16.05.2011
Mauvais films politiques
Hier matin, la nouvelle est tombée, stupéfiante : Dominique Strauss-Kahn a été arrêté par la police étasunienne et inculpé pour « agression sexuelle ». Même s’il convient de respecter la présomption d’innocence, cet événement bouleverse la vie politique Française.
La descente aux enfers de DSK
Il y a à peine un mois, DSK était encore l’immense favori des sondages pour la primaire socialiste et pour la présidentielle. Rien ne semblait devoir arrêter celui qui se contentait de quelques signaux pour indiquer qu’il était bien intéressé sans pour autant véritablement rentrer en campagne, de manière à rester en fonction au FMI. Aucun rival socialiste n’avait émergé, Martine Aubry et Ségolène Royal se faisant distancer alors que François Hollande restait loin. Il semblait déjà presque élu.
Dans une séquence d’à peine quelques jours, la situation a été complètement bouleversée. François Hollande, longtemps soutenu par les médias, a fini par percer et devenir son principal rival, non sans un certain succès. Mais c’est surtout une série de trois scandales qui semblent pouvoir aujourd’hui abattre le favori d’hier. Cela a commencé par la Porsche de son conseiller en communication, puis par des « révélations » sur son train de vie.
Puis, le point culminant a été atteint hier avec son arrestation pour « agression sexuelle ». Cela peut rappeler le printemps 2006 où la candidature Villepin avait été définitivement hypothéquée par les protestations contre le CPE et l’affaire Clearstream, qui avait suivi. Ce rebondissement digne d’un film de Hollywood semble avoir de bonnes chances d’abattre la candidature de DSK tant il semble improbable que l’affaire soit réglée avant les primaires.
Un climat étouffant
Et mercredi sort le film « La conquête », sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Entre cinéma et réalité, tout se brouille, la politique semble être devenue un mauvais film dont on peut désormais attendre tous les rebondissements. J’avais préféré ne pas parler de la Porsche car même s’il s’agit d’une grosse erreur de communication de la part d’un conseiller en… communication, je ne pense pas que cela ait le moindre intérêt dans le débat public.
L’UMP avait sauté dessus de manière bien indécente, eux qui soutiennent un président qui avait annoncé vouloir se retirer pour « habiter » la fonction au soir du second tour, et qui avait fini sur le yacht de Vincent Bolloré. Quand des aveugles se moquent d’un borgne… La polémique sur son train de vie est aussi assez nauséabonde : oui, lui et sa femme ont de l’argent. Mais cet étalage (contesté par DSK, qui a porté plainte contre France Soir) est-il bien républicain ?
Aujourd’hui, les cartes politiques sont rebattues. Si DSK est très rapidement innocenté et qu’il le veut vraiment, il n’en reviendra que plus déterminé que jamais et pourrait s’en remettre. L’affaire Markovitch n’avait pas empêché Georges Pompidou en 1969. Mais, là, le scandale atteint des proportions inédites qui semblent lourdement hypothéquer ses chances. François Hollande pourrait bien tirer les marrons du feu étant donné le manque de leadership de Martine Aubry.
Quelle triste affaire en tout cas, quelle qu’en soit l’issue. Après quatre ans d’une présidence qui a lourdement déçu les Français, la vie politique Française vient de sombrer dans le fait divers glauque.
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31.01.2010
La guerre Sarkozy-Villepin ira-t-elle jusqu’au bout ?
Jeudi soir, après avoir été relaxé, Dominique de Villepin avait adopté un ton très apaisé, relayé par ses soutiens. Mais avec l’appel du procureur (du président) de la République, le ton est monté vendredi soir au Grand Journal de Canal Plus. Désormais, la guerre entre les deux hommes semble inévitable.
