œillères de la pensée unique. Encore un moment qui m’a rendu heureux d’appartenir à Debout la République.

26.02.2010

France : une reprise en trompe l'oeil

Il y a dix jours, le gouvernement se félicitait du chiffre de la croissance du 4ème trimestre, nettement supérieur aux chiffres du reste de l’Europe. Mais comme d’habitude, et comme l’illustre la hausse du chômage, si l’on regarde un peu plus dans le détail, la réalité n’est pas aussi rose…

Un quatrième trimestre atypique

Il est vrai que sur les trois derniers mois de 2009, la croissance de notre pays a fortement contrasté avec celle des autres pays européens. Le PIB de la France a cru de 0.6%, soit plus de 2% en rythme annuel, alors que le PIB Allemand a stagné, et que l’Espagne (-0.1%) et l’Italie (-0.2%) sont repassées dans le rouge. Mais qu’est-ce qui explique la performance de notre pays et peut-on s’en réjouir ? Tout d’abord, il faut souligner que notre performance du 3ème trimestre était moins brillante.

Un examen plus détaillé relativise plus encore notre performance. En effet, le « bond » du 4ème trimestre s’explique uniquement par la hausse de 0.9% de la consommation. Notre croissance a pour unique explication la réduction des primes gouvernementales pour l’automobile au 1er janvier, qui a provoqué une envolée des ventes de voitures ce trimestre. Si nous n’avions pas eu un tel dispositif, notre PIB aurait stagné, comme celui des autres pays européens.

Bien sûr, au global, la France a connu une récession moins importante que ses voisins (-2.5% contre -4%) et le gouvernement ne manque pas de le rappeler pour s’enorgueillir du succès de sa politique. Mais cette présentation est abusive. Si la récession a été plus forte en Allemagne, c’est parce que l’économie d’outre Rhin, plus ouverte, a davantage souffert de la baisse mondiale des exportations. Et l’Espagne et le Royaume-Uni ont affronté un effondrement de leur marché immobilier.

Une France mal en point

Quand on examine les autres composantes de la croissance, l’investissement (en baisse de 1.2%) a contribué de manière négative à hauteur de -0.2 point, le commerce, à hauteur de -0.7 point, du fait d’une croissance plus forte des importations que des exportations. Le fort rebond des stocks (pour un effet de 0.9 points) compensant ces deux baisses. En clair, si les stocks avaient été stables, le PIB de la France aurait reculé de 0.3%. Pas de quoi pavoiser !

D’ailleurs, il y a fort à parier que le début d’année devrait être moins brillant. Les premiers indicateurs disponibles suggèrent un fort ralentissement économique. En effet, la consommation, moteur du dernier trimestre 2009, a lourdement baissé de 2.7% en janvier, entraînant dans sa suite les prix. Malheureusement, il y a fort à parier que notre PIB va stagner en ce début d’année, si ce n’est pire, signe que la sortie de la récession est vraiment plus que relative.

Pire la contribution négative du commerce extérieur pose un grave problème. La première raison est le libre-échange avec des pays où les salaires sont une fraction des nôtres. La seconde est la surévaluation chronique de l’euro (encore trop cher de 25% aujourd’hui). Tout ceci représente un encouragement pour les délocalisations. Enfin, l’Allemagne comprime ses salaires pour gagner en compétitivité, ce qui pénalise à la fois nos exportations outre-Rhin et favorise nos importations…

En clair, le chiffre de croissance du 4ème trimestre est un trompe l’œil. Comme d’habitude, le gouvernement s’en empare pour s’auto-congratuler, alors qu’il n’y a pas lieu de le faire. Nul doute que le gouvernement ne sera pas responsable des mauvais résultats du 1er trimestre 2010…

09.08.2009

La sortie de crise est pour bientôt, aussi illusoire soit-elle

À mille lieux des prévisions dramatiques de certains, les signaux d’une reprise économique se multiplient, comme l’illustrent les dernières statistiques du chômage étasunien, qui ont fait bondir les bourses à leur plus haut depuis 9 mois.

