11.07.2011
Immigration : le grand mythe de l’envahissement de la France
C’est le couplet généralement entonné par les identitaires : la France serait menacée par un flux totalement incontrôlé d’immigrés, faisant de notre pays le « champion d’Europe de l’immigration » pour reprendre les propos de Marine Le Pen. Un discours qui ne résiste pas aux faits.
La France, pays de faible immigration
C’est l’immense surprise que provoque l’examen des chiffres de l’immigration dans les autres pays. En effet, même si l’on conteste les chiffres de l’INSEE, pour qui le solde net d’immigrés se situe à 70 mille personnes par an (190 mille entrées et 120 mille départs) et que l’on prend le chiffre de départ avancé par Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch (90 mille), on aboutit à un solde net de 100 mille entrées par an. Le solde se situe donc entre 1 et 1,5 pour mille habitants.
Mais comme le rapporte The Economist, le solde net en Italie est compris depuis dix ans entre 300 et 600 mille, soit entre 5 et 10 pour mille habitants, cinq à dix fois le flux de notre pays ! En Espagne, le nombre d’immigrés a progressé de plus de 600 mille certaines années, soit un taux de 13 à 14 pour mille habitants, dix fois le taux français. La Grande-Bretagne accueille 500 000 immigrés par an, pour un solde net de 200 mille, soit plus de 3 pour mille habitants, plus du double de notre pays.
Et si on va un peu plus loin, on constate que d’autres pays acceptent des flux incomparablement plus importants que nous. L’Australie, pays de 22 millions d’habitants, avait un solde net de 340 mille personnes (plus de 15 pour mille habitants, plus de dix fois le chiffre Français). Depuis, ce chiffre est tombé à 200 mille, soit 9 pour mille (6 à 9 fois notre score). Enfin, les Etats-Unis ont un solde migratoire net moyen d’environ 4 pour mille habitants (soit 3 à 4 fois plus que nous).
Démythifier le débat sur l’immigration
En clair, Marine Le Pen ment quand elle dit que la France est « championne d’Europe de l’immigration » et Claude Guéant est bien mal inspiré quand il parle « d’excès d’immigration ». La France a aujourd’hui une des politiques les plus restrictives des pays dits développés en la matière. Il faut noter que l’Allemagne, après des vagues très importants d’immigration, notamment dans les années 90, a nettement réduit ses flux migratoires, qui sont aujourd’hui équivalents aux nôtres.
Bref, il n’y a strictement aucun risque que l’identité de notre pays change étant donnée la modération des flux actuels. Et cela est d’autant plus vrai que notre démographie est très dynamique, contrairement à nos voisins. En effet, en Italie, le solde naturel est négatif de 75 mille personnes, l’immigration permettant à la population de ne pas baisser. Et l’Allemagne voit sa population baisser depuis 2002, du fait d’un solde naturel négatif (près de 200 mille personnes en 2009).
Du coup, l’attitude du Front National et d’une partie de l’UMP est extrêmement choquante car ils attisent des tensions qui n’ont pas lieu d’être. En cela, leur comportement est profondément antinational. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille ouvrir davantage nos frontières aujourd’hui. Les tensions au sein de notre société et les conditions économiques extrêmement difficiles plaident au contraire pour une restriction des flux migratoires pour favoriser l’intégration des immigrés déjà présents.
Oui, la situation sur le front de l’intégration se détériore. Mais loin de venir de flux migratoires incontrôlés, il s’agit beaucoup plus d’une conséquence de notre crise économique, qui rend plus difficile l’intégration, des tensions de notre société ainsi que d’un Etat qui n’assume plus ses fonctions.
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09.07.2011
Insécurité : la grande faillite de Nicolas Sarkozy
Cela aura été une des polémiques de la semaine : la Cour des Comptes a publié un rapport au vitriol sur les forces de sécurité publique, dénonçant vertement la politique du gouvernement. Elle critique les manipulations des statistiques ainsi que la politique menée sur le terrain.