Dominique, pacifiste poussé à bout
C’est tout le paradoxe de cet affrontement entre les deux hommes. L’ancien locataire de Matignon a semblé plusieurs fois être prêt à une paix des braves. Cela avait été le cas mi-2008, où des rumeurs bruissaient d’une possible nomination au gouvernement, avant que le déclenchement d’une procédure judiciaire ne le fasse revenir au ton qu’il avait adopté dès la rentrée 2007. Et même jeudi soir, on pouvait sérieusement douter de la volonté de Dominique de Villepin à engager un combat électoral en 2012 après avoir triomphé judiciairement en 2010. C’était le sens de mon papier de jeudi.
Mais la farce judiciaire que représente l’annonce sur Europe 1 de l’appel de la décision du tribunal, sans doute sur ordre de l’Elysée (on n’imagine difficilement Nicolas Sarkozy ne pas avoir au moins validé la décision) a dramatiquement modifié le discours de Dominique de Villepin. Apprenant la décision en direct sur RMC, l’ancien Premier Ministre s’est fait martial dénonçant la « haine » de Nicolas Sarkozy. Et le soir même, il a dénoncé la duplicité de l’Elysée et affirmé savoir que le président de la République avait pris lui-même la décision de l’appel lors d’une réunion tenue jeudi.
Sachant que le nouveau procès devrait se tenir dans un an, cela ajoute une cinquième année de calvaire judiciaire pour un homme que l’on sent d’autant plus blessé qu’il pensait avoir vu le bout du tunnel jeudi. Du coup, malgré un discours où il affirmait de ne pas ressentir de « rancune » ou de « rancœur », la violence des propos qu’il a tenu vendredi contre le président de la République peut indiquer une certaine volonté d’affrontement, par-delà l’expression d’un souci de faire des propositions pour la France. L’étirement du procès et les manœuvres élyséennes poussent à un combat en 2012.
Nicolas, guerrier machiavélique
La question qui se pose alors est pourquoi l’Elysée se comporte de la sorte. En effet, depuis septembre, la séquence judiciaire tourne clairement à l’avantage de Dominique de Villepin qui apparaît de plus en plus comme une victime de l’acharnement du président de la République. Et le dernier rebondissement renforce singulièrement cette impression. En outre, ces manœuvres ont toutes les chances de pousser le rival du président à se présenter en 2012 pour solder devant les électeurs leur affrontement judiciaire. Tout se passe finalement comme si Sarkozy voulait affronter Villepin.
Du coup, il est possible de se demander si, finalement, le président de la République ne cherche pas à provoquer son adversaire par tous les moyens pour le pousser à se présenter contre lui dans deux ans. Loin de vouloir éviter une candidature Villepin en 2012, Nicolas Sarkozy souhaite peut-être plus que tout l’affronter. Il imagine sans doute que son adversaire n’est qu’un amateur en politique et qu’il ne fera qu’une bouchée de lui. Car plus qu’une condamnation judiciaire, c’est bien un vote défavorable des Français à l’égard de son rival qui serait la sanction la plus terrible.
Autre hypothèse, plus machiavélique, Nicolas Sarkozy pourrait souhaiter une candidature Villepin pour faciliter l’accession d’un socialiste au second tour, surtout s’il s’agit de Martine Aubry. En effet, une candidature de Dominique de Villepin en plus de celle de François Bayrou ne permettra sans doute à aucun des deux d’accéder au second tour, ouvrant automatiquement les portes du second tour au candidat socialiste, quelques soient les plaies des primaires. Et un adversaire socialiste serait sans doute beaucoup plus facile à battre qu’un centriste ou un rival de droite.
Mais comme les enfants qui jouent avec le feu, Nicolas Sarkozy pourrait bien finir par se brûler. Pousser la candidature de Dominique de Villepin tout en lui donnant le statut de victime de l’affaire Clearstream est à double tranchant car cela renforce son adversaire…
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, clearstream
29.01.2010
L’affaire Clearstream tourne à la farce
A peine Dominique de Villepin relaxé de l’affaire Clearstream, l’affaire connaît deux rebondissements surprenants : Nicolas Sarkozy annonce qu’il ne fera pas appel, alors qu’il n’en a pas le pouvoir, et le procureur annonce, a contrario, qu’il fait appel.