Les signaux de l’embellie

Bien sûr, ces signes restent tout relatifs : le PIB n’a baissé « que » de 1% en rythme annuel au 2ème  trimestre aux Etats-Unis et  il n’y a eu « que » 247 mille destructions d’emplois en juillet. Bref, nous ne sommes pas encore en croissance, c’est juste que la récession ralentit, nettement néanmoins. Même s’il convient d’être prudent, ces chiffres sont très encourageants. En effet, les chiffres du PIB montrent une véritable stabilisation après une chute qui n’aura été significative que pendant deux trimestres. Et surtout, le taux de chômage a baissé d’un dixième de point, éloignant le spectre du cap des 10%.

Du coup, le scénario d’une Dépression comparable à celle des années 30 s’éloigne. La déflation sera limitée et temporaire puisque seuls les excès de l’an passé expliquent le léger recul actuel des prix, qui n’a pas dégénéré. Le rebond de la bourse éloigne le spectre d’un krach plus violent et permet à la sphère financière de se rétablir, améliorant le climat économique. Enfin, les pleins effets des plans de relance ne se sont pas complètement faits sentir. S’il persiste un risque de rechute, il est tous les jours plus limité.

Une reprise aussi réelle qu’illusoire

Aujourd’hui, le scénario de la reprise se dessine d’autant plus sérieusement qu’à partir de septembre, nous rentrerons dans un comparatif qui favorisera une reprise apparemment assez forte. En effet, l’ensemble des marchés se sont effondrés de septembre 2008 à mars 2009. Résultat, à partir de la rentrée, et jusqu’à mars 2010, le comparatif nous permettra sans doute d’avoir des chiffres de croissance peut-être même meilleurs qu’anticipés. Et le résultat du PIB de la zone euro au 2ème trimestre va être amélioré par les effets des primes à la casse mise en place dans la plupart des pays.

Malheureusement, cette reprise sera sans doute illusoire. En effet, tous les mécanismes à l’œuvre pour plonger l’économie mondiale dans le gouffre de la plus grave crise que nous avons vécue depuis 80 ans, restent à l’œuvre : libre-échange dérégulé qui pousse les salaires à la baisse, trop grande liberté des institutions financières et anarchie monétaire. Qui plus est, l’Europe est l’ensemble qui joue perdant à tous les coups avec son euro cher et son dogmatisme néo-libéral. La croissance à venir restera donc aussi molle que pendant les années 2000, sans empêcher la formation d’une nouvelle bulle.

Heureusement, nous allons sans doute sortir de la plus grave crise économique que nous avons traversée depuis des décennies. Malheureusement, la relative brièveté de  cette crise devrait laisser les structures économiques qui ont présidé à ce désastre relativement intactes…

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/01/04001-20090801...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/08/obama-dit-entrevoir-le-bout-du-tunnel_1226752_3222.html

30.03.2009

Et si la fin de cette crise avait commencé ?

Même si les prochaines annonces concernant l’évolution du chômage et du PIB vont rester très mauvaises dans les prochains mois, la récente et spectaculaire hausse de la bourse, qui a gagné plus de 10%, marque peut-être la première étape vers une sortie de cette crise, aussi illusoire soit-elle.

Les raisons pour lesquelles la crise pourrait se terminer

Un tel pronostic pourra paraître complètement fou et ridicule. Malgré tout, je ne crois pas au scénario en L (effondrement suivi d’une absence complète de reprise). La première raison est l’énormité inédite des plans de soutien de la plupart des grandes puissances économiques. Si la France et l’Italie jouent petit bras, d’autres pays ont lâché les vannes budgétaires : les Etats-Unis (déficit de 12% du PIB), la Grande Bretagne (8%), la Chine ou même l’Allemagne. Cette injection massive d’argent public peut réanimer l’économie.

Et cela le pourra d’autant plus que l’exubérance des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. De même que le marché pousse certains prix trop hauts quand il est optimiste, il les pousse trop bas quand il est trop pessimiste. À un point, BNP Paribas ne valait plus que 19 milliards d’euros, pour une banque capable de dégager 7 milliards de résultat net annuel. Résultat, ayant trop baissé, les cours peuvent mécaniquement remonter, favorisant un retour de la croissance.

