22.09.2010

Une autre Europe : pourquoi ?

Un débat s’est engagé au sein de la blogosphère alternative et républicaine sur la manière dont la France peut reprendre son destin en mains, notamment vis-à-vis de l’Europe. Malakine et Yann ont trouvé les dernières propositions de Jacques Sapir un peu timides. Voici ma contribution.

J’avais initialement prévu de traiter du comment réformer l’Europe, mais, au final, j’ai trouvé difficile de parler du moyen de changer l’Europe sans expliquer ma vision et donc in fine de mon analyse des carences de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, mais aussi de son utilité. C’est pour cela que je vais traiter le sujet en plusieurs articles qui seront donc publiés sur quelques jours.

Une Europe anti-démocratique

Le premier problème posé par l’Europe est une tendance peu démocratique, récemment illustrée par le refus de prendre en compte le vote de la France et des Pays-Bas sur le TCE : à quoi servait-il de faire voter les peuples si c’était pour ignorer leur vote par la suite ? Pire, cette tendance se retrouve dans la construction institutionnelle de l’Union Européenne qui donne de très larges pouvoirs à des organisations technocratiques très indépendantes : la Commission et la BCE.

Globalement, transpire de cette construction européenne le sentiment que les élites savent bien ce qu’il faut faire et que le peuple est trop bête pour comprendre ces questions et qu’au final, il n’est pas mauvais d’isoler de plus en plus de décisions des bas instincts populaires. C’est ainsi qu’une même majorité domine le parlement européen depuis 1979, unissant sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens dans une organisation que l’on pourrait qualifier au mieux de post démocratique.

Une Europe fédéraliste

En outre, l’embryon d’état européen ne cesse de vouloir dépecer l’autorité et les pouvoirs des Etats-nations, les seuls encore à même de remettre en question la montée en puissance de cet échelon européen supranational, comme l’illustrent les velléités de mise sous tutelle des budgets. Parallèlement, l’Europe semble intéressée par l’émancipation des régions. Il faut dire que ce ne sont pas les régions qui pourraient demain remettre en cause les autorités européennes…

Plus globalement, si le débat entre construction confédérale ou fédérale n’a pas été clairement tranché, la construction de l’Europe incorpore de plus en plus d’éléments fédéralistes. Et cela limite de plus en plus la capacité d’action des Etats, qui apparaissent de plus en plus impuissants, renforçant alors la tentation fédéraliste… Il est parfaitement anormal qu’un débat clair n’ait pas été mené sur cette question pourtant fondamentale et que seuls les peuples sont aptes à trancher.

Une Europe néolibérale

Enfin, tout ce petit monde se rejoint la plupart du temps pour promouvoir un agenda volontiers néolibéral qui a abouti à une déréglementation générale (commerce, monnaie, services publics…) depuis vingt cinq ans. D’ailleurs, pour bien éviter que les peuples ne puissent pas remettre en cause les politiques ainsi décidées, les traités sont truffés d’un agenda politique à sens unique, évitant toute remise en question trop profonde, alors que ces traités devraient se limiter à des questions institutionnelles.

Même si les résultats économiques de l’Europe étaient excellents, la voie que nous prenons depuis vingt cinq ans n’est pas acceptable. Les Etats ne devraient pas se voir imposer de libéraliser certains services publics, au mépris du choix des peuples lors des élections nationales. Et le pire est que cet agenda a provoqué des résultats désastreux puisque l’Europe est en panne de croissance depuis dix ans, qu’un chômage de masse subsiste en partie du fait d’une désindustrialisation accélérée.

Le bilan de l’Europe de l’Acte Unique au traité de Lisbonne est catastrophique : anti-démocratique, fédéraliste, et dogmatiquement néolibérale. Mais est-ce à dire qu’il faut oublier toute idée d’Europe. Est-ce l’idée d’Europe qui est viciée ou seulement son exécution actuelle ?