28.09.2011

La France, exportatrice de technocrates apatrides

C’est Eric Zemmour qui avait eu ce bon mot un matin dans sa chronique sur RTL : la France est bien un pays spécialisé dans l’exportation de hauts technocrates dont l’internationalisme est tel qu’ils en oublient totalement leur pays d’origine. Nouvel exemple avec Christine Lagarde.

Un lourd passé

Jacques Delors, Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy sont sans doute les pires exemples de ce que la France a produit comme technocrates irresponsables et apatrides. Si le second a toujours été à droite, le premier et le troisième sont venus de la gauche pour mener des politiques profondément antisociales et dogmatiquement monétaristes et néolibérales. Fâchés avec la réalité, ils n’hésitent pas à nier la crise de l’euro, affirmant qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette.

Ces criminels économiques portent tous une très lourde part de responsabilité dans les difficultés de notre pays. Jacques Delors et Pascal Lamy ont été derrière le tournant de 1983. Jean-Claude Trichet a mené une politique monétaire totalement absurde au début des années 1990, montant les taux et envoyant ainsi un million de Français au chômage. Il est le partisan d’une politique monétaire délétère qui produit une monnaie trop chère qui asphyxie notre économie depuis 20 ans.

Jacques Delors et Pascal Lamy sont aussi les responsables de la libéralisation des mouvements de capitaux, qui a créé l’anarchie financière qui nous a mené aux crises des dernières années et qui rend toute tentative de réforme de la finance bien impossible, à moins de revenir dessus. Pascal Lamy s’est aussi fait remarqué pour avoir dit que le SMIC était trop élevé et Jean-Claude Trichet pour avoir affirmé qu’augmenter les salaires était la dernière bêtise à faire.

Internationalisme et néolibéralisme

On voit bien à quel point la frontière est poreuse entre internationalisme et néolibéralisme. Des hommes sensés être issus de la gauche en finissent par s’attaquer aux bas salaires ! Par delà l’indécence de telles déclarations, cela démontre à quel point l’éloignement avec les racines nationales est néfaste. Il permet toutes les dérives intellectuelles les plus dogmatiques et coupées de la réalité Dans leur bulle dorée, les aristocrates des temps modernes refusent même la moindre obole.

Après Jean-Claude Trichet, qui s’était empressé d’affirmer qu’il n’était pas un Français en tant que président de la BCE, nous avons produit de nouveaux exemples de technocrates apatrides. Christine Lagarde plait beaucoup aux étasuniens qui trouvent qu’elle se permet de dire des choses qu’eux-même n’osent pas dire aux européens et aux Français. C’est ce que révèlent deux portraits publiés la semaine dernière dans le Figaro et les Echos qui vantent la conversion de notre ancienne ministre.

Il est tout de même incroyable de constater à quel point une certaine élite est capable de totalement oublier les intérêts de son propre pays, quitte à retourner complètement sa veste sur un certain nombre de dossiers qu’elle traitait encore il y a quelques mois. En ce sens, les autres pays n’ont sans doute pas fini de vouloir recruter des Français à la tête d’institutions internationales tant nous parvenons à produire une élite tellement internationaliste qu’elle en oublie totalement sa nation.

Jacques Sapir a dit que « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ». Malheureusement, nos technocrates apatrides tombent souvent dans ce piège mais aussi dans celui de la promotion de politiques néolibérales profondément antisociales.

06.09.2011

Crise boursière : le château de cartes financier au bord de l’effondrement

Hier, le CAC 40 a clôturé sous les 3000 points, un effondrement de 8% en deux séances. L’indice parisien a baissé de plus de 25% depuis le 1er juillet. Techniquement il s’agit d’un krach, la baisse étant supérieure à 20%. Nous ne sommes décidemment pas sortis de la zone de fortes turbulences.

Et si la crise ne suspendait pas son vol ?

Il y a - six jours, je posais la question d’un risque d’effondrement rapide du système financier en concluant que même si on ne pouvait exclure une rechute rapide, il risquait de prendre un peu de temps. Mais depuis, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Les marchés sont de plus en plus inquiets à la fois sur la croissance et le niveau des dettes souveraines, aboutissant à des attentes contradictoires vis-à-vis des Etats.

