13.04.2010

La chienlit majoritaire

C’était malheureusement prévisible : après avoir semé la discorde dans la majorité de 2002 à 2007 en parlant de rupture et en critiquant sans cesse Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy se voit confronté à une rébellion similaire de ses troupes, qui suivent son exemple…

La discorde chez l’ennemi

Au sein de la « famille » UMP, le premier à tirer a été Dominique de Villepin, dès la rentrée 2007, alors que le président élu bénéficiait encore de l’état de grâce. Déjà, il critiquait l’esprit de cour, le non respect des institutions ou le choix hasardeux de certains débats ou mesures. Mais depuis la défaite cinglante de la majorité présidentielle lors des élections régionales (son plus mauvais score de toute l’histoire de la Cinquième République), les langues se délient, au point de créer la pagaille.

Car l’ancien Premier Ministre n’est plus le seul à émettre un jugement sévère sur l’équipe au pouvoir depuis trois ans. Alain Juppé a ainsi affirmé n’avoir jamais cru à la rupture et a déclaré qu’il serait candidat aux primaires de l’UMP si jamais Nicolas Sarkozy venait à ne pas se représenter. Une façon de dire que vu son bilan, il n’y aurait pas intérêt ? Pire, les députés se rebellent de plus en plus contre les mesures voulues par l’Elysée. Une partie grandissante de l’UMP est en rupture de ban sur la question du bouclier fiscal, qui a de grandes chances d’être remis en question à l’automne.

Jean-François Copé, après avoir joué l’accalmie avec le président, a repris une plus grande autonomie depuis quelques jours, que ce soit sur les questions fiscales ou même la fin de la publicité sur le service public. En effet, la majorité doute de l’opportunité d’une mesure qui va demander 400 millions d’euros de compensation à l’Etat alors que le budget est en lourd déficit. Les remises en cause se multiplient, au point de donner l’impression que la majorité détricote ce qu’elle a voté précédemment.

La mort du collectif

En fait, il était évident que l’expérience sarkozyste tournerait à la chienlit dès que sa popularité baisserait. En effet, après avoir montré le mauvais exemple de 2002 à 2007 et avoir gagné, tous les apprentis Sarkozy ont forcément envie de suivre le chemin qui l’a mené à l’Elysée. S’il y a toujours eu des tiraillements au sein des majorités présidentielles, nous atteignons aujourd’hui un niveau de discorde absolument inédit et qui tire vers une cacophonie générale qui affaiblit le gouvernement.

Nicolas Sarkozy a détruit la notion de collectif à l’UMP. Comme candidat à l’élection présidentielle et même comme ministre, tout ce qu’il a fait était uniquement destiné à assouvir son ambition. L’intérêt général était secondaire et l’intérêt de la majorité encore moins important. La solidarité est devenue plus que jamais accessoire et seuls les rapports de force et les intérêts personnels animent les membres du parti présidentiel. Il n’y a plus aucun sens d’un idéal qui pourrait transcender les individus…

Le fait que les critiques se durcissent contre le président de la République à proportion de la croissance de son impopularité ne fait que démontrer plus encore la petitesse de cette majorité. Mais le président ne fait que récolter ce qu’il a semé.