Un bilan en trompe-l’œil
Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en 2007 en partie grâce au bilan qu’il a vendu de son action au ministère de l’intérieur. L’ancien ministre avait réussi à vendre son agitation législative et communicante en affichant fièrement une baisse globale de la délinquance de 9% de 2001 à 2006, cassant la progression enregistrée alors que Lionel Jospin était premier ministre. Mais cette version des faits ne résistait pas à une analyse des chiffres même du ministère.
En effet, en mars 2007 j’avais étudié les chiffres avancés par la place Beauvau et j’avais constaté que si le chiffre global baissait, c’était notamment parce que les vols de voiture ou les cambriolages baissaient (du fait de la plus grande sophistication des équipements) alors qu’en revanche, les violences aux personnes avaient continué leur progression. Les coups et blessures non liés à un homicide s’étaient alors envolés de 41% (de 116 à 164 mille) sur la même période.
C’est exactement ce qui continue depuis 2007 : le chiffre global de la délinquance poursuit sa baisse régulière, dans un mouvement dont la maîtrise semble bien suspecte, et les violences aux personnes continuent de progresser. Il y a eu une progression de 18% des coups et blessures de 2006 à 2009 pour un total de 193 mille, soit une progression de 70% en huit ans. Bref, paradoxalement, nous étions beaucoup plus sûrs quand le PS était aux affaires…
Un gouvernement inefficace
Claude Guéant a beau monter sur ses grands chevaux, le bilan de Nicolas Sarkozy sur cette question est catastrophique. Le chiffre des violences aux personnes est doublement significatif. Tout d’abord, il rassemble les actes qui contribuent le plus au sentiment d’insécurité, des actes plus traumatisants. D’ailleurs, de manière inquiétante, le chiffre des violences non crapuleuses (violences gratuites) s’est envolé, passant de 155 à 240 mille de 2002 à 2008.
Mais surtout, ce sont des actes où il est beaucoup plus difficile de trafiquer les statistiques. Le rapport de la Cour des Comptes estime "que les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité, qui peut faire douter de leur fiabilité", rejoignant les dires du criminologue Alain Bauer pour qui « le dispositif statistique national a été le plus souvent utilisé, depuis 1945, pour ne pas dénombrer la réalité mais pour la mettre en scène ».
La cour des Comptes questionne également la pertinence de la politique suivie, critiquant la faible présence des policiers sur le terrain, leur mauvaise répartition et le manque d’efficacité de la vidéo surveillance. On pourrait ajouter, comme le fait Nicolas Dupont Aignan dans un communiqué de presse publié sur le site de Debout la République que la baisse des effectifs est absolument anormale étant donné la montée permanente des violences aux personnes.
Merci à la Cour des Comptes de dénoncer officiellement les tricheries du gouvernement et sa mauvaise politique en matière d’ordre public. Cela fait maintenant environ neuf ans que Nicolas Sarkozy est en charge de notre sécurité et l’agitation ne saurait camoufler un bilan calamiteux.
Merci à Clément dont j’ai utilisé les travaux pour nourrir ce papier
11:56 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : insécurité, cour des comptes, nicolas sarkozy, lionel jospin, claude guéant, nicolas dupont-aignan
20.04.2011
Les gadgets du gouvernement
Le candidat Nicolas Sarkozy perce de plus en plus sous le président. Pour essayer de muscler un bilan désastreux (à défaut de lui donner une cohérence, ce qui est mission impossible), le gouvernement bombarde la France de mesures plus gadgets les unes que les autres.
Communiquer au lieu de gouverner
Nicolas Sarkozy a quelque peu repris la main depuis les cantonales. Le gouvernement multiplie les annonces pour essayer d’améliorer le passif du président. Comme il se voulait celui « du pouvoir d’achat », on concocte des mesures plus ridicules les unes que les autres. Cela a commencé par le panier à moins de vingt euros, qui ne fera pas gagné un centime aux consommateurs. Ensuite, de manière bien cynique, la prochaine hausse du prix du gaz aura lieu le 1er juillet 2012 !
