12.07.2010

L’Espagne, ou la revanche de l’Europe du Sud

La très belle victoire des artistes espagnols face à des bûcherons bataves parfois violents est juste et méritée pour cette belle équipe. C’est également une bonne nouvelle pour une Europe qui dévalorise trop systématiquement les tristement nommés PIGS.

Une victoire pour l’Espagne

Ce très beau résultat de l’Espagne vient à point nommé pour ce pays, douloureusement frappé par une crise dont il n’est que partiellement responsable. En effet, la bulle immobilière des années 2000 est pour une large part la conséquence de l’adoption de l’euro, qui a abouti à une politique monétaire unique sur une zone géographique trop disparate. Les taux étaient trop élevés pour l’Allemagne et la France, mais pas assez en Espagne, où le coût de l’argent était trop faible.

Résultat, une énorme bulle financière et immobilière s’est formée, et son explosion a porté le niveau de chômage à 20%. Certes, le gouvernement aurait sans doute pu agir pour réduire cette bulle, en rendant plus sévère les règles pour acheter un logement, mais en revanche, le budget a été géré de manière rigoureuse, accumulant les excédents pendant plusieurs années. Les comparaisons entre la Grèce et l’Espagne sont hasardeuses : le second avait la dette la plus faible de la zone euro.

Certes, aujourd’hui, le pays a adopté la même cure d’austérité que la plupart des pays européens et il demeure fragile face à la spéculation des marchés sur sa dette souveraine. Mais cette belle performance sportive pourrait bien apporter un peu de croissance au pays en ses temps difficiles. En attirant l’attention du monde sur l’Espagne et en engendrant un regain d’optimisme dans le pays, la Coupe du Monde pourrait être un vrai plus pour l’économie.

Une victoire de l’Espagne

Autre élément très positif, dans un contexte où les régions autonomes cherchent de plus en plus à affaiblir Madrid, certains évoquant même l’indépendance prochaine de la Catalogne, cette victoire de l’unité espagnole pourrait renforcer le sentiment national. Cela est crucial alors que les majorités dépendent souvent des petits partis régionalistes qui en profitent pour négocier toujours plus d’autonomie face à un Etat central de plus en plus affaibli.

Il faut dire que l’Europe voit en général d’un bon œil cet affaiblissement des Etats-nations et la montée en puissance des régions, alliées objectives d’une marche vers le fédéralisme où les Etats-nations seraient réduits au rôle de fossile de l’organisation démocratique européenne. En cela, la réaffirmation de l’identité nationale dans un des pays où les régionalismes ont réussi plus qu’ailleurs à pousser leur agenda autonomiste est particulièrement bienvenue.

Enfin, dans cette Europe où le modèle absolu est une Allemagne où le pouvoir d’achat stagne au mieux, et la croissance est anémique (0.8% sur la décennie 2000), et où les pays du Sud ont presque toujours été moqués (les pays du « Club Med » dans les années 1990, puis les PIGS : Portugal, Italy, Greece, Spain), il n’est pas un mal que l’Espagne soit venue à bout des pays qu’on nous présente comme des exemples, l’Allemagne et les Pays Bas.

Bien sûr, il ne s’agit que de football. Néanmoins, cette performance de l’Espagne, après sa victoire en coupe d’Europe des nations en 2008 peut contribuer à cimenter l’unité du pays et montre également que les meilleurs peuvent également se trouver au Sud.

19.11.2009

La pire des qualifications

Hier soir, la France s’est qualifiée pour la coupe du monde 2010 en faisant match nul un partout face à l’Irlande au stade de France. Une occasion de faire la fête gâchée par la manière, qui n’aurait pas pu être plus mauvaise.

Un collectif à la peine

C’est tout le paradoxe de cette équipe de France depuis 2002, à l’exception de quelques matchs, notamment lors de la coupe du monde 2006 : malgré un des, sinon le meilleur potentiel individuel, l’équipe de France ne parvient pas à le traduire dans son collectif. En effet, sur le papier, l’équipe d’hier soir était imbattable, chez elle, après avoir gagné un à zéro en Irlande et avec de telles individualités qu’il n’y avait de place pour un attaquant du Real de Madrid que sur le banc des remplaçants…

Pourtant, l’équipe a été dominée par une équipe Irlandaise qui a pu compter sur un meilleur collectif et son « fighting spirit » légendaire. La France n’est vraiment pas passée loin d’une élimination en seconde mi-temps, quand, par trois fois, les Irlandais ne sont pas passés loin d’aggraver le score, ce qui aurait rendu la qualification quasiment impossible puisqu’il nous aurait fallu marquer deux buts. Heureusement, le gardien Hugo Lloris a été une nouvelle fois exceptionnel.

Un mauvais exemple

Finalement, l’équipe de France a fini par se qualifier, mais de la plus mauvaise manière possible, avec la main de Thierry Henry dans la surface de réparation. Le but qui nous envoie à la coupe du monde n’était pas valide. Le capitaine de l’équipe de France a reconnu sa faute, mais soutient que « pas vu, pas pris ». Triste exemple, sans doute encore pire que celui de Zinedine Zidane en 2006. La morale de l’attaquant de Barcelone est que l’on peut tricher, du moment que l’on ne se fait pas attraper.

Encore une fois, le football donne un mauvais exemple. Outre les trop fréquents débordements violents, comme lors de la défaite de l’équipe d’Algérie, le football donne la tricherie comme moyen de gagner, pour marquer un but ou obtenir une faute imaginaire. Pourtant, une solution simple, la vidéo, permettrait d’éliminer cela, surtout s’il y avait de véritables sanctions contre les responsables. On aurait aimé que Thierry Henry évoque cette nécessité…

Le football est le sport le plus populaire. Mais parce qu’il est le plus populaire, il doit veiller à garder une certaine exemplarité vis-à-vis de la collectivité. C’est pour cela qu’il est urgent de penser à une réforme de l’arbitrage pour éliminer des actes qui n’en font pas toujours un très beau sport aujourd’hui.