26.01.2011
L’euthanasie, un progrès pour l’humanité
Le Parlement étudie en ce moment un texte qui pourrait rendre l’euthanasie plus facile en allant plus loin que la loi Léonetti. Malheureusement, une partie de l’UMP et François Fillon freinent des quatre fers sur un sujet où l’influence religieuse semble forte…
Un débat très vif
Le débat sur l’euthanasie ressurgit fréquemment dans l’actualité. Le cas de Chantal Sébire, une femme défigurée par la maladie, percluse de douleurs et désireuse de pouvoir mettre fin à sa vie quand elle le souhaitait avait ému beaucoup de Français. En effet, la seule chose possible légalement aujourd’hui est l’euthanasie passive, qui consiste par exemple à ne plus nourrir la personne, mais cette issue peut aboutir à une fin de vie absolument atroce et inhumaine.
Le premier projet de loi présenté au Parlement était équilibré et représentait une avancée majeure dans la mesure où il légalisait l’euthanasie active en instaurant tout de même les précautions nécessaires pour éviter le moindre abus avec notamment la création d’un collège de médecins chargés de confirmer le choix du malade souhaitant mettre fin à ses jours. Malheureusement, le Sénat vient d’introduire des amendements vidant de sa substance le texte initial.
De l’humanité et de l’état de nature
Il est bien évident qu’une légalisation de l’euthanasie ne peut être envisagée que dans un cadre équilibré et protégeant de tout abus, garantissant la volonté durable du malade de mettre fin à ses jours. Et cela me semblait être le cas du texte proposé initialement. Il est malheureusement assez clair que les croyances religieuses jouent un rôle dans l’opposition d’une partie de la droite à cette loi, comme le sous-entend à bas mot François Fillon dans une tribune au Monde.
Pourtant, la légalisation de l’euthanasie semble pourtant la solution la plus humaine pour des malades en phase terminale, souffrant de leur maladie, et préférant mettre fin à leurs jours sans en avoir la force. N’y a-t-il pas un côté inhumain à refuser qu’un homme ou une femme ne puisse pas abréger ses souffrances ? De multiples cas montrent clairement que la voie la plus humaine est de redonner à l’homme la maîtrise de sa vie, fût-ce pour y mettre fin volontairement.
La volonté d’interdire cette pratique me semble vouloir imposer la règle de la nature à l’homme, niant quelque part notre humanité qui consiste si souvent (et pas toujours pour de bonnes raisons, il est vrai) à dépasser cet état de nature pour établir de nouvelles règles. Et dans ce cas précis, cette règle me semble aller dans le sens d’une plus grande humanité dans le bon sens du terme : épargner des souffrances inutiles et reconnaître à ceux qui le souhaitent le contrôle de leur vie.
Bien sûr, des gardes fous solides doivent être mis en place pour éviter qu’une euthanasie soit décidée sur un coup de tête. Mais cela semblait bien pris en compte par le projet de loi initial. Dès lors, il est très regrettable qu’une partie de l’UMP mette tout son poids pour le remettre en cause.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : euthanasie, françois fillon, chantal sébire, léonetti
03.12.2008
L’euthanasie : une fin de vie plus humaine ?
Le débat sur l’euthanasie resurgit fréquemment. Dernièrement, le cas de Chantal Sébire avait ému l’opinion. Le gouvernement avait réagi en commandant un rapport au député Jean Léonetti, déjà auteur d’un rapport en 2005. Il a rendu ses conclusions hier.
Le débat sur l’euthanasie est complexe et sensible. Il touche à l’éthique et à la conception de la vie car on ne peut pas accepter de donner la mort à autrui à la légère, même s’il s’agit d’une demande expresse de la personne concernée. Curieusement, on souligne assez rarement le poids de la religion dans ce débat. Car l’église catholique condamne clairement cette pratique et il est difficile de ne pas voir dans certaines oppositions à ce droit à mourir une influence des règles religieuses. Malgré tout, dans un pays très laïc comme la France, on constate que l’opinion est en train de basculer en faveur d’une autorisation de l’euthanasie, à la lumière de cas comme celui de Chantal Sébire, où tout semble indiquer qu’il serait plus humain de laisser ces personnes mourir comme elle le souhaite. Malgré tout, le seul mouvement de l’opinion ne doit pas suffire à autoriser une telle pratique.
Il faut donc examiner les arguments des opposants à l’euthanasie. Comme le rapporte Le Monde, Jean Léonetti « estime qu'un comité d'experts, s'il était appelé à se prononcer sur les demandes d'euthanasie présentées par des patients, "n'aurait pas de légitimité à se placer au-dessus des lois" ». Cet argument est assez surprenant dans la mesure où si l’Assemblée passait une loi autorisant l’euthanasie, alors le comité ne ferait que suivre la loi. En outre, « le député relève que le suicide ne constituant pas une infraction, l'aide au suicide – "le fait de fournir à quelqu'un qui a la volonté de se suicider les moyens de le faire" –, n'est pas pénalisable », moyen commode de laisser faire sans crainte de poursuites judiciaires mais sans s’engager politiquement par le biais d’une loi. Bref, devant le manque d’arguments convaincants et la porte ouverte à l’assistance au suicide, la conclusion de ce rapport manque de clarté.