De même, l’effondrement de la production depuis le 4ème trimestre 2008 peut paradoxalement favoriser la reprise, par le phénomène bien connu du comparatif, que connaissent ceux qui ont géré une affaire. Prenons le cas du marché automobile espagnol, en recul d’environ 40%. Sa chute est tellement violente qu’il lui serait facile de progresser de 20% au quatrième trimestre 2009, ce qui stimulerait l’économie espagnole même si cela le laisserait encore 28% sous le niveau de fin 2007 / début 2008…

Une sortie de crise illusoire

L’addition de ces trois raisons me fait pronostiquer une légère croissance du PIB à partir du 4ème trimestre 2009 du fait du comparatif avec un trimestre où la production s’est effondrée. La reprise devrait être plus importante outre-Atlantique qu’en Europe du fait du décalage de politique monétaire et budgétaire. Avec l’injection massive d’argent public, le PIB pourrait bien progresser de 2 à 3% aux Etats-Unis pour le dernier trimestre de l’année, surtout si le dollar reste à un faible niveau. La zone euro devrait à peine progresser.

Alors, bien sûr, cette sortie de crise sera illusoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle se fera avec un niveau de chômage très élevé, autour de 10% des populations actives (et officiellement environ 3 millions de chômeurs en France). Pire, la probable reprise modérée de l’Europe (du fait d’un euro surévalué et de politiques inadaptées), ne fera pas baisser le chômage, qui se maintiendra à un niveau élevé en 2010 et après puisque les politiques budgétaires restrictives pèseront sans doute sur la croissance à partir de 2011.

Encore pire, aussi grave qu’elle soit, cette crise risque de ne pas aboutir à une réforme du système économique. Si l’on peut espérer une réforme a minima du monde de la finance, rien ne sera vraisemblablement fait pour la réforme du système monétaire et du commerce international. Et avec l’endettement massif des Etats et le maintien des déséquilibres économiques, les ferments d’une nouvelle crise seront déjà semés, une crise qui pourrait être encore plus violente.

Paradoxalement, beaucoup d’éléments peuvent faire croire à une sortie de crise à la fin de l’année. Mais cette sortie sera illusoire, surtout en Europe où la reprise devrait être poussive, ne permettant pas de réduire sensiblement et rapidement un chômage qui aura beaucoup augmenté.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/23/04003-20090323A...

15.03.2009

L’horreur néolibérale

Cette semaine, l’hebdomadaire anglais néolibéral The Economist titre sur « la crise de l’emploi », évoquant les conséquences de la crise financière sur l’économie réelle et ce qu’il faut faire pour favoriser l’emploi dans cette crise. Une bonne occasion de comprendre les dessous de la pensée néolibérale.

« Permettre les licenciements aujourd’hui pour favoriser les embauches demain »

L’hebdomadaire commence paradoxalement par souligner l’ampleur du désastre économique Américain : 4,4 millions d’emplois ont ainsi été supprimés depuis décembre 2007 et l’économie détruit actuellement 600 000 emplois par mois. Le taux de chômage atteint désormais 8,1%, 3 points de plus en à peine plus d’un an. Jamais la situation du marché de l’emploi n’avait été aussi mauvaise depuis la Grande Dépression des années 30. On comprend mieux l’ampleur du plan de soutien à l’économie de Barack Obama.

Face à cette saignée sur le front de l’emploi, même The Economist arrive à reconnaître que « le contexte impose aux gouvernements d’intervenir énergiquement », parce que les profits de la croissance sont essentiellement allés au capital et que des milliards ont été donnés aux banques. L’hebdomadaire reconnaît que l’accroissement des allocations chômage aux Etats-Unis est justifié mais affirme qu’il est « plus sensé de payer les entreprises pour qu’elles gardent les gens au travail. »

Cependant, The Economist prévient que ces mesures devront être limitées dans le temps et affirment sa foi dans « des marchés de l’emploi flexibles, d’où seraient abolies toutes les subventions pour l’emploi, tous les privilèges des employés et où les licenciements seraient facilités » parce que « plus il est facile de détruire des emplois, plus il est facile d’en créer ». Il conclut que « les programmes d’aide d’aujourd’hui seront un frein aux ajustements nécessaires dans le futur ».

