07.07.2010

Alain Joyandet et Christian Blanc bientôt députés ?

C’est une des conséquences très discutables de la réforme de la Constitution voulue par Nicolas Sarkozy et passée mi-2008 : les deux secrétaires d’Etat démissionnaires ou démissionnés pourraient retrouver automatiquement leur siège à l’Assemblée

Petit rappel historique

Déjà, sous la Quatrième République, les ministres pouvaient retrouver automatiquement leur siège de député quand ils quittaient le gouvernement. Cette automaticité jouait sans doute un rôle dans l’instabilité ministérielle de l’époque (outre celui, majeur, du mode de scrutin proportionnel). En effet, en retrouvant automatiquement son siège de député, un ministre avait moins d’intérêt à promouvoir la stabilité gouvernementale et pouvait rompre à tout moment la solidarité ministérielle.

En arrivant au pouvoir et en faisant rédiger la Cinquième République, le Général de Gaulle est revenu sur cette règle et a logiquement imposé aux anciens ministres de repasser devant le suffrage universel pour retrouver leur siège. Ceci soude l’action des ministres et impose une plus grande solidarité. Ainsi, les électeurs peuvent également émettre un jugement sur l’action du ministre si celui-ci revient vers eux pour retrouver son siège.

La République Sarkozyste

Malheureusement, Nicolas Sarkozy a remis en cause cet acquis de la Cinquième République et est revenu aux pratiques de la Quatrième. Cela facilitera sans doute la tâche des deux anciens secrétaires d’Etat car on doute qu’ils parviendraient à se faire ré-élire de nouveau dans un tel contexte s’ils le souhaitaient. La campagne électorale serait sans doute féroce et on imagine que les cigares, jet et permis de construire en feraient partie... Mais la nouvelle règle les en protège.

Et c’est bien pour cela que cette loi n’est pas juste. Il s’agit d’un filet de sécurité pour les plus mauvais. Un bon ministre n’aurait pas de problème pour se faire réélire. La réforme voulue par Nicolas Sarkozy est une forme de prime aux plus mauvais, à ceux qui quittent le gouvernement sur un scandale ou une réforme ratée. Le président, qui voulait remettre le mérite au cœur de tout, se retrouver à récompenser la médiocrité plutôt que le bon travail. Un nouveau coup de canif dans le contrat de 2007.

Heureusement, il est possible que la pression médiatique ne leur permette pas de retrouver leur siège. Mais avec Nicolas Sarkozy, on ne sait jamais. Il est bien possible qu’on nous annonce un jour en catimini leur retour à l’Assemblée Nationale. Cela ne fera qu’un scandale de plus…

05.07.2010

Deux démissions tardives, insuffisantes, mais bienvenues

Coup de théâtre hier en fin d’après-midi : Alain Joyandet et Christian Blanc annoncent leur démission du gouvernement, selon la volonté de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Un moyen de remettre les compteurs à zéro à l’orée des grandes vacances ?

Pourquoi eux ?

C’est la question que tout le monde se pose, à un moment où la pression se fait de plus en plus forte sur Eric Woerth et sachant que d’autres ministres sont dans l’œil du cyclone, Christian Estrosi ou Rama Yade par exemple. Certains hommes politiques ne se sont pas privés pour demander d’autres têtes, quand ce n’est pas carrément celle de l’ensemble du gouvernement ! Il s’agit ici d’inutiles polémiques. Pourquoi l’ensemble du gouvernement devrait-il démissionner ?

En outre, il y a tout de même un sens à ce que les deux premiers à partir soient ces deux-là. En effet, dans les deux cas, il y a des soupçons d’utilisation de l’Etat à des fins privés (les cigares pour Christian Blanc et le permis de construire pour Alain Joyandet). Il est donc assez logique que ceux-ci soient les premiers éliminés du gouvernement, même si l’on peut tout de même se poser la question des ministres qui avaient prêté leur logement de fonction à des membres de leur famille.

