16.09.2011

L’Europe au service de Monsanto

C’est un feuilleton les plus incroyables mais aussi l’un des plus significatifs de la construction européenne : la tentative de Monsanto d’imposer la commercialisation de ses produits à des Etats qui ne le souhaitent pas, avec l’appui des institutions européennes. Nouvel épisode.

Une méfiance légitime

Aujourd’hui, les autorités publiques en Europe suivent globalement leur population dans leur réticence à l’égard des OGM. Même s’il est vrai que les problématiques actuelles de manque de nourriture pour la planète imposent de ne pas se fermer à un progrès scientifique qui a permis au monde de considérablement augmenter sa production agricole, la prudence des gouvernements européens est parfaitement compréhensible sur ce sujet.

En effet, les Organismes Génétiquement Modifiés posent un double problème. Le premier est leur innocuité. Leurs partisans ont tendance à inverser la demande de la preuve en soulignant que leur dangerosité n’a pas été prouvée. Cependant, pour ce qui est de la sûreté alimentaire, il n’est pas difficile de comprendre que c’est bien la preuve de l’innocuité qui doit être apportée, naturellement après une assez longue période pour éviter d’affronter de fâcheuses conséquences à l’avenir.

Les Organismes Génétiquement Modifiées ne sont pas comme les croisements d’espèces existantes, sûres, mais des produits nouveaux qui exigent une certification beaucoup plus prudente, d’autant plus que les phénomènes de pollinisation ont tendance à faire proliférer ces nouvelles espèces avec des conséquences que nous maîtrisons mal. En outre, il ne faut pas oublier que ces OGM sont en général des vaches à lait financières pour les groupes qui les produisent.

Une Europe profondément antidémocratique

En effet, Monsanto a vu son chiffre d’affaire et ses bénéfices exploser avec le lancement de ces produits. En ne permettant pas aux agriculteurs d’utiliser une partie de la récolte pour planter l’année suivante, il s’agit d’un immense jackpot financier. Du coup, il est bien évident que la perspective de profits colossaux amène à porter un regard très critique sur les promesses du groupe étasunien… Leur parole ne peut pas être prise pour argent comptant, tant leur semence en rapporte, de l’argent.

Dans ce contexte, il est assez incroyable que les institutions européennes fassent autant d’effort pour essayer d’imposer la commercialisation des semences Monsanto aux pays européens qui ne le souhaitent pas. Elles utilisent toutes les ficelles les moins démocratiques des traités européens pour le faire. C’est ainsi que la Commission a récemment tenté de faire passer un texte qui n’a du son rejet qu’au fait que plus des deux tiers des voix s’y sont opposées.

En  clair, si seulement 65% des voix l’avaient fait, Monsanto aurait gagné. Mais cet échec n’a pas refroidi l’entreprise qui essaie désormais de passer par la Cour de Justice Européenne pour imposer la commercialisation de ses produits aux Etats réticents. Le dernier rebondissement de cette affaire pourrait par conséquent remettre en cause le moratoire français, qui a pourtant été le fruit d’une décision démocratique, soutenue par la majorité.

Ah, elle est belle cette Europe ! Comment croire les fédéralistes qui nous promettent plus de démocratie quand on constate ce que ce dédale bureaucratique et antidémocratique fait : l’Europe pourrait bien imposer par la force la commercialisation des produits Monsanto contre la volonté de 80% des Etats.

06.04.2011

OGM : l’Union Européenne au service de Monsanto

L’affaire de la commercialisation du maïs Monsanto vient de connaître un nouveau rebondissement : après l’échec de la tentative de la Commission Européenne pour interdire son interdiction, la multinationale reprend son combat avec l’aide de la Cour de Justice Européenne.

L’UE contre les Etats et les peuples

Il y a un très large consensus dans les pays européens et au sein des gouvernements pour ne pas autoriser la culture des OGM. Si on peut comprendre les regrets des scientifiques, le principe de précaution est tout de même recevable. Il y a suffisamment de littérature soulignant les dangers à long terme de certaines innovations scientifiques pour n’autoriser que très progressivement l’utilisation de ces nouvelles technologies, après des tests sérieux.