La situation de la Grèce devient de plus en plus problématique. La situation du pays se détériore au lieu de s’arranger sous l’effet de ces plans imbéciles. En outre, les pays européens se font tirer les oreilles pour signer le plan, entre les finlandais qui veulent des garanties et la Cour de Karlsruhe qui va examiner demain un recours contre la participation allemande. Au même moment, le moral des ménages, des entreprises et des cadres s’effondre des deux côtés de l’Atlantique.

Aujourd’hui, les banques sont particulièrement visées par les déclarations de Christine Lagarde. Tout ceci devient extrêmement inquiétant car les marchés ont une grande capacité auto réalisatrice. En clair, la peur les fait baisser, ce qui entretient la peur, ce qui entretient la baisse, dans un cercle vicieux sans fin qui peut d’autant plus aboutir au chaos financier que les Etats sont affaiblis par rapport à 2008. Et si nous étions au bord d’une nouvelle crise majeure de liquidités du secteur bancaire ?

Les dirigeants de la planète aux abonnés absents

The Economist soulignait il y a quelques jours que nous devrions a priori échapper à une rechute violente car il nous manque un facteur déclencheur pour retomber en récession. En effet, les prix des matières premières sont en baisse, le marché de l’immobilier étasunien est stabilisé, certes à un niveau très faible, les taux longs sont très faibles, les banques centrales ne vont plus monter les taux courts. Bref, même si la situation n’est pas brillante, ils ne pronostiquaient pas une rechute.

Le problème est que l’économie dépend également de la psychologique et la chute brutale du moral des acteurs économiques est très dangereuse, typique d’une crise. Nous sommes bien à deux doigts d’une nouvelle récession. Et cela n’est pas illogique quand on constate à quel point les dirigeants de la planète ont laissé tel quel le système qui nous a mené au désastre en 2008. Les grandes promesses du G20 sont creuses. Presque rien n’a été fait en trois ans !

Et que dire du dérisoire débat gouvernemental sur la taxation des parcs d’attraction dans ce contexte ? Voici une mesure certes peu importante mais pas foncièrement injuste : pourquoi faudrait-il avoir un taux de TVA minoré sur une telle activité, qui attire beaucoup de touristes ? Mais voilà, le président de la République a encore une fois reculé devant la pression des lobbys démontrant à nouveau qu’il a bien une main molle dans un gant de fer alors que nous avons besoin de l’inverse.

Bien sûr, il est désespérant de voir à quel point rien n’a été fait pour corriger les carences de notre système économique. Mais il faut peut-être en passer par là pour espérer un rebond, toucher le fond pour faire prendre conscience de son inanité et faire émerger de nouveaux leaders politiques ?

20.08.2011

Du bon usage des statistiques trimestrielles

Il y a quelques jours, les chiffres trimestriels de la croissance sont tombés et ont encore occasionné d’innombrables commentaires, souvent à courte vue. Si l’alerte sur la croissance est réelle, en revanche, certaines conclusions sont franchement hâtives.

Les arrangements du gouvernement avec la réalité

Le flux toujours plus dense de l’information l’explique sans doute, mais comment ne pas constater à quel point certains politiques et journalistes tirent des leçons assez abusives à partir des chiffres trimestriels. Il y a trois mois, Christine Lagarde se glorifiait de la réussite de notre économie et s’en attribuait immédiatement le mérite. Il faut dire que l’ancienne ministre de l’économie, est coutumière des excès de communication lors de la publication des chiffres de croissance.

En effet, on pouvait déjà objecter que 70% de la croissance annoncée (0.7 point sur 1) venait de la hausse des stocks, ce qui relativise fortement les résultats. Pire, outre le fait que notre économie a stagné au second trimestre, la révision des chiffres du premier s’est faite par le bas, puisque le PIB a finalement augmenté de 0.9%, dont 90% attribuable aux stocks ! Bref, tout ceci relativise grandement le discours triomphateur de l’équipe gouvernementale.

Un autre regard sur l’Allemagne

De même, il y a trois mois, l’extraordinaire croissance de notre voisin d’outre-Rhin (1.5%) provoquait une nouvelle flambée du « modèle allemand » dans les éditoriaux. Mais là aussi, la décélération est brutale puisque le PIB allemand n’a finalement progressé que de 1.3% au premier trimestre et surtout de seulement 0.1% au second. Résultat, sur France Info, des commentateurs remettaient en question la pertinence même du modèle allemand sur ces seuls résultats…