Mais ce n’est pas tout. Pour paraître imposer aux grandes entreprises, dont les profits et les dividendes explosent, un plus grand partage des profits, au profit de leurs employés, le gouvernement essaie d’inventer une « prime aux salariés » dans les entreprises versant des dividendes à leurs actionnaires. Cette réinvention de la roue (l’intéressement) a provoqué une belle cacophonie avec l’annonce d’un montant de mille euros par François Baroin contredit par Christine Lagarde.
Et Claude Guéant, après avoir qualifié l’immigration « d’incontrôlée », oubliant au passage que le président sortant en est plus ou moins responsable depuis neuf ans, a décrété que nous avions besoin de réduire les flux migratoires de 10%. Mais il est difficile de comprendre en quoi cela changerait fondamentalement les choses. Enfin, même si cela n’a pas encore trop attiré l’attention des médias, le gouvernement veut supprimer le classement de sortie de l’ENA…
Des postures pathétiques
On retrouve quelque peu l’activisme débordant des débuts du mandat, quand les annonces succédaient aux annonces, dans un tourbillon alors inédit qui permettait au président de dicter l’agenda médiatique en sa faveur. Mais le problème est qu’entre temps, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont beaucoup perdu en crédibilité. Ce n’est pas tout d’annoncer de nouvelles mesures mal ficelées, qui font débat au sein même du gouvernement, mais il faut que cela ait un sens global.
En outre, il y a un grand écart entre la parole et les actes. Il nous avait promis de moraliser et refonder le capitalisme ? La France est à la traîne de la Grande-Bretagne et de la Suisse sur la réforme de la finance, c’est dire. Et la présidence du G20 se résume à chercher des indicateurs des déséquilibres : trois ans après Bear Sterns, c’est ridicule. Le président ne se rend pas compte de l’écart immense entre la grandiloquence de ses discours et la petitesse des mesures qu’il prend.
Les annonces récentes pour essayer de donner du contenu à son bilan sur le pouvoir d’achat sont pathétiques et montrent surtout qu’il a échoué sur cette question. C’est tout le paradoxe de cette agitation, qui ne fait que souligner plus durement encore la minceur du bilan de cette présidence. Nicolas Sarkozy pointe le doigt là où cela fait mal sans y apporter de réponses crédibles. Résultat, les sondages restent en berne, et le Front National rafle la mise.
Les prochains mois risquent de ne pas être tristes. Le président sortant, et probablement sorti dans un an, va s’agiter pour essayer de faire en douze mois ce qu’il n’a pas fait en quatre ans. Mais la superficialité de ces gadgets rappellera à des Français qui n’y croient plus qu’il ne s’agit que de postures.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, prix du gaz, prime aux salariés, françois baroin, christine lagarde, claude guéant
17.04.2011
Nicolas Sarkozy dans sa bulle
Il « sentirait bien » l’élection présidentielle et penserait même que « les Français ne le rejettent pas ». On se demande bien ce qu’il faudrait pour que Nicolas Sarkozy questionne sa stratégie. Le moins que l’on puisse dire est qu’il semble complètement déconnecté de la réalité.
Un président qui ne comprend rien
Il paraît que les députés de la majorité sont sortis ragaillardis de leur rencontre avec le président de la République qui a montré une confiance en lui inébranlable, affirmant que les Français finiraient par lui faire crédit de ses initiatives, notamment internationales. Il a également souligné le succès de ses déplacements en Province (oubliant qu’il ne rencontre le plus souvent que des militants UMP) et les carences de ses adversaires, (primaire socialiste et isolement de Villepin et Borloo).
Pourtant, la réalité dit autre chose. Les résultats des élections cantonales ont été désastreux pour la majorité présidentielle, beaucoup de candidats refusant carrément de porter l’étiquette UMP. Nicolas Sarkozy continue de baisser dans les sondages, atteignant des niveaux jamais atteints. Mais il croit toujours en sa stratégie, comme le montre sa réforme de l’ISF mais aussi les initiatives répétées du gouvernement sur le terrain de l’immigration et de la laïcité.