La froideur de la pensée néolibérale

Tout l’article n’est que glorification de la flexibilité, de la destruction d’activités passées et de la création d’activités nouvelles. Mais le plus frappant est l’absence totale de considération des hommes. L’économie est réduite à une théorie froide, d’où les drames humains que représentent les licenciements sont complètement évacués. Les néolibéraux semblent complètement ignorer les conséquences d’une perte d’emploi pour un ouvrier de 50 ans qui a travaillé toute sa vie dans la même entreprise.

« Les gens auront à passer d’anciennes occupations à de nouvelles ». Voilà la sentence lapidaire, froide, inhumaine, de néolibéraux qui ignorent complètement ce qu’est la vie des personnes en-dehors de leur bulle. S’ils consentent à accepter quelques aides temporaires, c’est uniquement pour défendre la demande et assurer que l’économie ne s’effondre pas complètement. En revanche, pas un mot pour les vies brisées, les conséquences dramatiques pour les millions de personnes licenciées.

The Economist ne tire pas la moindre conclusion de l’effondrement inédit du marché de l’emploi dans la plupart des pays. Pourtant, c’est bien la flexibilité qu’il réclame qui explique que le nombre de chômeurs s’envole aussi rapidement, provoquant autant de drames humains, qu’il ignore totalement. Et même son cœur froid pourrait se rendre compte que cette flexibilité ne fait qu’amplifier l’effondrement de la demande par cette destruction d’emplois massives, ce qui entretient la récession…

Cet article nous montre bien le fond de la pensée néolibérale : une volonté de flexibilité abstraite, théorique, froide, inhumaine, ignorant tout des conséquences humaines de ses recommandations. Malheureusement, la crise ne semble pas l’avoir encore fait suffisamment reculer.

Source : The Economist 14 mars

26.02.2009

Ce que révèle la hausse du chômage

90 000 chômeurs de plus en janvier ! Jamais la France n’avait connu une hausse aussi brutale du nombre de demandeurs d’emploi. Cette crise est bien la plus dure que connaît l’économie mondiale depuis 80 ans.

La conséquence de la déréglementation

Cette hausse brutale du chômage est doublement la conséquence de la déréglementation : elle est provoquée directement par la crise engendrée par la déréglementation et rendue possible par elle puisque le démantèlement des anciennes cadres réglementaires facilite les suppressions de postes.

Nous ne pouvons que constater que l’éradication progressive de la plupart des réglementations monétaires, commerciales et financières des Trente Glorieuses depuis plus de trois décennies provoque une succession de crises économiques toujours plus difficilement maîtrisables. Alors que les économies occidentales avaient vécu dans la stabilité pendant près de trente ans, la déréglementation a accéléré les cycles, provoquant des crises à la fois de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes.

Si lors de la crise du début des années 90, le chômage augmentait d’environ 30 000 personnes par mois, le rythme actuel est beaucoup plus élevé car entre temps la libéralisation encourage et permet aux entreprises de supprimer des emplois plus rapidement. Cette hausse brutale du chômage en est la preuve vivante et elle démontre la violence que la libéralisation de l’économie peut provoquer. En à peine trois mois, 200 000 personnes ont perdu leur emploi en France, provoquant autant de drames personnels...

Une Europe apathique

Barack Obama est le seul homme politique à vraiment se battre pour l’emploi. Il faut dire que le taux de chômage Américain a augmenté de trois points en une seule année et que l’économie des Etats-Unis détruit la bagatelle de 600 000 emplois par mois, un rythme inédit depuis 80 ans. C’est pour cela qu’il a fait passer un plan coûtant la bagatelle de 800 milliards de dollars afin de créer 3 à 4 millions d’emplois et ainsi limiter au maximum la hausse du chômage. Parallèlement, la Fed mène une politique monétaire extrêmement expansionniste de soutien à la croissance et l’emploi.

À côté, les dirigeants européens ne semblent pas vraiment avoir pris la mesure de la crise qui touche le Vieux Continent et des conséquences sociales de l’effondrement économique actuel. D’une part, la BCE mène toujours une politique monétaire inutilement restrictive et a beaucoup trop tardé à baisser ses taux, renchérissant le coût de l’argent et provoquant une appréciation suicidaire de l’euro. De l’autre, les hommes politiques ont bricolé des plans de relance à la fois insuffisants par leur montant et qui accumulent des mesures dont la plupart n’auront qu’une efficacité douteuse sur l’emploi.