Ces deux interprétations sont naturellement excessives. Tout d’abord, il faut garder en mémoire la baisse du PIB allemand de 5% en 2009, deux fois plus qu’en France. Du coup, la bonne performance de 2010 (3.6% de croissance) et la meilleure situation de notre voisin cette année encore ne font que compenser une crise qui a été deux fois plus dure que chez nous. En outre, n’oublions pas que la croissance de l’Allemagne de 2000 à 2009 a été de 0.8% par an contre 1.4% chez nous…

Prendre du recul sur les statistiques

Il est dommage que les chiffres qui tombent ne soient pas analysés avec un peu plus de recul. Tout d’abord, il serait bienvenu (ce qu’une partie des journalistes font) d’étudier les composantes de la croissance (que l’INSEE précise dans ses communiqués) car le fait que 90% de la croissance du premier trimestre vienne de l’augmentation des stocks relativise très fortement le triomphalisme bien mal placé du gouvernement. Les gros titres sont souvent trop réducteurs pour être honnêtes.

En outre, les chiffres sur trois mois, s’ils ont bien sûr un intérêt, devraient être replacés dans un contexte général car ils sont soumis à révision et peuvent être influencés par des facteurs externes. Au premier trimestre, l’Europe avait une plus forte croissance que les Etats-Unis. Au second, c’est l’inverse. Mais surtout, seules les séries plus longues permettent de donner une perspective aux chiffres trimestriels. Il serait important de les rappeler en toute occasion.

Oui, la croissance a beaucoup ralenti au second trimestre, mais l’information principale n’est-elle pas que la zone euro a un gros problème de croissance depuis dix ans et que cela ne s’arrange pas ? 

05.08.2011

La crise ne prend pas de vacances

Pendant que Christine Lagarde est renvoyée devant une commission d’enquête nous assistons à un krach financier inédit en été qui pourrait bien provoquer une grave rechute économique.

Les attentes contradictoires des marchés

Hier, le CAC 40 a baissé pour le 9ème jour d’affilé, du jamais vu depuis 2002. Rien n’y fait, ni l’illusoire plan européen du 21 juillet, ni même l’accord de dernière minute aux Etats-Unis sur le redressement du plafond de la dette en début de semaine. Ces deux accords ne règlent pas grand chose, comme le soulignent Hervé Nathan ou Gérard Filoche et contrairement aux dires du patron de la BNP. Nous voyons bien aujourd’hui que rien n’a été fait pour l’Espagne et l’Italie…

Aux Etats-Unis, l’accord est a minima puisqu’il faudra de nouveau relever le plafond début 2013. Mais surtout, les marchés sont pris d’une inquiétude pour une fois légitime. Tout d’abord, ils craignent le non remboursement des dettes souveraines en forte progression depuis deux ans, propulsant les taux d’intérêt à des niveaux insoutenables pour certains Etats. L’Espagne et l’Italie sont les nouvelles victimes de ce jeu de massacre après la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

Du coup, la plupart des Etats mènent des politiques d’austérité sauvages visant à rééquilibrer le plus rapidement possible leurs finances publiques. Mais il est bien évident que la contraction des dépenses et la hausse des impôts va pénaliser une croissance pourtant déjà pâlichonne, comme l’ont illustré les derniers chiffres de la croissance outre-Atlantique. Les marchés veulent donc à la fois l’austérité et plus de croissance, ce qui est malheureusement totalement impossible.

L’euro dans le triangle des Bermudes de la finance

Si cette contradiction est valable pour tous les pays dits développés, elle touche plus particulièrement la zone euro. Pour l’instant en effet, il n’y a pas de défiance à l’égard des bons du Trésor britannique ou étasunien. Il faut dire que, comme l’avait montré Paul Krugman, ces pays jouent sur la valeur de leur monnaie pour soutenir leur économie. Du coup, l’attention des marchés se concentre sur la zone euro, pénalisée par la cherté de l’euro et ses contradictions internes.

En effet, l’Europe est bien le maillon faible de l’économie mondiale. C’est la partie du monde qui a connu la plus faible croissance du monde depuis dix ans avec le Japon (protégé par le fait de ne pas dépendre de l’étranger pour financer sa dette). La cherté de l’euro est en cause, tant elle pénalise les industriels de la zone. Mais en plus, le fait d’avoir une monnaie unique dans une zone aussi hétérogène crée de nombreux cercles vicieux qui ne peuvent pas être réglés et pourrissent avec le temps.