Le retour du complot politique
Le commentaire de la présidence est scandaleux. Le Chafouin a bien raison de parler d’un « douteux mélange des genres ». En effet, une journaliste de l’AFP soulignait hier soir sur le Grand Journal de Canal Plus, que les attendus du jugement ne sont pas sévères à l’encore de l’ancien Premier Ministre, contrairement aux allégations de l’Elysée. Et le fait de dire qu’il renonce à faire appel est totalement ridicule étant donné qu’il n’en a pas le droit.
A moins que Nicolas Sarkozy n’ait cherché par avance à se dédouaner de la décision qu’il aurait suggéré à Jean-Claude Marin. Après tout, le timing est trop idéal, et la tribune choisie par le procureur de la république (bananière) beaucoup trop amicale pour le pouvoir, pour n’y voir qu’un hasard. Déjà, Jean-Claude Marin s’était exprimé de manière très forte sur cette même antenne. Toutes ces coïncidences font qu’il est de plus en plus difficile de ne pas y voir un procès politique.
Le dernier baroud de l’Elysée ?
Mais toute cette séquence ne devrait guère profiter au pouvoir. En effet, le fait de dire qu’il renonce à faire appel alors qu’il n’en a pas le droit décrédibilise un Nicolas Sarkozy pourtant avocat de formation. En outre, un soupçon tenace de pression sur Jean-Claude Marin subsiste. La précipitation de l’Elysée à dire qu’il ne souhaitait pas d’appel (quitte à faire une erreur juridique) prend une perspective bien différente avec l’appel du procureur. La présidence le savait et souhaitait sans doute se disculper.
Pire, pour l’opinion, il n’est pas sûr que l’effet recherché (le discrédit d’un des plus féroces adversaires du président) soit atteint. Il est difficile de ne pas voir dans ce procès une manipulation destinée à détruire un rival par tous les moyens mais la résistance de David Villepin face à Goliath Sarkozy pourrait finalement desservir le second. Qui pourra croire que l’Elysée n’est pas derrière l’appel annoncé ce matin au micro d’un des journalistes les plus proches du président ?
L’affaire Clearstream est une vraie honte pour notre République, tout juste bonne à servir de scénario à une série B qui nous aurait semblés bien invraisemblable si elle n’était pas réelle. Rendez-vous ce soir sur Canal Plus au Grand Journal pour écouter la réponse de Dominique de Villepin…
10:40 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, dominique de villepin, nicolas sarkozy, jean-claude marin
28.01.2010
Villepin accusé, Villepin inculpé, Villepin humilié, mais Villepin relaxé !
Le croc de boucher se transforme en piédestal… Après près de 4 ans de polémiques, Dominique de Villepin vient d’être relaxé dans l’affaire Clearstream. L’affaire qui devait l’enterrer pourrait bien se retourner contre celui qui s’était constitué partie civile, Nicolas Sarkozy.
La défaite du président
L’affaire Clearstream restera dans les annales de la 5ème République. Pour la première fois, un président de la République s’est constitué partie civile dans une sombre affaire de dénonciation calomnieuse, impliquant un ancien Premier Ministre, ancien rival politique pour les élections présidentielles de 2007. Ce seul fait était à lui seul choquant. En effet, le tribunal de Nanterre avait souligné l’asymétrie anormale entre une partie civile protégée de toute poursuite et les accusés.
Ensuite, le fond de l’affaire était franchement abracadabrantesque puisque selon la version de l’accusation, Dominique de Villepin semblait forcément coupable. Il était pourtant naturel qu’un ministre de l’Intérieur fasse des investigations sur un tel listing. En outre, s’il y a eu manipulation médiatique, il semble clair aujourd’hui qu’elle a davantage été le fait de Nicolas Sarkozy que de son adversaire politique, ne serait-ce qu’en constatant le démarrage de l’affaire, quelques jours à peine après la fin du CPE.