La violence de cette crise et ses conséquences sociales dramatiques nécessite une action vigoureuse des gouvernements, à la fois pour améliorer la situation à court terme, mais aussi pour reconstruire un système économique plus stable qui réduira le drame du chômage au lieu de le favoriser.

Source : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-38561071@7-3...

11.02.2009

Cette anarchie néolibérale qui détruit l’économie réelle

Les néolibéraux eux-mêmes parlent du processus de destruction créative de l’économie de marché. Mais pendant les Trente Glorieuses, cette caractéristique était compensée par un certain nombre de règles dont la remise en cause depuis 30 ans a libéré la violence destructive du capitalisme sauvage.

La crise la plus violente depuis 80 ans

3 millions de chômeurs de plus aux Etats-Unis en 1 an, avec un taux de chômage qui passe de moins de 5% à 7,6% en 12 mois. Des millions de ménages qui perdent leur maison faute de pouvoir rembourser des emprunts qu’ils n’auraient jamais dû souscrire. En Espagne, un taux de chômage qui bondit de 8 à 14% en 18 mois et un effondrement du marché immobilier. En France, un chômage qui monte à une vitesse inédite. En Allemagne, le PIB qui baisse en rythme annuel de plus de 6% au 4ème trimestre. En Irlande, une chute de 5% du PIB en 2009 et 10% de déficit budgétaire…

Et la situation n’est guère plus glorieuse en Asie. Même la Chine, malgré ses 6,8% de croissance en 2008 a sans doute stagné au 4ème trimestre, en partie sous l’effet de la baisse de ses exportations. Pire, les autres pays asiatiques se sont véritablement effondrés suite à la diminution brutale de leurs exportations (-35% pour le Japon sur le seul mois de décembre). Résultat, au dernier trimestre, le PIB japonais a reculé de 10% en rythme annuel (et 21% en Corée du Sud). La violence de la récession est encore plus dramatique dans les pays émergents où elle jette des millions de personnes dans la misère.

Pourquoi cette crise est plus violente ?

Bizarrement, peu de gens se demandent réellement pourquoi cette crise est aussi violente. Comment croire en effet que seuls les excès des traders et d’une partie du marché immobilier Américain ont pu abattre aussi brutalement l’économie mondiale ? Il semble évident que des mécanismes du nouveau système économique ont joué un rôle prépondérant, les subprimes n’ayant été que l’allumette qui a allumé la poudre. C’est bien la déréglementation commerciale, monétaire et financière est responsable de cette crise.

En effet, la violence de l’ajustement des marchés est permise par cette déréglementation. Et comment ne pas voir que plus nous dérégulons, plus les crises sont violentes et fréquentes, contrairement aux Trente Glorieuse ? Comment ne pas comprendre que la déréglementation financière a permis aux actionnaires et aux marchés de prendre le pouvoir dans les entreprises, poussant toujours plus loin les exigences de rentabilité qui entraînent délocalisations, chômage et baisse du pouvoir d’achat ?

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont compensé en s’endettant au-delà de toute mesure. Il faut savoir par exemple que la dette des ménages de ces deux pays est passée d’environ 65% du PIB en 1997 à 100% en 2007 alors que leur PIB a augmenté de 33% en dix ans : la croissance américaine et britannique a été faite à crédit ! Parallèlement, le gonflement démesuré de la bulle financière fait qu’il devient toujours plus difficile de compenser son éclatement. La sphère financière vampirise l’économie réelle en temps normal pour supplier son aide quand elle s’effondre, victime de ses propres excès, qu’elle ne peut assumer.

En revenant au capitalisme sauvage d’il y a un siècle, nous avons réveillé la bête brutale qui sommeille dans l’économie de marché. La bonne nouvelle est que nous connaissons les recettes pour la domestiquer à nouveau. La mauvaise est que les dirigeants politiques ne semblent pas tous partisans de le faire…

Source : OCDE, « La trahison des économistes », Jean-Luc Gréau, Gallimard