17.03.2011

Indépendance nationale, service public et énergie

La catastrophe nucléaire au Japon a logiquement poussé quelques hommes politiques à surfer sur la vague de l’horreur et demander un arrêt (bien impossible à court terme) des centrales ou un référendum. Pourtant, d’autres réflexions peuvent être engagées.

L’énergie est un service public

N’en déplaisent aux cabris de Bruxelles, la première conclusion que l’on peut tirer est que l’énergie est un service public, qui ne saurait encore moins être privatisé quand il s’agit de centrales nucléaires, comme le soulignent Jack Dion sur Marianne 2 et Nicolas Dupont-Aignan. Il est tout de même inquiétant d’apprendre dans l’Usine Nouvelle qu’il y a aujourd’hui des problèmes de maintenance des centrales nucléaires avec les prestataires privés employés par EDF.

L’expérience Japonaise montre qu’il est dangereux de privatiser EDF et de libéraliser le marché de l’énergie. En effet, le principal objectif d’une entreprise privée et cotée est logiquement le profit. Ne vaudrait-il pas mieux qu’EDF consacre une part de ses profits ou de ses investissements à l’étranger pour reprendre en main directement la sécurité de nos centrales ? L’objectif d’EDF ne doit pas être le profit mais la sécurité et le service public. Point barre.

En outre, les partisans de cette libéralisation (soutenue par le PS, l’UMP, les Verts ou le Modem), nous avaient vendu une plus grande efficacité, des prix plus bas. Le voile est tombé comme le montre bien Hervé Nathan : cette libéralisation ne sert nullement l’intérêt général puisqu’elle se traduit par une hausse du prix de l’énergie. En revanche, elle profite bien aux actionnaires comme le montrent les bénéfices de 4,6 milliards d’euros de GDF-Suez en 2010.

L’indépendance énergétique et la sécurité comme objectifs prioritaires

Mais par delà la nécessité de revenir à un service public de l’énergie, la question fondamentale des sources d’énergie se pose pour l’avenir. Aujourd’hui, nous dépendons essentiellement des hydrocarbures et du nucléaire, pour 80% de notre électricité. Cela pose de nombreux problèmes, de dépendance (le pétrole, le gaz et l’uranium sont importés), d’environnement (les rejets de CO², les déchets radioactifs) et de sécurité (même si notre filière semble nettement plus sûre).

A ce sujet, je vous conseille le papier de Marc Cohen, « Mensonges d’Etat contre foutaises écolos ». Bien sûr, la filière pose de vrais problèmes, mais non seulement nous n’avons pas encore d’alternatives solides (même si cela serait souhaitable) et plus encore, la situation du Japon n’a rien à voir avec celle de notre pays puisque nous ne risquons pas un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami de 17 mètres de haut. En outre, notre EPR améliore à la fois la sécurité et les déchets…

La situation est modifiée par des découvertes massives de pétrole bitumeux dans le Bassin Parisien et de gaz de schistes, plutôt dans le midi. Ces découvertes permettraient de garantir notre indépendance énergétique pour des décennies. Malheureusement, les techniques d’exploitation semblent provoquer de véritables catastrophes écologiques (outre les émissions de CO²) et Corinne Lepage vient de saisir le Conseil d’Etat sur l’attribution des droits d’exploitation de ces gaz.

Bref, si le nucléaire et les hydrocarbures resteront pour quelques années nos principales sources d’énergie, il convient de préparer d’accélérer la transition vers des énergies plus propres, sûres, nationales et pas trop chères pour ne plus dépendre de ces pétromonarchies : géothermie, biocarburants, comme le rapporte Yann. Mais surtout, il conviendra de ne pas céder aux sirènes de Bruxelles pour lesquelles le secteur doit être libéralisé. Le rôle de l’Etat doit rester primordial.

Oui, la catastrophe nucléaire du Japon pose de vrais problèmes, et c’est aussi le cas de la rareté et de la pollution des hydrocarbures. Pour le coup, un Grenelle de l’énergie serait le bienvenu pour que la France montre qu’elle a des idées pour assurer ses sources d’énergie à l’avenir.

20.06.2009

Pour l’interdiction du port de la burqa en public

C’est la polémique du moment : un groupe de députés a demandé une commission d’enquête sur le port de la burqa en France. L’objectif : aller encore plus loin que l’interdiction du port du voile dans les écoles et interdire le port de la burqa dans l’ensemble des lieux publics.

Un débat qui rebondit

Barack Obama, qui avait récemment appelé les pays européens à laisser davantage de liberté dans l’expression des choix religieux, est servi ! Notre pays, tout à sa tradition laïque et interventionniste, semble parti pour restreindre le port de la burqa sur notre territoire. Après le débat sur le port du voile, qui s’était terminé par une interdiction, nous pourrions aller encore plus loin.

Hier soir, sur Canal Plus, dans le Grand Journal, Joseph Macé-Scaron, de Marianne, rappelait que le port de la burqa n’est absolument pas un héritage religieux puisqu’il date seulement de quelques décennies. En cela, il n’est qu’une coutume récente. Et cette coutume pose des problèmes qui vont bien au-delà des questions religieuses pour toucher les droits de l’homme et de la femme.

Une prison mobile

C’est Corinne Lepage qui a utilisé le terme hier, à raison. La burqa est l’outil d’une discrimination flagrante des femmes. Bien sûr, certaines femmes peuvent choisir d’en porter. Mais combien le font par pression, sans réellement le vouloir ? Ne peut-on pas imaginer que beaucoup de femmes qui la portent n’ont pas vraiment envie de la porter ?

Bien sûr, les libéraux libertaires, comme mon collègue H16 de Kiwi, dans un papier bien écrit et habile, peuvent défendre le port de la burqa en ridiculisant l’intervention de l’Etat dans le choix de l’habillement des citoyens. Mais le port de la burqa va beaucoup plus que cela. La burqa est un symbole et un outil de la discrimination des femmes, un vêtement qui signifie leur infériorité et les coupe de la société.

Pour l’interdiction

En cela, il est parfaitement légitime qu’elle soit interdite dans la sphère publique. La burqa est une insulte à la devise de la République. Une insulte à la liberté car beaucoup de femmes qui la portent ne la porte pas librement. Une insulte à l’égalité entre les femmes et les hommes. Une insulte à la fraternité tant elle constitue une prison sociale pour celles qui la portent, les éloignant des autres.

Il est donc parfaitement légitime que l’Etat intervienne et interdise le port d’un tel vêtement en public (en privé, cela est une autre affaire) pour bien signifier que les pratiques discriminatoires non seulement ne sont pas reconnues mais sont même combattues, contrairement à ce que les communautaristes anglo-saxons cherchent à mettre en place.

Pour cela, j’espère que cette commission d’enquête parlementaire aboutira sur une proposition de loi qui interdira purement et strictement le port de la burqa en public. Cela montrera que la devise de la République reste encore vivace dans les esprits.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/06/19/fadela...

http://h16.free.fr/index.php?2009/06/18/594-brops-burqa-e...