Pire, le locataire de l’Elysée a lourdement dérapé en parlant de « coupables », démontrant une claire volonté politique derrière le procès, ce qui relativise les accusations qui étaient portées contre Dominique de Villepin. Au final, n’est-ce pas plutôt Nicolas Sarkozy qui a monté une machination pour éliminer son rival que l’inverse ? La question restera sans doute en suspens… Il est tout de même incroyable que le président ait persisté de la sorte étant donnée l’issue du procès.
L’après Clearstream
Car, même si l’affaire n’est pas complètement terminée et qu’un appel remettait Dominique de Villepin sur le grill, il ne serait pas difficile pour ce dernier de se présenter en victime d’un acharnement injuste de l’Elysée. Ce verdict devrait donc signer la fin des hostilités car toute poursuite des poursuites serait perçue comme abusive puisque quatre ans après le démarrage de l’affaire, la justice a relaxé l’ancien locataire de Matignon. Nicolas Sarkozy a perdu et persister l’enfoncerait.
Du coup, la voie est désormais libre pour le grand rival du président. Dominique de Villepin peut désormais se consacrer entièrement à la préparation des élections présidentielles de 2012, qui pourrait marquer sa revanche. Mais même s’il possède aujourd’hui un embryon de structure politique avec le Club Villepin, qui pourrait lui servir pour faire campagne, et même s’il déclare vouloir « se tourner vers l’avenir pour servir les Français », il est encore trop tôt pour savoir ce qu’il fera.
En effet, même si l’épreuve du bilan sera terriblement difficile pour Nicolas Sarkozy, l’UMP restera solidement derrière le président sortant. Certes, être le David qui affronte Goliath n’est sans doute pas pour déplaire à Dominique de Villepin, mais voudra-t-il jouer sa victoire judiciaire sur le terrain politique en 2012. La présence de François Bayrou complique singulièrement l’accès au second tour. En fait, sa candidature pourrait indirectement faciliter la tâche du Parti Socialiste.
Dominique de Villepin a désormais le champ libre pour affronter Nicolas Sarkozy. Il fait tout ce qui est nécessaire pour aller jusqu’au bout en 2012. Mais est-il si certain que cette belle victoire judiciaire le pousse à l’affrontement dans deux ans ?
17:00 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, clearstream
28.10.2009
Le grand pas de Dominique de Villepin vers 2012
Hier soir, l’ancien Premier Ministre rassemblait ses sympathisants à la Maison de l’Amérique Latine à Paris. Devant près d’un millier de personnes, il a implicitement endossé les habits de candidat pour la prochaine élection présidentielle.
Du premier opposant au candidat
Il y a quelques jours, le baromètre du Figaro consacrait de nouveau Dominique de Villepin comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy, devant les socialistes, François Bayrou ou les écologistes. Il y avait déjà eu un précédent en septembre 2007 quand il avait, le premier, émis un certain nombre de critiques sur le président récemment élu, que ce soit sur « l’esprit de cour », le « paquet fiscal », ou son style. Le procès Clearstream l’a de nouveau consacré rival principal de Nicolas Sarkozy.
Mais hier soir, ce n’était pas le premier opposant qui s’est exprimé, malgré quelques petites flèches, finalement limitées et pas trop méchantes. Dominique de Villepin s’est surtout exprimé comme un candidat à la présidence de la République, plutôt rassembleur, à la manière du Jacques Chirac de 1995. Il a commencé par dresser les enjeux du monde, de l’Europe et de notre pays (chômage et dette) avant d’esquisser sa vision d’une France républicaine, solidaire et indépendante.
Une candidature implicite
Même si nous sommes encore très loin de la campagne présidentielle de 2012, il était difficile de ne pas sentir un fort parfum de campagne dans ce rassemblement. Quand Dominique de Villepin évoque le suffrage universel dans le journal télévisé de France 3 juste après, on a du mal à croire qu’il évoque les élections régionales ou les élections cantonales… La seule échéance électorale qui donnerait du sens à la création du Club Villepin et à ce rassemblement est bien l’élection présidentielle.