Une réponse insuffisante

La démission d’Eric Woerth apparaît comme prématurée pour l’instant car, s’il s’est mis (avec l’accord de Nicolas Sarkozy) dans des situations où l’on peut soupçonner de forts conflits d’intérêts, et si sa défense flotte, il n’y a pas de procédure de justice à son encontre. Cependant, nous pourrions au moins attendre du ministre qu’il démissionne de ses fonctions de trésorier de l’UMP, que le gouvernement et lui admettent qu’un tel cumul n’est pas sain, et qu’ils s’excusent de l’avoir accepté.

En refusant de revenir sur ce péché fondateur, le soupçon est légitimement maintenu. Il est tout de même totalement anormal que celui qui empoche les chèques des gros donateurs de l’UMP (et de sa petite association) soit celui qui ait le fisc, qui les contrôle, sous ses ordres. Il est normal que ce mélange des genres éveille tous les soupçons et les fantasmes (en espérant que ce ne soit pas plus…).

Et le fait que sa femme soit la conseiller fiscale d’une grande donatrice de l’UMP qui pratique l’évasion fiscale sans être inquiétée par l’administration était une très mauvaise idée, pour ne pas dire plus, surtout quand il y a des soupçons indiquant que son mari serait intervenu pour la faire embaucher. D’ailleurs, pour le coup, assez logiquement, Florence Woerth a démissionné de son poste.

La décision prise par Nicolas Sarkozy est la bonne. Elle vient tardivement et devra sans doute être complétée par d’autres départs à l’automne. Mais la principale décision qui devrait être prise serait qu’Eric Woerth cesse d’être le trésorier de l’UMP.

04.07.2010

Le grand n’importe quoi de Nicolas Sarkozy

Au plus bas dans les sondages, alors que les polémiques se multiplient sur le gouvernement, le président de la République ne semble pas comment faire pour réagir, ce qui s’est senti lors de sa rencontre avec les députés de la majorité cette semaine.

Déni de réalité

C’est le Figaro qui conte cette réunion de mercredi à l’Elysée. Cet article a le don de montrer à quel point Nicolas Sarkozy détourne le débat plutôt que de répondre aux questions qui dérangent. La polémique sur la fraude fiscale supposée de Liliane Bettencourt ? Il souligne qu’elle n’est pas partie en Suisse et qu’il ne veut pas « qu’elle foute le camp en Suisse ». Est-ce à dire qu’il faut être tolérant vis-à-vis des petites fraudes fiscales des contribuables aisés qui restent en France ?

Sur les polémiques actuelles, il simplifie à l’extrême le débat en affirmant que « si Eric Woerth ne portait pas cette réforme, il n’y aurait rien à lui reprocher », ce qui est totalement malhonnête. Entre le mélange des genres douteux d’un trésorier de parti ministre du budget et sa ligne de défense mouvante, au mieux, il s’est mis dans une position dans laquelle il n’aurait pas du se mettre. Nicolas Sarkozy a également répliqué en évoquant les affaires de financement du RPR.

Il a aussi affirmé que « quand Pierre Bergé achète le Monde, on dit que c’est la démocratie. Quand Madame Bettencourt donne 7500 euros à l’UMP, on crie au scandale. Elle a le droit, non ? ». Il est désolant de voir tant de mauvaise foi et de manque de rigueur dans la présentation des faits. Ce n’est pas la contribution de Madame Bettencourt qui est en cause, c’est le fait qu’elle verse son chèque à la même personne qui supervise le fisc, alors que son cas ne semble pas très clair…

« Le supplice chinois »

Mais outre ces dérapages verbaux, l’une des choses les plus curieuses reste l’annonce quasi-officielle d’un remaniement gouvernemental à l’automne, avec même le nom des ministres qui devraient le quitter ! Il a ainsi affirmé que « certains comportements ministériels ne m'ont pas plu. J'en tirerai les conséquences sévèrement au moment qu'on aura choisi avec le premier ministre», évoquant « avions, cigares, critiques de la nature des hôtels », dans des allusions transparentes.

Bref, Christian Blanc, Rama Yade et Alain Joyandet semblent d’ors et déjà destinés à quitter le gouvernement. David Douillet est un candidat naturel pour remplacer la secrétaire d’Etat aux sports. La menace est d’autant plus forte que Claude Guéant a évoqué hier dans le Figaro Magazine un gouvernement resserré, parlant même de seulement quinze ministres et cinq secrétaires d’Etat. Même s’il est peu probable qu’ils aillent aussi loin, il devrait y avoir beaucoup de départs.