En effet, comment ne pas voir que les pays « aidés » sont dans une impasse ? Et quel pourrait être le modèle de croissance de l’Espagne ou l’Italie ? L’attaque des marchés est bien sûr excessive car les fondamentaux de ces pays n’ont pas changé et le déficit de l’Italie était l’un des plus faibles de la zone euro en 2010 (4.5%), mais l’absence de stratégie crédible à long terme dans le cadre de la monnaie unique créé une nervosité qui pourrait bien mener au chaos.

Malgré tout, des lignes de défense existent : la BCE avale son chapeau et achète les titres de l’Espagne et l’Italie pour réduire la pression sur les taux. Mais nous sommes rentrés dans une zone extrêmement dangereuse qui pourrait nous mener à une très grave crise économique 

26.05.2011

Le FMI, ou les incohérences de l’UMP et du PS

Non, il ne s’agit pas d’épiloguer sur les énièmes rebondissements de cette triste affaire DSK. Mais la démission de l’ancien futur candidat socialiste et la candidature de Christine Lagarde pose un double problème à notre classe politique.

Légèreté à droite

Bien sûr, Christine Lagarde semble être la candidate idéale pour prendre la succession de DSK à la tête du FMI. Elle a déjà travaillé aux Etats-Unis, semble appréciée par tout ce que la communauté internationale compte de hiérarques mondialistes néolibéraux. Et comme l’a remarquablement souligné Eric Zemmour dans une de ses chroniques sur RTL, nul doute qu’elle serait une digne représentante de ces Français qui oublient leur pays en prenant de telles responsabilités.

Mais cette candidature pose de multiples problèmes. Par-delà le fait qu’elle continuera à mener les mêmes politiques, comme l’a soutenu Jean-Pierre Chevènement, se pose le problème de l’affaire Bernard Tapie. Alors que la France vient de voir son représentant contraint de démissionner du fait d’une plainte pour viol, il est tout de même paradoxal de vouloir présenter une candidate qui pourrait avoir rapidement maille à partir avec la justice comme l’a souligné Hervé Nathan.

Il est totalement irresponsable, comme l’ont écrit Nicolas Dupont-Aignan et David Desgouilles de présenter une telle candidate. Il est bien évident que si une procédure judiciaire devait être lancée, les mœurs anglo-saxonnes imposeraient une démission à Christine Lagarde. Bonjour le ridicule pour la France si un deuxième représentant de notre pays venait à devoir démissionner. Il est vraiment hallucinant de proposer un nouveau candidat à risque…

Révélations à gauche

Mais cet épisode est très révélateur sur la « gauche ». Pierre Moscovici a ainsi eu le culot de dire que Dominique Strauss-Kahn avait apporté une dimension plus sociale aux politiques du FMI. Je ne suis pas sûr que les Grecs, les Irlandais ou les Portugais aient le même jugement sur la dimension « sociale » des potions amères imposées par Washington et Bruxelles à leur pays, entre licenciements, baisses de salaire et coupes dans les programmes sociaux.

Pire, les politiques imposées depuis un an révèlent aujourd’hui toute leur inefficacité puisque les 110 milliards décidés l’an dernier ne sont plus suffisants. Et naturellement, les plans enfoncent le pays dans la récession, compliquant plus encore le redressement des finances publiques : la Grèce a fait un déficit de 10.5% en 2010 contre une prévision de 8.1%. Tout le monde sait aujourd’hui qu’il faudra en passer par une restructuration. Bref, ces politiques sont inutilement violentes.

Mais le plus sidérant est de voir les principaux candidats socialistes (Martine Aubry et François Hollande) ne pas hésiter à soutenir Christine Lagarde. Il faudrait savoir, comme le soulignent Jack Dion et Hervé Nathan. Le Parti Socialiste est-il vraiment un parti d’opposition ? Il est tout de même surprenant qu’ils soutiennent une ministre du gouvernement auquel ils s’opposent pour une nomination à la tête d’une institution qui a pourtant un rôle politique éminemment important en Europe…

Plus encore que l’affaire DSK, les récents événements au FMI nous en disent très long, tant sur l’UMP que sur le Parti « Socialiste » : légèreté, relativisme sur les affaires, adhésion aveugle à une mondialisation néolibérale qui fait souffrir les peuples.

22.05.2011

La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance

On allait voir ce que l’on allait voir. A l’automne 2008, Nicolas Sarkozy s’était fait le plus ardent défenseur d’une « moralisation du capitalisme ». Il n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer les excès de la finance. Comme d’habitude, les actes sont loin d’avoir suivi les paroles.