Il faut dire que le timing est absolument parfait. Le procès de l’affaire Clearstream a coïncidé avec de nombreuses affaires qui relativisaient la fable de la victimisation du clan Sarkozy. En outre, la plupart des commentateurs judiciaires semblent parier pour un acquittement de Dominique de Villepin en janvier. Dès lors, le fait de tourner une nouvelle page politique juste après la fin du procès permet à l’ancien Premier Ministre de faire un nouveau départ et de retrouver la rubrique politique.
Nicolas Sarkozy a voulu l’éliminer avec l’affaire Clearstream. Il n’a fait que décupler la volonté de celui qui pourrait bien être son rival le plus sérieux pour sa réélection en 2012. Il suffit de l’écouter quelques minutes pour se rendre compte qu’il sera un adversaire bien plus solide que ceux de 2007.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, 2012, clearstream
22.10.2009
Clearstream, le caprice du président
« Ce dossier porte l’empreinte de son désir quasi-hystérique d’enfant capricieux » : voici comment un des avocats de Dominique de Villepin a qualifié l’affaire Clearstream, dans un résumé cinglant vis-à-vis du président de la République.
Une affaire abracadabrantesque
Comme le montre parfaitement cet article du Monde (peu susceptible de sympathie à l’égard de l’ancien Premier Ministre), Dominique de Villepin a toutes les chances de sortir blanchi de cette affaire. En effet, rien n’a démontré dans le procès qu’il savait que les listings étaient faux. Et tout porte à croire qu’il ne le savait pas. En effet, il avait tout à perdre avec un faux listing : Nicolas Sarkozy devenait une victime innocente et lui un comploteur manipulateur guère fréquentable.
En outre, il ne faut pas oublier que c’est bien Dominique de Villepin qui a ordonné l’enquête qui a permis de blanchir Nicolas Sarkozy. Il est proprement incroyable que la personne qui a exonéré l’actuel président de toute responsabilité soit mis en examen et affronte un procès public. Mais le plus scandaleux reste tout de même le fantasme du complot ourdi contre l’actuel résidant de l’Elysée. En effet, contre qui y-a-t-il eu un complot ? Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin ?
Qui a affronté une tempête médiatique qui a freiné sa carrière médiatique ? Nicolas Sarkozy n’a jamais été véritablement inquiété dans cette affaire et c’est bien l’ancien Premier Ministre qui a vu ses espoirs de candidature à l’élection présidentielle de 2007 s’évanouir. Qui a pu utiliser son pouvoir en sa faveur, en tant que ministre de l’intérieur, puis président de la République ? Qui porte plainte sans pouvoir être poursuivi ? S’il y a complot, il semble que ce soit davantage contre celui qui en est accusé aujourd’hui.
Nicolas Sarkozy joue et perd
Malgré le plaidoyer de l’avocat du président et le réquisitoire du procureur Jean-Claude Marin, l’accusation bute sur deux grosses faiblesses juridiques. Tout d’abord personne n’a démontré que Dominique de Villepin savait que les listings étaient faux, ce qui contraint même l’accusation à utiliser le conditionnel dans sa plaidoirie. Ensuite, ce procès a montré une inégalité de traitement flagrante entre un accusé et une partie civile protégée par son immunité et disposant d’une forte influence sur l’appareil judiciaire.
Qui plus est, le timing du procès s’est révélé désastreux pour Nicolas Sarkozy, puisqu’il a coïncidé avec une vague d’affaires qui a pu fortement remettre en cause la neutralité de jugement du président et de son gouvernement. Les affaires Roman Polanski, Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy ont laissé un goût amer, mêlant népotisme et protection des proches du pouvoir. Dès lors, le rapprochement avec l’affaire Clearstream permet de douter de l’honnêteté de l’Elysée.