Une stratégie en échec
Pourtant, les sondages indiquent clairement que l’utilisation électoraliste de ces thématiques ne réussit pas à la majorité. On reste songeur devant la réforme de l’ISF qui semble un cas d’école d’erreur politique après le précédent de 1986. En six mois, Nicolas Sarkozy a perdu dix points dans les sondages au premier tour, gagnés par Marine Le Pen, alors que les candidats socialistes n’ont rien perdu. Bref, cette stratégie ne réussit qu’à lui faire perdre des points en faveur du FN.
Et finalement un tel résultat est logique. Les déclarations martiales de Claude Guéant sur l’immigration sont extrêmement déroutantes. Comment parler « d’immigration incontrôlée » peut-il profiter à la personne qui en charge de ces questions depuis neuf ans ? Pire, proposer une réduction de 10% des flux migratoires est-il réellement à la hauteur des enjeux mis en avant par le gouvernement ? Bref, le ministre de l’intérieur semble tirer dans les pieds du président sans s’en rendre compte.
Même si ses adversaires peuvent encore faire de grosses erreurs, l’impression qui prédomine est que, comme Giscard d’Estaing en 1981, Nicolas Sarkozy va dans le mur sans s’en rendre compte, en accélérant et en klaxonnant. Le réveil sera dur pour lui dans un an.
10:59 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, isf, immigration, claude guéant, front national, marine le pen
16.04.2011
Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation
Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?
Angélisme, agitation, stigmatisation
Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…
A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.
Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.
Immigration et laïcité en version républicaine ?
Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.
Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.
On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.
En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.
Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : immigration, laïcité, ps, michel rocard, claude guéant, ump, nicolas sarkozy, marine le pen, fn
23.03.2011
Les dérapages de Claude Guéant
Le bras droit de Nicolas Sarkozy était peut-être le parfait secrétaire général à l’Elysée (à part pour les ministres, qu’il passait son temps à court-circuiter). Il se révèle être un déplorable ministre de l’Intérieur, multipliant les déclarations plus critiquables les unes que les autres.
Les pieds dans le plat… de l’UMP
Ses récents propos évoquant « l’immigration incontrôlée » et « le sentiment (des Français) de ne plus être chez eux » lui ont valu une carte d’adhérent de prestige du Front National. Par-delà la énième tentative d’instrumentaliser les questions d’immigration politiquement, cette déclaration est complètement stupide. Marine Le Pen n’a pas eu tort de lui donner symboliquement cette carte tant elle pourrait avoir du sens de la part d’un membre de son parti, mais pas d’un ministre.
Car si l’immigration est incontrôlée et les Français ont le sentiment de ne plus être chez eux, qui peut en être davantage responsable que Nicolas Sarkozy et son bras droit, en charge de ces questions depuis neuf ans ? Nicolas Sarkozy a été ministre de l’intérieur quatre ans, avec Claude Guéant comme directeur de cabinet et il est aujourd’hui à l’Elysée. S’il y a un problème, c’est qu’il ne l’a pas réglé et qu’il en est responsable. Inconsciemment, il se tire dans les pieds.
Le serial gaffeur de la place Beauvau
Mais ce n’est pas tout. Naturellement, il a confirmé ses propos en disant « qu’un excès d’immigration trouble les Français ». Cette capacité à susciter la peur des Français, à entretenir les fantasmes de nos compatriotes tout en y répondant par une agitation ne produisant aucun résultat est le cocktail idéal pour continuer à faire monter le Front National. Comment Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte que cette stratégie est totalement suicidaire pour lui ?
Pire, le ministre de l’Intérieur s’est également distingué dimanche soir pour la présentation totalement abusive des résultats des élections cantonales, en additionnant le score des candidats de la majorité présidentielle mais aussi celui de divers droites dont certains étaient dans l’opposition (Debout la République, apparentés Modem…) pour gonfler le score bien maigrelet de l’UMP. Ce faisant, il n’a pas même pas additionné les divers gauches au PS.