Mais la question que l’on peut se poser, c’est l’intérêt d’annoncer autant à l’avance de tels mouvements. Quelle va être la crédibilité et le poids de ces ministres et secrétaires d’Etat que l’on dit sur le départ. N’aurait-il pas été plus simple et plus efficace de réagir dès le mois de juin en sanctionnant les abus pour repartir avec une équipe plus solide pour la rentrée ? Dominique de Villepin a bien raison de parler d’un « supplice chinois » pour ce procédé.

Bref, Nicolas Sarkozy semble perdre pied. Il perd pied avec la réalité de la vie des Français, semble incapable de tenir un discours cohérent et crédible et accumule les erreurs de jugement. Le verdict des Français sera dur, très dur pour lui en 2012.

25.06.2010

Avis de tempête pour Nicolas Sarkozy

Ce n’est qu’un avis pour l’instant car nous sommes fin juin et les grandes vacances approchent. Mais entre la hausse du chômage, la mobilisation contre la réforme des retraites et les multiples polémiques sur les membres du gouvernement, la rentrée s’annonce difficile.

Une rentrée sociale délicate

Tous les voyants sont au rouge pour l’équipe au pouvoir. Le chômage poursuit inexorablement sa hausse et pourrait bien franchir le cap des quatre millions en métropole (en incluant les personnes ayant eu une activité réduite). 3,92 millions de Français sont ainsi en recherche d’emploi (2,7 millions en catégorie A). Alors que l’inflation et les hausses de salaire demeurent très faibles, le prix du gaz va encore augmenter soit une hausse de près de 15% en trois mois !

Hier, la manifestation contre la réforme des retraites a connu une mobilisation « assez forte » selon les mots du ministre du Travail, Eric Woerth : 800 000 personnes selon la police, 2 millions selon les organisateurs. On peut considérer qu’à la veille des vacances, en pleine coupe du monde de football, il s’agit d’un succès, même s’il est vrai qu’il restera isolé. Néanmoins, cela devrait motiver les syndicats pour des actions d’ampleur à la rentrée, moment plus propice.

Il y a clairement un sentiment d’injustice parmi la population. Il faut dire que la réforme en cours pénalise beaucoup plus les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui devront travailler deux ans de plus alors que ceux qui ont poussé leurs études au moins jusqu’à 21 ans ne devront travailler que six mois de plus. Il est probable que le gouvernement lâchera du lest pour éviter un blocage, comme l’a suggéré le ministre sur la pénibilité, dont le rapprochement avec une incapacité de 20% a choqué.

République irréprochable ou république des copains ?

Le sentiment d’injustice est profondément renforcé par les innombrables affaires qui sont révélées sur l’équipe au pouvoir. Nicolas Sarkozy avait fait campagne sur la « République irréprochable ». Il laisse aujourd’hui l’impression que c’est tout le contraire. Bien sûr, le gouvernement allume habillement des contre-feux avec par exemple la suppression de la garden party de l’Elysée et il pourrait annoncer une réduction du budget des ministères la semaine prochaine.

Mais cela demeure des mesurettes par rapport au sentiment profond qui s’installe dans la population. Il faut dire que le problème est ancien et date du démarrage du quinquennat avec l’escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, le feuilleton sur la vie sentimentale du président, la hausse de son salaire, les nominations polémiques (Henri Proglio, Radio France, Jean Sarkozy à l’EPAD…). Mais ce sentiment a encore été renforcé par les innombrables polémiques des derniers jours.

Il y a eu la critique de Rama Yade sur le coût de l’hôtel des bleus alors qu’elle avait réservé un hôtel encore plus cher, puis la polémique sur le cumul de rémunération de Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation. Puis, tout s’est accéléré avec la polémique sur les douze mille euros de cigare de Christian Blanc, l’utilisation de jets privés inconsidéré de certains ministres, le permis de construire d’Alain Joyandet et la polémique sur Eric Woerth (lire le très bon papier de Reversus).