Des volontés de réforme émergent

C’est bien tout le paradoxe de la situation actuelle que de constater qu’une réforme de la finance est bien en cours. Bien sûr, au global, elle ne sera pas trop méchante pour les banques, mais beaucoup de pays et d’instances avancent. Le premier est le comité Bâle 2, qui après avoir autorisé les banques à faire n’importe quoi, a décidé d’augmenter les normes prudentielles (la quantité de capital que les banques doivent détenir) pour rendre le système plus solide.

Globalement, malgré quelques protestations arguant d’un effet négatif sur la croissance, ces réformes restent suffisamment timides pour que de nombreux pays y ajoutent leurs propres règles, plus sévères que Bâle 3. Et surprise, la Suisse et la Grande-Bretagne devaient mettre en place des normes prudentielles nettement plus sévères, demandant jusqu’à 40% de capital de plus. Ceci démontre l’insuffisance du travail fait par les banquiers du comité Bâle 3.

Parallèlement, la Grande-Bretagne veut isoler la partie dépôt de la partie investissement dans les banques pour isoler la première de la seconde. L’Allemagne a décidé d’interdire certaines pratiques spéculatives, sans être suivie en Europe. Mais surtout, les pays émergents ont des règles beaucoup plus strictes. Certains (comme la Chine), refusent toujours la liberté de circulation des capitaux. L’Inde limite très fortement les produits dérivés de sinistre mémoire.

La France au point mort

C’est tout le paradoxe du dernier dossier de The Economist que de constater, comme je le dis depuis des mois, que la France n’a absolument pas contribué à la réflexion mondiale sur la réglementation financière suite à la grave crise que nous avons traversée. En effet, étant données les déclarations de Nicolas Sarkozy, et notre présidence actuelle du G20 et du G8, nous aurions du être le pays en pointe dans la réglementation financière qui se met en place.

Las, ce sujet ne semble pas intéresser notre gouvernement et notre ministre de l’économie (qui pourrait pourtant prendre la tête du FMI). Jamais Nicolas Sarkozy et son équipe n’ont avancé la moindre réflexion solide ou proposition concrète pour faire évoluer les choses. Les discours sont aussi vibrants et tranchants que les propositions vides. Le grand écart, ou plutôt, l’immense écart entre les paroles et les gestes du président se trouve une nouvelle fois illustré.

C’est bien pour cela que ce serait extrêmement dommage de laisser Christine Lagarde prendre la tête du FMI. Par delà les problèmes posés par l’affaire Bernard Tapie (soulevée par Hervé Nathan ou Nicolas Dupont-Aignan), notre ministre de l’économie s’est tout de même distinguée par une incapacité notoire à faire la moindre proposition pour tirer les leçons de la crise. Il est à craindre que ce « laissez-faire » soit finalement mis à son crédit pour une telle nomination.

L’an prochain, nous aurons à nous souvenir des discours vibrants faits par le président de la République pour dénoncer ce système économique injuste et instable. Et nous devrons aussi nous rappeler qu’il n’a strictement rien fait pour y remédier

15.05.2011

Croissance, Grèce, euro : quand l’Europe nie la réalité

C’est la bonne nouvelle de la semaine : la croissance a fortement rebondi au premier trimestre en France et en Europe. Même la Grèce est officiellement sortie de la récession. Mais il ne faut pas être regardant sur les détails pour pouvoir s’en satisfaire.

France : la croissance en trompe l’œil

Comment ne pas être surpris par ce chiffre de 1% de croissance au premier trimestre, soit 4% en rythme annuel, le double du chiffre des Etats-Unis ? Par quel miracle un tel résultat est possible alors que le chômage reste aussi élevé, que le déficit commercial progresse, que le pouvoir d’achat stagne ? Et ce ne sont pas les déclarations triomphantes de Christine Lagarde qui peuvent inciter à la confiance tant la ministre de l’économie est coutumière des exagérations.

Comme d’habitude, le gouvernement se moque du monde. En effet, 70% de la croissance du premier trimestre s’explique par la hausse des stocks des entreprises. En clair, corrigé de ce facteur exceptionnel, la croissance de la France n’a été que d’un petit 0.3%, soit seulement 1.2% en rythme annuel. Bref, il n’y a vraiment pas de quoi se féliciter de la manière dont le gouvernement l’a fait, comme certains journalistes auraient du le faire en étudiant les chiffres plus sérieusement.