Et hier, il a commis une nouvelle énorme bévue en se félicitant que « Nicolas Sarkozy ait pris la tête de la croisade contre Kadhafi ». Cette déclaration, digne d’un néoconservateur étasunien de la pire espèce, est plus que maladroite de la part d’un ministre en exercice. Elle contribue à faire de l’intervention en Lybie un nouvel épisode de la guerre entre un Occident chrétien et le monde arabe, contrairement à tout ce que la diplomatie Française essaie de faire.
Ce dernier dérapage est totalement inacceptable. En tant que ministre d’une République engagée dans une intervention militaire en Libye, Claude Guéant doit absolument présenter ses excuses pour ces propos qui sont inadmissibles dans un tel contexte.
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22.03.2011
Cantonales : une répétition pour 2012 ?
Dimanche, une petite moitié des Français appelés aux urnes ont voté pour les élections cantonales. Un scrutin qui confirme les sondages : une déception générale de la politique illustrée par l’abstention, l’UMP au plus mal, un PS devant par défaut et une percée spectaculaire du FN.
Une confirmation des sondages
Finalement, le vote des Français démontre que les derniers sondages ont du sens. Je vous invite à vous rendre sur le blog de Laurent de Boissieu qui présente un historique des résultats aux élections cantonales, en analysant les résultats de 2004 et de 2008. La percée du FN n’en prend que plus de relief : 15%, soit trois fois plus que les 5% en 2008, dépassant le record de 2004 (12%). En outre, le score moyen monte à 19% dans les cantons où il est présent.
Parallèlement, le score de l’UMP est désastreux : 22% avec la majorité (17% stricto sensu), contre 25% en 2004 et 2008. Le total de la droite (qui inclut des partis d’opposition comme DLR, qui a signé quelques beaux résultats), ressort à 31% contre 37% en 2004 et 41% en 2008 ! Le score du PS est médiocre (25% ou 32% avec les divers gauche), soit moins qu’en 2004 (33.5%) et en 2008 (35%). La gauche de la gauche se maintient à 9%, les Verts doublent leur score à 8%.
Bref, le résultat est assez clair : un désastre absolu pour la majorité présidentielle qui perd dix points en seulement trois ans, au profit intégral du Front National. Le vote des Français est net : ce que perd l’UMP est directement récupéré par le Front National. Le Parti Socialiste ne profite qu’indirectement de la déconfiture des troupes de Nicolas Sarkozy, signe qu’il ne convainc pas du tout les Français puisque les écologistes lui grignotent même quelques électeurs.
L’UMP, entre déni et ubuesque
Il faudra un jour que quelqu’un dise à Nicolas Sarkozy à quel point les éléments de langage qu’il transmet à ses équipes sont totalement grotesques. Le ministre de l’intérieur n’a vraiment pas eu peur du ridicule en additionnant les voix de tous les divers droite à celles de l’UMP mais sans le faire pour le Parti Socialiste, permettant à Martine Aubry et Marine Le Pen d’attaquer cette présentation malhonnête des choses. En niant la réalité, ils perdurent dans l’erreur…
La position présentée par Jean-François Copé pour les seconds tours PS/FN a sans doute atteint le comble du ridicule. En refusant d’appeler à faire barrage au FN tout en indiquant qu’il appelait à ne pas voter pour eux, l’UMP parvient l’exploit de se fâcher avec tout le monde en boycottant le parti de Marine Le Pen, qui n’est pas véritablement moins ostracisé tout en ne rendant pas son pareil à la gauche qui a indiqué clairement qu’elle soutenait l’idée de Front Républicain.
Se faisant, si Copé est devenu le menuisier en chef de la langue de bois, au lieu de l’arrêter, sa position est contredite ou complétée de manière anarchique par ses troupes entre un Xavier Bertrand qui indique qu’il votera blanc et une Valérie Pécresse qui dit qu’elle fera barrage au Front National, tout comme François Fillon. Bref, beaucoup ne suivent pas la position ubuesque proposée par le Secrétaire Général de l’UMP qui semble décidemment jouer la défaite en 2012.