Mais malgré l’opposition des peuples et des gouvernements, cette europe cherche absolument à faire valoir les intérêts de Monsanto. Après un feuilleton incroyable, la Commission Européenne avait trouvé le moyen d’interdire aux Etats d’interdire la culture d’un certain nombre de plantes OGM. Mais les Etats avaient bloqué la manœuvre en réunissant 75% des voix  contre le projet de Bruxelles (il faut noter qu’en-deçà de deux tiers, le projet de la Commission passait !).

Mais cet échec n’a pas découragé Monsanto, qui tente une nouvelle manœuvre par le biais de la Cour Européenne de Justice. Son avocat général a tranché dans le sens de Monsanto, jugeant illégale l’interdiction faite par la France de la culture du maïs Monsanto. Il aurait fallu demander à la Commission, dont on connaît bien les penchants pour les produits transgéniques, ou même pour les farines animales, qu’elle essaie d’autoriser de nouveau.

Une Europe anti-démocratique et soumise aux intérêts particuliers

Il y a énormément d’aspects choquants dans ce mauvais feuilleton. Tout d’abord, cette Europe cherche à imposer la culture de produits que ni les peuples ni les gouvernements ne souhaitent. Après d’innombrables affrontements où la Commission a été mise en large minorité, il est vraiment révoltant que cette autorisation revienne par la fenêtre de la Cour Européenne de Justice. Il y a un manque de respect très préoccupant pour les avis exprimés démocratiquement par les Etats.

Mais ce n’est pas tout. Comme pour les farines animales, il est difficile de ne pas y voir des affaires de gros sous. Monsanto va bien, très bien. De 2003 à 2009, son chiffre d’affaire est passé de 5 à 12 milliards de dollars, et ses profits ont été multipliés par 20, à 2 milliards. Bref, Monsanto a beaucoup d’argent pour essayer de peser sur les décisions de cette europe, qui semble particulièrement ouverte à l’influence financière des lobbys et autres intérêts privés.

Pire, il est question de conflits d’intérêts entre les autorités européennes chargées des avis scientifiques sur les OGM. En clair, certains des décisionnaires européens travaillent directement pour les industriels, ce qui permet de questionner leur indépendance et leur perméabilité à l’avis de ces mêmes grands industriels, gouvernés par la seule logique du profit maximal et non de la sécurité maximale. D’ailleurs, c’était l’Europe qui avait imposé à la France la commercialisation du Red Bull…

Cette affaire de la commercialisation des semences transgéniques de Monsanto éclaire d’une lumière très inquiétante ce projet européen, antidémocratique et qui semble à la botte des intérêts des puissants au mépris de l’avis des peuples et des gouvernements.

03.03.2011

Assurances : quand l’europe abolit la réalité

J’ai d’abord cru à un poisson d’avril un peu en avance. Puis, j’ai vu la sinistre Viviane Reding expliquer sérieusement à la télévision qu’une décision de la « cour de justice » européenne va abolir toute discrimination entre les hommes et les femmes dans les contrats d’assurance.

Ubu règne dans le machin européen

La lutte contre les discriminations n’est pas injuste par principe. Mais, là, il faut dire que les juges européens n’ont vraiment pas peur du ridicule. Les compagnies d’assurance différenciaient en effet les primes d’assurance automobiles en fonction du sexe des assurés du fait que les hommes ont nettement plus d’accidents que les femmes. La décision de la « cour de justice » européenne va donc aboutir à un relèvement important des primes pour les femmes.

Parallèlement, les primes de santé et de retraites seront également affectées. En effet, il y avait une différenciation assez logique du fait que les hommes vivent sensiblement moins longtemps que les femmes, ce qui impliquait des coûts non égaux. Mais, non, de même que cette europe a décidé que la Turquie est en Europe, au mépris de la géographie, dans sa folie bureaucratique et normative, elle a décidé d’abolir une partie de la réalité pour les assureurs.