En effet, les moteurs de la croissance continuent à avoir des ratés. Notre déficit commercial s’envole et a encore pesé de manière négative. L’investissement peine à redémarrer, ce qui est particulièrement inquiétant étant donné l’effondrement de la crise. Enfin, dans trois mois, il y a fort à parier que la ministre évoquera cette fois-ci le probable déstockage des entreprises (après avoir oublié le phénomène inverse) ou Fukushima pour justifier un chiffre moins brillant…

L’Europe au ralenti

Pour le coup, le Figaro n’est pas aussi optimiste quand il évoque une « fragile sortie de récession pour la Grèce ». Bien sûr, le pays sort officiellement de la récession en affichant une augmentation de son PIB de 0.8% au premier trimestre, mais cela fait suite à un effondrement de 2.8% au dernier trimestre 2010 (plus de 10% en rythme annuel !). Sur six mois, l’économie Grecque s’est donc contractée de 2%, soit une baisse de 4% en rythme annuel, toujours aussi préoccupant.

La crise de la Grèce m’a offert l’occasion d’un débat sur France 24 (partie 1 et partie 2), où j’ai affronté trois interlocuteurs qui défendaient mordicus l’euro. Il y a malgré tout des progrès car ils admettent aujourd’hui les carences de la monnaie unique, à savoir le fait qu’elle pousse aujourd’hui les salaires à la baisse et qu’elle ne convient pas à un espace économique aussi hétérogène.

Malgré tout, ils défendent cette construction monétaire artificielle qui empêche la Grèce de sortir de la crise. Car même en y déversant des dizaines de milliards tous les ans et en restructurant le dette, Athènes ne s’en sortira pas. Pour s’en sortir, le pays a besoin de dévaluer afin de rééquilibrer sa balance commerciale, comme en Argentine. L’argent ne permettra pas au pays d’enfin équilibrer ses exportations par rapport à ses importations, bien au contraire.

Pire, les transferts financiers massifs qu’ils demandent ne règleraient rien. Outre le fait que cela ne permettrait pas de faire redécoller la production (ce qui nécessite une dévaluation), ceci est totalement irréaliste (l’Allemagne a été très claire sur la question). Plus encore, comment ne pas y voir une forme  d’irresponsabilité avec cette demande de dépenser sans compter l’argent de la collectivité sans se rendre compte que cela ne fonctionnerait pas et que cet argent serait dépensé à perte.

Enfin, il est tout de même stupéfiant de voir les soutiens de l’euro dire aujourd’hui que si cela ne marche pas, c’est parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans la construction européenne. C’est comme pour le communisme : s’il ne marche pas, c’est parce qu’on ne serait pas allé assez loin… Ne vaudrait-il pas mieux écouter les critiques de l’euro ? Il faut revenir aux monnaies nationales, et comme Morad El Hattab le montre, cela est parfaitement possible pour la France et l’Italie.

Bref, le déni de réalité semble être devenu la spécialité de cette Europe. On se réjouit d’une croissance totalement artificielle et qui ne va pas apporter grand chose, sur la base de chiffres trimestriels qu’il faudrait pourtant prendre avec des pincettes, alors que l’euro nous entraine vers le fond…

20.04.2011

Les gadgets du gouvernement

Le candidat Nicolas Sarkozy perce de plus en plus sous le président. Pour essayer de muscler un bilan désastreux (à défaut de lui donner une cohérence, ce qui est mission impossible), le gouvernement bombarde la France de mesures plus gadgets les unes que les autres.

Communiquer au lieu de gouverner

Nicolas Sarkozy a quelque peu repris la main depuis les cantonales. Le gouvernement multiplie les annonces pour essayer d’améliorer le passif du président. Comme il se voulait celui « du pouvoir d’achat », on concocte des mesures plus ridicules les unes que les autres. Cela a commencé par le panier à moins de vingt euros, qui ne fera pas gagné un centime aux consommateurs. Ensuite, de manière bien cynique, la prochaine hausse du prix du gaz aura lieu le 1er juillet 2012 !

Mais ce n’est pas tout. Pour paraître imposer aux grandes entreprises, dont les profits et les dividendes explosent, un plus grand partage des profits, au profit de leurs employés, le gouvernement essaie d’inventer une « prime aux salariés » dans les entreprises versant des dividendes à leurs actionnaires. Cette réinvention de la roue (l’intéressement) a provoqué une belle cacophonie avec l’annonce d’un montant de mille euros par François Baroin contredit par Christine Lagarde.