Bref, entre une majorité largement désavouée et perdue dans des discours inaudibles et un Front National qui récupère tous les déçus de Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste devrait gagner par défaut, sans le moindre enthousiasme des Français, faute de mieux.
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28.02.2011
Remaniement pour gouvernement à bout de souffle
Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.
Le remaniement d’un gouvernement remanié
Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.
En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.
L’échec extérieur
Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.
En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.
L’échec intérieur
Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…
Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…
Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...
10:10 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, michèle alliot-marie, brice hortefeux, alain juppé, claude guéant, remaniement, g20, chômage
14.10.2010
Quel sera le prochain locataire de Matignon ?
Depuis quelques mois, la France possède un Objet Gouvernemental Non Identifié : un gouvernement en sursis dont on sait qu’il va être très largement remanié pour préparer la dernière ligne droite avant les élections présidentielles. Petit point sur les spéculations.
Un nouveau premier ministre ?
Il y a encore quelques semaines, la tendance semblait être au maintien de François Fillon, comme le souhaite une large majorité de l’opinion publique. Mais la « tournée d’adieu » du premier ministre et certaines de ses déclarations semblent indiquer qu’il est sur le départ. Les mouvements sociaux sur les retraites pourraient influencer le choix du président de la République et le pousser vers Jean-Louis Borloo pour incarner une forme de réconciliation sociale.
Outre le contexte, deux critères devraient jouer dans le choix du président. Le premier devrait être la loyauté. Tous les présidents de la Cinquième République ont préféré aborder les échéances électorales avec un homme en qui ils avaient toute confiance, et qu’ils avaient « fait » pour la plupart : Georges Pompidou pour le Général, Pierre Messmer pour le successeur de Charles de Gaulle, Raymond Barre pour VGE, Laurent Fabius ou Pierre Bérégovoy pour François Mitterrand.
Revue des prétendants
A priori, ce raisonnement exclut Jean-François Copé, François Baroin, Bruno Lemaire ou Michèle Alliot-Marie. Nicolas Sarkozy ne pourrait pas compter à 100% sur de tels candidats du fait de leur passé, ou pour certains, de l’avenir qu’ils souhaitent se préparer… Il serait plus logique qu’il choisisse entre Christine Lagarde (malgré le questionnement sur son sens politique), Brice Hortefeux (trop droitier) ou Jean-Louis Borloo, qui semble aujourd’hui le grandissime favori.
Cependant, la surprise a souvent été au rendez-vous et il s’agit d’un élément déterminant pour provoquer un rebond dans l’opinion. Du coup, Nicolas Sarkozy pourrait se tourner vers Claude Guéant (pour rassurer et donner un côté plus sérieux, proche de celui de l’actuel locataire de Matignon), voir Luc Châtel, un bon petit soldat, à moins que la surprise soit finalement le maintien de François Fillon avec un cabinet largement remanié pour intégrer des figures de la droite, Alain Juppé notamment…
Un timing à double tranchant
D’un côté, attendre la fin de la séquence sur les retraites semble une bonne idée. De l’autre, annoncer autant à l’avance un remaniement est une erreur car des ministres en sursis ont moins de poids et personne ne comprend réellement l’intérêt d’avoir annoncé une telle décision à l’avance. Même si un tel scénario était probable, Nicolas Sarkozy aurait sans doute eu intérêt à ne pas l’annoncer autant à l’avance de manière à davantage rester maître de l’emploi du temps.
Parce que ce premier ministre sera celui qui sera le chef de l’équipe gouvernemental en vue des présidentielles, le président a besoin d’un homme de confiance, suffisamment rassembleur, qui travaille pour lui sans lui faire de l’ombre. Cela ressemble donc au portrait de l’actuel locataire, de Claude Guéant, voir de Luc Châtel. Voici donc pour moi, avec Jean-Louis Borloo, les prétendants les plus sérieux à date pour être le premier ministre du prochain gouvernement de ce quinquennat.