Délires eurocrates

Tant qu’à lutter contre la discrimination entre les hommes et les femmes, cette europe pourrait également imposer l’égalité dans le port des chaussures à talon : après tout, pourquoi les femmes seraient-elles les seules à se voir imposer ce supplice ? Les mardi, jeudi et samedi seraient réservés aux chaussures à talon, pour tous, les lundi, mercredi et vendredi aux chaussures plates, pour tous. Dans leur grande bonté, les eurocrates pourraient laisser les citoyens libres le dimanche.

De même, Viviane Reding pourrait également demander une directive imposant la suppression des pissotières, qui ne peuvent être utilisées que par les hommes, nouvelle discrimination scandaleuse contre les femmes. Enfin, il est inacceptable que la nature ait fait que les femmes soient plus petites que les hommes. Il convient donc de donner des hormones de croissances aux petites filles pour permettre aux femmes de ne plus être prises de haut par les hommes.

Le machin européen encore à côté de la plaque

Le continent vient tout juste de traverser sa pire crise économique depuis quatre-vingt ans. Le chômage est au plus haut. Des pays sont littéralement saignés pour honorer des créanciers dont la plupart ont pourtant été sauvés par les Etats qu’ils rançonnent aujourd’hui. Et cette europe qui n’a absolument rien fait pour éviter une nouvelle crise financière ou aider les peuples (mais qui n’oublie pas les banques) vient demander aux assureurs de fermer les yeux sur la réalité !

Il y a vraiment quelque chose de monstrueux avec cette europe. Dogmatiquement néolibérale pour certaines questions (liberté de mouvement pour les capitaux, les biens ou les personnes, de manière à désarmer les Etats-nations), elle semble parfois s’inspirer de l’URSS par certains penchants bureaucrates et uniformisateurs comme ici. En outre, de quoi se mêle cette « cour de justice » pour aller interdire aux assureurs de prendre en compte la réalité pour calculer leurs primes !

Merci donc à cette europe, jour après jour, de montrer son vrai visage par l’absurdité de ces décisions. Tous les jours nous nous rapprochons du moment où les peuples finiront par refuser les délires de ces commissaires et de ces juges. 

26.11.2010

De l’indécence européenne

Nous avons sans doute atteint une forme de moment de vérité. La crise économique actuelle révèle tous les travers de cette construction européenne dans sa bulle dorée, qui casse l’économie réelle, appauvrit les peuples qui la composent et ne sert que ses intérêts et ceux des puissants.

Deux poids, deux mesures

Il y a quelque chose de kafkaïen à apprendre que la Cour de Justice européenne vient de donner raison aux fonctionnaires européens pour imposer une augmentation de leur traitement de 3.7% l’an prochain. Parallèlement, la Commission Européenne se bat avec les Etats pour obtenir une augmentation de son budget de près de 6% alors que les Etats membres veulent la plafonner à 2.9%. Si c’est la crise pour les Etats qui doivent tailler dans leur budget, ça ne l’est pas pour cette Europe !

Quelle indécence révoltante de constater que les mêmes fonctionnaires (déjà très bien payés) qui imposent aux Etats un cocktail amer de baisses de salaires et de hausses d’impôts peuvent employer de tels moyens pour augmenter encore leur traitement alors que tout le continent se sert la ceinture. En signe de solidarité, ils devraient avoir la décence de faire un geste de solidarité vis-à-vis de tous ces peuples qu’ils font souffrir. Mais non, les efforts ne valent que pour les autres et surtout pas pour eux.

Une Europe coupée des réalités

Il est proprement hallucinant que les oligarques européens ne saisissent pas l’indécence d’un tel comportement. Comment ne comprennent-ils pas qu’ils sont en train de couper la branche sur laquelle ils sont assis ? Car il est évident que les peuples vont finir par se révolter contre une construction européenne aussi cynique. Cette Union Européenne est en train de tuer l’idée même d’Europe en exigeant des autres des efforts qu’elle refuse de faire de son côté.