Comme l’a déclaré Dominique de Villepin, ce procès est un procès politique dont le principal objectif est d’éliminer par tous les moyens un rival du président de la République. Mais le cynisme affiché par le pouvoir, qui utilise les arguments les plus invraisemblables pour se défendre dans les différentes affaires qui ont eu lieu pendant le procès, permet de largement relativiser ses accusations. Comment ne pas douter aujourd’hui des motifs réels de Nicolas Sarkozy.
En cela, il s’est bien comporté comme un enfant capricieux en cherchant à éliminer un rival. Mais plus grand monde ne croît aujourd’hui à l’impartialité du pouvoir. Dès lors, le résidant de l’Elysée pourrait bien finir par en être la victime politique ultime de Clearstream, en 2012…
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25.09.2009
Les indécences présidentielles du procès Clearstream
Cette première semaine du procès Clearstream a fait beaucoup de bruits : de déclarations fracassantes en procédures judiciaires, ce feuilleton politico-médiatique continue à occuper la une de l’actualité. Mais à travers le fracas, Dominique de Villepin apparaît comme le gagnant médiatique…
Les dérapages de l’Elysée
En effet, Nicolas Sarkozy et son équipe ont dérapé deux fois. Tout d’abord, Pierre Charon a déclaré sur RTL mardi matin être « quand même consterné de voir Dominique Galouzeau de Villepin "flangardé" de sa femme et de ses trois enfants insulter le président de la République et confondre le Club Méditerranée, dont il est un adepte, avec la 11e chambre correctionnelle. Il ne manquait plus que les palmes et la planche à voile » avant de comparer l’ancien Premier Ministre à un « chippendale ». N’était-il pas pourtant normal qu’il soit soutenu par sa famille ? Quant à l’allusion au Club Med…
Puis, c’est au tour de Nicolas Sarkozy mercredi soir de déraper en parlant de « coupables » alors que les prévenus sont présumés innocents tant qu’il n’y a pas eu de décision de la justice. Une telle déclaration est naturellement extrêmement choquante de la part du premier personnage de l’Etat, censé être garant de l’indépendance de la justice, et qui semble confondre sa volonté et son rôle public. Bref, l’Elysée a raté deux belles occasions de se taire, et se retrouve sur la défensive…
Villepin 1, Sarkozy 0
Bref, cette première semaine se termine sur un clair avantage pour Dominique de Villepin. Outre les aspects purement judiciaires (les déclarations d’Imad Lahoud le mettent dans une bonne posture selon Le Monde), la dynamique médiatique est en sa faveur. Sa déclaration de lundi « je suis ici par la volonté d’un homme, je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française. J’en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français » a marqué les esprits.
Car personne ne doute réellement de la personnalisation de ce procès. L’affaire Clearstream est bien l’histoire d’un duel politique qui finit devant la justice. Nicolas Sarkozy accrédite plus que jamais cette thèse par sa déclaration sur les « coupables ». Et Dominique de Villepin a raison d’assigner le président en référé pour « atteinte à la présomption d’innocence ». Cela montrera bien qu’il n’y a pas égalité entre les deux parties puisque Nicolas Sarkozy est protégé par son immunité.
L’acharnement du président pour essayer de tuer politiquement un rival apparaît de plus en plus clairement chaque jour. Mais ses maladresses l’ont poussé sur la défensive. Les conséquences seront d’autant plus grandes si le procès se conclut par un non lieu.
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05.09.2009
Clearstream est un procès politique
Après les attaques de Jean-Claude Marin au micro d’Europe 1 la semaine dernière, c’est au tour d’Imad Lahoud de charger l’ancien Premier Ministre dans le Journal Du Dimanche à la veille du procès. Une nouvelle illustration de l’aspect purement politique de l’affaire.