Et si la surprise était finalement le maintien de François Fillon ? Après tout, l’actuel premier ministre semble être passé par pertes et profits. Mais si ce dernier en a assez de Matignon, ce qui n’est pas improbable, il n’y a pas grand monde qui corresponde au profil idéal en vue de 2012.
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04.07.2010
Le grand n’importe quoi de Nicolas Sarkozy
Au plus bas dans les sondages, alors que les polémiques se multiplient sur le gouvernement, le président de la République ne semble pas comment faire pour réagir, ce qui s’est senti lors de sa rencontre avec les députés de la majorité cette semaine.
Déni de réalité
C’est le Figaro qui conte cette réunion de mercredi à l’Elysée. Cet article a le don de montrer à quel point Nicolas Sarkozy détourne le débat plutôt que de répondre aux questions qui dérangent. La polémique sur la fraude fiscale supposée de Liliane Bettencourt ? Il souligne qu’elle n’est pas partie en Suisse et qu’il ne veut pas « qu’elle foute le camp en Suisse ». Est-ce à dire qu’il faut être tolérant vis-à-vis des petites fraudes fiscales des contribuables aisés qui restent en France ?
Sur les polémiques actuelles, il simplifie à l’extrême le débat en affirmant que « si Eric Woerth ne portait pas cette réforme, il n’y aurait rien à lui reprocher », ce qui est totalement malhonnête. Entre le mélange des genres douteux d’un trésorier de parti ministre du budget et sa ligne de défense mouvante, au mieux, il s’est mis dans une position dans laquelle il n’aurait pas du se mettre. Nicolas Sarkozy a également répliqué en évoquant les affaires de financement du RPR.
Il a aussi affirmé que « quand Pierre Bergé achète le Monde, on dit que c’est la démocratie. Quand Madame Bettencourt donne 7500 euros à l’UMP, on crie au scandale. Elle a le droit, non ? ». Il est désolant de voir tant de mauvaise foi et de manque de rigueur dans la présentation des faits. Ce n’est pas la contribution de Madame Bettencourt qui est en cause, c’est le fait qu’elle verse son chèque à la même personne qui supervise le fisc, alors que son cas ne semble pas très clair…
« Le supplice chinois »
Mais outre ces dérapages verbaux, l’une des choses les plus curieuses reste l’annonce quasi-officielle d’un remaniement gouvernemental à l’automne, avec même le nom des ministres qui devraient le quitter ! Il a ainsi affirmé que « certains comportements ministériels ne m'ont pas plu. J'en tirerai les conséquences sévèrement au moment qu'on aura choisi avec le premier ministre», évoquant « avions, cigares, critiques de la nature des hôtels », dans des allusions transparentes.
Bref, Christian Blanc, Rama Yade et Alain Joyandet semblent d’ors et déjà destinés à quitter le gouvernement. David Douillet est un candidat naturel pour remplacer la secrétaire d’Etat aux sports. La menace est d’autant plus forte que Claude Guéant a évoqué hier dans le Figaro Magazine un gouvernement resserré, parlant même de seulement quinze ministres et cinq secrétaires d’Etat. Même s’il est peu probable qu’ils aillent aussi loin, il devrait y avoir beaucoup de départs.
Mais la question que l’on peut se poser, c’est l’intérêt d’annoncer autant à l’avance de tels mouvements. Quelle va être la crédibilité et le poids de ces ministres et secrétaires d’Etat que l’on dit sur le départ. N’aurait-il pas été plus simple et plus efficace de réagir dès le mois de juin en sanctionnant les abus pour repartir avec une équipe plus solide pour la rentrée ? Dominique de Villepin a bien raison de parler d’un « supplice chinois » pour ce procédé.
Bref, Nicolas Sarkozy semble perdre pied. Il perd pied avec la réalité de la vie des Français, semble incapable de tenir un discours cohérent et crédible et accumule les erreurs de jugement. Le verdict des Français sera dur, très dur pour lui en 2012.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, eric woerth, claude guéant, rama yade, christian blanc, alain joyandet



