15.09.2010

Réforme de la finance : un tout petit pas dans la bonne direction

Lentement, mais sûrement, une (petite) réforme de la finance se met en place. D’une part, les banques critiquent le projet de réglementation Bâle 3, trop rigoureux à leurs yeux. De l’autre, des économistes critiquent le manque d’ambition de la réforme. Qu’en est-il ?

Ce que change Bâle 3

Comme le raconte Le Figaro, les banquiers râlent à propos des normes Bâle 3 élaborées par les banquiers centraux. En un sens, c’est un bon signe car cela signifie que la réglementation fait un peu mal et qu’elle n’est donc pas totalement vaine… Michel Pébereau est vent debout contre les nouvelles règles annonçant qu’elles vont imposer aux banques Françaises de lever 150 milliards d’euros de capitaux supplémentaires, ce qui devrait carrément « anéantir la croissance ». La fédération des banques Allemandes estiment le besoin de capitaux supplémentaires outre-Rhin à 105 milliards.

Les principes de Bâle 3 semblent intéressants. Au lieu des 2% de Core Tier 1 sur le bilan (la partie des capitaux propres la plus solide), les banques se verraient imposer un ratio de 4.5% plus 2.5% de matelas de protection, soit un total de 7%. A première vue, les banquiers semblent vraiment tirer les leçons de la crise en relevant plus que significativement les fonds propres réglementaires des banques. Ceci devrait  stabiliser la sphère financière et limiter les risques de faillite en cas de crise grave. Même s’il faut saluer ce geste, les commentaires positifs doivent être modérés.

Un petit pas

En effet, se pose toujours la question du niveau global de fonds propres demandés. Les normes de Bâle 2 imposaient un Core Tier 2 (l’ensemble des capitaux propres, incluant d’autres choses que le capital social et les bénéfices conservés) de 8%. Si on peut saluer l’amélioration de la qualité des fonds propres qu’impose le relèvement du Core Tier 1, il faudrait également un relèvement du Core Tier 2 pour assurer la stabilité du système. L’Expansion souligne que les exigences globales sont inférieures à ce que demandent aujourd’hui les marchés, ce qui relativise le discours de Michel Pébereau…

Certains évoquaient des ratios de 15 à 20%... En outre, les normes ne seraient pleinement applicables que dans presque dix ans, ce qui laisse le temps à une nouvelle crise financière d’éclater. De plus, le niveau actuel de profitabilité leur permettra de simplement thésauriser une partie de leurs profits pour atteindre ces résultats (n’oublions pas que BNP Paribas a fait 4 milliards de profit sur le premier semestre…). Et comme le racontent deux députés d’Europe écologie sur leur blog, la France ne défend même pas la réglementation des paradis fiscaux à Bruxelles

Bref, si le relèvement du Core Tier 1 est une bonne mesure, c’est une goutte d’eau par rapport à ce dont nous aurions besoin, comme le soulignent des économistes aux propositions parfois intéressantes mais qui ne comprennent pas que l’Europe n’est pas le moyen d’obtenir davantage de réglementation…