Lagardère charge Villepin
A l’origine déjà, le timing de l’affaire Clearstream était suspect. En effet, elle avait éclaté à peine quelques jours après la fin de l’épisode du CPE, comme un second et définitif coup de massue porté sur le seul rival crédible de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Les interventions consécutives de deux protagonistes majeurs de cette affaire, quelques semaines avant le début du procès, le tout sur des médias appartenant au groupe Lagardère, le groupe de celui qui se déclare être comme un « frère » pour le président, renforce la suspicion que l’on peut avoir sur toute cette affaire.
En effet, il est déjà extrêmement choquant que Jean-Claude Marin se soit exprimé publiquement sur l’affaire en mettant lourdement en cause Dominique de Villepin. Mais, pire, il le fait sur Europe 1, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, qui ressemble plus à un « pom pom boy » du président qu’à un véritable journaliste. Cette semaine, il a émaillé son interview de Martin Hirsch de « bravo » alors qu’il retrouvait son mordant face à Jean-Christophe Cambadélis… De même, les confessions d’Imad Lahoud se sont faites dans le JDD. Comment ne pas y voir l’influence de l’Elysée ?
Un procès de Moscou à Paris
Même le tribunal de Nanterre a jugé récemment qu’il y avait une asymétrie anormale dans ce procès entre l’accusé, Dominique de Villepin, et le plaignant, Nicolas Sarkozy, dans la mesure où le locataire de l’Elysée ne peut pas être inquiété par la justice, du fait de son immunité. Il faut rappeler ici que ce dernier est le premier président de la République qui mène une action judiciaire pendant l’exercice de ses fonctions, alors qu’il peut exercer une influence non négligeable sur le cours de la justice. Et avec le soutien de Lagardère, il est à la fois, juge, partie et commentateur…
Il est temps que cette farce, qui dure depuis plus de trois ans, se termine. Aujourd’hui, il semble de plus en plus clair que ce procès est avant tout un outil pour essayer de tuer politiquement un des rares hommes politiques capables de remettre en question le président. Le comportement de Jean-Claude Marin amène à se poser la question de l’indépendance d’une partie de la justice, qui semble de parti-pris. Mais outre la partialité apparente du pouvoir judiciaire, s’y ajoute un plan médiatique, lancé par un groupe proche du pouvoir, redoutablement orchestré pour décrédibiliser le Premier Ministre.
L’addition de tous ces points amène à s’interroger sur Clearstream. Qui manipule qui ? Qui a réellement bénéficié de toute cette affaire ? D’où viennent les fuites destinées à mouiller l’accusé ? On peut se demander si, un jour peut-être, les rôles ne seront pas inversés devant les tribunaux…
11:13 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, dominique de villepin, nicolas sarkozy, imad lahoud, journal du dimanche, jean-claude marin, europe 1, jean-pierre elkabbach
31.08.2009
Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !
La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…
Trois hommes et un soutien
L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.
Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.
L’Etat Sarkozy
Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.
Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.
Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.
Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...
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20.11.2008
Villepin, Tapie : elle est belle la justice de Nicolas Sarkozy !
Hier, la nouvelle est tombée : Dominique de Villepin est renvoyé en correctionnelle pour l’affaire Clearstream. Le même jour, Laurent Mauduit, du site Médiapart, publie « Sous le Tapie ». Un résumé saisissant de ce à quoi est réduite la justice sous Nicolas Sarkozy.
Au bout de deux ans et demi d’instruction, les juges ont finalement décidé d’envoyer l’ancien Premier Ministre en correctionnelle. Cette affaire est pourtant complètement ridicule. On accuse Dominique de Villepin de tentative de dénonciation calomnieuse. Pourtant, le simple énoncé des faits suffit pour comprendre que cela est plus que douteux. Pourquoi l’ancien Premier ministre aurait-il transmis des papiers s’il les avait su faux ? Il est évident que cela se serait retourné contre lui. Dominique de Villepin ne savait pas et a simplement cherché à vérifier leur véracité, ce qui est tout de même normal de la part d’un ministre de l’intérieur ! S’il avait déclenché un procès ou une instruction, on lui aurait sans doute reproché d’avoir utilisé des documents dont il n’avait pas vérifié la véracité. Et s’il n’avait rien fait, il aurait été accusé de couvrir une affaire. Bref, il est coupable à tous les coups ! C’est un peu trop facile.
