14.08.2011
Halte à la tyrannie des marchés !
Cette semaine a été rythmée par les évolutions délirantes des marchés : le CAC 40, à 4000 points le 1er juillet est tombé à moins de 3000 points en séance pour se redresser à 3200 points. Ne faudrait-il pas couper le cordon entre économie réelle et financière ?
Quand la corbeille gouverne le monde
Cela fait maintenant quatre ans que les pays du monde entier vivent suspendus aux mouvements erratiques des marchés financiers. Quatre ans que les dirigeants de la planète sont au chevet de cette hydre financière malade de ses excès et qui entraine le reste de l’économie dans la récession. Quatre ans que les gouvernements de ce monde prennent pourtant toutes les mesures que le monde financier souhaite pour lui permettre d’aller mieux, et il ne va pas mieux.
Il y a trois ans, il fallait recapitaliser les banques, leur offrir une garantie publique et relancer l’économie. Aujourd’hui, il faut les délester des dettes souveraines qui leur semblent suspectes, rééquilibrer les finances publiques et constitutionnaliser une camisole budgétaire qui a été parée du terme « règle d’or ». Mais les pantins gouvernementaux ont beau s’agiter dans le sens demandé, les marchés ne sont même pas rassurés puisque nous avons expérimenté un mini krach en plein été.
L’hypocrisie de Nicolas Sarkozy
Qu’il est loin le temps où Nicolas Sarkozy promettait de moraliser le capitalisme et dénoncer ses excès ! Qu’il est loin le temps où il promettait un nouveau Bretton Woods ! Dans la réalité, le G20 n’a presque rien fait et les gouvernements sont plus que jamais à la botte des marchés financiers. En effet, dès qu’ils ne se sentent pas bien, alors nos dirigeants se pressent de convoquer une réunion d’urgence et faire (presque) tout ce qui leur est demandés (à l’exception d’Angela Merkel).
Nicolas Sarkozy a démissionné devant les marchés financiers. Il a choisi les agences de notation et les banques plutôt que le peuple. Pour sûr, il n’y a jamais eu de réunion d’urgence pour lutter contre le chômage de masse ou la désindustrialisation. Mais il ne faut pas croire que le Parti Socialiste présente en quoi que ce soit une alternative. Ses candidats (à l’exception d’Arnaud Montebourg) sont engagés dans une course bien illusoire à l’orthodoxie financière.
L’alternative existe !
Alors que le gouvernement français avait refusé de suivre Berlin dans l’interdiction des ventes à découvert, Paris vient de changer d’opinion (avec Rome, Madrid et Bruxelles) mais seulement pour quinze jours et sur les valeurs financières. Pourquoi ne pas le faire définitivement ? Et pendant ce temps, rien n’est fait au sujet des profits indécents de hedge funds qui jouent et gagnent en spéculant sur un apocalypse financier qui a pourtant de graves conséquences sur l’économie réelle.
Pendant ce temps, le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% en un an. Si les plans de sauvetage protègent les créanciers d’Athènes, la population, elle, souffre de plus en plus et le poids de la dette (dont la valeur ne baisse pas, contrairement à la dette) devient chaque jour plus insupportable. En France, 90% de la croissance du premier semestre vient de la hausse des stocks… Et la baisse de l’inflation démontre la bêtise crasse de la décision de la BCE de monter ses taux.
Pourtant, les solutions existent pour enfin mettre au pas la finance, la remettre au service de l’économie réelle, et non l’inverse : contrôle des mouvements de capitaux, taxation des transactions financières, séparation a minima entre banques de dépôts et banques d’affaires, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses, véritable mise au banc des parasites fiscaux, renationalisation de la création monétaire (fin de la loi de 1973), constitution d’un pôle public bancaire plus important….
Toutes ces mesures pourraient mettre fin à la tyrannie de la corbeille. Mais, comme le souligne Frédéric Lordon, cette chienlit de la corbeille la mène à l’autodestruction. Alors, nous pourrons reconstruire un système où la finance est au service de l’homme, et non l’inverse.
11:55 | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : cac40, crise boursière, krach, g20, bretton woods, nicolas sarkozy, angela merkel, frédéric lordon
09.08.2011
La crise boursière, symptôme d’un système fou
Hier, le CAC 40 a baissé pour la 11ème séance consécutive, du jamais vu. L’indice parisien a donc perdu plus de 18% en quinze jours, à la limite technique de la définition d’un krach. Un nouvel exemple de la folie d’un système où les gouvernements sont à la remorque de la corbeille.