Bref, entre un gouvernement dont le comportement se rapproche parfois plus d’une république bananière que d’une « République irréprochable » et un climat social tendu par le chômage, les hausses de prix et la réforme des retraites, la rentrée sera chaude pour Nicolas Sarkozy.

17.06.2010

Pourquoi la réforme des retraites passe mal

On allait voir ce qu’on allait voir. Nicolas Sarkozy fanfaronnait en disant que cette réforme devait être le symbole de sa volonté réformatrice. Las, malgré l’annonce d’une réforme moins ambitieuse que prévue, les commentaires sont unanimement négatifs.

Le contenu de la réforme

De manière intéressante, le gouvernement semble être allé moins loin qu’envisagé initialement. L’âge de départ à la retraite est repoussé à 62 ans, et non 63. La durée de cotisations est tellement peu augmentée qu’elle apparaît à peine dans les commentaires. Le dispositif des carrières longues qui permet aux salariés qui ont commencé à travailler tôt est maintenu et même renforcé puisqu’il sera possible de partir dès 58 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler dès 17 ans ou moins.

Le gouvernement innove en introduisant la notion de pénibilité, qui permettra aux personnes frappées d’une incapacité à 20% de partir à 60 ans. La dernière tranche de l’impôt sur le revenu est augmentée de 1 point pour faire contribuer les personnes les plus aisées et certains régimes particuliers (retraites chapeau, retraites des politiques) seront également mis à contribution. L’âge de départ à la retraite à taux plein est également augmenté de deux ans, à 67 ans.

Enfin, les fonctionnaires vont voir leur niveau de cotisation rejoindre celui des salariés du privé, une hausse de plus de 3 points en dix ans. Paradoxalement, l’horizon de temps de la réforme est assez court puisque la réforme sera achevée en 2018, dans à peine huit ans, alors que la réforme de 2003 s’était fixée pour horizon 2020 et que celle du gouvernement Balladur avait également un horizon lointain. Bref, l’ensemble peut paraître relativement équilibré, pour les équipes de communication en tout cas.

Un sentiment d’injustice

La réforme des retraites est un exercice difficile car il consiste uniquement à demander de nouveaux efforts alors que la réforme précédente (de 2003) était sensée suffire pour une génération. Même si l’argument de l’augmentation de l’espérance de vie est compris et implique logiquement que des efforts doivent être faits, les Français ont l’impression qu’on leur demande de toujours faire plus d’efforts alors qu’une petite minorité vit très bien et que ce plan devra forcément être complété…

En outre, le gouvernement est assez mal placé pour demander de faire des efforts avec les innombrables polémiques du moment, entre les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc, les critiques de Rama Yade sur l’hôtel des bleus en Afrique du Sud alors qu’on lui avait réservé une chambre encore plus chère ou les scandales sur les cumuls de rémunération des ministres qui touchent leur retraite en plus de leur traitement. Bref, les Français ont l’impression qu’il y a deux poids deux mesures.

L’absence de solutions alternatives

Les critiques du Parti Socialiste sont assez hallucinantes dans la mesure où ce n’est pas le PS qui a mis en place le dispositif des carrières longues (qui permet de partir plus tôt quand on a commencé à travailler très jeune), ni la pénibilité, mais bien l’UMP. Martine Aubry peut bien exprimer son émotion à la télévision, les socialistes n’avaient rien fait sur le sujet. En outre, la proposition de taxer le capital ne tient pas si on ne remet pas en cause la libre-circulation des capitaux.

Bref, le Parti Socialiste se contente de faire de l’opposition systématique alors qu’il y aurait pourtant d’autres solutions. La première priorité devrait être la réduction du chômage. En effet, comme l’a montré le COR, le retour à un taux de chômage de 4 à 5% améliorerait considérablement la situation. Ensuite, nous devrions nous poser la question du mode de financement de la Sécurité Sociale, avec une TVA sociale qui permettrait de faire enfin contribuer les importations à notre modèle sociale.

Passera ? Passera pas ? Difficile de le savoir. Le fait d’annoncer la réforme en juin, en pleine coupe du monde peut paraître habile. Mais il n’est pas gagné que la mobilisation  ne prendra pas à la rentrée, même si on sent une certaine résignation des Français.