Tout dans cette affaire semble indiquer qu’elle est surtout politique et que le principal bénéficiaire, Nicolas Sarkozy n’est peut-être pas pour rien derrière ses circonvolutions dont le timing est plus que suspect. En effet, l’affaire Clearstream a éclaté quelques jours après la fin du CPE, achevant d’affaiblir un Premier Ministre qui était devenu un sérieux rival du président de l’UMP. Aujourd’hui, on peut contester le mélange des genres d’un président de la République partie civile et capable d’influer sur le cours de la justice, cas unique dans l’histoire de la Cinquième République où les précédents présidents s’abstenaient de toute poursuite. Pire, l’allongement de la procédure semble un peu trop commode : avec un procès en 2010 et les possibles recours, on peut imaginer que cette affaire neutralise Dominique de Villepin jusqu’en 2012, protégeant Nicolas Sarkozy d’un de ses seuls rivaux crédibles…
Dans le même temps, Laurent Mauduit publie un livre particulièrement intéressant sur l’affaire Tapie, ce qui est sans doute une des affaires d’Etat les plus graves des dernières années. Pour mémoire, début 1993, le Crédit Lyonnais vend Adidas pour le compte du ministre de la ville, un mois avant des législatives perdues d’avance (…),pour le prix fixé pour son mandat, supérieur de 25% au prix d’achat alors que l’entreprise a perdu 500 millions de francs en 1992. En réalité, c’est l’entreprise publique qui rachète le gros des actions… Robert-Louis Dreyfus prend la tête de l’entreprise et entame un spectaculaire redressement qui fera exploser sa valeur (qui fera plus que doubler en moins de deux ans). Furieux de voir sa banque profiter de son rachat d’Adidas, Bernard Tapie entame une procédure judiciaire pour récupérer une partie des bénéfices réalisés par le Crédit Lyonnais, comme si le vendeur d’une maison cherchait à récupérer une partie du bénéfice fait par son acheteur qui aurait vendu deux ans après !
Malgré l’absurdité complète de la demande, la procédure judiciaire s’enclenche et la bataille judiciaire commence. Elle n’est guère favorable à l’ancien ministre de François Mitterrand puisque la cour d’appel condamne le CDR à payer 135 millions d’euros et un euro de préjudice moral en 2005. Puis, Bernard Tapie décide de soutenir Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. Après l’élection, Laurent Mauduit rapporte une dizaine de visite de l’ancien ministre à l’Elysée. Comme par hasard, l’Etat accepte alors une procédure arbitrale dont le verdict est beaucoup plus favorable à Bernard Tapie, qui obtient le jackpot, soit 240 millions d’euros (plus les intérêts légaux) et 45 millions au titre de préjudice moral, soit un total de près de 400 millions d’euros d’argent public, qui devrait lui laisser environ 100 millions selon Laurent Mauduit. Toujours selon le journaliste, il faut noter que Patrick Dils, condamné à tort à passer 15 ans en prison, avait touché 1 million d’euros de préjudice moral pour cette terrible erreur judiciaire.
D’un côté un ancien Premier Ministre traîné dans la boue alors qu’il n’a rien fait de répréhensible. De l’autre, ce qui est peut-être une des plus graves Affaires d’Etat de la Cinquième République : pourtant, rares sont les voix qui dénoncent cette triste dérive de la présidence Sarkozy.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/19/affaire-clearstream-dominique-de-villepin-renvoye-en-correctionnelle_1120280_823448.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Adidas
« Sous le Tapie », Laurent Mauduit, Stock, (voir article dans le Marianne de la semaine)
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, nicolas sarkozy, bernard tapie, clearstream, adidas