En tout cas, cela nous donne une belle leçon sur les dangers d’une construction supranationale. Non seulement, elle est inefficace économiquement car une seule politique ne peut pas convenir à des réalités différentes, mais en outre, elle entraîne une coupure de la réalité gigantesque de ses élites. Aucun dirigeant national n’aurait l’indécence de faire de telles demandes aujourd’hui. Bref, il faut définitivement se méfier de ces constructions de l’esprit trop déconnectées de la réalité.

Comment des peuples qui subissent baisses des salaires et des prestations sociales parallèlement à des hausses d’impôts pourraient longtemps supporter le cynisme d’une Europe qui demande plus d’argent et protège les multinationales ? Rendez-vous en janvier en Irlande pour une première réponse.

09.04.2010

Merci NDA pour votre opposition à la libéralisation des jeux en ligne !

C’est encore une demande de l’Union Européenne que le gouvernement se contente de sagement suivre : les jeux en ligne vont être libéralisés en France, pour le plus grand profit de quelques uns et au plus grand détriment de la collectivité. Un nouveau ravage du dogmatisme néolibéral.

Une activité qui n’est pas anodine

J’avais déjà fait un papier il y a un an sur le sujet, quand la libéralisation des jeux en ligne n’était alors qu’un projet du gouvernement. Il est malheureusement encore totalement d’actualité. Le premier point est que les jeux d’argent ne sont pas une activité comme les autres. Tout d’abord, c’est une activité où il y a une garantie de perte pour la communauté des consommateurs, au profit de celui qui organise les jeux. Mais surtout cette activité n’est pas anodine et peut devenir addictive au point de littéralement ruiner les personnes qui s’y adonnent sans restreinte.

Le système Français, qui accordait un monopole à une entreprise publique est grandement préférable pour une triple raison. Tout d’abord, il permet à la collectivité de récupérer les bénéfices de cette activité. Ensuite, il permet à l’Etat de contrôler les dérives des jeux et de limiter leur développement anarchique. C’est particulièrement important dans le cadre d’Internet, où la dématérialisation risque d’en démultiplier tous les effets pervers.  Enfin, le contrôle de l’Etat permet d’éviter tout lien avec l’argent sale, contrairement à ce qui peut se passer dans un système trop libre.

Des objections ridicules

Bien sûr, les partisans de la libéralisation ont recours aux arguments les plus simplistes pour défendre leur position. Internet n’a pas de frontières et il serait illusoire de vouloir bloquer les sites de jeu basés en dehors de France… Pourtant, comme le note très justement Nicolas Dupont-Aignan, qui a voté contre cette réforme, le gouvernement veut sanctionner les particuliers qui téléchargent illégalement des chansons ou des films. N’est-il pas plus simple de bloquer l’accès en France à quelques sites de jeux en ligne plutôt que de chercher à poursuivre les particuliers qui téléchargent ?

Pourquoi ne pas utiliser une partie des profits de la Française des Jeux pour monter une cellule de blocage des sites de jeux en ligne par exemple ? Il est évident qu’il sera beaucoup simple de faire cela que de chercher à limiter le téléchargement illégal. Et comme le souligne le président de Debout la République, il est malheureux que la France n’ait pas cherché à suivre le bon exemple du Portugal, qui a refusé cette libéralisation poussée par Bruxelles et a même trouvé le soutien surprenant mais notable de la Cour de Justice Européenne dans cette affaire.

Les jeux d’argent ne sont pas une activité anodine. L’addiction et la ruine qu’ils peuvent provoquer imposent un encadrement spécifique pour limiter le plus possible leurs effets pervers. En libéralisant de la sorte, on est sûr de démultiplier leurs conséquences négatives, pour le plus grand malheur de la société.