Et Claude Guéant, après avoir qualifié l’immigration « d’incontrôlée », oubliant au passage que le président sortant en est plus ou moins responsable depuis neuf ans, a décrété que nous avions besoin de réduire les flux migratoires de 10%. Mais il est difficile de comprendre  en quoi cela changerait fondamentalement les choses. Enfin, même si cela n’a pas encore trop attiré l’attention des médias, le gouvernement veut supprimer le classement de sortie de l’ENA

Des postures pathétiques

On retrouve quelque peu l’activisme débordant des débuts du mandat, quand les annonces succédaient aux annonces, dans un tourbillon alors inédit qui permettait au président de dicter l’agenda médiatique en sa faveur. Mais le problème est qu’entre temps, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont beaucoup perdu en crédibilité. Ce n’est pas tout d’annoncer de nouvelles mesures mal ficelées, qui font débat au sein même du gouvernement, mais il faut que cela ait un sens global.

En outre, il y a un grand écart entre la parole et les actes. Il nous avait promis de moraliser et refonder le capitalisme ? La France est à la traîne de la Grande-Bretagne et de la Suisse sur la réforme de la finance, c’est dire. Et la présidence du G20 se résume à chercher des indicateurs des déséquilibres : trois ans après Bear Sterns, c’est ridicule. Le président ne se rend pas compte de l’écart immense entre la grandiloquence de ses discours et la petitesse des mesures qu’il prend.

Les annonces récentes pour essayer de donner du contenu à son bilan sur le pouvoir d’achat sont pathétiques et montrent surtout qu’il a échoué sur cette question. C’est tout le paradoxe de cette agitation, qui ne fait que souligner plus durement encore la minceur du bilan de cette présidence. Nicolas Sarkozy pointe le doigt là où cela fait mal sans y apporter de réponses crédibles. Résultat, les sondages restent en berne, et le Front National rafle la mise.

Les prochains mois risquent de ne pas être tristes. Le président sortant, et probablement sorti dans un an, va s’agiter pour essayer de faire en douze mois ce qu’il n’a pas fait en quatre ans. Mais la superficialité de ces gadgets rappellera à des Français qui n’y croient plus qu’il ne s’agit que de postures. 

16.02.2011

Et si l’affaire Tapie était une affaire d’Etat ?

Vendredi, Marianne a publié de nouveaux éléments donnant un éclairage peu flatteur à l’affaire Bernard Tapie et au versement par l’Etat de sommes probablement inconsidérées suite à la vente d’Adidas par le Crédit Lyonnais. Retour sur ce qui est peut-être une affaire d’Etat.

De nouvelles failles dans le dossier

Marianne reprend donc des documents présentés à la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale mardi 8 février et révélés par les Echos. Ils démontrent que « la procédure au terme de laquelle Bernard Tapie est reparti avec un joli chèque de 220 millions d’euros net n’est pas conforme au droit ». Plusieurs failles sont avancées dans le dossier, où un arbitrage privé organisé par Christine Lagarde avait tranché en faveur de l’ancien soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy.

Les magistrats de la Cour des Comptes soulignent qu’il y a un « défaut d’autorisation législative », à savoir que la procédure aurait du passer devant les députés. Ils soulignent également que ce n’était pas à l’Etat et au CDR de payer cette somme mais au Crédit Lyonnais. La Cour des Comptes va jusqu’à estimer que la décision pourrait bien être cassée juridiquement, contrairement à ce qui avait été répliqué aux députés qui souhaitaient la remettre en question.

Charles de Courson, député Nouveau Centre et Jérôme Cahuzac, président socialiste de la Commission des Finances semblent vouloir en découdre. Le premier a affirmé que « dans cette affaire, le gouvernement a tort juridiquement et politiquement » et le second a mis en cause la responsabilité du gouvernement et de l’Elysée. Bref, les députés pourraient porter l’affaire devant le Conseil d’Etat qui devrait casser la décision au regard des conclusions sans appel de la Cour des Comptes.

Des conflits d’intérêt majeurs

En revanche, je ne suis pas d’accord avec Emmanuel Lévy qui affirme que « l’ancien patron de l’OM a démontré sa spoliation ». Même si c’est aujourd’hui l’interprétation de la justice et s’il n’est pas normal que la banque à laquelle Bernard Tapie avait donné mandat pour vendre Adidas finisse par la racheter, des zones d’ombre très gênantes subsistent dans ce dossier où les conflits d’intérêt sont légions et plus que troublants, tant au début des années 90 qu’aujourd’hui.