La corbeille reine
Par-delà leur exubérance irrationnelle (qui accentue les hauts et les bas), les marchés expriment néanmoins une crainte légitime sur le modèle de croissance des pays dits développés. Ils constatent simplement qu’austérité et croissance ne vont pas de pair et s’inquiètent donc à la fois du climat économique à venir et du remboursement des dettes souveraines. A ceci s’ajoute le fait que les dirigeants ne semblent pas savoir que faire, réagissant uniquement aux problèmes du moment a minima.
Bref, l’économie mondiale vogue, comme un radeau sans voile, sur les flots agités de l’économie néolibérale, à deux doigts de se disloquer en plein mois d’août. Tel Ulysse, les dirigeants de la planète écoutent les sirènes du marché. Il y a deux ans, elles leur demandaient de sauver les banques et relancer l’économie. Aujourd’hui, elles demandent la reprise les dettes souveraines dont les banques ne veulent plus et des politiques d’austérité sauvage pour rembourser les dettes….
La folie de l’austérité
Mais cette austérité est proprement suicidaire. Le poids d’une dette s’apprécie en fonction de la richesse nationale. Si la richesse nationale baisse, le poids de la dette augmente. Or l’austérité casse la croissance, comme on le voit bien en Grèce, donc l’austérité n’améliore que très marginalement la situation financière des Etats puisque la réduction des dépenses est en bonne partie compensée par la baisse des recettes fiscales induites et l’augmentation du poids relatif de la dette…
Pourtant, ils n’ont que cela à la bouche. Elie Cohen hier soir parlait de l’instauration d’une camisole budgétaire dans tous les pays européens. Plus royaliste que le roi, Jean-Louis Borloo n’a pas hésité à réclamer une réduction du déficit à 3% dès 2012 au lieu de 2013. L’austérité britannique passerait pour une aimable plaisanterie à côté de ce que cela imposerait chez nous…
L’hystérie actuelle sur la dépense publique et les déficits est assez incroyable car ce sont les mêmes experts qui demandaient hier de coûteux plans de relance aux gouvernements pour sauver l’économie de la crise provoquée par les excès de la dérèglementation néolibérale. Et aujourd’hui, on voudrait accélérer ce même recul de l’Etat qui a provoqué la crise de 2008 à travers cette austérité !
Ce qu’il faudrait faire
Naturellement, les gouvernants cherchent à faire croire qu’il n’y a pas d’autres solutions possibles, que l’austérité serait la seule voie raisonnable. Par la même, ils demandent aux plus pauvres de se serrer une ceinture sans cesse rétrécie au bouillon de la mondialisation pour payer pour les créanciers des Etats, les principaux bénéficiaires de la croissance des dernières années. Car naturellement, il ne serait pas possible de faire autrement, du fait de cette globalisation.
C’est bien pourquoi un retour aux frontières, pour les mouvements de biens, de capitaux et de personnes, est le moyen de retrouver leur capacité d’action et ainsi de reconstruire un système économique plus juste. Ainsi, nous pourrons mettre aux arrêts le dragon de la finance (taxe Tobin, réforme bancaire séparant a minima banques d’affaires et de dépôt, renationalisation de la création monétaire, et interdiction des pratiques spéculatives dangereuses et des parasites fiscaux).
Les Etats européens doivent relancer leur croissance et mettre prioritairement fin au chômage de masse, qui créé drames humains et gâchis monstrueux. Par la mise en place d’un véritable protectionnisme conjugué à une politique industrielle ambitieuse et une fiscalité plus favorable à l’emploi, nous pouvons vaincre le cancer de nos sociétés dites modernes. Enfin, le retour à des monnaies nationales permettra à chacun d’avoir une politique monétaire adaptée à sa réalité nationale.
Malheureusement, toutes ces solutions sont contraires à la doxa des marchés et des dirigeants en place. Mais l’absurdité de ce que nous vivons depuis trois ans pourrait bien permettre une prise de conscience de l’opinion qui permettra l’émergence de nouveaux Roosevelt ou un nouveau 1958.
Lire ici la contribution de Julien Landfried, porte-parole de Jean-Pierre Chevènement
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : crise boursière, cac40, austérité, grèce, jean-louis borloo, julien landfried