Pourtant, cette question est importante et appelle un choix autre que cette porte très légèrement ouverte qui ne tranche pas vraiment. Cette position reflète un manque de courage et d’honnêteté. Pour ma part, je crois qu’il faut autoriser l’euthanasie. Ne pas vouloir interrompre la vie de personnes humaines désireuses de mettre fin à une vie sans issue a pour moi quelque chose d’animal, comme une volonté absurde de laisser faire la nature, un renoncement d’une part de notre humanité. Car l’humanité, c’est justement le refus des simples règles de la nature. Qu’y a t il d’humain à laisser une personne souffrir inutilement quand elle souhaite abréger des souffrances incurables ? Bien sûr, il pourrait y avoir des abus, mais ils pourraient sans doute être évités en instaurant un délai minimum ainsi qu’un comité d’experts chargé de s’assurer que la demande est solide et pas issue d’un coup de tête.
Parce que légiférer sous le coup de l’émotion est rarement une bonne solution, le choix de faire un nouveau rapport suite au cas de Chantal Sébire était une bonne idée. Malheureusement, les conclusions du rapport Léonetti confirme une législation qui ne tranche pas clairement.
Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/02/le-rappo...
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : euthanasie, chantal sébire, le monde, rapport léonetti
22.03.2008
Ce que la mort de Chantal Sébire dit de l’euthanasie
L’histoire de Chantal Sébire occupe depuis plusieurs semaines les unes des médias. De sa grave maladie qui l’avait défigurée et la faisait souffrir à sa demande d’euthanasie jusqu’à sa mort cette semaine, elle a permis de relancer le débat sur l’euthanasie.
La question de l’euthanasie reste un sujet difficile et qui divise. Qui plus est, les réactions à chaud ne sont pas toujours les meilleures. Néanmoins, en déclenchant le débat bien avant sa mort, Chantal Sébire a lancé un débat profond sur l’homme et la vie. Sa grave maladie l’avait complètement défigurée, lui avait enlevée la vue et la faisait d’autant plus souffrir qu’elle ne supportait pas les médicaments qui auraient pu la soulager. Cette femme, qui avait eu son lot de souffrances, physiques et psychologiques, demandait une chose : pouvoir mourir en paix, quand elle le déciderait. Cette volonté était parfaitement raisonnée, argumentée, sans doute pour elle un moyen de reprendre le contrôle d’une existence de plus en plus dominée par la maladie. Mais le cadre législatif ne permet pas l’euthanasie active.
La seule chose autorisée peut éventuellement être l’euthanasie passive, comme le racontait vendredi matin un auditeur d’RTL qui expliquait qu’il avait accepté que son fils, dans le coma, ne soit plus nourri. Mais cette forme d’euthanasie n’est pas anodine puisque l’agonie de son fils avait duré six jours, durant lesquels il avait pu constater les spasmes de douleur de son enfant. Ce père demandait donc une réforme de la loi pour permettre l’euthanasie active, qui autoriserait à donner des médicaments provoquant la mort. Ce à quoi un membre de l’église répliquait que les médecins n’avaient pas à devoir donner la mort, sans curieusement évoquer l’argument spirituel que l’homme ne devrait pas pouvoir donner la mort.
A titre personnel, et depuis longtemps, je crois qu’il faut autoriser l’euthanasie. Bien sûr, il faut l’entourer de gardes fous solides, s’assurer que ces décisions sont bien prises avec le recul nécessaire, pour éviter tout dérapage. Mais j’ai vraiment le sentiment que l’histoire de Chantal Sébire montre que l’humanité commandait de l’aider à mettre fin à ces jours, quand elle le voulait, comme elle le souhaitait, comme une revanche contre la maladie qui la tourmentait. De son corps qui la trahissait et que personne ne pouvait soigner, elle pouvait de la sorte reprendre le contrôle. C’est l’attitude qui me semble la plus humaine, bien plus que celle qui consiste à laisser mourir quelqu’un en le privant de nourriture.
On peut, à juste titre, dire que légiférer sous le coup de l’émotion n’est pas le meilleur moyen de faire la loi. Néanmoins, étant donné le temps nécessaire pour écrire une loi, on peut dire que le texte ne serait écrit qu’à tête plus reposée. Et surtout, Chantal Sébire a bien montré à quel point l’euthanasie peut être une solution humaine.
Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/03/21/chantal-sebire-maitresse-de-sa-mort-comme-de-sa-vie_1025759_3224.html#ens_id=1022062
15:40 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chantal sébire, euthanasie