J’avais souligné dans un papier rédigé il y a deux ans que la chronologie de l’affaire pose problème. En effet, n’oublions pas que la vente d’Adidas (par un ministre) a été bouclée à peine un mois avant la défaite de son gouvernement aux législatives. On peut donc légitimement se demander s’il n’y a pas eu une intervention politique pour sortir le ministre de l’impasse avant le changement de majorité, ce qui pourrait expliquer que le Crédit Lyonnais ait eu à racheter Adidas.

Ensuite, rien n’indique qu’Adidas valait davantage en février 1993. Pourquoi Bernard Tapie devrait-il tirer profit du redressement de l’entreprise, qui a plus que doublé sa valeur à fin 1994 ? Un actionnaire vendant ses actions aujourd’hui devrait-il pouvoir demander une part des profits que son acheteur pourrait empocher fin 2012 ? Bref, la demande de Bernard Tapie est abracadabrantesque. Et le conflit d’intérêt reste entre le président et son soutien pour la présidentielle de 2007…

On ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire, mais ce dossier présente de multiples zones d’ombre et de conflits d’intérêt qui font peser de sérieux doutes sur l’honnêteté des décisions prises par l’Etat. Si la Cour des Comptes attaque la forme, le fond ne semble pas plus net… 

13.08.2010

Croissance : Christine Lagarde, la magnifique ridicule

Ce matin, la ministre de l’économie était interviewée sur Europe 1. Elle a annoncé que la croissance a atteint un « magnifique » 0.6% au deuxième trimestre 2010 et confirmé ses prévisions pour l’année 2011.

Magnifiquement ridicule

Les estimations de croissance du premier trimestre ont été revues à la hausse : 0.2% au lieu de 0.1%. La ministre a évoqué « un magnifique 0,6 % au deuxième trimestre, (c'est) une multiplication par trois qui vient conforter la politique économique déterminée par le président de la République ». Et elle a confirmé sa prévision de croissance pour 2011, à savoir 2.5%. L’emploi de l’adjectif « magnifique » montre à nouveau l’immense décalage de la Marie-Antoinette du gouvernement avec la réalité de ce que vivent les Français dans cette crise et de la persistance d’un chômage de masse.

La communication du gouvernement sur la croissance est en effet totalement ridicule. Quand un trimestre est bon, la ministre vient sur les ondes pour vanter l’efficacité de sa politique (4ème trimestre 2009, 2ème trimestre 2010) alors qu’elle évite soigneusement les médias quand les résultats sont moins bons (3ème trimestre 2009 ou 1er trimestre 2010). Pour qui ne prête pas une attention soutenue à ces questions, la communication gouvernementale est peut-être efficace, mais avec un peu de mémoire, il est difficile de ne pas noter l’hypocrisie de la ministre dans ses annonces.

Des chiffres passables

Les résultats de la France ne sont pas exceptionnels en effet. Ils ne sont pas mauvais non plus. La meilleure nouvelle est clairement la hausse de 1.1% des investissements qui semble indiquer une reprise des dépenses d’avenir des entreprises. En revanche, comment ne pas noter le décalage entre la croissance au premier semestre (0.8%) et les prévisions de croissance pour l’année prochaine (2.5%) ? Qu’est-ce qui pourrait bien justifier une telle accélération alors même que notre pays sera pénalisé par la plus grande austérité budgétaire après des années à laisser filer la dépense ?

En outre, ces chiffres sont tout justes dans la moyenne européenne. Si nous faisons mieux que l’Espagne (0.2%) ou l’Italie (0.4%), nos résultats sont largement inférieurs à ceux de la Grande-Bretagne (1.1%) ou de l’Allemagne (2.2%). Et il n’y a pas un grand mérite à croître plus vite que l’Espagne qui subit les affres de l’éclatement de sa bulle immobilière ou l’Italie, le pays riche qui a connu la plus faible croissance des années 2000. Bref, la performance de notre pays est loin de mériter l’adjectif « magnifique » bien imprudemment utilisé par la ministre de l’économie.

Il est positif que notre pays enregistre de la croissance. En revanche, il est totalement ridicule de fanfaronner devant des résultats qui sont tout juste dans la moyenne européenne et qui ne suffiront pas, loin s’en faut, à corriger les déséquilibres dont notre pays souffre.